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même sur le trône ; conduite avec un admirable ensemble par de profonds scélérats, cette armée, depuis vingt mois qu'elle est entrée en campagne, a désorganisé plus de la moitié des forces matérielles de l'Europe, et les ravages de sa propagande dans les esprits sont incalculables.
— Mais ne voyez-vous pas, nous dit-on, qu'elle a été battue sur tous les points?
— Oui ; mais ses défaites sur les champs de bataille sont amplement compensées par ses progrès sur le terrain des doctrines ; et si le courage des vaincus avait besoin d'être relevé, il le serait par la puérile sécurité des vainqueurs.
La démagogie a été battue , et nous accorde forcément quelques jours de répit; pourquoi? parce qu'elle a rencontré sur sa route deux corps encore puissants par leur discipline, par leur vie de foi, de sacrifice et de dévouement : le sacerdoce et l'armée. Le premier oppose aux ténébreuses inventions de l'enfer la lumière de l'Evangile, et aux noirs complots de la haine 1rs saintes conjurations de la charité. L'autre repousse la force par la force, et s'honore autant par sa modération que par sa valeur et sa fidélité au drapeau.
Mais ces deux milices, qui seules nous ont sau-
vés jusqu'ici, et peuvent seules nous sauver encore, où se recrutent-elles? Dans la masse du grand peuple de nos campagnes. L'ennemi le sait, et, désespérant d'entamer l'armée et le sacerdoce, il travaille nuit et jour à en corrompre l'ovaire commun. Voyez ses succès depuis dix-huit mois, et frémissez.
— Le communisme est une absurdité, une utopie absolument irréalisable.
— Oui; mais avant que les masses égarées aient compris cela, il est possible, il est probable que le fer et le feu auront dévoré la moitié de la population et des villes de l'Europe.
Le partage égal des biens ou leur jouissance en commun est une grande absurdité, mais seulement pour le chrétien qui croit et aspire aux richesses éternelles , et pour le conservateur incroyant qui se trouve convenablement partagé ici-bas. Il n'en est pas de même des enfants de la nature, à qui le voltairianisme et le panthéisme ont dit : Vous êtes faits pour jouir de ce inonde; moquez-vous des bigots qui veulent que nous ajournions notre bonheur à une vie future. Pour eux, le communisme est le langage de la raison pure, le cri même de la justice. Affamés de jouissances, et privés par votre ordre social des élé-
ments qui les procurent, éléments partout étalés à leurs regards, comment voulez-vous qu'ils n'en réclament pas le partage et qu'ils pensent sans rugir aux inhumains monopoles de la propriété, du mariage, de la famille ?
Oui, le communisme est absurde ; mais il y a quelque chose de plus absurde encore, c'est de penser que l'absurdité est sans puissance sur un peuple qui a cessé de croire en Jésus-Christ ; c'est de penser que la propriété et la famille peuvent être défendues par de brillantes apologies philosophiques, là où l'on méprise cette parole divine : Tu ne prendras , tu ne convoiteras ni le bien ni la femme de ton prochain.
Conservateurs ! il n'y a que le grand propriétaire des esprits et des cœurs, de la terre et des cieux, qui puisse conjurer la tempête par la vertu toute-puissante de sa parole et de ses exemples. Que cette parole libre, indépendante, porte partout dans les villes et les campagnes la lumière et la vie. Qu'elle retentisse surtout dans nos écoles, mêlant à l'enseignement X aromate qui empêche la science de se corrompre . Qu'elle y prenne corps dans la vie des maîtres, et rappelle au cœur de la jeunesse les vertus exilées du foyer domestique. Qu'elle fasse partout refleurir les
trois vertus mères que Jésus-Christ a données pour base à la vie chrétienne et vraiment sociale. Je suis le chemin... Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il charge sa croix et qu'il me suive ( i ).
REFLEXIONS
Un religieux inconnu nous a donné le plus beau livre qui soit sorti de la main des hommes : l'Imitation de Jésus-Christ. Dans le siècle de foi qui vit paraître cette merveille, la religion n'était pas seulement ce qu'elle doit toujours être, l'âme de la société; elle en était aussi le corps. Pour transformer le monde barbare, et faire de cent peuples ennemis les membres bien unis d'un même corps, qui, au lieu de travailler à sa ruine, emploierait un jour l'excédant de ses forces à former la grande confédération de tous les peuples du globe sous l'étendard de Jésus-Christ; pour réaliser, disons-nous, ce plan éminemment chrétien et humanitaire, l'Eglise catholique portait dans
(i) S. Jean, ch. XIV, 6. — S. Matthieu, eh. XVI, 2.',.
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ses vastes lianes les éléments confus de la société au moyen âge ; elle les éclairait de sa lumière, les faisait vivre de sa vie. Tout se faisait par elle, et nul bien ne pouvait se faire sans elle ( 1 ) ; car seule, au sein de ce chaos, elle possédait et les principes de l'ordre social, et le pouvoir moral nécessaire pour les appliquer, ainsi que l'a observé une illustre plume protestante (2).
L'Eglise apprenait aux peuples à prier, à chanter, à écrire, à peindre, à sculpter, à défricher, à bâtir, à semer, à récolter, à préparer les aliments, les vêtements, à ouvrir des communications, à se réunir pour délibérer sur les affaires publiques, élire des fonctionnaires, juger les différends, repousser l'ennemi. Elle jouait avec les peuples, présidait à leurs divertissements, aux danses, aux théâtres. Elle purifiait, sanctifiait tout par sa douce influence. Rien de ce qui est nécessaire et utile à la vie de ses enfants n'était étranger à son cœur maternel. C'est à cette longue et laborieuse gestation de l'Europe au sein et aux bras de l'Eglise que nous devons nos plus beaux chefs-
(1) S. Jean, cl». I, 3.
(1) M. Guizot, Cours d'histoire moderne, ve leçon, 32 ; VIe leçon, 16-19.
d'œuvre dans tous les genres et l'ébauche de ces magnifiques institutions sociales empreintes du plus large libéralisme ; institutions que le rationalisme hérético-politique n'a fait que pervertir en attendant que la démagogie en abolisse les dernières traces.
On ne distinguait point alors entre les vertus religieuses et les vertus sociales, et nul ne s'imaginait que l'on pût être un parfait citoyen sans être un vrai chrétien.
L'auteur de l'Imitation, à qui on ne peut refuser une prodigieuse connaissance de Dieu et des hommes, n'a donc montré Jésus-Christ qu'au point de vue religieux ; point de vue qui alors dominait, pénétrait, embrassait l'universalité de la vie humaine.
Aujourd'hui que, séparant ce que Dieu avait uni, nous avons placé entre la religion et la société une distance si fatale à l'une et à l'autre, nous aurions grand besoin d'un livre qui fût digne de ce titre : Imitation de la vie sociale de Jésus-Christ.
Ce livre , en attendant qu'il puisse sortir de nos presses, c'est à vous, enfants de l'Eglise, de l'imprimer, de le publier hautement dans votre, conduite. Il est temps enfin, ce semble, que cette
i~G l'Emmanuel.
parole de salut, qui ne vous a été donnée qu'à charge de la répandre , selon la mesure de vos forces, ne reste plus captive dans vos consciences. Il est temps que cette religion, que vous pratiquez dans l'intérieur de vos familles, dans l'enceinte de l'église, vous suive dans la rue, dans la place publique, dans les assemblées civiles, politiques, et que vous compreniez que l'essence de cette religion est d'être catholique, universelle. Il est temps que vous sachiez que vos droits politiques, inscrits dans nos constitutions, vous imposent des devoirs tout aussi obligatoires devant Dieu que les lois de son Eglise, nous dirions même plus obligatoires, puisque, dans la concurrence des devoirs politiques et des devoirs imposés par l'Eglise, vos évêques n'hésitent pas à vous dispenser de ceux-ci. Il est temps que vous sachiez défendre envers et contre tous les libertés vitales que Jésus-Christ vous a conquises sur la croix, et ([lie ses martyrs vous ont conservées au prix de leur sang; et, avant tout, la liberté de l'éducation chrétienne de vos enfants.
— Mais l'Etat s'y oppose. — Eh! qu'est-ce que l'Etat pour s'opposer à la loi du Ciel ? L'Etat ne s'y opposait-il pas , de toute son omnipotence , aux temps des Dioclétien, des Julien l'Apostat?
x considération. inn
Et que faisaient les chrétiens, d'ailleurs si soumis à César? Ils répondaient : // vaut mieux obéir à Dieu qiiaux hommes (i). Nous ne reconnaîtrons jamais la suprématie de César sur l'âme de nos enfants, et nous mourrons plutôt que de lui livrer le droit de les élever ! Et ils mouraient par millions.
Pour vous, catholiques, il y va tout au plus de l'amende et de la prison. Pourquoi refuser de sauver l'âme de vos enfants et la société, au prix d'un si léger sacrifice?
Nous vous le demandons, que serait-il arrivé si, la première fois que le ministre d'un roi qui se disait très-chrétien osa dire publiquement à la tribune législative : « C'est chose fondamentale que l'instruction et l'éducation publique appartiennent à l'Etat, et sont sous la direction supérieure du roi (2) ; » que serait-il arrivé si, le lendemain, dix mille catholiques d'intelligence et de cœur eussent publiquement ouvert des écoles? De deux choses l'une : ou les gens du roi eussent reculé devant dix mille procès, et la royauté était sauvée en compagnie de la religion; ou l'Etat eût
(1) Actes des Apôtres, ch. V, l<j.
(2) Paroles de JVI.Royer-Collard à la Chambre des députe's, )8i7.