Chez les Tagnit, les Chorfa Nouagour, installés au
puits de Nouagour, sur la route de Bou Tilimit à Podor (Bou Tilimit).
18. Le groupement sédentaire de Chorfa noirs du village de Garak et environs dans le canton de Chemama de Keur Mour en face de Richard Toll. L'enseignement coranique de ces marabouts jouit d'un grand prestige, et il est de bon ton chez les noirs du Oualo et même du Diolof, de leur envoyer leurs enfants pour y parfaire leurs études.
Les Chorfa de Garak descendraient d'un chérif, Redouan Fal, venu d'Egypte en Mauritanie au commencement du XVIe siècle. Il s'installa dans le Targa, au nord-est de Nouakchot, et fit de Tin Brahim, son point d'eau et le centre de son rayonnement. C'est là qu'il mourut, et on y montre encore son tombeau. Un siècle plus tard, ses descendants à la quatrième génération, les Ouarank, fils d'Amar Fal, fils de Brahim Fal, fils d'Oumat Fal, fils de Redouan Fal, prennent part à la guerre de Babbah sous la direction de leur aîné Massemba Ouarank. Vaincus avec les autres tribus maraboutiques, ils durent se disperser et fondèrent, chacun de leur côté, les villages de Mbol, Tin Maten, Tounguen, et Garak, toujours florissants. Certains mêmes passèrent le fleuve et créèrent sur la rive gauche le village de Thall.
Au xviii6 siècle, les Chorfa Fal s'unissent par des liens d'amitié à leurs puissants voisins les Ida Ou Aî-Hadj. Aussi subirent-ils leur influence religieuse au xixe siècle. Quoique Qadrïa, ils se font initier à la confrérie chadelïa dont cette tribu est la représentante quasi-officielle.
Ils se sont toujours posés en catéchistes et missionnaires d'Islam sur le fleuve. Leurs alliances avec leurs voisins ouolofs et leurs consins sénégalais les ont fortement teintés de sang noir. Leur qualité de Chorfa leur a évité de se laisser prendre dans l'engrenage des guerres civiles des tribus maures.
C'est à Garak que sont installés les descendants de la branche aînée de Massemba Ouarank. En 1S55, lors des premiè-
res luttes du Gouvernement Faidherbe contre les Trarza, le Chef de la famille Ahmed Fal Mokhtar fils de Marfal, fils de Mamadi Dimbé, fils de Massemba, dut évacuer le village et se réfugier dans l'intérieur. Mais il se hâta de revenir, dès 1S5S, quand l'Emir Mohammed Ël-Habib eût fait sa soumission aux Français.
Le Chef du village est aujourd'hui son neveu Ahmed Fal Bouna, fils de Bouna Mokhtar fils de Bouna. C'est un vieillard très considéré dans le groupement et qui jouit dans toute la région d'une grande réputation de sainteté. !
Cantons noirs
Le Trarza comprend en outre, en bordure du fleuve sur la rive droite, un certain nombre de noirs libres, descendants de ceux qui habitaient autrefois cette province du Chemama, comprise dans le royaume Oualo. Ils sont partagés en quatre cantons, qu'il y a lieu d'énumérer simplement car l'étude de ces populations noires se rattache au Sénégal et non au Trarza Mauritanien.
Ce sont, en partant de Saint-Louis et en remontant le fleuve :
Le canton de N'Diago, peuplé de Ouolofs.
Le canton de Dar es-Selam, peuplé de Ouolofs,
Le canton de Keur Mour, peuplé de Ouolofs.
Le canton de Thiékane, peuplé de Ouolofs et Toucouleurs, relevant tous quatre de la Résidence de Méderdra.
Thiékane est remarquable dans l'histoire du peuple toucouleur, comme berceau de l'importante famille des Kane.
Les indigènes noirs, âgés de plus de dix ans, pajent une taxe annuelle de capitation de 4 francs. Cette taxe a produit pour l'Exercice 1913 une somme de 10.800 francs.
Récapitulation
Le Trarza, au recensement de 1912-1913 et sur 4es déclarations des intéressés, comprenait :
Tentes Hommes Femmes Enfants Captifs Captives
Résidence de Bou
Tihroit ........ 7.069 8.611 5944 8.197 2.008 2.574
Résidence de Mé- .
derdra ........ 7.252 11.084 13.234 10.858 3.151
soit une population totale de 14.321 tentes et de 75.751 personnes (19.685 hommes, 29.278 femmes, 19.055 , enfants, 7.739 captifs).
; Les écoles coraniques, si l'on veut y 'comprendre les petites tentes où le père de famille enseigne à ses, enfants et neveux la lecture et l'écriture arabes et la science du « Livre », s'élèvent à 500 environ. En ne comptant que les écoles publiques, ouvertes par un maître à tout venant, -le chiffre recensé est de 49.
Il y a une dizaine d'écoles supérieures de droit, de grammaire, de théologie, de langue et littérature arabes. Dans ce nombre il ne faut pas oublier la Médersa de Bou Tilimit, ouverte le Ier janvier 1914, et dont les cours ont été suspendus, dès le 31 juillet suivant, par suite de la mobilisation.
SENNAD BEN MoHAMMEDDEN, DES OlJLAD DlMAN,
Secrétaire du Comité consultatif des Affaires Musulmanes,