‹ L'Emmanuel, ou, Le remède a tous nos mauxChapitre 2 sur 13 · L EMM \M FL · texte numérisé non relu

L EMM \M FL

Je reconnais en vous mes enfants; entrez donc en partage des joies de votre Père !

I /(-preuve exigeait deux choses : cpie Dieu dérobât à nos regards sa face adorable, et que cependant il nous donnât un signe sensible de sa présence. La vue claire de la beauté infinie, en ravissant notre cœur, eût ôté tout mérite à notre soumission et à notre amour. L'invisibilité complète de Dieu nous eût privés du grand stimulant de l'amour, la présence de l'objet aimé. La contemplation des créatures rappelle, il est vrai, à l'esprit qui veut réfléchir la pensée de Dieu et de son immensité; mais nulle réflexion sur l'omniprésence divine ne peut faire battre le cœur comme le moindre fait surnaturel par lequel Dieu dit à l'homme : Me -voici !

C'est pourquoi, même dans l'état d'innocence, le Seigneur apparaissait à Adam sous une forme sensible (i). Cela fut encore plus nécessaire depuis que le péché eut porté dans l'esprit de l'homme les ténèbres de l'ignorance , et dans son cœur d'ignobles penchants. Délaces fréquentes apparitions aux premiers patriarches, lesquelles étaient comme autant de préludes de l'Incarnation. Elles

(1) Genèse, ch. III, 8.

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furent néanmoins insuffisantes, comme l'attestent et le prompt oubli parmi les hommes Je cette justice divine dont l'épée flamboyait encore aux portes de l'Eden (i), et l'effroyable débordement d'iniquités qui s'ensuivit.

Le déluge vint arrêter le cours de ces excès et donner aux enfants du juste miraculeusement sauvé du naufrage universel une leçon dont rien, ce semble , ne devait affaiblir la mémoire. Cependant le saint patriarche Noé n'était pas descendu dans la tombe , que déjà , dans sa nombreuse postérité, la pensée de Dieu s'altérait et se traduisait en cultes monstrueux. Les hommes, les éléments, les animaux, les végétaux recevaient les hommages dus au Créateur, a Tout était Dieu, excepté Dieu même; et le monde que Dieu avait fait pour manifester sa puissance semblait être devenu un temple d'idoles. » (Bossuet.)

Pour sauver de l'oubli la connaissance du vrai Dieu et la promesse d'un Rédempteur, Abraham est choisi. Le Seigneur contracte avec lui une étroite alliance. La circoncision en est le signe mystérieux , le mémorial gravé en caractères de sang sur la chair du grand patriarche et de toute

(i) Genèse, chap. III, 24.

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'sa postérité (i). La haute protection et la sainte familiarité accordées à Abraham , Dieu les continue à Isaac et à Jacob. Le pays qu'ils habitent se couvre de monuments destinés à perpétuer le souvenir des apparitions et des bienfaits dont ils sont honorés. Pour récompenser leur foi et s'attacher leurs enfants , le Seigneur du ciel et de la terre, le maître absolu de tous les peuples consent à s'appeler le Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacob.

Tant de faveurs n'empêchent pas que sa mémoire et son culte s'affaiblissent parmi les Israélites gémissant sous l'oppression des Egyptiens. Dieu leur envoie Moïse, et fait éclater dans leur délivrance la puissance de son bras (2).

Ici commence un nouvel ordre de choses. La parole que Dieu avait jusque-là confiée à l'oreille et à la mémoire de quelques patriarches, chargés de la transmettre à leurs enfants , il l'adresse du haut du Sinaï à tout un peuple au milieu d'un terrible appareil; il la grave ensuite sur la pierre.

Peu de jours après l'effrayant spectacle qui avait fait dire aux enfants d'Israël : « Que Dieu

(1) Genèse, ch. XVII, ci.

(2) Exode, ch. VI, 6.

lre CONSIDKRATrON. 2 3

ne parle point avec nous, de peur que nous ne mourions (i), » au pied de la montagne dont la cime couronnée d'un feu dévorant attestait encore la présence de l'Éternel (2), le même peuple offre des sacrifices au veau d'or (3).

Ce fait, qui n'a rien d'incroyable pour ceux qui ont étudié en eux-mêmes l'étonnante faiblesse et légèreté du cœur humain , explique la conduite de Dieu envers la nation juive. Des esprits aussi grossiers et enclins aux plus stupides superstitions ne pouvaient goûter une religion simple , purement morale, qui n'agît sur les esprits et les cœurs que par les lumières de la vérité et le motif de l'amour. Il fallait que, pour eux, la loi divine se matérialisât dans une infinité de prescriptions cérémonielles , qu'elle s'infiltrât dans tous les détails de la vie domestique et civile , et qu'elle se fît obéir par une éclatante sanction de récompenses et de peines temporelles.

Pour assouplir au joug un peuple au cou si roule (4) , Dieu dut ajouter aux prodiges sitôt

(1) Exode, ch. XX, 19.

{1) Ibid., ch. XXIV, 17.

(3) Ibid., ch. XXXII.

(4) Ibid., ch. XXXIL, 9.

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