‹ L'Emmanuel, ou, Le remède a tous nos mauxChapitre 12 sur 13 · I "i MUANTEL · texte numérisé non relu

I "i MUANTEL

Christ s'incarnaut dans un homme. L'homme seul paraît; mais le Dieu pense, vit et agit sous cette forme humaine.

Que sont les véritables illuminations du génie et les élans de l'héroïsme? C'est une apparition de Dieu dans l'esprit, dans le cœur de l'homme : cest une communion.

Nous ne sommes nullement surpris de trouver des esprits simples et sans études , qui résolvent admirablement des questions sur lesquelles les plus savants docteurs ne font souvent que balbutier. Ces esprits illettrés communient, et l'Éternelle-Raison , se mêlant à leur raison, leur communique plus de lumière en un quart d'heure qu'ils n'en pourraient obtenir en dix ans de tous les soleils de nos universités.

On s'étonne de rencontrer encore, dans notre ficelé de fer et d'égoïsme , des cœurs à part, qui, au lieu de se raccornir et rouiller comme les autres, semblent redoubler de tendresse, de chaleur et de vie. Ces cœurs sont naturellement de fer comme les nôtres : mais ce fer entre fréquemment dans la fournaise de l'amour divin ; il en sort incandescent, et dès qu'il commence à brunir, on l'y replonge. Ces cœurs sont trempés dans le cœur de Jésus-Christ.

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REFLEXIONS

Ah! quel coup fatal ils ont porté au cœur de l'Eglise et de la société, les perlides sectaires qui, alors que le protestantisme éteignait dans un tiers de l'Europe le foyer de la vie chrétienne, s'étudiaient à le rendre inaccessible aux enfants de la foi! Aux peuples catholiques, qui avaient besoin plus que jamais de se réchauffer dans le sein de Jésus-Christ pour résister au souffle glacial du rationalisme , ces hypocrites criaient : N'approchez pas! l'Eucharistie est le pain du ciel, la nourriture des anges; elle ne profite qu'aux âmes qui vivent d'une vie toute céleste. Le Saint des saints ne se plaît que dans la société des saints. Le faire descendre dans un cœur qui, bien qu'exempt de souillures mortelles, reste en proie aux infirmités, aux imperfections , à mille affections terrestres, c'est lui faire outrage, c'est mettre sur ce cœur le sceau de l'endurcissement et de la réprobation. Aux chrétiens engagés dans le siècle il suffit d'une communion annuelle, à la charge de s'y préparer, par une vie de pénitence, de sainteté et de justice. Aussi l'Eglise n'en exige-t-elle pas davan-

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tage : Ton Créateur tu recevras ou moins a

Pâques humblement.

C'est ainsi que ces misérables, méconnaissant l'esprit de Jésus-Christ et de son Eglise, donnaient comme suffisant, pour une vie vraiment chrétienne, L'accomplissement d'un précepte posé par l'Église comme l'extrême limite entre les vivants et les morts. Ils voulaient, disaient-ils, ramener parmi nous l'âge d'or du christianisme, et ils interdisaient aux ouailles de Jésus-Christ la divine pâture dont l'usage quotidien, au moins hebdomadaire , créait , dans les rangs des premiers chrétiens , sans distinction de profession, d'âge ni de sexe, une multitude de héros, d'apôtres , de martyrs , de confesseurs , de vierges , d'âmes dévouées à Dieu et aux hommes.

L'Eglise a pu enfin détacher de ses entrailles le serpent du jansénisme et lui briser la tête. Alais qui nous guérira du refroidissement général causé par son souffle , et de son poison le plus subtil qui s'est infiltré partout, même dans ceux qui s'appliquent à le combattre? Qui rendra à notre théologie , si amoindrie et pulvérisée par le scalpel , la plénitude de vie catholique qui , après en avoir fait un soleil lumineux et ardent, lui ralliera, comme autrefois, toutes les sciences,

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la philosophie , la littérature et les beaux-arts, les imprégnera de sa lumière, les purifiera, les fécondera de son souffle vivifiant? Qui fera de nouveau resplendir la beauté et la majesté de cette reine de l'univers scientifique, en la replaçant sur le trône que l'Evangile lui a élevé par cette définition sublime: Dieu est charité, et celui-là demeure dans les ténèbres de la mort, ne comprend rien aux lois de Dieu , qui iiaime pas, qui ne sait pas se placer au point de vue de la charité (i)? Qui repeuplera nos églises, y ravivera nos augustes cérémonies en y associant étroitement le peuple, en faisant cesser l'anticatholique usage qui, en deçà des monts, fait de la prière commune et officielle, de la prière populaire par excellence, de la prière chantée, le monopole du prêtre et de quelques officiers d'église? Enfin , qui abattra le mur de division entre les ouailles et le bon Pasteur, qui s'immole pour les faire vivre de sa vie? Qui fera jaillir de nos divins tabernacles ces flèches aiguisées par la vérité et l'amour , qui font tomber les peuvies aux mains du grand roi, et vont droit au cœur de ses ennemis (2) ?

(1) S. Jean, Ire£p., ch. III, i/t; ch. IV, 16. (a) Ps. XLIV, 6.

l'i.mm \.vt.l.

Qui opérera ces merveilles? Vous devez y fx>Ur courir tous, heureux commensaux du Dieu-Charité; mais vous, avant et plus que tous les autres , vénérables pasteurs , que Jésus-Christ a chargés de dresser la table, d'y faire descendre la divine nourriture, et de ne rien négliger pour y convier les peuples. Ne vous effrayez pus des difficultés de l'entreprise. Le Triomphateur de l'enfer, de la chair et du monde est dans vos mains. Otcz le voile qui le dérobe au regard des peuples, produisez-le au grand jour , et la victoire est assurée.

A la parole froide et contentieuse du controversiste, substituez la parole simple, lumineuse, chaude de l'apôtre, la parole de Jésus-Christ, trempée dans son amour. Avant d'offrir l'effrayant tableau des rigueurs de sa justice, déployez longtemps les intarissables richesses, les merveilleux efforts, les incomparables inventions de sa charité. Si la crainte des châtiments éternels est propre à arrêter le pécheur dans les voies de l'iniquité , il n'y a que l'amour qui le fasse marcher avec courage dans les voies de la justice. On ne craint la justice divine qu'autant qu'on y croit; on n'y croit qu'autant que l'on

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connaît Dieu; on no connaît Dieu qu'autant que l'on commence à L'aimer.

Mais si l'on ri entre dans la vérité chrétienne que par la charilé{ï\ la charité, à son tour, ne se développe clans une âme que par la communion. La semence évangélique la plus abondante, la plus pure, ne fructifie bien que dans le sang de l'Agneau. Le Maître l'a dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mwtgez la chair du Fils de F homme , et ne buvez son sang, vous lé aurez point la vie en vous... Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en I moi, et moi en lui... Demeurez en moi, et moi en vous. Comme le sarment ne porte point de fruit, s'il )i 'est pas dans le cep, de même vous, si vous ne demeurez pas en moi. . . Sans moi vous ne pouvez rien (2). Et il dit encore : Je suis le bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis... Mes brebis entendent ma voix, et je les connais, et elles me suivent, et moi je leur donne la vie étemelle, et elles ne. périront jamais, et nul ne les ravira de mes mains (3).

(1) Non intratur in veritatem nisi per charitatem. Saint Bernard.

(2) S. Jean, ch. VI, 54, 57 ; ch. XV, 4-5.

(3) Ibid., ch. X, 11, 27, 28.

OOO L EMMANUEL.

Or, le rendez-vous assigné aux brebis pour entendre la voix du Pasteur suprême, s'imprégner de sa vie et devenir invulnérables dans le combat, c'est la divine Eucharistie.

Oui, vénérables dispensateurs de la parole et du sang de l'Agneau, c'est en réunissant, en fécondant l'un par l'autre ces deux éléments de l'éternelle vie que vous serez encore ce que Jésus- Christ veut que vous soyez, la lumière du monde, le sel de la terre, les sauveurs d'une société qui ne se meurt que faute de foi , d'espérance et d'amour.

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