‹ L'Emile du dix-neuvième siècleChapitre 96 sur 188 · LIVRE DEUXIEME J · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME J

fait pour lire mes dessins à la plume qui diffèrent un peu des tiens. J'ai tant de choses à te dire I De ton côté, n'as-tu rien à me faire savoir? Nous ne nous sommes jamais vus, oi pourtant je pense à toi, je t'aime. Un mot de toi me rendrait heureux. Oh I si je pouvais te serrer contre mon cœur!

» Ton père. »

HÉLÈNE A ÉRASME

20 juin 180. .

Emile à été malade. J'avais d'abord craint la fièvre scarlatine ; nous en avons été quittes pour la rougeole. Si je ne t'ai point écrit, c'est que le docteur s'était chargé lui-momc de t'instruire du cours de la maladie, puis ne voyant aucun danger, il a cru inutile d'éveiller tes inquiétudes. La convalescence a été rapide et au bout d'une quinzaine de jours Émile avait déjà recouvré ses forces. Il n'en était point de même en ce qui me concerne : la fatigue des nuits blanches, les alarmes, avaient un peu ébranlé ma santé. La médecine anglaise me paraît avoir en pareil cas un remède qui doit être souverain si j'en juge par la coniiauce avec laquelle on le prescrit et la bonne volonté avec laquelle on s'y soumet. Ce remède c'est le changement d'air.

îii L'ÉMILE DU DIX-NEUVIÈME SIECLE

L'air que uous respirons à Marazion est excellent, mais c'est surtout, je crois, sur le déplacement, La vue des scènes de la nature et le changement des habitudes que comptent les docteurs anglais pour renouveler les forces de leurs malades. A ne te rien déguiser, l'idée d'un voyage ou plutôt d'une excursion me souriait assez, car je savais que nos environs , très-visités des touristes, abondent en beautés sérieuses. Je me laissai donc faire en victime résignée qui respecte les oracles de la science. Nos préparatifs de route n'exigèrent que très-peu de soins : M mc Warington s'étant chargée de tracer notre itinéraire avec tous les avantages que luidonnelaconnaissancedupays.Cupidon découvrit une vieille calèche qui avait vu autrefois de meilleurs jours, et un vieux cheval qui sous un air morne conservait assez de vigueur pour braver les montées et les descentes de cette région rocailleuse . Le tout fut loué à peu de frais, et le matin de notre départ le bon nègre s'iustalla fièrement sur le siège en qualité de cocher.

Emile qui avait déjà repris ses couleurs rayonnait de joie; car rien ne plaît aux enfants comme l'attente des aventures. Faut-il l'avouer? nous n'en avons aucune à raconter. Quoique nous ayons parcouru des terres désertes et longé de sauvages côtes exposées à toutes les fureurs de la mer, nous ne rencontrâmes sur notre chemin ni brigands, ni monstres, ni captives enchaînées dans les cavernes des rochers.

Je comptais aussi sur l'influence d'un paysage

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