LEM MANUEL
extrêmement ardues et épineuses, sans la présence de celui qui résolvait avec tant de facilité les plus insidieuses questions des scribes et des pharisiens?
Cette doctrine si pure, qui déclarait une guerre à mort aux mauvaises passions et aux religions brutales qu'elles avaient enfantées , ne pouvait triompher de la corruption universelle que par des torrents de sang chrétien. L'ardeur avec laquelle nous voyons voler à la mort des millions de martyrs de toute condition , de tout âge, ne s'explique que par la divine ivresse où les plongeait le sang de l'Agneau, ruisselant nuit et jour sur l'autel des catacombes et pénétrant au fond des cachots. « Comment violerions-nous la foi jurée au céleste époux de nos âmes, répondaient les vierges chrétiennes , quand il nous a enrichies des arrhes de son amour, et que son sang a rougi nos lèvres (i)! »
En plaçant sur la même ligne l'amour de Dieu et l'amour des hommes (*i), Jésus-Christ ajoutait, à l'obligation de vivre et de mourir pour la gloire du Père céleste, le sublime devoir de
(i) V. dans le Bréviaire romain l'Once de sainte Jgnès, 1 1 janvier.
(2) S. Matthieu, ch. XXII, 37 et suiv.
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vivre et de mourir pour le bien do nos frères. Son commandement nouveau , de nous aimer les uns les autres , comme lui-même nous a aimés (i), créait le martyre de la charité, holocauste perpétuel que son Église devait lui offrir alors même que les persécuteurs laisseraient reposer le glaive.
Le feu du zèle pour le salut des âmes, qui enflamme tant d'hommes apostoliques et les rend supérieurs à toutes les faiblesses de la nature, dans la conquête des Gentils à la foi , dans la conquête non moins laborieuse des pécheurs à la pénitence; ce feu divin, d'où rayonne-t-il, sinon de l'autel où le phénix de la charité ne cesse de se consumer et de renaître pour la sanctification des hommes ?
Et ces anges consolateurs qui, dans nos hôpitaux, dans nos écoles des pauvres, dans tous nos établissements de bienfaisance , essuient tant de larmes, adoucissent et guérissent tant de maux, pourraient-ils se soutenir à cette hauteur de vertu s'ils ne recouraient fréquemment au festin de l'Agneau? Là est le foyer de cette charité de Jésus-Christ , qui , selon l'apôtre, nous presse*
(i) S.Jean, ch. XIII, 34.
nous pousse à ne plus vivre pour nous, mais à devenir, comme notre Maître, des victimes dévouées à l'amour de nos frères (i).
Pour relever nos sentiments et les mettre en rapport avec nos pensées, si ennoblies par la doctrine évangélique; pour produire une chaleur de vie spirituelle proportionnée à un si grand déploiement de lumière , il fallait que Jésus- Christ continuât à résider au milieu de nous. Le sang du Calvaire, s'il n'arrivait jusqu'à nous que par le canal de l'histoire, se refroidirait trop pour faire battre nos cœurs.
La nouvelle alliance , encore plus que l'ancienne , avait besoin de l'arche où le Sauveur, par sa présence , se montrerait tel qu'il s'était annoncé par ses prophètes, Y Emmanuel, le Dieu avec nous (2).
L'arche figurative contenait trois choses : les tables et le livre de la loi, la verge, qui, par sa fleuraison miraculeuse, attestait l'élection divine de la famille aaronique, et le vase contenant la manne qui avait servi de nourriture aux Israélites dans le désert.
Réalisant toutes ces figures dans l'institution
(1) Ép. aux Corinth.j ch. V, i4~i5.
(2) Tsaïe, ch. VII.
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eucharistique, Jésus-Christ y est en même temps l'arche qui, en marchant à notre tête, nous rassure contre les attaques de l'ennemi ; la loi éternellement vivante, dont de faibles mortels prédisent et attendent si vainement la mort : il y est la sève de l'arbre sacerdotal fleurissant perpétuellement au milieu d'un monde où tout s'altère et périt, étendant ses rameaux du nord au midi, de l'orient au couchant , et les voyant renaître toujours plus vigoureux sous le fer de la persécution; enfin., il y est la manne par excellence, le vrai pain du ciel, qui fortifie et console nos âmes dans la pénible traversée des déserts de la vie.
REFLEXIONS
En considérant les desseins de Dieu dans l'ineffable invention de son amour pour vous, examinez, âmes chrétiennes, l'usage que jusqu'ici vous en avez fait. Si votre foi et votre amour sont si languissants , si votre vie diffère tant de la vie des martyrs de la foi et de la charité, n'est-ce pas parce que la présence de Jésus-Christ occupe peu de place dans vos pensées , dans vos affec-
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tions? Vous vivez loin du feu qu'il est venu allumer sur la terre, pour l'éclairer et Fembraser (i); faut-il être surpris que vous végétiez dans les obscurités et la tiédeur? Approvhez-vous de lui, et en vous remplissant de sa lumière , il vous apprendra à ne plus rougir de ses lois (2).
Que peuvent les vains discours des hommes et leurs grossiers sophismes contre les maximes de l'éternelle sagesse, sur le chrétien qui a l'heureuse habitude de converser fréquemment avec Jésus-Christ? Comme il devient supérieur aux séductions du monde, aux attraits qui fascinent ses esclaves, le cœur qui, à la table sacrée, goûte un bonheur qui ne le cède qu'au bonheur des habitants du ciel !
Demeurez eu moi, et que je demeure en vous, vous dit le divin Maître , parce que sans moi vous ne pouvez rien faire (3). Allez donc souvent puiser à ce trésor de vie et de force. Vous y verrez disparaître un des grands obstacles à votre conversion ou à votre avancement dans la vertu : le respect humain. Jésus-Christ vous y dira,
(1) S. Luc, eh. XII, 49.
(1) Ps. XXXIII, 6.
(3) S. Jean, ch. XV, 4-5.
comme aux apôtres : Soyez sans crainte , fai vaincu le monde (i); et pleins d'une généreuse ardeur, vous pourrez, comme saint Paul, défier toutes les créatures de vous séparer de V amour de Jésus-Christ (2).
{i)S. Jean, ch. XVI, 33.
(2) Ép. aux Rom., ch. VIII, 35.
Zvoiwmt Corofteration.
Promesse de la présence réelle.
Le bien que l'homme peut faire à ses semblables est si peu de chose, qu'il est bon de ne pas le prôner d'avance , afin de conserver au bienfait le mérite de l'imprévu. Il n'en est pas ainsi des dons de Dieu : fruits de l'amour parfait, ils sont d'autant plus appréciés, qu'ils sont mieux connus. Aussi voyons-nous que, pour disposer les hommes à la réception de ses grâces les plus insignes, Dieu les leur a toujours fait connaître avant de les dispenser.
Le bienfait divin par excellence, l'Incarnation du Verbe, a été, durant quarante siècles, l'objet des promesses du Ciel et de l'attente du genre humain. L'Eucharistie, qui complète ce mystère.
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en étendant à chacun de nous, par la communion sacramentelle, le don que le Fils de Dieu a fait de lui-même à lui-même à l'humanité en s'incarnant, exigeait aussi une préparation. Pour que cet effort suprême de son amour n'accablât pas la foi de ses disciples , Jésus-Christ le leur annonça longtemps d'avance dans les termes les plus clairs, et voici à quelle occasion :
Aux approches de la fête de Pâques, Jésus ayant conduit ses disciples dans une solitude sur les bords du lac de Tibériade, une grande foule de peuple y accourut , attirée par le désir de l'entendre et par les nombreuses guérisons qu'il opérait. Sur le déclin du jour, ses disciples le prièrent de congédier la multitude , afin qu'elle pût se procurer des vivres dans les bourgs voisins.
« Il n'est pas besoin qu'ils y aillent, répondit le divin Maître; donnez-leur vous-mêmes à manger (i). » On lui représenta qu'on ne savait où prendre de la nourriture pour un si grand nombre (environ cinq mille hommes, non compris les femmes et les enfants), et que toutes les provisions se réduisaient à cinq pains et deux pois-
(i) S. Matthieu, ch. XIV, 16.
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sons apportés par un jeune homme. Jésus leur ayant ordonné de faire asseoir le peuple, il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au Ciel, les bénit, les rompit, et les donna à ses disciples pour les distribuer aux assistants. Quand tous furent rassasiés, il fit recueillir les restes, et l'on en remplit douze corbeilles.
Emerveillé de ce prodige, le peuple dit : « Celui-ci est vraiment le prophète qui devait venir au inonde (i). » Jésus, sachant qu'ils projetaient de l'enlever pour le faire roi, ordonna à ses disciples d'entrer dans leur barque et de passer de l'autre coté du lac; et, après avoir congédié îa foule , il s'enfuit seul sur la montagne pour y prier. Dans la nuit, il rejoignit ses disciples sur le lac, marchant sur les flots, apaisa l'orage qui les contrariait, et les fît aborder au pays de Génézareth.
Le peuple l'y suivit bientôt. Jésus, pour relever les motifs trop terrestres de leur empressement et aussi pour leur annoncer le grand mystère figuré par la multiplication des pains, leur parla ainsi : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez , non parce que vous avez vu des
(i) S. Jean, ch. VI, 14.
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miracles, mais parce que vous avez mangé du pain, et que vous avez été rassasiés. Travaillez pour avoir, non la nourriture qui périt, mais celle qui demeure pour la vie éternelle, et que le Fils de l'homme vous donnera; car c'est lui que Dieu le Père a marqué de son sceau. Ils lui demandèrent donc : Que ferons-nous pour opérer les œuvres de Dieu? Jésus leur répondit : L'œuvre de Dieu est que vous croyiez en celui qu'il a« envoyé. Ils lui dirent donc : Quel miracle faitesvous donc pour que nous le voyions, et que nous croyions en vous (i)? »
Pour comprendre cette question de la part des témoins d'une multitude de guérisons surnaturelles, et du miraculeux repas qui leur avait été servi la veille , il faut observer que Jésus- Christ ne s'annonçait pas seulement à eux comme un prophète, titre qu'ils ne lui auraient pas contesté , mais qu'il se posait comme le fondateur du royaume de Dieu parmi les hommes et l'auteur d'une nouvelle alliance. Or, se rappelant les innombrables merveilles qui avaient signalé l'établissement de la première alliance, ils jugeaient que les œuvres du nouveau Moïse étaient loin
(i) S. Jean, cliap. VI, v. 26 et suiv.
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d'égaler celles de l'ancien. Ils exigeaient donc, comme condition de leur foi , que le Fils de l'homme fît pour eux ce que Moïse avait fait autrefois pour leurs pères; et, opposant à la multiplication des pains le prodige de la manne qui dura près de quarante ans, ils ajoutèrent : « Que faites-vous ? Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon qu'il est écrit : Il leur a donné à manger le pain du ciel. » •
Jésus réduit d'abord à sa juste valeur le miracle de la manne, qui, bien qu'elle parût tomber du Ciel, n'en était pas moins un aliment terrestre, destiné seulement à l'entretien du corps, et qui n'avait rien de plus divin que les aliments ordinaires, attendu qu'il en coûte aussi peu au Père céleste de faire descendre notre nourriture des nues que de la faire sortir du sein de la terre.
« En vérité, en vérité, je vous le dis, Moïse ne vous a point donné le pain du Ciel. Car le pain de Dieu est celui qui descend du Ciel et donne la vie au monde, » Le peuple entendit encore cela d'une nourriture corporelle, et s'imaginant que le Sauveur allait lui en donner une supérieure à la manne, il lui dit : « Seigneur, donnez-nous toujours ce pain-là. » Jésus, pour les détromper,
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va leur apprendre en quoi consiste ce pain, et quelle est sa vertu sur ceux qui le mangent.
« Je suis le pain de vie; celui qui vient à moi n'aura pas faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif. Mais je vous l'ai déjà dit : Vous m'avez vu, et vous ne croyez point. Tout ce que me donne le Père viendra à moi ; et celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors ; car je suis descendu du Ciel pour faire , non ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. Or, la volonté du Père qui m'a envoyé est que je ne perde rien de tout ce qu il m'a donné , mais que je le ressuscite au dernier jour. Et c'est la volonté de mon Père qui m'a envoyé, que quiconque voit le Fils et croit en lui, ait la vie éternelle; et je le ressusciterai au dernier jour. »
C'était leur dire clairement qu'ils avaient devant les yeux, non un prophète, mais l'auteur même de la vie. « Les Juifs donc murmuraient contre lui de ce qu'il avait dit : Je suis le pain vivant descendu du Ciel. Et ils disaient : N'est-ce pas là Jésus, fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment donc dit-il : Je suis descendu du Ciel ? Jésus donc, répondant, leur dit : Ne murmurez point entre vous. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a
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envoyé ne l'attire; et je le ressusciterai au dernier jour En vérité, en vérité, je vous le dis,
qui croit en moi a la vie éternelle. Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. Mais voici le pain qui est descendu du Ciel, afin que celui qui le mange ne meure point. Je suis le pain vivant qui suis descendu du Ciel. Si quelqu'un mange de ce pain , il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde.»
A cette étrange parole, les auditeurs se soulevèrent de nouveau en disant : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger?» Jésus, sans répondre à leur question de pure curiosité touchant la manière dont sa chair serait mangée, confirme de nouveau sa promesse de donner au monde une nourriture qui, par sa divine excellence et sa merveilleuse reproduction dans tous les temps, dans tous les lieux, surpasserait infiniment la manne, et il le fait en termes si clairs, si énergiques, qu'il n'y a plus de milieu, pour ceux qui l'écoutent , entre l'incrédulité ouverte et une entière soumission.
« En vérité, en vérité, je vous le dis : si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et ne huvez son sang, vous n'aurez point la vie en
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vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et je le ressusciterai au dernier jour; car ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Comme le Père qui m'a envoyé est vivant, et que je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra aussi par moi. C'est là le pain qui est descendu du Ciel, non comme la manne dont vos pères ont mangé , et n'en sont pas moins morts. Celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
L'Evangéliste ne nous dit pas quel fut l'effet des dernières paroles de Jésus-Christ sur la masse du peuple réuni dans la synagogue de Capharnaùm; mais, à en juger parla conduite d'une bonne partie des disciples, l'incrédulité fut générale, a Beaucoup donc de ses disciples l'ayant entendu, dirent : Ce discours est dur, et qui peut l'écouter ? »
Jésus, voulant les éclairer et lever leur scandale, qui tenait à une fausse idée touchant la manière dont ils devaient manger sa chair et boire son sang, leur dit: « Cela vous scandalise? Que sera-ce donc si vous voyez le Fils de l'homme remonter au lieu où il était auparavant ? » Ce qui