LIVRE DEUXIÈME
cherches pour conduire l'enfant de l'image à l'écriture.
Ainsi que tu Tas très-bien fait observer, nos lettres moulées représentent des signes dont toute la valeur repose sur une convention. L'enfant n'a jamais vu A ni B dans la nature. L'invention des caractères écrits a certes été un des plus grands efforts et l'une des conquêtes les plus mémorables dans l'histoire de l'esprit humain. Encore faut-il se souvenir que les peuples de l'antiquité avaient été depuis longtemps préparés à l'usage de l'alphabet par la pratique du dessin. Les Phéniciens tirèrent leurs lettres de l'écriture hiératique de l'ancienne Egypte. Chez nous au contraire, pour l'enfant qui apprend à lire et à écrire, cette tradition est rompue. On le transporte brusquement dans un monde abstrait où il n'a môme point pour se guider le fil des analogies. Et l'on s'étonne après cela qu'il se rebute devant les diflicultésl Ce n'est point lui, c'est la logique tout entière qui proteste contre un système absurde.
Tout porte à croire que les premières lettres n'étaient guère que les figures de certains objets auxquels on les attribuait plus particulièrement, et que l'écriture commença par une réduction du dessin. Ces traces hiéroglyphiques se sont-elles entièrement effacées de l'alphabet des langues modernes? Il y a lieu d'en douter. Un homme d'esprit que j'ai connu rapportait la forme de nos caractères imprimés à certains types de la nature. Ses rapprochements étaient quelquefois un peu cherchés,
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je l'avoue ; mais je me servirais volontiers de sa méthode pour réconcilier dans l'esprit d'Emile deux ordres de signes qui semblent à première vue séparés par un abîme.
Aurait-il, par exemple, dessiné un rond sous prétexte de figurer le soleil, j'écrirais au bas de son croquis le nom de cet astre, en ayant soin d'appuyer sur la lettre 0. S'agirait-il d'une maison, d'un serpent, d'un chemin en zigzag, d'un œil, j'indiquerais de mon mieux les traits de ressemblance qui peuvent exister entre la première lettre de ces mots et les objets qu'ils représentent à l'esprit. De cette manière Emile comprendrait que l'écriture est une autre forme au moyen de laquelle on dit mieux et en moins de temps ce qu'il cherche maintenant à dire par le dessin.
Ce qui déroute l'enfant, c'est qu'au lieu de le conduire par une pente douce du connu à l'inconnu, nous voulons à chaque instant lui imposer notre manière de voir. Il n'a pas même acquis la faculté de discerner les traits des choses que nous tenons déjà à lui inculquer les signes des idées. Grâce à. notre plus ou moins d'autorité morale, nous le contraignons bien à apprendre ; mais mon opinion est que nous laissons dans son esprit des lacunes regrettables; sous prétexte de l'instruire à toute force, nous lui dérobons en grande partie le goût d'observer et de s'instruire par lui-même. 1/ arbitrais ne nuit pas moins à l'espèce humaine dans la famille que dans l'État.
Ma pensée est que le dessin, l'écriture et la lecture