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CHAPITRE PREMIER Les attributions politiques de TEmir

La situation politique de l'Emir du Trarza a été établie eu mai 19 10 par un contrat bilatéral entre le Gouvernement français et l'Emir Ahmed Saloum III.

En rétablissant l'Emir dans les fonctions exercées héréditairement dans sa famille, l'autorité locale française n'entendait pas évidemment revenir à l'ancien état de choses. Il s'agissait simplement de passer de l'administration directe à un régime de protectorat qui était plutôt une sorte de tutelle très serrée. On voulait délivrer les autorités locales françaises des soucis d'une administration intérieure de tribus, aussi délicate dans ses conséquences possibles qu'insignifiante dans le fond. On visait à remettre ce soin aux chefs naturels des tribus, qui s'en tireraient plus facilement et beaucoup mieux; en un mot à faire administrer les Maures par les Maures, mais à la française, c'est-à-dire avec précision et sans déprédations.

Cette nouvelle organisation ne s'étendait d'ailleurs qu'au Trarza occidental. Le Trarza oriental est resté soumis à une tu>elle plus directe de l'autorité française, et aucun Emir n'est venu s'interposer entre les tribus commandées par leurs chefs élus et les Commandants du Cercle et Résidents. Il est xxxvi. 19

vrai de dire que c'est dans le Trarza occidental qu'est concentrée la grande majorité des tribus hassanes, tandis que le Trarza oriental renferme surtout des tribus maraboutiques, dont l'administration est beaucoup plus facile.

Une limite territoriale a été tracée au commandement de l'Emir. Bile suit la ligne idéale Lemleïga, Souet el-Jerarïa, et son prolongement vers le nord. Ahmed Saloum doit également s'abstenir de toute immixtion dans le Chemama noir.

En revanche, le Gouvernement français s'engageait à « assurer protection à l'Emir dans tous les cas où il aurait « à repousser un ennemi venu de l'extérieur. Il l'appuierait « à l'intérieur dans toutes les circonstances où il se confor- « merait aux obligations de son titre. »

Les Djemaas des tribus furent toutes consultées individuellement et séparément. Elles donnèrent leur plein assentiment à la nouvelle organisation, et c'est après que cet assentiment eût été fourni par écrit, que le contrat fut dressé et ses dispositions mises en vigueur.

Politiquement, l'Emir sert d'intermédiaire entre le Gouvernement français et les tribus qu'il commande et dont il est le représentant officiel. Il est chargé de la police intérieure et de la sécurité extérieure. A cet effet, il doit avoir une force organisée, avec des chefs connus et agréés. Il peut être appelé à fournir des partisans, marchant directement sous les ordres des officiers français. Ses hommes doivent se soumettre à des exercices de tir. Un certain nombre de ses guerriers peut être retenu en service en permanence. Les armes confiées doivent être périodiquement présentées, pour qu'on puisse s'assurer de leur existence et de leur entretien. Eu leur imposant cette responsabilité de l'ordre intérieur et de la sécurité des frontières du Trarza, on a fait de l'Emir et de ses gens les auxiliaires directs et dévoués de notre politique. Cette responsabilité est d'ailleurs rendu effective par la présence au milieu des tribus de nos pelotons méharistes

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qui appuient les forces locales, affermissent les bonnes volontés et servent de point de ralliement à tous les fidèles de l'Emir et à tous les amis de la cause française.

L'Emir a aussi le devoir de favoriser de toutes ses forces l'extension de l'influence française et notamment de faire envoyer les fils de chefs et de notables dans nos écoles. Il doit encourager les entreprises industrielles et commerciales françaises, réserver le meilleur accueil à tout visiteur européen, et assurer l'exercice du droit de propriété.

Un Résident, représentant le Gouvernement français, est placé à ses côtés (Méderdra). « L'émir s'engage à agir cons- « tamment d'accord avec le Résident, à déférer à ses. avis, et « à lui rendre compte de tous les actes administratifs ».

Quoique les droits de l'Emir en matière immobilière n'aient pas été déterminés, il est entendu que ce chef indigène ne pourra disposer d'aucune parcelle de terrain, sans l'autorité du Gouvernement français. Les concessions de pâturages ou autres, comme celles que certains de ses prédécesseurs ont faites à des tribus, lui sont interdites.

La dignité émirale n'est pas héréditaire dans la descendance d'Ahmed Saloum III, ou tout au moins elle ne l'est qu'autant que le Gouvernement français' le juge à propos. Utilisant habilement l'élasticité des conceptions maures sur la succession du pouvoir émiral, le commandement se réserve le droit de faire prévaloir son candidat, lors de la disparition de l'Emir en fonctions.

On trouvera ci-après en annexe, le texte de la convention de mai 19 10, intervenue entre le Gouvernement français et Ahmed Saloum III.

L'Emir a conservé autour de lui les principales dignités qui, de tous temps, constituent la cour royale ou mahçar. Mahçar est en effet la dénomination officielle réservée au campement émiral. A vrai dire, ces fonctions de vizir, percepteur, chambellan (terkib) n'ont jamais été bien définies, même sous l'ancien régime, et ces dignitaires étaient em-

ployés indifféremment à une fonction de leur -emploi ou de l'emploi voisin. C'est ce qui se passe encore aujourd'hui. Le sentiment d'indépendance de Hassanes est tel, qu'ils n'ont jamais consenti à ce que ces hauts dignitaires se recrutassent parmi eux, et c'est ainsi que la tradition s'est établie que seules les tribus Zenaga ou haratines pouvaient fournir les auxiliaires administratifs de l'Emir.

Les principaux personnages du mahçar d'Ahmed Saloum III sont encore aujourd'hui soit des Zenaga, tel Sebti ould Saddiq et Hassan ould Taleb, des Ould Aïd ; Bouirik ould Othman, des Réhalila ; Mohammed ould Boïlat, des Arroueïjat ; soit des Haratines, tel Ould Iïch. Son conseiller et représentant est Mohammed ould Bou Chareb, des Oulad Reguïïeg.

Il en est de même d'ailleurs dans le Trarza oriental pour le campement d'Ould Deïd, et c'est Amar ould Miloud, chef de ses Haratines Dokhon, qui est son grand vizir et le secrétaire de ses commandements.

Le campement de l'Emir est en général installé autour des puits de Khroufa, mais de ce point central il rayonne, suivant les lois de la transhumance mauritanienne, vers les puits de Tin Ouermi, Tifouachit (Youri), Tin Tagounant et Hosseïn Marouf.

La situation d'Ould Deïd

Ahmed ould Deïd, âgé de 33 ans, est le fils cadet de l'Emir Mohammed Fal, assassiné en 1886, avec ses trois frères par l'Emir Amar Saloum. A cette heure critique ; il se réfugia avec Sidi, son frère aîné, chez les Ould El-Lab, fraction de sa mère, et plus tard au Tagant. Dès 1898, à la tête de leurs partisans, Sidi et lui apparaissent dans le Trarza et revendiquent l'Emirat contre Ahmed Saloum II qui, dans l'intervalle, avait détrôné et tué Amar Saloum. Cette lutte

de détail se poursuivit avec une fortune inégale. Les deux fils de Mohammed Fal étaient les représentants héréditaires de la branche aînée des descendants de Mohammed Ai-Habib, et à ce titre comptaient bien des sympathies, mais ils avaient à lutter contre les gens ayant des situations acquises. Ils avaient surtout à vaincre l'hostilité des Français qui, las de ses perpétuelles dissensions, soutenaient soit directement, soit par leurs sujets noirs, l'émir en fonctions.

Sidi et Ould Deïd firent leur soumission au début de 1905, sur les exhortations de leur ami Cheikh Sidïa, mais leur dessein de supprimer l'Emir était bien arrêté, et en avril 1905 Ould Deïd assassinait de sa main Ahmed Saloum II et son frère. Sidi prend alors le titre d'Emir et donne à Ould Deïd le commandement militaire de ses bandes. Tous deux essaient, avec ou sans les Français, de reconsituer l'Emirat à leur profit. Ayant échoué dans cette tâche, ils partent en dissidence dans l'Adrar, et, de 1906 à 1910, on va les voir, surtout Ould Deïd prendre part à toutes les affaires dirigées contre nous par les rebelles. On retrouve Ould Deïd à Amatil (30 décembre 1910). Un peu plus tard, c'est lui qui met à mal le peloton de spahis Reboul. Il vient piller à maintes reprises les tribus Zouaïa du Trarza et se signale par des atrocités sans nom, comme l'assassinat de ces deux meharistes qui, étant venus en permission dans leurs campements à Bir Bou Tomboustik, furent surpris par lui, roulés dans des nattes, et brûlés vifs.

Il cherche visiblement à inspirer la terreur et à détacher de nous par ce moyen les hésitants.

Mais la progression continue des armes françaises en Mauritanie rend sa situation de plus en plus difficile. Tandis que son frère aîné, Sidi, irréductible, abandonne la partie dans le sud et se réfugia auprès des Ahel Ma Al-Aïnin, sur la Séguia. Ould Deid cède aux sollicitations de Cheikh Sidïa et, gagné par la politique habile du commandant Gaden, fait sa soumission en 1910.

Pour être d'un autre genre, les difficultés de cette nouvelle situation n'étaient pas moindres que les difficultés antérieures. Ils s'agissait de trouver à Ould Deïd soumis une position convenable et de revenus suffisants ; ef comme, en l'absence de Sidi, Ould Deïd est le représentant de branche aînée des Ahel Mohammed Ai-Habib et le chef d'un nombre important de guerriers encore plus frémissants, la question était délicate. Elle l'était d'autant plus cjue, Ahmed Saloum III étant l'Emir de Trarza occidental, il était difficile de faire de notre ennemi Ould Deïd, soit son égal, ce qui eût froissé l'Emir, ce que Ould Deïd ne mérite ni ne vaut, soit son subalterne, ce que Ould Deïd n'eût pas accepté.

La question a été tranchée adroitement quand on a fait d'Ould Deïd le chef militaire des fractions Oulad Daman et Oulad Ahmed ben Daman, ralliées à sa cause, et qu'on a cantonnées, à partir de ce jour, dans le Trarza oriental. L'absence d'Emir dans cette partie du Trarza et l'administration des tribus .par l'intermédiaire de leurs Cheikhs facilitent au Résident de Bou Tilimit cette interposition d'un chef de goum, purement guerrier.

Ould Deïd groupe aujourd'hui sous ses ordres les classes Oulad Daman, et Oulad Ahmed ben Daman et leurs clients, inféodés à la branche aînée. On en trouvera plus loin la liste à laquelle il faut joindre quelques tentes Ould Al Lab, venues de l'Adrar, lors du mariage de Mohammed Fal avec une femme de leur tribu et qui se sont attachées à son fils.

Sans rôle politique, Ould Deïd n'a ni le pouvoir ni la faculté de changer ou de désigner les chefs de fractions et les Cheikhs de tribu. Chefs et Djemaa continuent à correspondre directement avec l'autorité française au point de vue administratif. S'il perçoit l'impôt, c'est sur les Oulad Ahmed ben Daman et Haratines seuls et en qualité de Cheikh de tribu.

Sans pouvoir judiciaire, il n'agit sur son groupe qu'en arbitre. On peut bien lui présenter certains différends pure-

ment civils, mais les solutions restent dans les mains de l'autorité française, puisqu'elles ne valent que par son visa. Le Cadi du groupe est complètement indépendant d'Ould Deïd ; il agit dans le groupe comme un Cadi de tribu ; et cette mesure a donné les meilleurs résultats, puisqu'à plusieurs reprises les Marabouts eux-mêmes sont venus lui soumettre leurs différends avec les guerriers.

Il n'a pas* non plus à s'occuper des questions de terrains ou de cultures. Les affaires de bakh peuvent lui être soumises, mais c'est dans la mesure où l'autorité française le juge utile.

Enfin pour bien marquer le caractère personnel de ce commandement, on lui a donné la dénomination officielle de « groupe d'Ould Deïd » et non de « groupe des Trarza de Bou Tilimit. »

A la tête de ses goums, Ould Deïd a été à même de rendre des services distingués dans la colonne Patey, de 191 1, qui a amené l'occupation de Tichit et la capture d'Ahmed ould Aida, Emir de l'Adrar, et dans la colonne Mouret de 1913 qui a détruit la qaçba des Ahel Ma al-Aïnin, à Smara et dispersé leurs bandes sur l'oued Tagliat. On a pu constater au cours de ces opérations, qu'Ould Deïd avait beaucoup plus de talent de commandement que de valeur personnelle devant l'ennemi.

En échange de l'abandon de ses revenus (horma et bakh), il se voit allouer une mensualité de 300 francs qui est perçu sur le budget de l'Emir, mais versée directement à l'intéressé, pour éviter tout frottement, par l'agent spécial de Boutilimit.

Les principaux lieutenants et hommes de confiance d'Ahmed ould Deïd sont : Isselmou, fils de Mohammed Baba, des Ahel Brahim Khalil, famille importante de la fraction Ahel Tounsi (Oulad Ahmed ben Daman). Isselmou est son beaufrère, et en cas d'absence, son représentant. 20 Mokhtar ould Mohammed Bouna, frère utérin d'Ould Deïd, des Ahel

Mokhtar ould Amar (Ahel Ali Chandora). 30 Amar ould Miloud, chef de ses Haratines Dokhon.

Nous donnons ci-après la convention, intervenue en octobre 1912, entre le commissaire du Gouvernement général en Mauritanie et Ahmed ould Deïd.

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