‹ L'Emile du dix-neuvième siècleChapitre 9 sur 188 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

où nous nous retrouverons, il sera notre consolation et notre orgueil. Espérons, et que le ciel nous protège I

LA MÊME 1U MÊME

25 mars 185...

Je §uis en Angleterre. Lundi soir, j'ai traversé en voiture de louage la distance qui sépare London Bridge d'Euston Square. Qu'ai- je aperçu de la capitale des îles Britanniques? Rien, ou presque rien. Par instants, je me sentais rouler dans l'obscurité au milieu de grands espaces vides, entourés de jardins et de maisons qui semblaient endormies. Puis tout à coup s'ouvraient, à droite ou à gauche de la portière, de longues rues bordées de magasins et où s'étendait à perte de vue un double cordon de becs de gaz. Ici les ténèbres, là un fouillis de lumières. Ces lignes de feu réfléchies sur les trottoirs humides et les flaques boueuses de la route ; toute une population allant et venant d'un air affairé; le bruit d'une foule bientôt entrecoupé de silences, toutcelaétait étrange. Il pleuvait sans pleuvoir, c'està-dire qu'on sentait suinter à travers le brouillard une de ces bruines fines, lentes, toujours les mômes, qu'on croirait volontiers devoir durer mille ans. Ce

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voyage dans la nuit, dans l'eau, dans l'inconnu, me donna l'idée d'une ville sans commencement ni fin, avec beaucoup de grandeurs et beaucoup de misères. Est-ce là Londres?

Je descendis à l'hôtel que M rae 4 " m'avait indiqué. Tout y est propre, calme, méthodique. On m'y servit ;t souper dans une chambre particulière, assez bien meublée et attenante à ma chambre à coucher. Comme la domestique chargée de me passer les assiettes avait une figure intéressante, je cherchai dans ma mémoire le peu d'anglais que j'avais appris autrefois à la pension. Elle me fit des réponses très-courtes. A sa réserve et à son air embarrassé, je compris tout de suite que les servantes anglaises, bien différentes des nôtres, ne tiennent point du tout à ce qu'on leur adresse la parole. Ce qui m'a bien surprise est que dans l'hôtel on ne m'a demandé ni mon nom, ni qui j'étais. 0 l'étrange pays, où l'on ne paraît pas croire que je viens pour renverser le gouvernement !

Selon tes conseils, je me fis conduire le lendemain chez le docteur Warington auquel je remis • ta lettre. Il se souvint aussitôt de ton nom et me reçut avec un air de gravité cordiale.

« Votre mari a raison, me dit-il en assez bon français, de vou9 envoyer à l'étranger. Vous serez bien en Angleterre: mais je vous conseille de vivre à la campagne. Les grandes villes ne conviennent ni awx femmes dans votre état, ni aux enfants. Nos gros négociants de Londres commencent à comprendre les avantages de la villégiature. Ils ne re-

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