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fait incarcérer dix mille francs catholiques; et, en vertu de la fécondité inhérente au martyre, vingt mille écoles libres se seraient aussitôt ouvertes, et le roi avec ses gens rentrant dans les limites de ses attributions, la France eût probablement évité deux tourmentes révolutionnaires; et aujourd'hui elle ne serait pas obligée d'avoir sous les armes cinq cent mille braves occupés à coucher enjoué un million de dévots du pillage et de la guillotine.
Oui, catholiques, il est temps de sortir de votre sommeil, durant lequel X ennemi n'a pas seulement semé r ivraie dans le champ du père de famille, mais en a arraché le bon grai/i (i). Il est temps de faire un dernier effort pour sauver, sinon la société (il est si tard!), du moins vos âmes. Dieu nous garde de vous conseiller des imprudences ! Dieu vous garde aussi d'écouter les endormeurs! Consultez le Maître, étudiez-le dans ses rapports avec les gouvernements. Lui seul vous apprendra bien ce que vous devez à Dieu et ce que vous devez à César. Lui seul peut vous donner ce qui vous manque surtout, cette courageuse activité, cette héroïque liberté des mar-
(i) S. Matthieu, ch. XIII, 26.
Xe CONSIDÉRATION. 1;()
tyrs, sans lesquelles le catholicisme ne fût pas arrivé jusqu'à vous, sans lesquelles vous ne le transmettrez pas à vos enfants.
Onjicmc Consftr'ratton.
Jésus-Christ est le Chemin. — Cause première de noire déraillement social. — Jésus-Christ seul peut nous remettre sur la voie, et comment.
Enfants de la femme qui crut à cette parole de l'Enfer : Désobéissez, et vous serez des dieux l nous naissons tous rebelles, infatués de nousmêmes, pleins d'une instinctive aversion pour Dieu, pour les lois, pour nos frères. Cette disposition à la fois impie et antisociale, connue sous le nom d'orgueil, est le foyer commun des erreurs et des désordres qui perdent l'individu, la famille, la société.
Quelle vérité peut rester debout dans l'esprit qui méconnaît cette vérité première : Je suis l'œuvre, la propriété de Dieu? L'orgueilleux est une âme naturellement athée, vouée à l'extravagance, fermée à la lumière.
Xl° CONSIDÉRATION. 1 8 I
Quel respect pour le devoir, pour les lois et les pouvoirs humains peut-il y avoir dans celui qui a secoué le joug de la loi divine, et dit : Je serai mon maître et seigneur ? L'orgueilleux est livré sans frein à toute la corruption de ses désirs.
On a dit aux parents : Une éducation trop religieuse détruit l'esprit de famille. L'affection que le prêtre, le religieux, la religieuse inspirent à vos enfants pour Dieu et pour des pratiques bigotes, est un vol fait à la piété filiale. Voulez -vous que l'esprit de vos enfants s'éclaire sans que leur cœur vous échappe , contiez-les à des maîtres séculiers, exempts de fanatisme.
Les parents ont cru à cette parole, et la piété filiale s'est enfuie avec la piété religieuse. Elevés à la manière d'Emile et de Sophie, les enfants ne restent liés au père qu'aussi longtemps qu'ils ont besoin de lui pour se conserver. Sitôt que ce besoin cesse, le lien naturel se dissout (i). Le socialisme a quelque raison de dire : La famille n'est plus dans nos mœurs.
On a dit, on dit encore aux époux : La dévotion et la parole du prêtre enlèvent à l'époux la plus noble partie de sa compagne, l'âme.
Trop d'époux l'ont cru, et ont perdu du même
i) Rousseau, Contrat social, liv. I, ch. ix.
i8a l'emmamel.
coup l'âme et le corps. Dépourvue de la garantie religieuse, l'union conjugale dure autant que le caprice qui l'a formée. Le communisme a pu dire : Le mariage est un abus.
On a dit aux souverains : Vous ne régnerez dans vos Etats qu'autant que vous aurez réduit sous votre main le pouvoir qui commande aux consciences. Emparez-vous surtout de l'éducation de la jeunesse ; par là vous serez maîtres de l'avenir.
Les souverains ont mis la main sur la religion ; et ceux que l'on souffre encore dans leurs Etats y restent sous la main des ministres constitutionnels. Au sceptre du gouvernant ils ont voulu joindre la férule du professeur, et la jeunesse reconnaissante, s'emparant de la férule et du sceptre, leur a dit : Allez-vous-en, sinon ! L'exil est le plus doux avenir qui attende les hommes d'Etat encore assez aveugles pour vouloir former les intelligences.
Maintenant , dépositaires d'un pouvoir quelconque, chefs de famille, chefs des Etats, comprenez-vous que toute paternité, tout pouvoir est un mandat essentiellement divin et que, là où les droits de Dieu sont honnis , les vôtres sont justement conspués?
Et vous, enfants du foyer domestique et de la grande famille de l'Etat, qu'avez-vous gagné à dire : A bas le droit divin ! Membres de la famille, citoyens de l'Etat, nous ne serons plus ni enfants ni sujets, nous ne relèverons que de nousmêmes.
Jeunes gens, avec le respect de l'autorité paternelle, vous avez perdu ce qu'il y a de plus doux dans la vie, les joies de la famille. Les ordres que n'ose plus vous donner la femme qui vous porta dans son sein, qui vous nourrit de son lait, vous les recevez de l'être immonde qui souille et dévore votre vie. La liberté conquise sur un père vénérable, vous la sacrifiez à l'obscur scélérat qui , dans l'antre des sociétés secrètes , vous dicte des serments affreux, ne vous laisse que la liberté du crime sous la garde du poignard.
Peuples, vous avez acquis le droit de vous donner fréquemment de nouveaux maîtres, ou plutôt de subir ceux que vous imposent les manœuvres des partis. Et ces maîtres, qui ne peuvent plus vous commander au nom du ciel, sont obligés de prendre leur point d'appui sur la terre. Pour qu'ils vous sauvent de l'anarchie, vous devez entretenir sous les armes un vingtième de la population. De peur que vous n'abusiez des libertés,
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ils les confisquent toutes au profit des janissaires de la bureaucratie. A l'aristocratie de naissance, qui se faisait gloire d'exercer gratuitement les fonctions publiques, a succédé l'aristocratie du salaire, qui prend une moitié de vos revenus pour mal administrer l'autre. L'Etat, personnifié autrefois dans un prince, est représenté aujourd'hui par une nuée de porte-plumes, qui trafiquent de tout, même de vos âmes. Dans leur rage de monopoliser, dans l'insolence de leur mépris pour votre dignité d'hommes et de chrétiens, ils vous ont ôté le droit de choisir l'instituteur de vos enfants. Ils ont créé un délit inconnu aux esclaves de l'Asie : Instruire l'enfance ! Que vous restet-il? La liberté de la presse, soit le droit pour le dernier garnement de traîner dans la boue ceux qui vous mènent en laisse. En acceptant, sous le nom de libertés, toutes les hontes de la servitude, vous avez perdu ce qui adoucit la tyrannie et relève quelque peu l'esclavage, la noblesse des maîtres.
C'est ainsi que les gouvernants, en détrônant Dieu et lui substituant la pagode creuse de l'Etat, ont dégradé les pouvoirs, les ont confondus avec la force; la dégradation des pouvoirs a entraîné la dégradation de ceux qui les exercent et de ceux
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qui les subissent. Le règne de la force a produit l'esprit des forçats, qui rugissent sous leur chaîne et ne la brisent que pour en recevoir une plus lourde. L'Etat, en ne souffrant dans son sein que des individus, a tellement absorbé tous les droits, et les individus ont si bien contracté l'habitude de ne se mouvoir que sous l'impulsion de l'Etat, que le communisme peut hardiment arborer sa devise : L'Etat est tout; malheur à qui oserait lui refuser ses biens, sa conscience, sa vie, ses affections, l'honneur de sa femme, de ses enfants !
Le communisme, il est vrai, rencontre encore d'énergiques protestations ; pourquoi? Parce que, grâce au catholicisme, il y a encore en Europe un fonds de croyances et de mœurs chrétiennes, un reste de respect pour l'homme, que le fanatisme des statolâtres n'a pu extirper. Mais que les conservateurs des monopoles de l'Etat continuent d'administrer l'instruction publique et d'embastiller le catholicisme, tandis que le socialisme achève la démoralisation des masses, le suffrage universel appellera indubitablement le communisme à consommer l'œuvre de la statolàtrie. L'Europe, à qui une philosophie et une politique panthéistes et athées ont inspiré une si grande horreur du droit divin et de l'influence religieuse,
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pourra se rassurer relie jouira du droit de l'enfer, pur de tout alliage.
Y a-t-il encore un remède à ce débordement d'orgueil qui, par le mépris de tout pouvoir et de toute subordination, fait de la famille et de la société une image de la Cilla dolente du Dante ?
Il n'y en a qu'un, absolument qu'un : l'humilité chrétienne. En nous apprenant ce que nous sommes, des transfuges du néant destinés à régner avec Dieu, l'humilité nous place clans le vrai. Elle nous dit :
Dieu seul est grand par lui-même. Vous, l'œuvre de ses mains, vous ne pouvez devenir grands que par une religieuse soumission à ses lois et aux pouvoirs qu'il a établis pour le gouvernement de la famille et de la société. Ici est le lieu du combat et de l'épreuve ; ailleurs est le triomphe, la jouissance. La première victoire qu'il exige de vous , c'est le sacrifice de votre volonté à la sienne; il n'élèvera aux principautés du Ciel que les fds de l'obéissance. En obéissant par amour pour lui a tous ceux qui ont autorité sur vous, vous vous affranchirez du plus dur esclavage, de l'esclavage de vos passions et des passions de vos entours ; et l'empire que vous acquerrez sur vous-
XIe CONSIDÉRATION. 187
mêmes sera le gage et l'avant-goût de l'empire qui vous attend là-haut. Si vous voulez ne relever que de vous, vous ne ferez que changer de chaînes jusqu'à ce qu'on vous rive celles qui ne j changent plus.
Mais les vertus, surtout l'humilité, qui est leur fondement commun, s'enseignent bien moins qu'elles ne s'inspirent. Pour dissiper les effroyables fumées de notre orgueil, il ne fallait rien moins que le spectacle des anéantissements de l'Homme-Dieu. Et ce spectacle, pour être efficace, devait se reproduire chaque jour sous nos yeux, dans les abaissements de sa vie eucharistique, bien plus frappants encore que ceux de sa vie passible.
En effet, dans la crèche de Bethléem on voit un enfant ; dans les mains des bourreaux du Golgotha on voit une victime humaine. Ici on cherche vainement le Dieu, l'homme; on ne trouve que ce qu'il y a de plus commun, du pain, du vin, encore n'en est-ce que l'ombre. Qu'est-ce que l'Eucharistie? c'est le Tout, l'Infini sous la forme du néant.
Quelle irrésistible puissance un tel exemple donne à ces paroles : Apprenez de moi que je
suis doux et humble de cœur... Qtte celui gui
veut me suivre se renie lui-même (i)!
Là, Celui devant qui l'universalité des mondes est comme la goutte de rosée tombée du sein de F aurore (2) ; Celui uu nom de qui tout genou doit éternellement fléchir dans le Ciel, sur la terre , dans les enfers (3), nous donne depuis dix-huit cents ans l'exemple de l'obéissance la plus universelle, la plus humiliante.
II obéit à tous, en tout; il obéit jusqu'à lu mort. Que le ministre dont la parole lui commande soit un ange, un homme ou un démon r sa soumission est égale. N'est-il pas en droit de nous dire : Imitez-moi ; obéissez suns distinction à tous vos maîtres, non-seulement a ceux qui sont bons et équitables , mais encore aux plus fâcheux, car c'est chose agréable à Dieu que de supporter des afflictions et de souffrir injustement pour /w/(4)?
Que l'infirme qui l'appelle soit un prince couché sur l'édredon dans des appartements ruisse-
(1) S. Matthieu, ch. XI, 29. — S. Luc, ch. IX, a3. [1) Proverbes, ch. XI, a3.
(3) S. Paul, aux Philipp., ch. II, 10.
(4) S. Pierre, 7te Ép., ch. II, 18-19.
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lants d'or, étincelants de lumières, ou un mendiant étendu sur un fumier, il marche à toute heure du jour et de la nuit. Que l'âme qui demande à s'unir à lui soit ornée de toutes les vertus, ou soit un bourbier de tous les vices, il n'hésite pas à y entrer.
Ne peut-il pas nous dire : Soumettez-vous, à mon exemple, à toute créature, aux petits comme aux grands, aux méchants comme aux bons? que votre humilité et votre charité vous donnent autant de supérieurs et de maîtres qu'il y a d'hommes (i).
N'ambitionnez pas les dangereuses fonctions de maîtres y et si vous devez être le premier, faites-vous, comme moi, le serviteur de tous; et sachez que commander, gouverner, c'est servir (2).
Jésus-Christ n'obéit-il pas chaque jour aux puissances ? Et à quelles puissances !
Que les chefs des nations qu'il a créées, qu'il conserve, qu'il comble de bienfaits; que des sou-
(1) S. Pierre], I" É pitre, ch. II, i3. — S. Paul, Aux Gâtâtes, ch. V, i3. — Aux Ephésiens, ch. V, 21. — Aux Philippiens, ch. II, 3.
(2) S. Jacques , Ép. cathol., ch. III, I. — S. Luc, ch. XXII, 26-27.
verains, des législateurs, c|ui tiennent de lui la via, le mouvement el F être (i), lui jettent l'outrage dans leurs conseils et leurs lois; qu'ils disent : « Il y a du bon dans la religion du Christ ; tolérons-la donc dans les temples; niais qu'elle sache bien que ces temples sont à l'Etat, et qu'il ne dépend que de nous de l'en chasser. Qu'elle y déploie ses belles cérémonies, à la bonne heure; mais qu'elle garde au dehors le plus rigoureux incognito : le Christ n'a pas de territoire! Qu'elle prêche la charité, la bienfaisance, mais empêchons-la de l'exercer, en lui défendant d'acquérir, de posséder. Veillons surtout à ce que, sous prétexte de catéchisme, la sacristie et le presbytère ne deviennent pas une école. Le Christ a dit : Mon royaume n'est pas de ce monde : la jeunesse, qui est de ce monde, n'appartient pas au Christ, mais à l'Etat. »
Jésus-Christ ne se résigne-t-il pas, quelquefois durant un demi-siècle, à cette impie et humiliante oppression d'une Eglise qu'il a fondée et affranchie au prix de son sang ? Ne continue-t-il pas ses bienfaits aux aveugles qui l'outragent, le persécutent, et s'ils se reconnaissent quand leur
(i) Je les des A pâtres } ch. XVII, 28.
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dernier jour arrive, ne vole-L-il pas avec amour à leur chevet? Ne dit-il pas toujours à ses serviteurs : Protestez de toutes vos forces contre ces lois de mort, et ne négligez rien pour les faire rapporter; mais ne vous écartez pas du respect et de la soumission dus au Pouvoir dans tout ce qui est de son ressort. Rendez à César ce qui est à César, p<(J'ez le tribut, etc., etc. A moi de les juger et châtier soit ici, soit ailleurs (i).
Et quand enfin il veut protester lui-même contre le sacrilège abus qu'on fait de sa parole pour l'excommunier d'un monde où tout est de lui , par lui, pour lui, sauf le mal, saisit-il toujours le sceptre de fer avec lequel il broie les rois et /es royaumes qui secouent le joug de sa discipline (2) ? INon ; patient parce qu'il est éternel \ il dit parfois au peuple de l'émeute : Tenez , voilà des verges , administrez-les à vos gouvernants ; couvrez-les de boue ; faites tout trembler, mais, pour le moment, ne brisez rien.
Le Christ toujours obéissant à tous, sur nos autels, voilà l'école normale des pères et des enfants, des gouvernants et des peuples. Là, et seu-
(1) S. Matthieu, ch. XXII, 21. — S. Paul, Aux Romains, ch. XIII, 7. — Ibid., ch. XII, 19.
(2) Ps. II, 9-12.
If)} L EMMANUEL.
lement là, on apprend le respect dû au pouvoir, et par ceux qui l'exercent, et par ceux au profit de qui il s'exerce. Là il faut ou renier sa foi, ou renier son orgueil en travaillant à devenir humble, doux, obéissant.
La génération qui n'aura pas été élevée à cette école n'obéira que selon le caprice, la nécessité, •c'est-à-dire qu'elle n'obéira jamais; car obéir, c'est dire à Dieu, qui commande par l'Eglise, par le magistrat, par le père, par la mère : Que votre volonté se fasse, et non la mienne.
Or, quand les vertus chrétiennes de l'humilité et de l'obéissance font défaut chez un peuple, quand on n'y envisage plus dans l'exercice du pouvoir que la domination de l'homme sur l'homme, qu'arrive-t-il? Le pouvoir, déchu de sa grandeur morale, et voyant partout l'esprit de résistance , manque de foi en lui-même et perd toute dignité. Devenu forcément bas et égoïste, il met en oubli les intérêts généraux de l'Etat et ne s'occupe que de sa propre conservation. Au lieu de commander, il se défend. La force disposant de tout, il ruse pour se l'attacher. Méprisé des bons qu'il n'ose plus protéger, battu en brèche par ceux qui convoitent ses dépouilles, il faut qu'il succombe. Alors surgissent les pou-
XIe CONSIDÉRATION. I ()3
voirs révolutionnaires, qui, si modérés qu'ils soient, finissent tous par reconstituer la monarchie du bourreau et donner à un peuple la liberté de la terreur.
Dieu a deux législations : l'une morale, pour les êtres intelligents qui veulent s'y soumettre ; l'autre fondée sur la force, pour les êtres sans raison.
; ' Quand un peuple repousse la première et se moque du droit divin, il tombe nécessairement sous le régime des brutes. L'esprit de révolte est le père de toutes les servitudes. Le premier esclave qui apparaisse dans l'histoire fut un fils outrageux (i).
RÉFLEXIONS
L'orgueil est le sceau des enfants de Satan ; l'humilité, le cachet du chrétien. Voulez-vous savoir si vous possédez ce signe des élus, et à quel degré? Jugez-en par le degré de votre obéissance. Celle-ci est le seul caractère infaillible de l'humilité. // s est humilié (Jésus-Christ) en devenant obéissant jusqii à la mort (2).
(i)« Maudit soit Chanaan, et qu'il soit l'esclave des esclaves de ses frères. » Genèse, ch. IX, 1 5. (2) S. Paul, Aux Philipp., ch. II, 8.
Iq4 L EMMANUEL.
L'obéissance est le premier des sacrifices que Dieu exige de nous (i), celui qui donne de la valeur à tous les autres, et sans lequel les plus riches offrandes ne sont rien à ses yeux ; pourquoi ? parce que l'obéissance est le sacrifice de notre volonté, et que notre volonté, c'est nous. Nos biens extérieurs, notre corps, notre vie dépendent assez peu de nous : on peut nous les ôter; mais qui peut nous ravir notre volonté, faire que nous voulions ce que nous ne voulons pas? C'est là notre moi, notre tout. Donner tout le reste à Dieu, et retenir notre volonté, c'est ne lui rien donner.
Et pourquoi Dieu veut-il ce sacrifice, et nous dit-il : Mon fils, donne-moi ton cœur, ta volonté (2) ? En a-t-il besoin ? Non ; mais nous avons grand besoin, nous, qu'il se charge du gouvernement de notre volonté. Alors même que par la profondeur et l'éclat de notre science nous serions ici-bas comme des soleils, nous restons dans une profonde ignorance des lois de l'ordre universel, dans lequel nous devons occuper une place éminente. Héritiers du royaume de Dieu,
(1) Les Rois, liv. 1, cb. \V, 22.
(2) Proverbes, cb. XXIII, %6.
XI CONSIDERATION. I f)5
cohéritiers de têsus-Chri&t (1)', à qui l'empire universel a été donné, il faut que nous soyons initiés à la législation de cet empire, que nous suivions le cours de notre éducation royale. Les principes de cette législation, les exigences de cette éducation, Jésus-Christ seul les connaît bien ; il nous en a donné une formule abrégée dans ses lois. Soumettons donc notre volonté aux prescriptions de ces lois, et, si pénible que soit ce sacrifice, faisons-le avec joie; car, tout bien compté, disait l'Apôtre , f estime que les souffrances ilu temps présent ne sont rien comparées à la gloire à venir qui doit se manifester en nous (2).
Ce n'est donc pas pour absorber, annuler notre volonté, comme font trop souvent les gouvernants de la terre, que Dieu nous la demande; mais bien pour la diriger, la former, l'ennoblir, et nous la rendre un jour revêtue de sagesse, de puissance et de gloire. Celui-là seul est digne de commander, qui a su obéir. Nous l'avons dit en parlant de la loi divine du sulïra^c universel, dès cette vie Dieu se met aux ordres des enfants
(i) S. Paul, Aux Romains, ch, VIII, 17. (2) Ibid., 18.