‹ L'Emile du dix-neuvième siècleChapitre 79 sur 188 · LIVRE DEUXIÈME m · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME m

se coucher de bonne heure, l'autre le soir pour les adolescents, les pères et mères, les vieillards ayant conservé dans un coin de l'esprit ou du cœur un rayon printanier. Êlre jeune ou le redevenir, c'est alors la première qualité du spectateur: autrement comment s'intéresserait-il aux pièces qu'on lui joue — des féeries, des pantomimes, etc. .l'avoue que les sujets de ces brillantes parades sont en général très-rebattus. Tu regretterais sans doute de voir tant de frais de décors, de costumes, de mise en scène, perdus pour l'intelligence. De tels changements a vue ne flattent guère que le sentiment du merveilleux. Et pourtant quelle naïve joiel quelle attention haletante ! quels vifs éclairs dans ces jeunes yeux agrandis par l'admiration et la surprise ! Vienne la fameuse scène de la transformation (transformation scène), et comme tous les cœurs palpitent d'enthousiasme! Après tout, ces palais enchantés, <ies pluies d'or et d'étincelles, ces lumières colorées de toutes les nuances d'une aurore boréale, ces îles fortunées, ces femmes vivant dans les nuages, dans les arbres, dans les fleurs, en un mot cette vulgaire mythologie de la pantomime est-elle entièrement à. dédaigner? Où que nous conduise la fantaisie, même quand ses ailes seraient de carton et ne s'élèveraient point très-haut, elle nous arrache pour quelques instants à la pesante chaîne des habitudes et des besoins. 0 illusions des yeux, .vous serez toujours chères au peuple et aux enfants ; car vous leur entr'ouvrez les portes de l'idéal I N'ayant à ma disposition pour le moment ni Pa-

lais de Cristal, ni théâtre, j'ai résolu de m'adiresser à un appareil qui court ici les villes et les campagnes, — la lanterne magique. Tu vas rire; mais pourquoi un instrument de plaisir et de curiosité ne deviendrait-il point en même temps un moyen d'instruction? Est-ce la faute de la lanterne magique si l'on ne s'en est guère servi que pour représenter dans un cercle de lumière des figures grotesques? Elle ne demande pas mieux que d'être utile entre les mains d'une personne qui la prendrait au sérieux. Si les savants daignaient conseiller les artistes dans le choix des sujets et la peinture des verres, je crois que les uns et les autres rendraient à l'enfance de véritables services. J'ai entendu dire qu'on avait déjà recours à ce moyen dans certaines écoles d'Angleterre pour donner aux jeunes élèves quelques notions d'astronomie, de géographie et d'histoire.

Les astronomes ont tracé le portrait des grands corps lumineux, esquissé ou photographié l'effet des comètes, des météores, des éclipses, etc. Pour que la lanterne magique, ce monde des illusions, devint en même temps celui des réalités, ne suffirait-il point de copier fidèlement sur le verre les dessins du ciel exécutés d'après nature?

S'agit-il de la planète que nous habitons, je ne voudrais point jurer que l'instrument fût toujours à même de reproduire les grandes chaînes de montagnes, le cours des longs lleuves, la sauvage majesté du désert, ni l'abrupte configuration des côtes baignées par l'Océan : qu'y faire? Il faut se conten-

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