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crois, ii l'éducation de l'enfance. <Ue système était d'ailleurs connu des nourrices depuis un temps immémorial. Il n'en est guère une, parmi elles, qui ne sache l'art de calmer un bébé chagrin en dirigeant son attention vers un objet capable de l'intéresser. On pourrait étendre de beaucoup la pratique de cette méthode. Il y a de très-jeunes marmots qui déjà sont sensibles à la musique; d'autres se laissent aisément prendre par les yeux ; ceux-ci pnt un attrait particulier pour les animaux, ceux-là pour certaines personnes. Tous ces goûts naturels sont à étudier, car ils sont autant de moyens qui peuvent nous servir dans la formation du caractère.
Je ne crois point qu'il y ait chez l'homme d'instincts absolument mauvais ; mais il en est beaucoup qui, prédominants et mal dirigés , peuvent aboutir à des conséquences fâcheuses. Faut-il les étouffer? Tel n'est point mon avis ; car, à supposer qu'on y parvint, on irait évidemment contre la volonté de la nature. Que faire alors? Donner le change à ces instincts en leur opposant d'autres goûts et d'autres inclinations.
Il n'y a point, j'aime à le croire, de caractère si vicieux qui ne recèle un moyen de rédemption miraie. Si l'on avait su s'emparer à temps de ce moyen pour combattre de dangereux penchants, on aurait conservé à la société plus d'un membre à jamais perdu pour elle au fond des prisons et des bagnes. Je ne te citerai qu'un exemple, et je le puise dans
lit L'ÉMILK DU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE
mes souvenirs personnels. Un voleur s'était glissé un soir sur les banquettes de l'Opféra, non pour entendre les chanteurs, mais afin de profiter des occasions que pourraient lui offrir les poches de ses voisins. C'était, comme il me le raconta plus tard, « une affaire de métier.» Qui pourtant fut volé ce soir-là? Le voleur. A son insu, il y avait chez lui un dilettante, et dès le premier coup d'archet, il se sentit enlevé. «Ce fut bien pire, ajoutait-il, lorsque Dupré se mit à chanter. Oht cet air de Robert le Diable au cinquième acte! Il me semble l'entendre encore. Bref, j'oubliai de travailler cette nuit-là. » Le lendemain soir, il revint au môme théâtre, bien décidé cette fois à ne plus se laisser séduire par les attraits de la sirène; mais il avait compté sans son hôte, c'est-à-dire sans son bon goût naturel pour la musique. Il sortit les oreilles pleines, et les mains vides. Pour le coup, il se jura de ne plus remettre les pieds où étaient les chanteurs ; car autrement, déclarait-il avec un certain cynisme, « il y aurait perdu le goût de son état. »
Les penchants déréglés sont chez l'homme des forces égoïstes qui, par suite d'un excès de développement naturel ou acquis, arrivent à faire la loi et dominent soit les sentiments, soit les idées. C'est évidemment contre ces penchants innés que doit réagir l'éducation morale dès l'âge le plus tendre, et elle peut le faire de deux manières. D'abord, comme je te l'ai dit, en ayant recours à des diversions, et de plus, en écartant de l'enfant les stimu-
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lants extérieurs de tel ou tel instinct dont on atout lieu de se méfier. 11 y a, tu vas le voir, un diable dans les choses.
Un épisode qui s'est passé en Ecosse t'expliquera ce que j'entends par stimulants des instincts. Une femme, à l'extérieur modeste, venait de faire des emplettes dans un magasin de nouveauté, quand le quart d'heure de Rabelais étant arrivé, elle tira de sa poche un billet de banque au chiffre de cinq livres sterling. Le commis de boutique examina le papier-monnaie et reconnut tout de suite que c'était une contrefaçon. La pauvre femme interdite donna un autre billet qui ne valait pas mieux que le premier. Cette circonstance fit naître des soupçons, et la femme fut arrêtée. On ne tarda point à découvrir qu'elle avait été domestique dans une famille où elle s'était toujours fait respecter pour sa bonne conduite et son honnêteté. Par malheur pour elle, l'Écossais dans la maison duquel elle se trouvait engagée avait reçu quelques années auparavant deux billets de banque faux qu'il eut le tort de ne point détruire. Comme la domestique entrait tous les matins dans la chambre de son maître pour les besoins du service, elle vit ces deux billets traînant parmi de vieux papiers. D'abord, elle y fit peu d'attention; mais, lorsque de jour en jour, de semaine en semaine, de mois en mois, les mêmes objets se présentèrent à sa vue, elle se mit à les observer profondément. Ces deux chiffons de papier, qu'elle prenait d'ailleurs pour de vrais billets, la regardaient en quelque sorte, la tentaient et lui
murmuraient tout bas à l'oreille d'étranges conseils. Elle rejeta d'abord à cent lieues l'idée de se les approprier; mais elle ne pouvait plus en détourner ses regards quand elle était seule dans la chambre. Un jour elle les toucha, les déplia, les mania, puis les refourra dans la liasse de vieux papiers comme si ces billets lui brûlaient les doigts. Avec le temps, l'obsession devint si forte qu'elle succomba.
Si telle est l'influence des choses sur les personnes mûres, que sera-ce sur le caractère des enfants? Tous, Dieu merci, ne sont point voleurs et de plus, des billets de banque, vrais ou faux, ne les tenteraient guère; mais il est une foule d'autres instincts qu'il importe de ne point encourager par la vue des objets qui les stimulent. Nos vices pas plus que nos vertus ne sont des abstractions : les uns et les autres répondent à un ordre de faits extérieurs dont ils reçoivent l'ébranlement. La gourmandise, par exemple, est en quelque sorte chatouillée par la vue et l'odeur des choses appétissantes ; la jalousie se réveille au bruit des douces paroles et des caresses qu'on donne aux autres. Le premier devoir est d'étudier le caractère de l'enfant, et le second, de mettre à la porte les séducteurs, o'est-à-dire les agents matériels qui, par l'entremise des sens, flattent et excitent ses mauvais désirs. « Ne nous induisez point en tentation!... » Combien seraient en droit d'adresser cette prière à ceux qui les élèvent !
Il ne faut jamais perdre de vue cette loi de la