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CHAPITRE II Attributions financières et budget de l'Emir

L'Emir est le collecteur de l'impôt et le répartiteur des réquisitions pour les tribus qu'il administre. /

A vrai dire, ce ne sont pas ses agents personnels qui perçoivent le produit de l'impôt de tribu en tribu. C'est le Cheikh de chaque tribu qui opère ces perceptions sur ses gens, mais c'est par l'Emir que l'autorité du Cercle passe pour donner tous les ordres nécessaires aux Cheikhs collecteurs, pour activer et surveiller les recensements, la rentrée de l'impôt, etc. La convention de mai 1910 avait prévu que l'impôt serait dorénavant perçu par l'Emir à son profit. Il s'engageait à verser au compte de la Mauritanie, et sous la forme d'une contribution, û^é& annuellement au budget, une partie des perceptions effectuées. Cet article n'a pas reçu d'application pratique, exception faite pour les droits d'extraction du sel, dont les revenus lui ont été attribués, contre versement d'une somme de 2.000 francs.

Outre sa qualité d'Emir, Ahmed Saloum est également le Cheikh particulier des Oulad Ahmed ben Daman, de sorte que dans cette tribu c'est lui, ou plutôt son représentant, qui perçoit directement les taxes dues au trésor.

L'Emir a aussi la charge de la répartition des réquisitions d'hommes, d'animaux et de matériel entre les diverses fractions hassanes et zénaga de l'Emirat. Il a en outre le devoir de contrôler ces réquisitions et de veiller à ce que dans l'intérieur des fractions, les Cheikhs fassent équitablement reposer ces charges sur tous les gens.

Pour les tribus marabou tiques, elles apportent à la résidence leur recensement et leur impôt, et reçoivent sans in-

ter médi aire les ordres de réquisition. L'intervention de l'Emir, en ce qui les concerne, est éventuelle et ne se produit que dans le cas de dissimulation, de retard dans le versement de l'impôt, ou de mauvaise volonté dans l'exécution des ordres.

Revenus de l'Emir. Les revenus de l'Emir du Trarza sont:

i° Une remise de 10 p. ioo sur l'impôt zekat, qui grève le cheptel camelin, bovin, ovin, et équidé. Cette remise a produit en 1913 une somme de 11.464 fr. 20. En sa qualité de Cheikh des Oulad Ahmed ben Daman, il perçoit également, au même titre que les autres Cheikhs de tribu, une remise de 10 p. 100. Cette remise a été en 1913 de 1.524 francs. Soit au total un revenu, au titre de la zekat 1913, de 12.988 fr. 20.

2° Une remise de 10 p. 100 au titre de l'achour sur les récoltes. Cette remise a été en 1913 de 1.108 frs. 73. Comme Chef du groupement Oulad Ahmed ben Daman, il n'a rien touché, car cette tribu hassane n'effectue aucun travail agraire.

30 Un droit sur les salines (nkoubel, altération évidente, par l'intermédiaire du ouolof, du mot français « gabelle ») qui est de o fr. 75 par charge de 50 kilos.

De tout temps le produit des salines a été considéré comme propriété de l'Emir. Il pouvait, soit les exploiter directement par ses agents, soit les affermer à des tiers, soit même en faire des concessions gratuites, mais temporaires, pour récompenser des services rendus à sa cause. C'est ainsi qu'une fraction des Oulad Bou Sba du Sud : les Ahel Menna-Ahna revendique la jouissance des salines de Zride, que vers 1850, lors de leur arrivée dans le Trarza, l'Emir Mohammed Ai- Habib leur aurait concédée, à la suite du concours vigoureux qu'ils lui apportèrent.

C'était sur les acheteurs, en général traitants noirs du Sénégal, venant faire sur place leurs acquisitions, que l'Emir percevait les droits.

Il éivtait ainsi de faire peser cette charge sur les Maures qui extrayaient le sel, soit par eux-mêmes, soit le plus souvent par leur zenaga et captifs. Ce droit s'élevait encore à o fr. 60, o fr. 70 et o fr. 80 le quintal. Quand c'était les Maures eux-mêmes qui transportent le sel au loin, par caravanes ou bateaux vers le Sénégal ou vers le haut fleuve, ils avaient à s'entendre avec l'Emir pour le paiement de gré à gré des redevances. En dernier lieu, Ahmed Saloum II avait fini par installer un percepteur à N'Dniader, sur le marigot des maragouins, pour les caravanes allant vers Saint-Louis. Il percevait le deuxième du sel recueilli.

Les dissenssions qui agitèrent le Trarza, lors de l'entrée en scène de Sidi et d'Ould Deïd vers 1898, ne permirent plus à Ahmed Saloum II l'exercice de ses droits. Cette interruption se continua plus tard, lors de l'occupation française, par suite de l'attitude peu franche de l'Emir à notre égard.

Ce n'est que par décision du 20 novembre 1904 que le nommé El-Oulïïd ould Moïlid, des Oulad Agchar, ancien percepteur d'Ahmed Saloum et ancien concessionnaire des salines, est autorisé à percevoir dans les conditions antérieures les droits sur le sel. En même temps des agents percepteurs sont installés sur le fleuve, à N'Diader, Rosso et Dagana.

Le meurtre dWhmed Saloum II (avril 1905) remet tout en question. Le prétendant Ahmed Saloum ould Brahim cherche à mettre la main sur les salines et s'empresse de percevoir deux mesures de guinée par charge d'âne. A la faveur de cette incertitude, la contrebande s'organise sur une grande échelle par les villes escales du fleuve : Kermassen, Djikten, Rosso et Dagana, pour le compte des maisons de commerce de Saint-Louis.

La situation est enfin réglée par arrêté du 18 janvier 1907. Un droit de 2 francs par 100 kilos grèvera l'exportation du sel. C'est Mohammed Salek Oulad Chems, des Ida Ou Al- Hadj, qui est chargé de cette perception au nom du Gouver-

nement français. Elle se fait aux salines mêmes. Toutefois, pour certaines entreprises commerciales ou industrielles, il peut être accordé que la taxe ne sera payée qu'au moment et au point de l'embarquement sur la rive maure. Au Cheikh percepteur est alloué comme salaire le quart de ses perceptions.

Ce droit de 2 francs par quintal était trop cher. Il ruina le grand comme le petit commerce, et en mars 191 1, on constate la disparition de tous les marchés çlu sel, autrefois si florissants.

On a donc abaissé le taux à 1 fr. 50 par quintal, payable à raison de o fr. 75 par petite charge présumée de 50 kilos. Le commerce a repris aussitôt activement. L'Emir perçoit la taxe par l'intermédiaire de son percepteur, actuellement le hartani Sidi Saloum. Il lui abandonne, comme salaire, le tiers de ses perceptions, les deux autres tiers devant lui revenir. Cette source de revenu a procuré à son budget, en 19 13, un total approximatif de 10.500 francs, sur lequel il doit verser une redevance annuelle de 2.000 francs à l'administration française, comme droit d'extraction.

Les salines du Trarza se trouvent toutes sur une ligne parallèle à l'Océan, de Biakh au puits d'Agamoun. Les indigènes peuvent prendre cTu sel partout, pour leurs besoins personnels, sans avoir à acquitter de droits. Le commerce ne porte guerre que les quatre grandes salines de N'térert, Tin Djemaren, Touidermi et Moudjeran. L'exploitation de N'térert et de Touidermi donne de très belles barres de sel ; celle de Tin Djemaren et Moudjeran, ne donne guère que du sel en vrac. Le sel est recueilli par les tribus Koumleilen, N'Taba, Ould Agchar, Taghredient, Ida Ou Al-Hadj et par les fractions Zenaga. Il est porté aux escales et petits villages du fleuve, où les commerçants noirs du Ha ut -Sénégal viennent le chercher sur des côtes.

4° Le montant des amendes qu'il inflige (liouanin), des redevances prélevées sur des tribus ou des individualités

(horma), et des loyers agraires (bakh). Ces costumes doivent par l'ampleur du sujet faire l'objet d'un chapitre spécial.

50 Une source de revenus indéterminée, sorte de casuel, provenant soit sur les plus-values de l'impôt, dont l'administration peut lui faire aabndon, soit surtout de prestations sans quotité fixe, mais non déniées en principe, sur les Zenaga, les Haratines, etc., comme par exemple l'entretien par ces tribus des gens de sa suite, des hôtes, des chameaux, du bétail ; soit enfin de perceptions plus ou moins légales sur certaines fractions de Zenaga Oulad Ahmed ben Daman qui se sont installées sur la rive gauche du fleuve. Plusieurs d'entre elles ont acquis assez d'indépendance morale pour rester indifférentes aux sollicitations des envoyés de l'Emir, mais la plupart continuent, en vertu de la tradition, à lui verser des cadeaux soit de leur plein gré, soit sous la pression des chefs noirs locaux intéressés.

; t II est dificile de faire une évaluation du montant des revenus annuels de l'Emir. Les opinions les plus dignes de foi oscillent de 100 à 150.000 francs. Pour assurer une vie moins besogneuse et une certaine stabilité dans son budget, il lui est fait avance mensuellement par le trésor d'une somme de 750 francs, à valoir sur ses parts d'impôt.

Charges de l'Emir. L'Emir supporte les charges correspondant à sa dignité.

Comme chef général des tribus guerrières du Trarza Occidental, il est sans cesse assiégé, tel un baron du Moyen-âge, par une bande d'aventuriers faméliques, qui trouvent tout naturel de venir s'alimenter quelque temps auprès de celui qui est leur prince traditionnel et sous les ordres duquel ils sont prêts à marcher en tout lieu, en tout temps, et pour n'importe quelle besogne. Comme ces troupes de « clients » se renouvellent sans cesse, la charge finit par être lourde, et l'Emir doit toujours avoir table ouverte.

Comme représentant de la dynastie émirale et chef de la famille des Ahel Mohammed Ai-Habib, l'Emir est tenu de

recueillir tous les enfants restés sans parents, toutes les femmes restées sans soutien, de sa maison princière, et de les entretenir. Or on sait que tous les campements Oulad- Dâmân et Oulad Ahmed ben Daman sont « nobles » et cousins de l'Emir. A leur majorité, les enfants sont mariés par ses soins. Il leur constitue un apanage de quelques tentes de Zenaga dont la horma leur servira de revenus. En cas de décès du bénéficiaire, ces tentes de Zenaga font retour à la couronne. Il est interdit à ce bénéficiaire de les vendre, de les mettre en gage ou d'en disposer d'une façon quelconque. Enfin la tradition impose à l'Emir de nombreux cadeaux aux marabouts, à l'occasion des fêtes religieuses, de cérémonies cultuelles, d'examens pédagogiques, de fins d'études, d'événements militaires, de calamités pastorales, etc. Il est vrai qu'il sait à son tour récupérer ces avances en installant chez les marabouts ses hôtes devenus gênants, et en se faisans offrir des cadeaux de même genre à propos d'alliance^ matrimoniales, de naissances, de rezzous, de protection, etc.

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