‹ L'Emmanuel, ou, Le remède a tous nos mauxChapitre 7 sur 13 · J-A L EMMANUEL · texte numérisé non relu

J-A L EMMANUEL

n'enivrent un moment le cœur que pour le livrer ensuite aux tortures de la soif et de la faim. Le père du mensonge fait de continuels efforts pour les entretenir dans cette fatale illusion , et replonger dans les voluptés immondes ceux qui , en ayant senti le vide et l'amertume, voudraient retourner à Dieu. Il les effraye surtout par de fantastiques peintures des impossibilités du retour, et des dégoûts inséparables d'une vie régulière et chrétienne.

Vous, les commensaux de Jésus-Christ , et qui cent fois avez goûté l'ineffable douceur de son pain, tendez une main secourable à ces infortunés prodigues. Dissipez leurs vaines terreurs ; apprenez-leur combien le Seigneur est doux envers ceux qui le servent, et quii/i Jour dans sa maison, même au dernier rang, est préférable à la plus longue et joyeuse vie dans les palais des péch eurs{\).

(i) Ps. LXXXI, ii.

Cinquième Coneftcrcttion.

Sacrifice eucharistique.

Par l'institution de la nouvelle Pâque, Jésus- Christ ne satisfit pas seulement à l'engagement qu'il avait pris de donner sa chair et son sang en nourriture et en breuvage, il accomplit encore l'universalité des promesses que Dieu avait faites aux hommes depuis l'origine du monde.

Et quel était le fonds commun de toutes ces promesses, confiées d'abord aux deux premiers coupables, renouvelées fréquemment aux patriarches , consignées ensuite dans les Ecritures et figurées par toutes les institutions religieuses de la nation juive? C'était la délivrance du genre humain et sa réconciliation avec le Ciel.

Par sa révolte contre Dieu à l'instigation de

Satan et de la chair (i), l'homme était devenu justement l'esclave et du père du mensonge et des ignobles convoitises de la chair. Son esprit, séparé du soleil des esprits par d'épaisses ténèbres, était le jouet des plus grossières erreurs; son cœur, dévoré par la soif des basses jouissances, s'abandonnait sans réserve à toute la corruption de ses désirs. Le déluge de l'idolâtrie, en couvrant le monde de ses flots impurs, semblait y avoir éteint toute vie spirituelle et morale. Les nations les plus éclairées se laissaient mener comme des troupeaux s t lipides , selon l'expression de saint Paul, aux pieds d'idoles muettes (2), vains simulacres de dieux et de déesses qui n'avaient marqué leur passage sur la terre que par l'infamie de leurs mœurs.

Dieu qui , étant esprit , veut être adoré en esprit et en vérité, et dont la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume (3), fermait l'en-

[\)La femme donc (ébranlée par la parole du séducteur), voyant que le fruit était bo n a manger et délicieux à voir.. . f en prit et en mangea, et elle en donna aussi à son mari; et celui-ci (entraîné par celle qui était l'os de ses os et la chair de sa chah) en mangea. Genèse, ch. III, 6.

(2) Ite Ép. aux Corinth., ch. XII, 2.

(3) Ibid., ch. XV, 5o. — S. Jean, ch. IV, 24.

trée du Ciel à ces générations abruties. C'est ainsi que les esclaves temporaires de l'erreur et des vices passaient sous l'empire des ténèbres sans fin et des misères sans consolation.

Cependant, par les continuels efforts de la miséricorde divine pour troubler le fatal sommeil des nations dans les ombres de la mort , les hommes avaient partout conservé le souvenir de leur déchéance et l'espoir de la réhabilitation.

L'antique promesse d'un libérateur, conservée par la tradition universelle , les faisait soupirer après l'homme divin qui, détruisant l'œuvre du mauvais génie, devait éclairer, pacifier le monde et y ramener l'âge d'or. De là le titre de Désiré de toutes les nations, que l'Ecriture donne au Messie (i).

La même tradition avait aussi appris aux peuples que le moyen qu'emploierait le Rédempteur pour consommer son œuvre, ce serait l'offrande d'un sacrifice qui, réparant les outrages faits à la Divinité , et effaçant les souillures des hommes, lèverait l'anathème qui pesait sur ceux-ci et les rendrait l'objet des bénédictions du Ciel. L'expression de cette croyance apparaît dans toutes

(1) Gerwse, ch. XL1X, 10. — ^ggée, ch. II, 8.

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les pratiques religieuses , mais surtout dans les sacrifices sanglants, qui ont été le fondement de toutes les religions.

Et quelle était la pensée exprimée par ces sacrifices? La voici : Convaincus que, par ses révoltes contre l'Auteur de la vie, le pécheur mérite l'éternelle mort , et que cependant la clémence divine voulait bien se contenter d'une victime qui payerait pour tous les coupables, les anciens peuples témoignaient, par leurs sacrifices particuliers, vouloir s'associer au sacrifice universel et s'en approprier les mérites.

Ils choisissaient donc parmi les animaux utiles à l'homme, et trop souvent parmi les hommes, une âme vicaire, un représentant de la grande victime qui devait porter un jour tes iniquités du monde. Les assistants, par l'organe du sacrificateur, déclaraient se décharger sur la victime de toutes leurs prévarications. Voué ainsi à la vindicte divine , le coupable par fiction était censé ne pouvoir apaiser le Ciel que par l'effusion de son sang; mais une fois que l'immolation l'avait purifié de ses souillures (1), il devenait une offrande sainte, agréable à la Divinité, et un moyen

(1) L'immolation n'était qu'un préambule du sacrifice, dont l'essence est dans l'offrande. On immolait la victime

de sanctification pour ceux qui mangeaient sa chair ou étaient aspergés de son sang. En un mot, on communiquait d'abord ses crimes à la victime pour qu'elle les abolît par sa mort, et l'on participait ensuite aux mérites de son sacrifice et à la vertu sanctificatrice de sa chair par la communion.

Ces sacrifices, comme on le voit , n'avaient d'autre valeur, devant Dieu et devant les hommes, que celle qu'ils recevaient du grand sacrifice dont ils étaient la figure, a C'est pourquoi, dit l'apôtre saint Paul, le Fils de Dieu a dit au Père , en entrant dans le monde : Vous n'avez voulu ni le sacrifice ni V offrande ; mais vous m'avez préparé un corps. Vous n'avez pris plaisir ni aux holocaustes ni aux oblations pour le péché. Alors j'ai dit : Me voici, je viens : il est écrit de moi, au commencement du Livre, que je dois faire, 6 Dieu, votre volonté (i). »

Or la volonté du Père était que le Fils, substituant l'immolation et X offrande de son corps à celle des taureaux et des boucs, dont le sang

pour la purifier; on la purifiait pour l'offrir. V. Solution de grands problèmes, t. II, ch. XLI.

(i) Ep. aux Hébreux, ch. I, 5 et suiv.

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ruisselait vainement sur les autels, réparât surabondamment les outrages faits à la majesté divine, abolît les iniquités de la terre, renversât l'empire de Satan, démolit le mur de division et d 'inimitié qui, séparant les hommes de Dieu, les rendint étrangers les uns aux autres, de sorte que , réunis en un. même eorps et animés d'un même esprit, ils eussent par lui un libre accès auprès du Père; enfin, que, par la vertu de son sang répandu sur la croix, il réconciliât en lui-même, pacifiât, restaurât toutes choses , tant celles nui sont aux deux que celles qui sont en terre, et remplaçât ainsi l'alliance temporaire, locale et figurative du Sinaï par l'éternelle alliance du Calvaire , où Dieu , ne mettant plus de bornes à ses dons , se donnerait lui-môme tout à tous et pour toujours (i).

Cet immense travail, objet depuis quarante siècles des préparations de Dieu et des vœux de l'humanité , Jésus-Christ l'accomplit en montant sur la croix, qui est vraiment Y arbre de la science du bien et du mal. Par la croix, en effet, nous connaissons les biens infinis que nous devons at-

( i) Êp. aux Hébreux, ch. I, 10. — Êp. aux Êphésiens. li.I, 10; ch. II, 14. — Ép. aux Coloss., ch. I, 20; ch. II, t5.

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tendre d'un Dieu qui aime le monde jusqu'à lui

donner son Fils unique (i); et par la mort de cette victime, broyée pour nos crimes (2), la croix nous apprend les maux infinis du péché.

Mais ce sacrifice, offert une seule fois sur le Calvaire pour le rachat de tous, devait être appliqué à chaque captif du péché et de la mort. Le fruit de malédiction, offert par la haine de Satan à la première femme, ayant infecté notre nature dans sa souche, et de là infiltré ses poisons dans tous les individus humains, il fallait que le fruit de vie, préparé par l'amour divin sur l'arhre de la croix, fût donné à tous, et que, corrompus par notre participation à la chair et au sang d'Adam, nous fussions rassainis par notre participation à la chair et au sang de Y Agneau sans tache.

C'est ce que le Dieu-Charité a fait par l'institution du sacrifice eucharistique, qui est la continuation et l'extension à tous les temps, à tous les lieux, du sacrifice de la croix, dont il ne diffère, nous dit le saint concile de Trente , que par La seule manière d'offrir (3).

Sur nos autels, en effet, Jésus-Christ ne meurt

(1) S. Jean, ch. III, 16.

(2) Isaïe, ch. LUI, 5.

(3) Session XXII, ch. II.

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plus (i). Son immolation n'y est que mystique et commémorative de son immolation réelle au Calvaire; mais il y continue son rôle de médiateur entre Dieu et les hommes. Prêtre éternel selon F ordre de Melchisédech, et toujours intercédant pour nous (2), en s'offrant sous les espèces du pain et du vin, comme une victime pure et agréable, il remplit envers Dieu, en sa qualité de chef de l'Eglise, le devoir de parfait adorateur, et en nous associant à son sacrifice par la communion de sa chair et de son sang , il remplit envers nous ses fonctions de sanctificateur et sauveur.

Le protestantisme, qui , à l'instar de toutes les hérésies, choisit une parole de l'Ecriture et lui immole toutes les autres, et dont la haine s'est surtout exercée contre les plus touchantes institutions de la loi nouvelle, nous objecte depuis trois siècles le passage de Y Epitre aux Hébreux, où saint Paul, opposant l'unité du sacrifice de la croix à la multitude des anciens sacrifices, dit que Jésus-Christ, par une seule oùlation, a consommé pour toujours ceux qui sont sanctifiés (3) ; et il reproche à l'Eglise catholique de

(1) Ep. aux Rom., ch. VI, 9.

(2) Êp. aux Hébreux, ch. VII, 17, 25.

(3)Ch. X, 14.

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faire injure au sacrifiée du Calvaire en le répétant chaque jour.

L'Eglise a constamment répondu , d'abord , qu'elle ne fait, en cela, qu'observer le commandement de Jésus-Christ : Faites ceci en mémoire de moi (i); qu'en tenant l'Eucharistie pour un véritable sacrifice, elle ne fait que croire et pratiquer ce que croyait et pratiquait saint Paul luimême , comme il le témoigne dans sa première E pitre aux Corinthiens, où, comparant la cène eucharistique aux sacrifices de la Loi et des Gentils, il dit : Le calice que nous bénissons îi est-il pas la communion au sang de Jésus-Christ, et le pain que nous rompons n est-il pas la participation à son corps (2)? Enfin, l'Eglise répond que, par là, elle accomplit les oracles des prophètes, notamment ces paroles du Seigneur aux Juifs : Je ne me complais pas en vous, et je ne recevrai plus iC offrande de votre main; mais du point oit le soleil se lève jusqu'à son couchant, mon nom sera grand parmi les nations, et l'on sacrifiera en tout lieu, et Von offrira à mon nom une oblalion pure. (3).

(i).V. Luc, ch. XXII, 19.

(a)Ch.X, 16.

(3) Malachie, ch. I, 10, il.

L'Eglise explique ensuite les paroles de l'apôtre aux Hébreux, et en donne le vrai sens, qui est que, par le seul sacrifice sanglant de la croix, le Pontife éternel a rendu plus de gloire à Dieu que n'ont pu et ne pourront lui en ravir nos crimes, et qu'il a acquis au genre humain plus de mérites et de grâces qu'il n'en faudrait pour la sanctification de tous les pécheurs passés , présents et futurs. Mais cet hommage d'une valeur infinie rendu à Dieu par le Fils de Uliomme, il faut que nous nous y associions, si nous voulons avoir part aux bénédictions et du Fils et du Père. Mais ces mérites et ces grâces infinies, qui sont le trésor général de l'humanité, il faut qu'ils nous soient individuellement appliqués, et que nous y concourions, si nous vouions qu'ils nous profitent. Or, c'est pour opérer cette application et obtenir ce concours, que le suprême Pasteur et Ei'eque de nos âmes ( i ) continue à s'offrir à Dieu sur nos autels, et à s'y donner tout entier à chacun, démontrant par là que le salut général du genre humain ne lui a pas fait oublier le salut de chaque individu, de sorte que tout pécheur doive dire avec saint Paul : Jésus-Christ m'a

(i) S. Pierre, Ire Ép., ch. II, 2r>.

tellement aimé, qu'il s'est livré à la mort poui moi (i).

RÉFLEXIONS

Que la fréquence du sacrifice de nos autels, âmes chrétiennes, ne vous en fasse pas méconnaître l'infinie grandeur! L'Eglise le désigne par un mot d'une profondeur admirable : Y Action! C'est, en effet, faction divine et humaine par excellence, le tout aux yeux de Dieu, le tout aux yeux de l'homme éclairé par la foi.

De toute éternité , Dieu met sa complaisance dans son Verbe, qui est son Fils unique, la splendeur de sa gloire, Y image parfaite et substantielle de ses infinies perfections ; c'est aussi en lui qu'il contemple et qu'il aime toutes les choses visibles et invisibles , qui sont aux deux et sut la terre, car elles subsistent toutes dans son I erbe , par lequel il les a créées , et il ne les aime qu'en raison de leur conformité à son Fils (2). L'incarnation de ce Fils bien-aimé a donc été le but de toutes les œuvres de Dieu dans

(i) Ép. aux Gâtâtes, ch. II, 20.

(2) Ép. aux Hébreux, ch. I, 3. — Aux Coloss., ch. I, i5, 16, 17. — Aux Rom., ch. VIII, 29.

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le temps (i). Et l'unique but du Fils, en prenant chair, a été la glorification éternelle du Père et la rédemption universelle des créatures par la vertu de son sacrifice. C'était là le baptême qu'il était si empressé de recevoir (a), la Pdque qu'il avait un si grand désir de célébrer (3), le commandement et Y œuvre du Père, dont la pensée était sa nourriture \f\). Aussi, sa dernière parole sur la croix fut-elle : Tout est accompli (5)!

Tout, en effet, depuis l'instant où il appela l'univers à l'existence, se coordonnait à sa mort : il est V Agneau immolé dès l'origine du monde (6). Tout depuis lors, jusqu'à son avènement glorieux, tend à célébrer la mémoire et à développer les conséquences de son sacrifice. Toutes les fois que vous mangerez ee pain et que vous boirez ce calice, nous dit l'apôtre, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne (j). La terre n'a de valeur devant Dieu que par le sang de son Fils : quand ce sang, ruisselant per-

(i) Aux Rom., ch. X, 4> — Apocalypse, ch. XXII, i3. (a) S. Luc, ch. XII, 5o.

(3)Ibid., ch. XXII, i5.

(4) S. Jean, ch. IV, 34.

(5) Ibid.,ch. XIX, 3o.

(6) Apocalypse, ch. XIII, 8.

(7) 7re Ep. aux Corinth., ch. XI, 26.

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pétuellement sur des millions d'autels, aura régénéré le dernier en date des élus, les temps seront accomplis.

Le Calvaire est donc X alpha et Yornéga , le principe et la fin de toutes les œuvres de Dieu et des hommes. Or, le Calvaire est dans tous les lieux où Jésus-Christ continue à s'offrir, et à charpie messe qui se célèbre, nous dit l'Eglise, c'est Y œuvre de notre rédemption qui se renouvelle^).

(1) « Quoties hujus hostiae commemoratio eelebralur, opus nostrae redemplionis exercetur. » Missel romain , orat. secret. Dom. IX t post Pentec.

Ôurthnc Consécration.

Nécessité sociale du sacrifice perpétuel.

Pour établir, au point de vue religieux, la nécessité d'un sacrifice perpétuel, il suffit de définir cet acte. Qu'est-ce que le sacrifice? C'est la profession solennelle de la souveraineté de Dieu sur nous, et de notre continuel besoin de ses bienfaits. Par l'offrande que nous faisons de nousmêmes, en nous associant à la victime, nous disons : « C'est de vous, Seigneur, que nous avons reçu tout le bien qui est en nous, et que nous attendons celui qui nous manque. Agréez l'hommage que nous vous faisons de tout notre être , de tous nos biens; et s'il vous plaît de laisser subsister en nous vos dons, et de les accroître, faites que nous n'en usions que pour votre gloire

VIe CONSIDÉRATION. B^

et notre sanctification! » En un mot, le sacrifice est l'adoration proprement dite , la base essentielle de la religion; comme celle-ci, il doit doiu être perpétuel.

Au point de vue social , la perpétuité du sacrifice n'est pas moins nécessaire pour former l'homme moral et le bon citoyen. Ceci est peu compris; expliquons-le.

Qu'est-ce que notre vie sur cette terre? Lut guerre incessante, nous dit Job(i). Et la guerre, c'est le sacrifice.

Outre le grand adversaire de Dieu et des hommes, que la foi nous représente occupé sans relâche des moyens de nous pervertir, nous avons de nombreux ennemis intérieurs qui travaillent à notre ruine morale et physique.

L'orgueil, par l'exagération de nos droits, par l'oubli de nos devoirs, nous fait entrer en lutte avec nos semblables, qui nous rendent avec usure le mépris que nous leur témoignons. Blessés dans nos prétentions injustes, déjoués dans nos ambitieux calculs, nous devenons nos propres bourreaux. Le mal que l'orgueilleux fait aux autres est presque toujours surpassé par celui qu'il se fait à lui-même, (i) Ch. VII, i.

L'avarice est une autre source de supplices intérieurs et de tourments au dehors, pour celui <jui s'y livre. Ne comptant pour rien ce qu'il possède, il éprouve, au sein de l'opulence, les horreurs de la pauvreté. Dans ses combats avec les cupidités rivales, le succès ne fait qu'irriter sa soif, la défaite le consterne; il perd tout ce qu'il n'acquiert pas, il ne jouit jamais de ce qu'il acquiert. Dur à lui-même et aux autres, l'avare est malheureux, méchant, insociable; car, nous dit l'Ecriture, il fait argent de son âme, et il a jeté loin de lui ses entrailles (i).

L'envie est encore un ignoble démon qui s'attache aux pas de l'orgueilleux et de l'avare pour leur faire trouver une cruelle jouissance dans le mal qui afflige leurs frères, et un sujet de tristesse et de dépit dans le bien qui leur arrive. L'envieux, par ses détractions, par ses calomnies, par le besoin infernal qu'il éprouve de tout dénigrer, diviser et ravaler, est une grande peste sociale.

La sensualité, plongeant l'homme dans les excès de la luxure et de la crapule, en fait un animal qui n'use plus de son intelligence que pour

(i) Ecclésiastique, ch. X, 10.

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agrandir le bourbier où il se vautre, et éteindre en lui et autour de lui l'idée et l'amour des plus nobles vertus. En même temps qu'il tue l'homme moral, ce vice énerve et détruit l'homme physique, en fait le réceptacle des plus immondes et cruelles maladies. Il excite aussi les emportements de la haine, les fureurs de la vengeance. Si les feux de la colère couvent, en général, sous toutes les passions violentes, celle-ci est la plus incendiaire. Elle a répandu plus de sang, coûté plus de vies que l'ambition.

La paresse, autre fille de la sensualité, fait du corps une idole qui veut jouir sans travailler, absorber sans produire. Foyer de tous les vices et des désirs coupables qui dévorent, l'esprit désœuvré (i), la paresse est une conspiration permanente contre la société, dont la vie est toute dans la vertu et le travail.

En face de ces passions qui nous sollicitent au mal depuis notre enfance jusqu'aux glaces de la vieillesse, il faut que nous prenions notre parti. Le sacrifice est inévitable : ou, par une courageuse défense de notre liberté et dignité morale, nous vaincrons nos passions mauvaises et les sa-

(1) Proverbes , cli. XXI, 25. — Ecclésiastique, ch . XXXIII, 29.

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