LIVRE DEUXIÈME
vues et tes désirs. N'oublie point toutefois qu'il est plus facile de tracer des idées sur le papier que de les graver dans la vie.
Les arbres commencent à perdre leurs feuilles et pourtant l'automne est ici une belle saison, quoique pluvieuse. Elle ressemble à l'adieu d'un ôtre cher — un sourire à travers des larmes. Il y a des jours où l'on pourrait encore se croire en été. Ce qui ajoute à l'illusion, c'est que le bon nègre a planté dans le carré de jardin qui s'étend devant la fenêtre de ma chambre à coucher des aloès, des cactus, des magnolias. Par une attention délicate il a voulu me faire cadeau des richesses d'un climat dont il conserve in petto le souvenir très-vif. On assure qu'avec des soins, certaines plantes des tropiques passent ici très-bien l'hiver. « Ce qui les tue ailleurs , me disait le jardinier de Mme Warington, ce n'est point l'absence de chaleur , c'est la gelée ; or comme en Cornouaille il ne fait jamais ni très-chaud ni très-froid, elles réussissent à vivre. »
Combien de femmes végètent ainsi sans mourir loin du soleil de leurs affections I
Il»
LA MÊME AU MÊME
le janvier 185. .
Je m'inquiète de ton silence. Voici longtemps, si longtemps que je n'ai reçu de tes nouvelles ! Peutêtre les lettres sortent-elles plus difficilement de la prison qu'elles n'y entrent ? Je sais bien qu'il n'y a point de ta faute; mais loin de toi je crains tout.
11 règne depuis quelques semaines en Cornouaille une épidémie qui a fait de grands ravages et qui nous vient, dit-on, du sud de l'Angleterre. Croirais-tu que la patrie de Jenner est peut-être un des pays de l'Europe où les classes ouvrières et agricoles résistent le plus aux bienfaits de sa découverte ? Soit apathie, défiance ou superstition, beaucoup de familles refusent de faire vacciner leurs enfants. Il en est encore qui croient que c'est a)l 3r contre la volonté de Dieu que de conjurer la maladie par des préservatifs. Les doctoresses, sorte de matrones qui exercent la médecine à leur manière dans les campagnes, ont d'un autre côté tout intérêt à encourager de tels préjugés. Étrangères pour la plupart à l'art de l'inoculation du vaccin, ces femmes se chargent au contraire de soigner les personnes atteintes par le fléau. Le moyen de s'é-