‹ L'Emmanuel, ou, Le remède a tous nos mauxChapitre 4 sur 13 · L EMMA NI' KL · texte numérisé non relu

L EMMA NI' KL

législateur, rémunérateur et vengeur, n'aurait jamais été populaire ; il est prouvé encore, par l'histoire et par l'étude de l'homme, que la révélation n'aurait jamais obtenu soumission et créance, si Dieu n'avait accompagné sa parole de ces gestes et signes qui démontrent en lui le maître absolu de la nature, savoir : les miracles. Un Dieu qui ne parle pas extérieurement à l'homme, ou qui lui parle sans employer le langage énergique des signes, est un Dieu inconnu. C'est le Dieu de la raison, de la philosophie, qui est encore à chercher un croyant, un adorateur, un martyr.

Au reste, quelque multipliés que fussent les événements merveilleux par lesquels Dieu signalait sa présence au milieu de la nation juive, ils suffirent à grand'peine à la préserver de la corruption générale. Si elle s'affermit enfin dans la croyance en un seul Dieu, dans l'attente du libérateur, et dans l'accomplissement littéral de la loi , elle ne s'appliqua ni à en pénétrer l'esprit, ni à le déverser sur le monde. « Ce peuple m'honore des lèvres , et leur cœur est loin de moi, » disait Dieu par Isaïe(i).

(i) Isaïe, ch. XXIX, i3.

lre CONSIDÉRATION. 29

Pour arracher les hommes à l'ivresse des passions et au culte des sens, pour établir parmi eux le règne de Dieu par l'adoration en esprit et en vérité, il ne fallait rien moins que la présence du Désire des nations. Une telle révolution ne pouvait s'opérer ni par des manifestations furtives de la majesté divine, ni par les efforts de ses ministres, même les plus saints. C'était là l'œuvre du Maître en personne, du Verbe fait chair, habitant au milieu de nous plein de grâce et de vérité (i).

RÉFLEXIONS

Admirons ici les inépuisables trésors de la miséricorde divine. Quatre mille ans de révoltes, d'outrages, d'abominables excès, ne peuvent en tarir le cours. Grandissant en proportion des iniquités de la terre, c'est lorsque les flots de Tincrédulité ont tout englouti, qu'elle déborde sans mesure sur le monde (2). Que la bonté de Dieu est différente de celle des hommes, toujours si mesurés dans leurs bienfaits, si lents à pardonner, si prompts à tonner contre l'ingratitude

(1) S. Jeun, ch. I, 14.

(2) S. Paul, Aux Romains, ch. XI, I2.

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et la récidive ! Comme cette conduite de Dieu envers les hommes explique bien et justifie la réponse de Jésus-Christ à une question de saint Pierre! « Seigneur, combien de fois mon frère péehera-t-il contre moi, et devrai-je lui pardonner? Sera-ce jusqu'à sept fois? Jésus lui répondit : Je ne vous dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois (i). »

Cette patience du Seigneur envers le genre humain est une image de celle dont il use envers vous, chrétiens infidèles à vos promesses. Vous aussi, vous avez eu des jours d'innocence et de sainte familiarité avec Dieu, durant une éducatiou chrétienne, à l'époque de la première communion. A cet âge de ferveur ont succédé des jours de tiédeur, d'indifférence et d'un oubli qui est allé peut-être jusqu'à l'adoration d'idoles de chair, ou jusqu'au culte d'un vil métal. Dieu n'a cessé de vous rappeler à lui. Aujourd'hui encore il frappe à la porte de votre cœur. Mettez fin à vos résistances , car si sa miséricorde envers le monde, tout infinie qu'elle est, doit trouver un terme dans la fin des temps, elle s'en est prescrit un bien plus court envers vous : c'est la fin , si imminente peut-être, de votre vie.

(i) S. Matthieu, ch. XVIII, 21-22.

TIe CONSIDÉRATION. ') f

Considérez aussi le prix inestimable des lumières de la foi et des dons de la grâce divine, en voyant ce qu'il en a coûté à Dieu pour les faire arriver jusqu'à vous au travers de tant de siècles de ténèbres et de corruption. Malheur à vous si vous laissiez périr ces présents de celui qui, s'occupant de vous alors que vous n'étiez pas, vous a aimés dun amour éternel [\)\

Apprenez à connaître et à craindre les dangers de tout genre qui menacent en vous le trésor de la foi et la vie de la grâce. Vous portez au dedans de vous le principe de tous les égarements, de tous les excès qui ont souillé la terre. Au dehors, le monde est toujours un foyer d'erreurs, un temple d'idoles vivantes, plus dangereuses que les statues inanimées qu'adore le païen. Vous n'échapperez aux illusions de votre orgueil , aux pièges de l'ange de ténèbres , que par de fréquents entretiens avec le Père des lumières, par une vie de prières et de méditation. Vous ne résisterez aux séductions du dehors que par la fuite et par la garde sévère de vos sens. Ceux-ci sont les portes par lesquelles la mort arrive à votre âme, et votre âme court à

(i) Jérémie, ch. XXXI, 3.

la mort. Vous n'êtes pas plus forts qu'Eve, qui nous a perdus par la curiosité. Celui qui veut tout voir, tout entendre, aimera tout, adorera tout, excepté Dieu.

L'art de la perfection se résume dans cette parole de Dieu à Abraham : Marchez en nui présence, et vous serez parfait (r).

(1) Genèse, ch. XVII, i.

Dcurirmc Consfrinitiotu

Nécessilé d*un Di"u-Homme , et de sa présence perpétuelle.

L'idolâtrie était un appel à l'Incarnation. A des esprits fascinés par les sens, il fallait un Dieu accessible aux sens. C'est la réflexion de l'apôtre saint Paul. Parce que les enfants de Dieu , dit-il, étaient tombés sous le joug de la chair et du sang, pour les délivrer, le Fils éternel a dû s'unir à la chair et au sang (i).

// a donc paru sur la terre, et a conversé avec les hommes (2), renfermant dans un corps passible tous les trésors de sagesse et de science, et la plénitude de la divinité (3).

(1) Aux Hébreux, ch. II, 14.

(a) Barueh, ch. III, 38.

(3) Ep. aux Coloss.,ch.H, 3-g.

34 l'eJH MANUEL.

Mais cette faveur inappréciable ne devait pas être restreinte aux contemporains du Sauveur, ou plutôt aux quelques milliers de Juifs qui eurent le bonheur de le voir durant sa vie publique , et de recueillir les paroles de grâce et de vérité qui coulaient de sa bouche. Le même amour qui le portait à mourir pour tous , l'engageait aussi à vivre avec tous et à ne plus quitter cette vallée de larmes, où tant de malheureux ont besoin qu'il leur dise : Venez à moi, vous tous qui succombez sous le poids de vos misères, et jt vous soulagerai ( i ) !

D'ailleurs , à qui Jésus-Christ eût-il pu confier les trésors de vie divine qu'il devait répandre sur toutes les générations ? C'était bien assez pour les plus saints enfants des hommes d'en être les dispensateurs , les canaux ; l'Homme- Uieu pouvait seul en être le réservoir. On ne comprendrait pas la mission qu'il donne à ses apôtres et à leurs successeurs : Allez, enseignez toutes les nations, régénérez tous les hommes en les baptisant , c'est-à-dire , faites plus que je n'ai fait en les créant ; détruisez d'abord le fils d'Adam, l'homme de péché, et substituez-lui

(i) S. Matthieu, ch. XI, 28.

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l'enfant de Dieu, vivant de ma vie; on ne comprendrait pas, disons-nous, une telle mission, s'il n'ajoutait aussitôt : Et voilà que je suis tous les /ours avec vous jusqu'à la fin du monde (i).

Si, pour cgnserver, chez un peuple, la foi si simple d'un seul Dieu, et la morale si courte des dix commandements , Dieu avait dû élire visiblement domicile au milieu des Juifs, et faire de leur histoire un prodige long de quinze siècles, la conservation et la propagation dans tout l'univers de la doctrine évangélique n'exiçeaientelles pas qu'il accomplît la promesse faite par Isaïe : que notre divin Docteur ne s' envolerait plus , et que nous serions tous enseignés de Dieu (2)?

Nos croyances, si élevées au-dessus des faibles pensées de l'homme , devaient soulever contre elles les orgueilleuses subtilités de la fausse science. Comptez, s'il est possible, les erreurs qui , depuis les apôtres jusqu'à nous , ont fait d'incessants et furieux efforts pour corrompre la pureté de la foi. Comment expliquer l'invariabilité de l'enseignement de l'Eglise, la constante sagesse de ses définitions en des matières

(1) S. Matthieu, ch. XXVIII, 20.

(a) Is., ch. XXX, 20; — LIV, i3.

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