Abd Allah
Taleb Ajouad, l'ancêtre, était originaire des Onlad Dîman.
Ce fut son fils Mokhtar Mahjoub qui, le premier, vint s'établir chez les Ida Ou Al-Hadj et s'y maria.
Son fils Hamdi fut un des savants les plus réputés et un des marabouts les plus considérés de son temps (fin du xvnr9 siècle). C'est lui qui par ses nombreux voyages en pays noir et maure a fondé ce groupement religieux des Ida Ou Al- Hadj et l'a fait ra}^onner jusque dans le Fouta etle Oualo. Il mourut vers 1S02, et a été enterré à Tindala. Il avait épousé la fille du Chems Salek ould Abd Allah.
De ces trois fils, Mokhtar Baba et Mohammedden, ce fut ce dernier, le cadet, qui hérita de la baraka paternelle. Il la transmit à son fils aîné Baba, le grand nom des Ida Ou Al- Hadj au XIXe siècle.
Baba ould Mohammedden a recruté des disciples dans toutes les tribus maraboutiques du Trarza et dans tous les villages ouolofs du Bas-Sénégal jusque et y compris le Cayor. Ce fut Un saint, mais ce fttt surtout un savant, doué au surplus d'une mémoire prodigieuse. Il a composé Une trentaine d'ouvrages divers, touchant à la mystique, ail droit, à là théologie et à la pédagogie. Les plus importants, encore usités dans beaucoup d'écoles maraboutiques des pays maures sont :
Un commentaire sur YAlfiyah d'Ibri Malik, malheureusement inachevé et qui a pour titre : « 1/ ouverture par le Malik (Dieu) de YAlfiyah d'Ibn Malik » ;■
Un poème théologique, nommé « L'échelle de l'enfant ».
Un poème sur les cycles des grammairiens ;
Un poème sur la science de l'orthographe ;
Des manuels courants de prières pour toutes les circonstances de la vie, etc.
Son biographe dit de lui « qu'il courait en avant de la « poussière que sa marche soulevait. »
Il est mort en décembre 1898, après avoir été utilisé comme
l'émirat DES TRARZAS 2ÔJ
conseiller islamique par les émirs du Tfarza et comme agent conciliateur par les gouverneurs du Sénégal. Il fut notamment d'un grand secours pour le règlement des incidents de 1S94, lors de l'assassinat de l'administrateur de t)agana par Un prince maure.
Baba ould MohammeddeU (plus connu sous le nom de Baba onld Planidi) paraît avoir Utilisé tous les ouifd. Il se rattachait par son cousin Mohand Baba au tidianisrtïe du Cheikh Mohammed et Hafedh, des Ida Ou AH, l'importateur de la voie en Mauritanie. Il savait d'autre part reçu de son père l'ouird Chadeii. cuti était en quelque sorte leur propriété familiale. C'était en effet Hamdï, l'ancêtre, qui l'avait introduit chez les Ida Où Al-Hadj, et depuis ce temps c'était dans leur tente qu'on venait le chercher. Hamdi se rattachait par son maître Ahmed Ll-Hadj, des Tamegla, à la célèbre ztaouïa Chadelia de Deraat, dans le Sud marocain.
Baba laissa plusieurs fils. L'aîné, Mokhtar, marchait sur les tracés de son père, mais une mort prématurée en 1910 a interrompu sa carrière. Ahmed, héritier de la baraka, né paraît pas vouloir jouer au marabout, jeune, intelligent, actif, mais relativement peu lettré, il a été nommé en 1910, Cheikh des Ida Ou Al-Hadj. A défaut du prestige religieux, il retient autour de lui par des avantages matériels la clientèle familiale. Il parle quelque peu le français.
Ces Chadelia de la génération précédente évoluent à l'heure actuelle vers le qadérisme.
Le fleuve Sénégal n'a jamais été une séparation pour les Maures comme pour les Noirs. Les Ida Où Al-Hadj, riverains de droite, dans la vallée inférieure, n'ont pas hésité à îa traverser et à se répandre sur îa rive gauche.
Beaucoup de ces campements ou individualités maures se sont fondues dans la masse ouolofe. C'est ainsi qu'il est ad-
mis sans contestation que les clans ouolofs de Darmankour, du Diolof et du Cayor sont d'origine maure — Ida Ou Al- Hadj. Leurs principaux kçour sont : Ouasane, keur Bâti, Mqalil, Khadié, dans ces deux provinces. Ils ont toujours été renommés dans le monde noir comme des Marabouts et des lettrés. Il est de fait que leur instruction est généralement plus développée que celle de leurs compatriotes ouolofs.
Le chef de Khadié, près Kébémer, qui en est aussi l'imam Sidi Mahmoudou ould Falibé, cultivateur, né vers r86o, fait bonne figure de lettré pour un noir. Son instruction islamique témoigne en faveur de ses origines. Une autre personnalité intéressante est Baba Diakhompa, qui était le chapelain et le conseiller islamique des derniers damel du Cayor. Après avoir été quelque temps cadi de Tivaouane à notre service, il est rentré dans le rang. Il fait aujourd'hui le cultivateur et le marabout mouride. C'est un bon lettré, s'exprimant assez facilement en arabe littéraire.
Ces clans de Ouolofs ont conservé avec leur tribu maure originelle d'excellentes relations, et plusieurs chefs et notables envoient leurs enfants faire quelque temps d'étude coranique ou supérieure aux campements de leurs cousins blancs de Mauritanie.
Plusieurs campements Ida Ou Al-Hadj, surtout des Koumleïlen, ne se sont pas écartés du fleuve. Pouvant se retremper dans le monde maure, ils ont su garder leur personnalité blanche. On les trouve dispersés dans le Oualo.
Quelques tentes Oulad Mokhtar et Id Atjfagha Aoubak, mais surtout les Koumleïlen, dont la majeure partie est installée sur la rive sénégalaise, habitent le cercle de Dagana, canton de Ross-Mérinaghen, depuis Ronk jusqu'à Tiguète. Ils sont encadrés au nord et à l'ouest par le fleuve Sénégal, au sud par le marigot de Goroum ; à Test par le marigot de Kassak.
L 'MIRAT DES TRARZAS 269
Ils y séjournent pen< ^nt toute la saison sèche, c'est-à-dire d'octobre à juillet, Dès que les tornades arrivent et que le pays est inondé par la crue, ils remontent vers la Mauritanie pour fuir l' humidité et les moustiques.
Le fractionnement des Koumleïlen du Sénégal s'établit ainsi : » f
Koumleïlen :
Il Atjlagha.
Diaïdiam, Ahel Ndeïrïa, Ahel Agd Aoubak, Ahel Louli.
Ils forment un total de 300 tentes environ, Au Sénégal, ils boivent au fleuve, dans les marigots ou à leurs puits. En Mauritanie, ils n'ont pas de puits d'eau, et boivent aux puits des Ida Ou Al-Hadj et des Tendgha. Ils sont pasteurs et quelque peu cultivateurs. Ils font notamment un peu de gros mil sur les terrains d'alluvion de la rive droite, Leur fortune consiste en bœufs, moutons et chèvres, ainsi qu'en troupeaux de chameaux, ceux-ci moins nombreux. Ils font du commerce dans les escales, et le transport des marchandises en convois libres, de Louga à Dagana ou en Mauritanie,
Ils parlent tous la langue ouolofe et vivent en très bons termes avec leurs voisins noirs.
Le personnage religieux le plus important de ce groupement est le Cheikh Mostaïn ben Talhata, né vers 1855. C'est un homme fort lettré, dont la vie austère, la simplicité de vêtement, la frugalité ont consacré la réputation de sainteté.
Il a reçu l'ouerd qadri du Cheikh Dïa ou Din, des Tendgha, qui le tenait du Cheikh Ahmed ould Mokhtar ould Zouin, des Ahel Babouïa (Assaba). Cet Ahmed était un des principaux disciples de Cheikh Sidïa Al-Kabir. Il l'assista longtemps et dirigea une opération géométrique dont le souvenir est resté attaché à son nom : la mesure de la distance
entre Bou Tilimit et Tamerezguid. Cette distance fut constatée en mesure arabes classiques : fersekh, barid et dra. Elle servit désormais d'unité de longueur pour les étapes en pays maure ? ce qui permit aux personnes pieuses de faire leurs prières, selon les rites,
Mostaïn s'est fait renouveler l'ouârd par Cheikli Sidia Baba.
Sans avoir été le disciple du Cheikh Baba ould Hanidi, des Ida Ou Al-Hadj il a toujours professé à son égard de grands sentiments de vénération.
Son influence dépasse les campements Koumleïlen du Ross- Mérinaghen. Il a des disciples dans plusieurs escales de la voie ferrée. Il les visite d'ailleurs quelquefois. Les principaux sont :
A Thiès, Mostaf Fal, maure Larlal, commerçant et cultivateur.
A Dakar, Ma Pata Bèye, Lébou, qui possède deux maisons de traite à Joal et N'Gasobil, où il réside ordinairement»
L'influence des Ida Ou Al-Hadj s'exerce sur les peuples noirs ouolofs des deux rives du fleuve.
Dans le Chamama, canton de Keur Mour, le village de Garak relève partiellement de leur obédience. C'est à Baba ould Hamdi qu'elle est due et c'est pourquoi ils se .réclament tous de l'ouird chadeli.
Les personnages notoires sont Dam Yar Fal, fils de Bouna Fal, né vers 1870, imam de la mosquée de Garak, et son frère Saïer Fatim Fal, né vers 1872. Ils out fait leurs études chez un marabout de renom, Ouolof de Garak, Amar Fal ould Massamba ould Mokhtar, qui était disciple de Baba ould Hamdi ; Ma Fal fils de N'Doumba Fal, élève et disciple de Baba ould Hamdi ; il a des talibés dans les villages du fleuve- Ronq, Brenn et Diek ; Bara M'Bati Fal, fils de Ndérj Passa
l'Émirat des îrarzas 271
Fal, né vers 1870, disciple d'Abd Allah ould Mohainmedden ould Mokhtar lima, des Ida Ou Al-Hadj. Il a fait ses études chez Mohammed ould Mohammedden ould Bibilou. Il voyage beaucoup au sud du fleuve. Sidi Guèye,.nls de Mokhtar Brahim, né vers 1870, élève et disciple du cheikh Baba ould Hamdi.
Sur la rive sénégalaise l'influence de Baba ould Hamdi, qui fut très grande dans le dernier quart du siècle dernier, a à peu près disparu aujourd'hui avec ses fils. On cite encore quelques notables âgés, maîtres d'école, qui se réclament de son ouird. Les plus importants sont : Dans le cercle de Dagana, à Yati Yane, Bara Fal, né vers 1845, et Ba Bakar Diaw, né vers 186 1, se prétendant tous deux Chadelia.
Les Ida Ou Al-Hadj cultivent à Ndieden. Ils pâturent et boivent à Loumeïlat, Tin Dahla, Al-Orch, Tin Barkat, Bou .Tellis, Bou Zobra, Hassi Meï, Lemgaïrinat, entre Méderdra et l'Océan. Leurs puisards sont : Loutil et Bou Azam,
Les marques de leurs troupeaux sont ) 1 \^
Les Koumleïlen habitent la région de O uni Ach Chib à Meriou, les terrains inondés en face de Rehouma, et de là
jusqu'à Nouakchot. Leur marque est le laai-alif ^ , qu'ils apposent sur la cuisse droite des troupeaux,
.TachKdbit
Dans la légende des origines arabes des tribus maures, les Tachedbit s'attribuent une souche himyarite, et se donnent pouf ancêtre un des compagnons du Prophète, de la fraction Aous. Ils seraient donc de ce côté les cousins des
tribus Tendgha, Tadjakant, du pays Trarza, Ida Ou Aïch du Tagant-Assaba.
Les Tachedbit formaient déjà une tribu constituée, lors de la naissance du mouvement almoranide. La tradition leur assigne une place dans la méhalla d' Abou Bekr ben Omar, qui vint conquérir le Sahara méridional.
Ils s'établirent à ce moment dans le Tiris, puis descendirent peu à peu vers le sud.
Vers la fin du xvie siècle et le commencement du XVIIe siècle, on trouve les Tachedbit puissants, et groupant autour de leur chef In dag Saad la plupart des tribus maraboutiques de Mauritanie. Ce sont eux qui dirigent la résistance contre les razzias de Sid Brahim l'Aroussi, et par leurs pratiques de magie font reculer à plusieurs reprises ce chef de Hassanes.
Le nom de Tachedbit remonterait à In dag Saad ; d'où il suit, si cette tradition est vraie, que la tribu portait antérieurement un nom qui n'est plus connu. Elle avait dû d'ailleurs se fondre avec le temps, puisque c'est un In dag Saad qui la rénova et lui rendit son ancienne propriété.
Le Cheikh de la tribu a fourni une note, dont voici la traduction :
« L'origine de ce mot remonte à In dag Saad, homme « vertueux, compté parmi les saints de Dieu. Son père, pieux « pèlerin sur la terre passa un jour chez les Chorfa Glagna « (Hodh). Ceux-ci le marièrent à une de leurs filles, et elle « lui donna un enfant : In dag Saad. Celui-ci s'établit par « la suite à Ouadane avec ses Télamides.
« La sécheresse s'abattit sur le pays et l'eau devint sa- « lée (i). Les gens dirent au marabout : « Ou il va pleuvoir,
(1) Ce phénomène se reproduit dans le Haut-Sahara maure, lès années où la sécheresse sévit. L'eau des sources et puisards devient de plus en plus salée, à mesure qu'elle diminue. Elle finit par devenir impotable.
« ou tu pars avec nous. » Eu tendant ces plaintes il leur dit : « Faites vos bagages ; après la prière de la mi-journée, nous « quitterons ces lieux ». Ainsi fut fait. Quand la prière « du dohor fut achevée, il décampa et partit accompagné de a trente individus et partit pour le Guénar, c'est-à-dire le c pays des Maures du fleuve.
« C'est pour cela qu'ils furent nommés Tasedbit, puis « Tachedbit, (id est, qui marchent le soir).
« Parmi les compagnons du marabout se trouvaient lîam- « dan, ancêtre des Ahel Haïmedda et Othman, ancêtre des « Arala (ou Iralenj.
« In dag Saad- eut cinq fils : Al-Mokhtar, Al-Am, Maham, Mostaf et Ahmed, *
« Hamdan, ancêtre des Ahel Haïmedda, avait pour frère Tàleb Mostaf ».
Telles sont en effet les origines des six actuelles fractions qui composent la tribu Tachedbit.
Oulad Mokhtar 38 tentes
Oulad Al-Am 29 —
Oulad Maham 80 —
Oulad Mostaf 24 — i
Oulad Ahmed 41 —
Larlal 76 —
Les cinq premières sont issues des cinq fils d'In dag Saad, leurs ancêtres éponymes. La dernière, les Larlal, descendant de Hamdan et de Taleb Mostaf, les deux chorfa, compagnons d'In dag Saad. Ils avaient pour ascendance Aboubak, fils d'Abd Allah, fils d'Ahmed, fils de Mohammed, fils de Yennada, chérif hassani. Leurs femmes furent des filles de la tribu Larlal ; c'est pourquoi on donna ce nom à la fraction qui se formait à côté des campements des fils d'In dag Saad. Aujourd'hui elles font toutes corps, pour former la tribu Tachedbit.
Quoique Lemtouna d'origine et parents des tribus zouaïa,
XXX VT. 18
les Tachedbit ne firent pas cause commune avec elles, lors de la guerre de Babbah, au xvne siècle. Ce fut même d'un geste du chef des Tachedbit que surgit, sfnon la cause, au moins l'occasion de cette grande lutte. Sur les conseils de ce cheikh, Babbah, son zenagui, refusa de payer la zakat au percepteur de l'imam Nacer ad-Din. Comme ce percepteur, Sid Ai-Hassan tentait de recourir à la contrainte, le chef des Tachedbit fit appel à l'Emir des Trarza, Haddi, fils d'Ahmed ben Daman. Celui-ci se jeta sur les agents du cadi percepteur, les mit en fuite et captura le produit. La guerre entre l'imamat berbère et l'émirat arabe était commencée (vers 1644).
N'ayant pas été mêlés aux luttes qui se continuèrent entre Haâsanes et Zouaïa jusqu'en 1674, les Tachedbit ne partagèrent pas le sort des Marabouts vaincus. Avec le temps toutefois, ils ont été soumis à la condition générale des Zouaïa et en dernier lieu, rien ne les distinguait d'eux.
La tribu compte 288 tentes, 452 hommes, 555 femmes, ygô enfants et 133 serviteurs .
Bile a pour Cheikh, depuis 1909, Mokhtar ould Maham Beïdi, né vers 1875, de la sous-fraction Oulad Ahmed et pour marabout en titre Mohammed ould Mokhtar ould Haïmedda, de la sous-fraction Oulad Maham, né vers 1850, qui en est aussi le cadi depuis 191 1. Ces deux personnages, ainsi qu'un certain nombre de Tachedbit, sont inféodés à l'obédience tidianïa des Ida Ou Ali.
Les Tachedbit boivent aux puits d'eau de Hamra El-Ma, Chagenda, Himer Timezguida ; dans les puisards des dépressions (Dekhel) de Digueïna et Nacra, aux puits de Tech-
l'émirat des ïrarzas 275
taïa, Kermaïa, Ferraïa, Hassi Raougha, Kra El-Haddad, Touraten, Agaddaï Ndiourmeïl, Gaçaa, Khouara, Hosseï Barab Nakla, Khennou, Aferchïa, Sgarit, Hosseï Delim. Grands cultiavteurs, ils cultivent autour de ces points d'eau.
En saison sèche, ils remontent avec leurs troupeaux vers Al-Aouinat, Arenjeïlit, le Tafouelli et 1'Agneïtir.
Ils ont des troupeaux variés et florissants. Leur marque
est le « hat maasri » ou hat renversé, à savoir
Medlich
Les Medlich, dans la tradition de leurs prétendues origines arabes, assurent descendre d'Abd Allah ben Omar ben Abd El-Aziz, des Béni Ommïa.
Beaucoup plus vraisemblablement, ils ajoutent que leurs ancêtres faisaient partie de l'invasion berbère d'Abou Bekr ben Omar (xi6 siècle). Le Chiam ez^Zouaïa confirme cette tradition ; suivant son récit, on les trouvait vers le xmé siècle dans le Haut-Trarza, alors connus sous le nom de Medjlis, de même qu'aujourd'hui on écrit encore quelquefois leur nom à l'ancienne mode : Medjlis. Jouant sur ce mot qui si* gnifie en arabe : cercle, assemblée, on les appelait les Medjlis Al-Alm, id est « le cercle d'études » ou « les Medlich de science ».
Par l'accueil hospitalier qu'ils firent aux immigrations ultérieures, notamment à celles des Tachomcha, les Medlich contribuèrent à renforcer l'élément berbère de Mauritanie. Ils étaient déjà soumis aux règles de transhumance qui régissent la vie maure, et se rassemblaient à la saison sèche, autour des puits, pour se disperser dans la brousse, quand les pâturages reverdissent et que les mares s'emplissent.
276 REVUE DU MONDE MUSULiVLV
Les Medlich se fractionnent ainsi :
Ida Ou Amar :
Id ab Youbak 10 tentes
Ahel Bou Mijen 15 —
Idl ag Fagha 26 —
Ahel Fagha Yahïa 11 —
LASSABA :
Ida Oujan 38 —
Ahel Abou Gadchalla 13 —
Ahel Hadj 11 —
Ahel Taleb Amar 13 —
Ahel Ahmedden Maham :
Ahel Bou Ahmed 36 —
Ahel Abeïdi 7 —
Ahel Amar Maham . . 8 —
Soit un total de 188 tentes, et une population de 333 hommes, 360 femmes, 463 enfants et une centaine de serviteurs.
Le Cheikh de la tribu est Mohammed ould Haoum Allah. Le personnage le pus en vue est le cadi de la tribu, Chérif ould Sidi Ahmed ould Cebbar, né vers 1875, qui se prétend chérif par sa mère, Ment Mohammed Mahmoud ould Sidi Mohammed Chérif, et sa grand'mère, Miriam ment Sidi Mohammed. Il a fait ses études chez les Ahel Mohammed Salem, l'université juridique nomade de l'Adrar. Il était cadi de l'Emir Ahmed Saloum II ould Àli, avant de l'être au nom des Français.
Les Medlich boivent aux puits de Yara, Tin Mara, Ndag Biré, Maazel, Tel Barkat, Bou Jaïba, Timsïa, Lereïcha, Alfilat, Tin Gueïdia, Nimjar, Hosseïn ould Diobba.
Ils ont peu de chameaux, mais beaucoup de troupeaux de
bœufs et de petit bétail. Leur marque est le lam alif, avec contremarques par dessous ~~ —
Oulad Atjafagha Habib Allah
L'origine des Oulad-Atjafagha Habib Allah est confuse. Leur ancêtre, le faqih Habib Allah, descendrait d'un certain Id agh Ghouza qui était le cousin des Id ag Fodié (Tendgha) . Mais une autre tradition leur attribue une origine Tachomcha.
Ils se fractionnent en :
Id Achehadien, Id Ahmed Diédié, Ahel Saïd, Ahel Khiar.
L'Administration les a fondus en deux sous-fractions :
Ahel Saïd 92 tentes
Ahel Khiar 32 —
Lors de la constitution des grands commandements maraboutiques du Trarza, la fraction Habib Allah fut laissée indépendante sous le commandement de son chef Sidna Al- Mbarek, qui s'employa à faire descendre la majeure partie des tentes encore en dissidence dans le nord. Elle a depuis conservé son autonomie.
Son chef est Mokhtar ould Sidi, vieillard centenaire. Le cadi de la tribu est son fils Mohammed. .
Les Id Atjfagha Habib Allah campent au nord de l'Iguidi, au milieu des Ahel Barik Allah et des Id E'iqoub. Ils boivent aux puits de Tin Yera, Agoumart, Aïrech, Aouleïgat. Ils comprennent 124 tentes, 134 hommes, 165 femmes, 160 enfants et 60 captifs.
Ils possèdent des troupeaux de bœufs et de petit bétail. mr'marque est le lam-alif contremarque d'une barre à
Leur marque droite, soit j£ 1
Oulad Ba Zeïd
Les.Oulad Ba Zeïd ont pour ancêtre éponyme Ba Zeïd, fils de Bou Drïa, fils d'Abd En-Nebi fils d'Ahmed Serïer, fils d'Ali et d'Azzouna. Ali était fils ou descendant de Terroux, ce qui donne donc à la fraction une origine Trarza. Ils ont les cousins des Telabine, puisque l'ancêtre de ceux-ci, Beniouk, était fils aussi d'Ahmed Serïer.
Schéma généalogique.
Terrouz
Ali (époux d'Azzouna)
Ahmed Serïer
Abd En-Nebi Beniouk
Bou Drïa Moussa
Ba Zeïd, Ali Briba
ancêtre des |
Oulad Ba Zeïd Taleb,
ancêtre des Telabine
Leur ancêtre Abd En-Nebi, fils d'Ahmed Serïer, avait laissé de nombreux fils, qui firent souche, et il y eut bientôt une tribu Ahel Abd En-Nebi ; mais les luttes intestines les décimèrent à un tel point que bientôt il ne resta plus que Ba Zeïd. Celui-ci se fit marabout pour échapper à la mort. Il y a plus de deux siècles que l'événement s'est passé. Aussi les Oulad »Ba Zeïd sont-ils considérés comme de francs et pieux Zouaïa.
Ils se fractionnent en quatre campements :
Ahel Adeïja, Ahel Mohammed Mokhtar, Ahel Beïlla^ Ahel Hobbeïl, et comprennent 56 tentes, 84 hommes, 113 femmes, 179 enfants et 40 serviteurs. Leur Cheikh est Ahmed ould Abid.
Ils campent sur le territoire des Oulad Dîman, à Méderdra même.
Ils possèdent des troupeaux de bœufs et de petit bétail qu'ils marquent du feu des Oulad -Dîman.
Telabine
Les Telabine sont cousins des Oulad Ba Zeïd (Cf. le tableau généalogique, supra). Ils descendent de Taleb fils d'Ali Beïba, fils de Moussa, fils de Beniouk, fils d'Ahmed Sérier, fils d'Ali, époux d' Azzouna et fils de Terrouz. Ils sont donc d'origine trarza. Leur retour à Dieu remonte au XVIIe siècle environ, époque où Taleb, las de la vie de guerrier, se fit marabout.
Un certain nombre de tentes Azzouna (Oulad Rizg) sont venues se fondre chez eux, ce qui a porté atteinte à leur réputation de tolba. Aussi le poète dimani, Ahmel Al-Aqel, a-t-il pu chanter : '
« Combien mauvais est It chemin qui conduit chez la plus mauvaise des tribus, à savoir les campements Telabine.
a On ne trouve nul bien dans le pays où on les voit. Pourquoi? parce qu'ils ont pour origine la lie des Azzouna ».
Ils se fractionnent en Ahel Ali Beïba et Ahel Sembali,
28o REVUE DU MONDE MUSULMAN
comprennent 49 tentes, 75 hommes, 86 femmes, 89 enfants et 30 serviteurs. Rattachés d'abord aux Tachomcha avec Sidi Mohammed ould Cheikh Sliman, comme cheikh, lors de la constitution des grands commandements maraboutiques dans le Trarza (1906-1909), ils ont, depuis cette époque, été constitués en fraction autonome, sous le commandement du Cheikh Ahmed ould En-Nah ould Hommeïda ould Semlal.
, Ils campent sur le territoire des Oulad Dîman, à qui ils .ont emprunté leurs troupeaux de bœufs et de petit bétail.
Ntaba
Les Ntaba comprennent deux fractions, les Ntaba Labïod (blancs) et les Ntaba Lkohol (noirs), et se subdivisent ainsi :
Ntaba blancs :
Ahel AI Jar,
Ahel Aoubak (Ahel Atjfagha), Oulad Mahand.
Ntaba noirs :
Ahel Ndiak, Ahel Moumeni, Aheî Darek.
Les Ntaba blancs accusent une population de 36 tentes, 88 hommes, 85 femmes, 92 enfants, 4 serviteurs ; les Ntaba noirs, une poulation de 46 tentes, 10 1 hommes, 108 femmes, 107 enfants, 14 captifs.
Lors de la constitution des grands commandements maraboutiques du Trarza, les Ntaba furent groupés avec les Tendgha sous l'autorité de Sidi Bonïa,fils de Saad Bouh. En 1909, ils recouvrèrent leur autonomie et ont aujourd'hui pour cheikh commun des deux sous-fractions (blancs et noirs), Mohammed ould Dieba. Le saint et savant de la tribu est son frère Ai-Habib ould Dieba.
Aucune différence de teint ne sépare les Ntaba blancs de leurs frères noirs. La tradition explique ainsi cette double dénomination.
L'ancêtre épbnyme, Ntaba, appartenait à la tribu des Oulad Nacer (Hodh), fraction des Anatra ou fils d'Antar. Il arriva un jour dans le pays Trarza avec un individu de peau noire, qu'il présenta comme son frère, et en qui d'ailleurs beaucoup ne voulurent voir que son captif. Ils se marièrent dans le pa}rs et y prospérèrent.- Ce sont les deux ancêtres des deux fractions Ntaba.
Les Ntaba n'ont pas de puits et puisards personnels, ni de terrains de parcours propres. Ils vivent et boivent avec les Tendgha.
Les puits d'eau que fréquentent les Ntaba blancs sont : Tin Djemaren, Baguend, Agammoun, Tin Maten, Leddaïat, Semsïat, Bel Maared ; ils nomadisent dans l'Aftout Sahell, de Ziré à la hauteur de Khroufa.
Les Ntaba noirs campent dans le Khechouma et le Tichalaten, région du Chamama.
Les Ntaba ont des^troupeaux de chameaux, de bœufs et de petit bétail. Leur marque commune avec les Medlich est
le lam-alif /\ avec simple ou double contre-marque à
droite ou à gauche IjÇ lyS jS 2S" I1s l'apposent
sur la cuisse droite de la bête,
TlAB IvOUBBEÏDAT
Les Tiab" Loubbeïdat, ou Loubbeïdat guerriers, mués en marabouts, se subdivisent en
Ahel Taleb Ahmed 29 tentes
Ahel Mohammed ould Ali 39 —
Ahed Sidi ould Ahmed 14 —
Ahel Hadj oiild Ahmed 17 —
soit un total de 99 tentes, 123 hommes, 143 femmes, 151 enfants, 30 captifs.
Ils vivent sur le territoire des Larlal, fraction des Tachedbit. Ils ont un Cheikh autonome, Abd El-Fettah ould Mokhteïer, mais leur cadi Mohammed Haïmedda leur est commun avec les Larlal.
Ils boivent surtout à Tin Djemaren.
Ils possèdent quelques chameaux, mais surtout des bœufs et du petit bétail. Ils le marquent du feu des Tachedbit « le hat renversé » . *çp> ^-~—
Groupement de Cheikh Sa ad Bouh
Le groupement de Cheikh Saad Bouh n'a pas d'unité ethnique. Il se compose de divers petits campements, venus se réfugier auprès du marabout, et qui croissent à l'ombre de sa baraka.
il a été étudié en détail antérieurement (1).
Cheikh Saad Bouh est le chef administratif de ce groupement.
A signaler qu'il appose sur ses troupeaux la marque générale des Fadelïa, le neqli : | , mais il le contremarque d'un point à droite, soit J? .
(1) Cf. Y Islam maure. — Les confréries religieuses de la Mauritanie : les Faâelia.
Les Ahel Al-Hadj Al-Qorbi qui constituent la fraction la plus importante de son groupement ont un feu spécial, le
larn-alif, apposé [J sur les bœufs et les ânes, et /K sur les chameaux.
Chorfa
Le Trarza comprend plusieurs groupements de Chorfa d'inégale importance. Sauf pour la fraction Ida Ou Ali, ils se présentent en général sous la forme de petits campements, vivant en marge ou à la suite d'une tribu maraboutique. Leur qualité de Chérif est communément admise sur le vu de leur arbre généalogique, mais il est évident qu'aucun lettré arabe ne saurait faire la critique sérieuse de ces origines.
Le tableau de ces campements chorfa est donné ci-après. La plupart d'entre eux ont d'ailleurs été signalés dans la notice consacrée à la tribu, où ils sont installés.
1. Chez les Medlich, au puisard de Ballal, un petit campement de Chorfa, disciples de Cheikh Sidïa (Méderdra).
2. Chez les Medlich encore, les Ahel Tenguen, dits aussi Ahel Mohammed Mouloud, du nom de leur ancêtre éponyme. Ils comprennent une quinzaine de tentes sous le commande* ment de Sidaïn (Méderdra).
3. Chez les Medlich et les Aroueïjat, se partagent deux tentes Ahel Baraka Allah (Méderdra).
4. Dans le groupement de Cheikh Saad Bouh, un petit campement de Chorfa, relevant de son obédience (Méderdra).
5. Chez les Ida Ou Al-Hadj, la fraction des Ahel Sidi Yaraf, qui descendent de Chérif Sidi Yaraf et sont soumis à l'autorité spirituelle des Ida Ou Al-Hadj. Ils sont campés à Berouït, derrière Aoulïeg. Ils comprennent trois sous-fractions : les Ahel Sidi Yaraf proprement dits, dont le chef est Sidi Yaraf ould Sidi Ahmed ould Baba ; les Ahel Imam ad- Din dont le chef est Mohammed ould Imam ad-Din ; les
Ahel Mohammed Miloud dont le chef est Ali ould Sidi Beïat. Ils comprennent environ 200 tentes. Leur importance numérique les a faits constituer en fraction jouissant d'une certaine autonomie.
6. Chez les Ida Ou Al-Hadj encore, les Ahel Chérif Bou Qoubba, dont le chef est Abd Allah, et qui font le commerce des chevaux entre la Mauritanie et le Sénégal.
7. Dans l'Iguidi, chez les Oulad Dîman et Tendgha, les Ahel Moulay, campés dans le Dahar Noualalane, et buvant aux puits de Tin Guend, Tijoub et Nouamart. Leur chef est Mohammed Mouloud. Ils sont une quinzaine de tentes de grands nomades. Le grand saint et savant réputé des Tendgha, Mohammed Fal ould Motalli, a été enseveli à Nouamart et son tombeau se trouve sous la garde des Ahel Moulay (Méderdra).
8. Chez les Oulad Dîman, fraction des Ahel Ahmed Al- Aqel, les Ahel Sidi Mohammed Chérif. L'ancêtre Mohammed Chérif est enterré à Nkallaw-Diallo, dans le Chamama. Ce tombeau est l'objet de nombreux pèlerinages.
On raconte qu'au lendemain de ses funérailles, ses fidèles étant venus prier sur sa tombe y trouvèrent une magnifique colonne de pierres vertes, qui manifestement n'avait pas pu être élevée, pendant la nuit, par des mains humaines. C'est pourquoi Mohammed Chérif est appelé aujourd'hui par la voix populaire « Le saint à la colonne verte ».
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Peu de temps après, un arbre aux feuilles multicolores poussa sur sa tombe. Il suffisait qu'un malade se frattât le corps avec l'une de ces feuilles pour être aussitôt guéri.
Les deux petits-fils du marabout : Mohammed Nafa, et Mohammed Mamoun se sont adonnés au commerce et à l'élevage. Us ont de beaux troupeaux de bœufs. Mohammed Nafa
fait en outre l'entreprise des transports de la Mauritanie au Cayor et au Baol (Méderdra).
9. Chez les Oulad Dînian, fraction Ida Oudeï, les Al-Houakir, descendants d'Aouta, qui appartenait aux Oulad -Sidi Elias de Tombouctou. On sait que le tombeau de Sidi Elias est à Tombouctou et fait l'objet d'un culte général (Méderdra).
10. Chez les Tendgha, les Oulad Bou Bezzoula, considérés aujourd'hui comme partie intégrante de la tribu et qui ont été étudiés avec elle (Méderdra).
11. Chez les Ida Belhassen, les Ida Choqra dont la tente, réputée pour sa science et sa piété est celle d'Ahmeddou ould Sidi Amin. Les Ida Choqra faisant partie intégrante des Ida Belhasen ont été étudiés avec cette tribu (Bou Tilimit).
12. Chez les Tagounant, les Oulad Al Mouloud, dont la famille dirigeante est celle des Ahel Mokhtarna (Bou Tilimit)
13. Chez les Oulad Biri, les Oulad -Sidi Al-Hadj, à Bou Tilimit même.
14. Chez les Oulad Biri* dans la fraction des Id Amijen, les Ahel Maqam. Ils ont des cousins dans l'Adrar qui possèdent les deux kçour et palmeraies de Naama et de Gassar (Bou Tilimit).
15. Chez les Oulad Biri encore, dans la fraction des Oulad Mohammedden Allah, les Ahel Mohammed Khouna, réputés pour leur science. Il n'y a pas un seul illettré dans ce campement. Leur chef Abd El-Ouadoud ould Mohammed Habib Allah est un des muezzins de la Zaouïa de Cheikh Sidïa, à Bou Tilimit. L'ancêtre épouyme, Mohammed Khouna, est enterré à Hassi Nebka (Bou Tilimit).
16. Chez les Oulad Biri, parmi les Télamides Laghlal, les Chorfa Moqaddemin, à N'Dokhon et Nebka, sur la route de Bou Tilimit à Podor. Ils sont les descendants d'un chérif Abd- El-Moumen, originaire de Tichit, où ils ont encore des cousins (Bou Tilimit).