‹ L'Émirat des TrarzasChapitre 13 sur 47 · OO · texte numérisé non relu

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SlDI (1860-1871).

Sidi (15), appelé aussi Sidi Mbaïrika, du nom de sa mère Mbaïrika ment Omaïr, des Oulad Ahmed ben Daman, était l'aîné des fils de Mohammed Ai-Habib. Sa belle conduite, lors de la mort de son père et la vengeance immédiate qu'il en tira, en tuant tous les assassins, lui assurèrent une suc* cession pacifique.

Il informait sans retard le Gouverneur Faidherbe de la mort de son père et de la prompte répression qu'il en avait tirée ; et comme le Maure astucieux ne perd jamais ses droits, il assurait aux Français que c'était l'attachement inébranlable de l'Emir à leur cause et à leurs traités, qui lui avaient valu cette disparition tragique (voir aux annexes). Faidherbe, moins que personne, n'ignorait les ambitions du principal agitateur Ould Ali Khamlich, et pouvait constater que parmi les assassins de l'Emir comptaient tous ses neveux et cousins, fils de ses anciennes victimes.

Sidi devait vivre en excellents termes avec les Français, encore qu'il se fût opposé très vivement, dès octobre 1860, à leurs projets d'établissement dans l'île d'Arguin. Mais ectte opposition n'avait rien d'irréductible. Elle visait à sauvegarder ses droits de horma sur les pêcheurs Immaguen et ne demandait qu'à céder devant le versement de quelques centaines de pièces de guinée.

Il appuya résolument sa politique sur les Oulad Ahmed ben Dâmân et s'entoura des conseils de son frère Ali Diombot et de son ami, Sidi Ahmed ould Brahim Khaliî. Les Oulad Dâmân soutenaient les sept autres fils de Mohammed Ai-Habib, issu de Fatma. La division se remettait à nouveau entre Oulad Dâmân et Oulad Ahmed ben Dâmân. Dès 1864, les mécontents offrent au Gouverneur de détrôner l'Emir et commencent leurs intrigues.

Son vizir, Khayaroum, fils de Mokhtar Sidi, le vizir de l'Emir Mohammed Ai-Habib et originaire des Oulad Bou Sba, se laissa suborner par les offres d'Ahmed Saloum, l'aîné des sept fils germains de Mohammed Ai-Habib ; et une nuit de juillet 1871, introduisit les conjurés dans le campement de l'Emir. Sidi, surpis dans son sommeil, tomba sous les coups de feu de ses frères consanguins.

Son ami et conseiller, Sid Ahmed ould Brahim Khalil, était tué en même temps que lui dans une tente voisine. Il a laissé une grande réputation, perpétuée jusqu'à nos jours, de justice et de loyauté. Sa fraction représente, dans la supputation des forces trarza la moitié environ des guerriers. C'est pourquoi on l'appelle « la tente de la moitié ».

Le règne de Sidi fut sans éclat guerrier ; quelques dissentiments avec l'Emir des Brakna, Sidi Ali ould Ahmed dou, l'amenèrent à entrer en armes sur son territoire. Sous les auspices de Faidherbe, et par l'intermédiaire du Chems des Ida Ou Al-Hadj Mohammeddoun Fal, la paix fut rétablie entre les deux Emirs (septembre 1864)»

L'Emir Sidi eut le mérite d'encourager le commerce des tribus maraboutiques et de faire respecter la liberté des pistes par quelques exécutions de Hassanes. Cette rigueur lui avait attiré le ressentiment des Oulad Daman, qui prirent la revanche que l'on a vue.

C'est sous son règne, en 1866, qu'arrivèrent dans le Trarza les fils de Mohammed Al-Fadel : Mohammed al-Mamoun et Saad Bouh.

On sait les railleries, puis la haine, que leur attirèrent, dans ce milieu lettré et policé des tribus Zouaïa, leur allure bizarre, leurs pratiques magiques, et leurs prétentions à la thaumaturgie. Un grand concile de lettrés, où ils durent comparaître et se défendirent à grand'peine, ne releva pourtant daiis leurs réponses rien de contraire à l'orthodoxie. Aussi l'Emir Sidi leur permit-il de s'établir dans le Trarza. Seul Saad Bouh profita de cette autorisation.

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L'année suivante (octobre 1867) il inaugurait cette série d'épîtres filandreuses, dont il a le secret, et qui se perpétue depuis cinquante ans. Nous sommes heureux d'avoir pu retrouver cette première épître où il offre son amitié au Gouverneur de Saint-Louis. On la trouvera en annexe.

Ahmed Saloum (1871-1873).

Ahmed Saloum (16), aîné des sept fils de Mohammed Ai- Habib et de Fatma ment Mohammed, et le principal auteur de la mort de Sidi, revêtit aussitôt la culotte blanche. Il ne devait pas la garder longtemps. Les exploits fratricides allaient se succéder avec une rapidité qui permet à peine de les suivre.

Ali Diombot, leur frère, et le frère et ami de Sidi, était à Saint-Louis, quand il apprit la mort de Sidi. Désormais l'aîné des fils de Mohammed Ai-Habib, il estima que la culotte blanche lui revenait d'office. Il avait de plus à venger le meurtre de Sidi. Il se rendit donc en toute hâte dans sa famille maternelle du Oualo, où s'étaient réfugiés ses neveux Mohammed Fal, Ahmed Deïd et Baba, tous trois fils de Sidi. Il les prit aussitôt sous sa protection, reçut le serment de fidélité de la plupart des Oulad Ahmed ben Daman, qui n'acceptaient pas que l'émirat passât à un fils d'une Dâmânïa, inféodé au clan de leurs cousins. Il renforça son parti de contingents noirs, que ses oncles maternels du Oualo mirent à sa disposition.

Pendant ce temps, inquiet, Ahmed Saloum faisait démarches sur démarches à Saint-Louis, pour obtenir l'appui des Français et leur reconnaissance officielle de la situation, mais il se heurtait à leur mauvaise volonté. Ils ne lui pardonnaient pas ce meurtre injustifié.

Sa Mehalla constituée, Ali Diombot la transporta aussitôt sur la rive maure et entama les hostilités contre Ahmed vSaloum que soutenaient les Oulad Dâmân et des contin-

gents Ida Ou Aïch. Une nuit enfin, Ali Diombot se jeta avec ses Ouolofs à Jolla, près Méderdra, sur les campements endormis d'Ahmed Saloum et fit massacrer tout ce qui tomba sous la main. Les bandes se dispersèrent de tous côtés et les Ida Ou Aïch regagnèrent en hâte le Tagant. L'Emir et ses frères s'enfuirent avec eux.

Ils continuèrent plus vivement que jamais leurs intrigues. Acheté par eux, Lat Dior, Damel du Cayor, promit de ravager le Oualo au moment opportun et par cette diversion de désorganiser les contingents d'Ali. Ils avaient même un fjarti à Saint-Louis que dirigeait un aventurier du nom de Pèdre Alassane et les assurait de la neutralité et même dès sympathies du Gouverneur.

Ils revinrent donc quelques mois plus tard, renforcés de nouveaux contingents Ida Ou Aïch et surprirent à leur tour, aux épineux Aïchaïa, près des terrains dé labour Habbaïa des Ida Ou Ali, le campement très réduit d'Ali.

Celui-ci, se voyant perdu, usa de ruse. Il fit avertir en toute hâte son chef de goum, Mohammed ben Abi Bakar, Cheikh des Euleb, qui se trouvait non loin de là, alluma de grands feux, et, en l'attendant, employa les Marabouts voisins à des tentatives de conciliation avec Ahmed Saloum. Il promettait d'en passer par toutes les conditions de son frère.

La nuit s'écoula au milieu de ces va et veint et palabres. Au petit jour, le goum d'Ali Bakar arriva au galop, tomba sur Ahmed Saloum et ses gens, et les tailla en pièces. L'Emir lui-même resta sur le carreau ; ses deux frères, Brahim Saloum et Lobbat, furent tués peu de temps après à Âdnech ; un autre, Mokhtar Saloum, trouva la mort à Gouioui, près de Badi, dans l'Iguidi ; Lefjah fut tué à Arboussit, puits des Oulad Diman, disent les uns, à In Xidbane, dit M'hammed Youra. De tous les fils de l'Emir Mohammed Ai-Habib et de! Fatma, il ne restait qu'Amar Saîoum, qui fit sa soumission à Ali Diombot.

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Lés Ida Ou Aïch reprirent à nouveau le chemin du Tagant. Ali Diombot était proclamé Emir le jour même et sans contestation (1873).

Au Diombot (1873-1886).

Au Diombot (17), fils de Mohammed Ai-Habib et de la princesse Diombot, continua la politique de Sidi. Il reprit son vizir Khayaroum, malgré le rôle de traîtrise que celuici avait joué, Ce choix devait lui coûter la vie, treize ans plus tard,

Son règne est marqué par une reprise vigoureuse du commerce avec les Français. Deux traités interviennent qui vont adapter en de nouvelles modalités les transformations et nécessités du commerce colonial :

Traité du 24 août 1877 (Gouverneur Brière de ITsle), Les personnes, biens et propriétés des Français sont garantis en pays trarza, et les personnes, biens et propriétés des Trarza sont garantis en pays français. En conséquence, l'Emir s'engage à , protéger, et à faire conduire à Saint- Louis, les marins européens qui feraient naufrage sur la côte trarza, et à faire respecter les bâtiments naufragés et leurs cargaisons.

Acte additionnel du 2 avril 1879 (Gouverneur Brière de Tlsle). La traite officielle de la gomme à Dagana et à Saint- Louis est supprimée. Le commerce des gommes devient entièrement libre et n'est plus soumis à une réglementation de l'Etat français ou de l'Emir des Trarzas.

La coutume, fixée dans le traité du 20 mai 1858 avec Mohammed Ai-Habib, est remplacée par une indemnité fixe qui sera payée à Dagana par le commandant du posté au début de chaque trimestre. Une part de cette indemnité est réservée au chems des Ida Ou Al -Hadj.

La convention du 22 mai 1880 déterminait la quotité âû-

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nuelle de cette indemnité. Elle était fixée à 1.200 pièces de guinée filature, la part de Chems étant de 200.

Ces conventions sont tombées en désuétude avec T occupation de la Mauritanie. Elles ont fait place à une situation nouvelle dont on trouvera tout au long l'exposé dans la troisième partie.

Les relations de l'Emir se conservèrent toujours excellentes avec les Français. Il protégea Soleillet, et favorisa, de toutes ses forces, les voyages du vaillant explorateur. Il repoussa toutes les sollicitations d'Abdoul Bou Bakar, le célèbre Almamy du Bosséa, qui voulait l'entraîner à sa suite dans la rébellion du Foua. Il épousa, en 1878, une fille de Lat Dior, Damel du Cayor, mais ne consentit à lui venir en aide qu'après en avoir reçu l'autorisation du Gouverneur du Sénégal et dans la mesure de cette autorisation. Il offrit à plusieurs reprises ses services au Gouverneur du Sénégal pour marcher contre le Marabout Mamadou Lamine, qui commençait à agiter le pays Sarakollé (1885).

Cette excellente situation n'empêchait pas certains tiraillements de se produire.

Ali Diombot fut très souvent fâché des secours que les Français accordaient à son ennemi, l'Emir Sidi Ali des Brakna. Nous avions en l'Emir des Brakna un puissant moyen de diversion sur le Fouta, et il était naturel que nous en usions ; mais ce chef indigène se servit plusieurs fois des ressources, mises à sa disposition, pour guerroyer contre son voisin trarza, ce qui provoquait le mécontentement de celui-ci.

Le passage de plusieurs fractions Taghredient sur la rive gauche l'indisposa aussi gravement (1880-1882). Il avait été convenu que tout Maure qui viendrait au Sénégal sans armes, et muni du cachet de l'Emir, pourrait y commercer, et faire paître à son aise. Or, le ministre de l'Emir, qui était le détenteur du timbre de son maître, tenait boutique d'empreintes de cachet, et les distribuait, moyennant fi-

nances, avec autant de libéralité que les Marabouts voisins le faisaient pour la vente de leurs amulettes. A la faveur de ce trafic, des fractions entières d'indigènes trarzas, mécontents du régime, vinrent s'établir au Sénégal.

Ils étaient en règle à nos yeux, mais ne l'étaient pas à ceux de l'Emir, qui ignorait, comme les Français, le nœud de la situation, et réclamait ses gens.

Le malentendu dura plus d'un an, et l'Emir exaspéré en arriva à saisir de son litige la population européenne de Saint-Louis et à la faire juge des mauvais procédés du Gouverneur à son égard.

L'affaire finit par s'apaiser, car les Taghredient firent connaître l'origine frauduleuse de leurs laissez-passer et réintégrèrent peu à peu le Trarza, sur les ordres du Gouverneur (ier avril 1882).

« Les tributaires qui se sont fixés définitivement sur le « territoire français depuis plus d'une année, qui paient « l'impôt aux chefs de cantons, et qui, contrairement aux « habitudes maures, passent l'hivernage sur la rive gau- « che, seront libres de rester sur le territoire français. »

Les autres qui n'étaient pas pourvus de la carte de circulation de l'Emir étaient expulsés.

Les mêmes difficultés devaient renaître en 1885-1886 ; elles furent semblablement apaisées.

Sous ce régime et par la bonne volonté de l'Emir, les transactions commerciales refleurissent. Les caravanes Tekna, un moment arrêtées par les meurtres domestiques de la tente des Emirs, et par l'anarchie qui s'ensuivait, reprennent le chemin du Trarza. Elles arrivent à Saint-Louis, portant les produits sahariens : or, plumes, peaux, cire, et les ouvrages de l'art maure. Elles emportent vers l'Oued Noun tous les comestibles et produits manufacturés, nécessaires à la vie des tribus. Elles avaient à payer à l'Emir un droit de passage (ghafer), proportionné à l'importance de la caravane et à la valeur des marchandises, et l'Emir xxxvi 9

devait les protéger contre tout pillage de ses Hassanes. Il arriva plus d'une fois que, faute par lui d'avoir empêché ces razzias, les Français les lui firent retrancher du montant du ghafer, et, en cas de mauvaise volonté de sa part, les lui retranchaient eux-mêmes des coutumes qu'ils lui versaeint.

Ali Diombot fit donc vigoureusement respecter la liberté du commerce, et on peut croire qu'il récupéra amplement les sommes dont il avait été contraint de se porter garant. Comme, d'autre part, il oubliait, en bon Emir maure, de partager les coutumes et contributions avec les Hassanes qui, à défaut de pillage, espéraient quelques miettes des prébendes émirales, il suscita contre sa personne des haines* terribles que le traître Khayarourn exploita au profit du jeune et ambitieux Mohammed Fal, fils de PEmir Sidi. Mohammed Fal oubliait les bons offices d'éducation et de protection que son oncle Ali n'avait cessé de lui accorder depuis le meurtre de son père, mais la reconnaissance n'a jamais été la vertu des Maures.

Il renouvela contre l'Emir le coup classique de l'assassinat, en pleine nuit, sous la tente (2 octobre 1886). Avec Ali périt sa femme Maqboula, qui a laissé un souvenir extraordinaire de justice et d'habileté politique dans toute la région, ainsi qu'un de leurs enfants.

Elle était la fille d'un Cheikh des Oulad Delim : Athimin ould Amor, chef des Oulad Ba Amar (Rio de Oro) .

Il est courant, en effet, de voir chez les Trarzas les femmes se mêler à toutes les manifestations de la vie publique, sociale ou privée de la tribu.* Il est admis qu'en cas d'absence du mari, c'est elle qui le remplace, reçoit les hôtes, te héberge, écoute et tranche leurs aifaiçes:. Maqboula était le premier ministre de son mari. Elle tut d'ailleurs tuée involontairement, les conjures ayant fait feu dans îa tente de F Emir, sans savoir qu'elle y fut.

Avec Ali Diombot, nous perdions un Emir sympathique,

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et sur lequel, au surplus, grâce à son origine maternelle ouoîofe, nous avions facilement barre.

Mohammed Fae (1886).

Mohammed Fal (18), fils de Sidi, fils de Mohammed Ai- Habib, se proclama aussitôt Emir, mais son règne devait être de courte durée.

Il se heurte, dès le' premier jour, à l'hostilité de la plu« part des tribus guerrières et maraboutiques.

Le jeune Ahmed Saloum, fils de F Emir assassiné, s'enfuit à Saint-Louis, où il recueillit des subsides et des gens, se fit donner des auxiliaires par Yamar Ndiadié, chef du Oualo, et constitua une mehalla qui pilla les campements ralliés à son cousin.

Amar Saloum, frère de la victime et le dernier des fils de Mohammed Ai-Habib, estima que, * selon l'ordre de la dévolution successorale de l'émirat, c'était à lui, frère, à ceindre la culotte blanche, avant qu'elle ne revînt au fils aîné du frère aîné. Retiré chez son oncle maternel, Mokhtar ould Mohammed ould Sid Ahmed, Cheikh des Oulad Daman, il groupa tous les mécontents, réussit à attirer à lui le vizir Khayaroum, qui avait déjà travaillé pour son frère germain Ahmed Saloum Ier, et qui, pour rester fidèle à ses principes, se hâta de trahir son nouveau maître, Mohammed Fal, encore qu'il eût été nommé par lui grand vizir « jusqu'au jugement dernier ».

Tous ces partis entrèrent aussitôt en lutte. Les frères de l'Emir, Ahmed ould Deïd et Baba, furent successivement tués, Ahmed Deïd a laissé un grand renom de justice, et on le chante encore en tribu. Comme on avait, caché sa mort et dissimulé le lieu de sa sépulture, ou a cru longtemps 'qu'il n'avait été que blesie et qu'il allait réapparaître Après des alternatives de succès et de revers, Amar Saloum battit complètement, en décembre 1886, les partisans de

l'Emir, mais ne put le prendre. Il décida de faire appel à, la ruse et fit répandre le bruit qu'il était disposé à une complète réconciliation. Il s'engageait même à reconnaître son adversaire comme Emir, moyennant certaines conditions à débattre. Il exigeait toutefois que Mohammed Fal vint le trouver dans son campement, sis en face de Dagana, pour parfaire l'entente. Poussé par ses gens qui étaient las de la guerre, et d'un caractère audacieux, l'Emir s'y rendit et reçut un accueil empressé. Le soir même, il était assassiné à coups de feu sous sa tente.

Il laissait deux fils : Sidi, aujourd'hui en dissidence, chez les Ahel Ma el-Aïnin (Hinterland maroco-maure) , et Ahmed ould Deïd, chef du groupement des Hassanes de Bou Tilimit, et dont la situation est étudiée infrà.

Amar Saloum (1886-1891).

Débarrassé de son compétiteur, Amar Saloum (iq), le; dernier des fils de Mohammed Ai-Habib, revêtit la culotte blanche. Il restait sans concurrent. Les fils et petits-fils de ses frères étaient tous en bas-âge, et personne chez les Oulad Ahmed ben Daman n'était en état de prétendre à l'émirat. Quant aux Oulad Daman, ils étaient à sa dévotion, car sa mère Fatma était la fille de Mohammed ben Ahmed, leur ancien Cheikh, et ses cousins étaient les Cheikhs actuels.

Il devait d'ailleurs renforcer ces liens d'amitié par des mariages successifs avec des femmes dâmâniat, d'abord avec Fatma ment Belkharas, ensuite avec Fatma ment Mohammed ould Sid Ahmed, Cheikh des Ouled Daman.

C'est ainsi que, s'inféodant de plus en plus à la politique et aux intérêts des Oulad Daman, il s'aliéna peu à peu la plus grande partie des Oulad Ahmed ben Daman.

Amar Saloum vécut en bons termes avec l'autorité française de Saint-Louis, on pensa tenter avec son aide aux di-

versions contre les alliés maures des Toucouleurs rebelles. On lui adressa à pluseiurs reprises des subsides pour le lancer contre Bakar ould Soueïd Ahmed, Emir des Ida Ou Aïch, qui, de 1889 à 1891, donnait asile à Abdoul Bou Bakar, Almamy du Bosséa, et à Ali Bouri, Bourba du Diolof, passés sur la rive maure et supposant de toutes leurs forces à la conquête française du Fouta. Mais Amar Saloum, qui se débattait au milieu de difficultés intestines, ne nous fut pas d'un grand secours. Il esquissa quelques razzias chez les Ida Ou Aïch, et revint bien vite essoufflé dans le Trarza.

Il se méfiait, en effet, de l'ambition naissante de son jeune neveu Ahmed Saloum, fils d'Ali Diombot, qui, assisté de Khayaroum, commençait à s'agiter. Ahmed Saloum gagna Saint-Louis au début de 1891 et sollicita la protection du Gouverneur du Sénégal. L'Emir qui craignait qu'on ne reconnut son rival, se hâta de la demander aussi. Le Gouverneur, voulant régler lui-même la question, monta à Richard - Toll et fixa un rendez-vous aux deux parties. Mais Amar Saloum, trompé par Khayaroum, ne vint pas ; et le Gouverneur, las d'attendre, et trompé aussi par les faux rapports de Kha\'aroum, déclara publiquement qu'il ne reconnaissait plus Amar Saloum comme Emir et que sa protection et ses subsides allaient à Ahmed Saloum.

Le fils d'Ali Diombot fut à la hauteur de la situation. Il rassembla ses partisans maures, recruta des contingents chez les noirs du Oualo, ses parents maternels, se fit donner des subsides par les Français, prit l'inévitable Khayaroum comme vizir, et entama aussitôt la lutte contre Amar Saloum.

Ahmed Saloum II (1891-1905).

Privé de l'appui officiel du Gouvernement français, Amar Saloum ne tarda pas à se voir abandonné par le plus grand

nombre des Oulad Ahmed ben Daman. Khayaroum notamment, fut l'un des premiers à passer avec sa fraction au parti du prétendant. Fort de l'assentiment général, Ahmed Saloum ould Amar (20) revêtit la culotte blanche et fut proclamé solennellement Emir dans la plupart des fractions en septembre 1891. Le S octobre suivant, il raffermissait sa situation, en signant un traité avec l'autorité française. Cette autorité cherchait à attirer vers Saint-Louis les produits de la région maure et à faciliter à ses sujets noirs du Oualo le passage sur la rive droite pour cultiver les excellents terrains d'inondation du Chamama.

En échange de cette double liberté du commerce et des cultures, le Gouvernement le reconnaissait comme Emir et lui payait une coutume annuelle de 2.000 pièces de guinée.

Les principales dispositions de ce traité en ce qui concerne la nouvelle situation politique des Trarzas étaient les suivantes :

« L'autorité française reconnaît Ahmed Saloum, fils d'Alî a Diombot, comme roi des Trarzas, et, en cas de mort, re- « fuse de connaître le nouvel élu, s'il a assassiné ou fait as- « sassiner son prédécesseur dans le but de le remplacer.

« Ahmed Saloum agissant en son nom, au nom de tous « ses successeurs, au nom des principaux princes et de tous « leurs descendants, demande à ce que les Maures du Trarza « soient placés sous le protectorat de la France. Nécessité de « concorde entre tous les pa^rs soumis au protectorat de la « France (Noirs et Maures), et règlement des contestations «t par le Gouverneur du Sénégal.

« Si les Maures trarzas sont attaqués par des pays non « soumis au protectorat de la France, le Gouverneur du Sé- « négal les fera, autant que les circonstances le permettront, « soutenir soit par des chefs des pays de protectorat de la « rive gauche, soit par d'autres tribus maures.

« Hors le cas d'attaque, les Maures trarzas ne doivent « faire la guerre à aucun pays sans l'autorisation du Goûte verneur du Sénégal.

« Dans le cas d'une action commune, les contingents in- « digènes de la rive gauche et des Trarzas seront placés « sous la haute autorité d'un officier ou fonctionnaire fran- « eais.

« Si les troupes françaises sont envoyées au secours des « Maures trarzas, la direction des opérations militaires ap- « partient de droit au Commandant de la colonie française. »

Les conventions du 25 mai 1892, du 10 septembre 1894 et du 29 juillet 1895, passées entre l'Emir et le Brak du Oualo, Yamar Mbôdj, sous les auspices de l'autorité française, complétaient ces négociations. Il était dit en substance que : les indigènes de la rive gauche sont autori- « ses à cultiver les terrains d'alluvion qui s'étendent sur « la rive droite, depuis le marigot des maringouins jusqu'à « et y compris Dar es-Salam. Ils peuvent s'établir pence dant toute la durée des cultures sur leurs lougans, mais « cette culture terminée, ils doivent revenir sur la rive « gauche. v

« L'Administrateur du cercle de Dagana doit seul régler « les différends qui pourraient s'élever entre les Noirs était blis sur la rive gauche et les Maures Trarzas.

« La redevance Bakh ou Massar continuera à être perçue « sur les cultivateurs de la rive droite d'après les mêmes « tarifs par le passé et par les soins des percepteurs maures.

Les relations de l'Emir avec les Français devaient rester bonnes dans leur ensemble, malgré l'assassinat de l'administrateur Vincent en face de Dagana, le 24 février 1894, par le demi-frère d'Ahmed Saloum, Mohammed Bou Raz. Ce meurtre n'avait aucun caractère politique. L'assassin fut mis à mort, la même année, par Khayaroum, près du campement de Cheikh Sidïa.

Il ne restait à Ahmed Saloum II qu'à se débarrasser de son rival. Les nombreux combats qu'il lui livra restèrent pratiquement sans résultats, jusqu'à ce qu'enfin en septembre 1893, Amar Saloum se laisse cerner sur le rivage de la mer

à Goueïch. Il essaya de fuir à la faveur de l'escarmouche, mais, rejoint par le vizir Khayaroum et son goum, il fut tué d'un coup de feu par Mohammed ould Souidi Al-Mokhtar ould Droïga des Oulas Seiid, sur la plage de Djioua (14 septembre 1893).

Ahmed Saloum II était le fils d'Ali Diombot, deuxième fils de Mohammed Ai-Habib. On a vu plus haut que l'Emir Ali Diombot avait été assassiné, en 1896, par Mohammed Fal, fils de Sidi Mbaïika, premier fils de Mohammed Ai- Habib. Mohammed Fal avait disparu, trois mois après, assassiné à son tour par son oncle Âmar Saloum, mais l'inimitié la plus farouche subsistait entre la, branche aînée et la branche cadette, dont Ahmed Saloum II était le représentant. La branche aînée était représentée, en 1893, Par Sidi et Ahmed ould Deïd, tous deux fils de Mohammed Firl, âgée respectivement de 13 et de 12 ans. Leur jeune âge les rendait peu dangereux et Ahmed Saloum II put régner en paix jusqu'en 1898, époque où Sidi commença à s'agiter.

Les intrigues de Khayaroum ould Mokhtar n'y étaient pas étrangères : l'Emir crut y mettre un terme, eu prononçant la destitution du vizir. C'était se faire un ennemi déclaré, et Khayaroum passa aussitôt au camp de Sidi avec tous ses gens.

Par ailleurs, Ahmed Saloum II avait perdu une grande partie de sa popularité, en épousant Fatma ment Sidi Ali, sœur de l'émir des Brakna, Ahmeddou. Sa première femme Miriam, fille de Brahim Khalil, des Oulad Ahmed ben Daman, se retira dans sa. famille, à l'instigation des siens. Cette fraction, ulcérée, passa aussi au parti de Sidi, sans voir les tion, ulcérée, passa aussi au parti de Sidi, sans voir les avantages de paix que cette alliance familiale entre les deux Emirs trarza et brakna procurait à toute la région.

Enfin l'assassinat d'Ahmed Bouna, oncle maternel de Sidi et d'Ahmed ould Deïd, que l'Emir fit commettre en 1898 par

son jeune cousin (Ahmed Saloum III), pour se venger de cet individu qui avait coopéré à l'assassinat d'Ali Diombot, son père, acheva de lui aliéner les dernières sympathies Oulad Ahmed ben Daman.

Entre temps, sa domination, passablement tyrannique, soulevait contre lui les tributaires Rehahla. Ceux-ci, pressurés à l'excès, refusèrent de s'acquitter de leurs horma, blessèrent Amar, frères de l'Emir, qui était venu les soumettre et s'enfuirent dans le Tagant. Ils finirent toutefois nar revenir en 1900.

La lutte va se circonscrire à partir de 1899 entre Ahmed Saloum II, l'Emir reconnu par la France, et Sidi, fils de Mohammed Fal, prétendant à l'émirat, et appuyé par la majorité des guerriers Oulad Ahmed ben Daman et surtout Oulad Daman.

Sidi, que l'assassinat d'Ahmed Bouna rendait prudent, établit son quartier général à Dagana sur le fleuve, hors des atteintes de l'Emir. Les années 1900 et 190 1 se passèrent en escarmouches sans conséquences, mais en novembre 1901, Sidi ayant réussi à grouper ses propres partisans avec les contingents commandés par Khayaroum, et le goum Oulad Daman, commandé par Mohammed, le fils d'Ahmed Bouna, surprit le campement de l'Emir et le détruisit en partie. Sidi Diao, frère d'Ahmed Saloum II, resta sur le carreau. L'Emir lui-même fut battu quelques jours après et recula jusqu'à Ndiago, cependant que Sidi venait lui fermer l'accès du Trarza en s' établissant sur le marigot des Maringouins.

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