‹ L'Empereur CharlemagneChapitre 2 sur 8 · SOURCES CONSULTÉES · texte numérisé non relu

SOURCES CONSULTÉES

Kginhard. Vita Caroli Magni.

Angilbert. Annales (connues sous le nom d'Annales d'Eginhard).

Engolismensis monachi Chronicon (Chronique du moine d'Angoulême).

Annales Metteuses (de Metz).

Annales Wutjburg.

Annales Petavin. (de Poitiers).

Virudincnsis Chronicon (de Verdun, attribuée à l'abbé Hugon, apud Labbe, Biblioth. des manuscrits).

Anna'es Fuldce 'de l'abbaye de Fulde).

Poeta Saxonicus. De gestis Caroli Magni.

Sigeberti Gimblacemit Chronicon (de Sigebert de Gembloux.)

Moissiacense Chronicon (de Moissac).

Annales S. Bertini (de S. Bertin).

Annales (de Loisel).

Pauli Diaconis supplementum.

L'Astronome ;

Thégan

Frodoard. Historia.

Adon, archevêque de Vienne, Chronicon.

Mariant Scoti Chronicon.

Pétri Olai Ch-onicon rerum Danis.

Vie de Louis le Débonnaire.

Vie de Charlemagne (s. allemandes) ,

— xviir — Caroli Magni Epistolœ (apud dora Bouquet).

Stephani, Adriani et Leonis pap. Epistolce (Scriptor. Franc).

Grim, Œuvres (source allemande).

Boeder. i

Turckius. '

Lindembrog.

H. Léo. Geschichte von Italien (s. ail.).

Fred.-Sanson Shoel. Œuvres diverses (s. Scandinave).

Steenstrup. Normannerve (s. s.).

Biœrner. Saga', (s. s.).

Anastas.i liber pontificalis (s. italienne).

Erchempert, moine du Mont-Cassin. Hist. Longobard (s. ital.). °

Aquello. Ravenn. pontif. rerum italic. (s. it.).

A. Muratorii Dissertât io de missis regiis (s.'it.).

Theophanis chronographia (s. byzantine).

Manuscrits arabes de Conde (s. mauresque'.

Parmi les biographes de Charlemagne il n'y a guère à citer que Gaillard, Leclerc de la Bruère, Hegewisch qui nont d'ailleurs fait que traduire ou paraphraser Eginhard et le moine de Saint-Gall. Le petit volume de M. Hauréau est un excellent ouvrage élémentîire. Dans son remarquable livre, très complet sous le rapport des faits, mais écrit dans un esprit diamétralement opposé au nôtre, M. Vétault a peut-être donné trop d'importance à la partie religieuseil a eu, selon nous, le tort de vouloir faire un saint Charlemagne entièrement conforme à la tradition catholique 1 histoire ne doit pas être une affaire de religion.

Débuts du règne de Charlemagne. Son frère Carloman. Révolte de l'Aquitaine. Hunald. Mariage de Charlemagne et de Désidéria, fille du roi des Lombards. Intervention du Pape. Mort de Carloman. Charlemagne s'empare de l'héritage de ses neveux. Évasion d'Hunald. 768-772.

Vers les derniers jours du mois de septembre 768, une grande animation régnait dans les cours et dans les préaux de l'abbaye de Saint-Denis. Le corps du roi Pépin venait d'être déposé dans son tombeau, et, impatients tous deux de saisir leur part de souveraineté, ses fils, Charles et Carloman, préparaient leur départ pour leurs royaumes respectifs. Deux troupes séparées de leudes, d'antrustions, tout

équipés en guerre, amis de la veille, mais du jour même devenus ennemis, attendaient leurs deux maîtres. Une fois encore, l'unité de l'empire franc allait cesser d'exister, et sur la scène du monde allait se jouer un acte nouveau de cette éternelle tragédie des frères et des rois ennemis.

Sur les marches de l'abbaye, en grand deuil, en grande douleur, sous ses longues nattes blanches, la reine Bertrade apparut, la Berthe aux grands pieds des légendes; ses fils la suivaient, et les ducs des royaumes francs, les évêques, les chapelains de la cour. Alors, avant de se séparer, de briser pour jamais peutêtre ces liens de commune demeure, d'habitudes, de souvenirs d'enfance, les deux princes s'arrêtèrent, comme un instant hésitant à se lancer dans l'avenir. Tous deux se détachèrent du groupe, s'approchèrent de Bertrade; près de la reine veuve vinrent se ranger les évêques; et les deux rois pieusement s'inclinèrent sous la bénédiction doublement maternelle de l'Église et de la mère.

Alors les longues trompes sonnèrent, les deux rois se mirent en selle, et chacun partit d'un côté différent.

Longuement Bertrade les regardait partir, et déjà, si Dieu n'avait pas par bonheur ôté de l'œil des mères la prescience de l'avenir, elle aurait pu juger de ce qu'à chacun de ces deux enfants aimés cet avenir présageait de fortune diverse.

L'un, l'aîné, le roi Charles, que pour la commodité du récit nous nommerons dès maintenant le roi Charlemagne (3), était grand, vigoureux, rouge de teint et de cheveux ; sa moustache rousse, longue, épaisse, retombait sur les côtés à l'ancienne mode germaine; sa tête était large, son front carré, son œil d'un dur bleu d'acier. Sa voix, grêle, aigre, était restée celle d'un enfant qui va devenir un homme; l'ensemble de sa physionomie indiquait surtout la force brutale et l'entêtement. Il s'avançait seul au-devant de sa troupe : on voyait qu'il avait confiance, trop peut-être, en luimême, en sa tête comme en son bras.

L'autre, au contraire, au nom comme à l'héritage de mauvais augure (4), tout jeune, presque encore un enfant, pâle, blond, frêle, avait l'aspect triste des adolescents qui ne doivent pas vieillir et des princes qui ne doivent pas régner. Auprès de lui, comme pour lui

donner confiance, le réchauffant en quelque sorte de son franc et fier regard, droit dans son armure de mailles, casqué de fer, s'avançait sur son grand cheval de guerre le duc Ogier, rOgier le Danois des romans de chevalerie (5).

Charlemagne se dirigeait vers Noyon et Carloman vers Soissons, l'ancienne capitale neustrienne; c'était là que chacun d'eux devait recevoir le serment de ses nouveaux sujets avant de commencer à parcourir ses États.

Charlemagne, qui doit nous occuper spécialement, ne resta que quelques jours à Noyon ; l'Allemagne l'attirait : le génie austrasien des Arnulf et des Pépin revivait en lui, tandis qu'au contraire on aurait dit qu'avaient voulu renaître en Carloman les vieux rois de cette Neustrie foulée, ravagée par les hommes d'Austrasie et de Germanie.

Mais, tandis que le Nord, l'Austrasie, la Neustrie, la Bourgogne et tous les pays germains acceptaient paisiblement les nouveaux maîtres que la volonté de Pépin leur avait imposés, la vieille race d'Aquitaine, la vaillante Gaule d'outre-Loire, allait encore une fois, dans son héroïque imprudence, relever l'antique

bannière des Lope de Gascogne et des Waifre de Toulouse,

Depuis vingt-quatre ans, relégué dans un monastère de File sauvage de Rhé, le vieux duc Hunald d'Aquitaine (6) pleurait, priait, implorant Dieu en faveur de son fils assassiné, de son duché dévasté, de son peuple égorgé; mais Dieu, du moins le Dieu des papes romains, semblait être l'allié des hommes du Nord; de jour en jour, les comtes francs faisaient peser un joug plus dur sur les malheureux Aquitains, ces fils de Wisigoths, au dire des leudes, ces fils d'Ariens, au dire des évêques. Et dans le monastère de Rhé, par-dessus les murailles du cloître, dominant la plainte des vagues, plus haut que le grand bruit de cette mer houleuse qui battait au pied de sa prison, arrivait au vieux duc Hunald le râle immense de son peuple.

Enfin, un jour, dans le couvent de Rhé, les cloches sonnent la mort de Pépin, bienfaiteur des monastères, ami du Pape et de l'Église, et qui sut généreusement réparer les fautes de Charles-Martel (7); et pendant qu'à la chapelle tous pleurent le royal défunt, un vieux moine se glisse hors des murs-, une barque, l'attend,

et sur la terre d'Aquitaine bondit bientôt le duc Hunald.

De ses anciens sujets, lui, le duc national, ne va réclamer ni tribut, ni impôt; une lance, un cheval, c'est tout ce qu'il faut au duc Hunald; il a bien encore au côté quelque fragment de cette bonne épée qu'a pu seule briser la masse d'armes de Charles-Martel. Et le voilà qui reprend la campagne; ce n'est plus le moine de Rhé, c'est le duc d'Aquitaine, et, pour que nul n'en doute, voici revenir à ses côtés sa vieille épouse, qui certes n'est plus qu'un symbole, mais symbole puissant : ce moine qui reprend femme, c'est la guerre ouverte à l'Église, puisque l'Église est l'alliée des Francs, la mère tendre du Nord et la marâtre du Midi.

Pauvre Hunald ! pendant longtemps encore l'Église sera la plus forte : elle te regarde, t'observe, et déjà l'évêque d'Angoulême prépare la grande trahison.

Charlemagne était à Rouen, occupé, à l'occasion des fêtes de Pâques, à promulguer le premier de ses célèbres capitulaires, lorsqu'il apprit la levée d'armes de l'Aquitaine. Aussitôt il manda à son frère de le venir rejoindre,

tandis que lui-même marchait vers Angoulême, occupée par une forte garnison franque,et dont l'évêque Launus, quoique Gallo-Romain, quoique Aquitain, s'était, quelques années auparavant, étant alors simple prêtre, rallié à la cause franque en échange, d'abord du titre de chapelain- de la cour, ensuite de celui d'évêque d' Angoulême.

Carloman rejoignit son frère à un endroit désigné par les vieux chroniqueurs sous le nom $ad duas dires, dont nous avouons franchement ignorer remplacement, mais qui devait probablement être situé au nord de la Loire.

L'entrevue fut froide, les deux frères ne s'entendirent pas; froissé de la supériorité qu'affectait Charlemagne, Carloman refusa de le suivre et de se rabaisser, comme le voulait son frère, au rôle d'obéissant vassal ; peut-être aussi, son esprit, plus civilisé, plus doux que celui de Charlemagne, ne portait-il pas aux Aquitains la haine héréditaire des descendants de Charles-Martel. Quoi qu'il en soit, Charlemagne, encore plus irrité par cette défection, continua sa marche vers le Midi. De tous les points de son empire des bandes d'hommes de

guerre étaient venues se rassembler à Angoulême (8), et bientôt cette immense armée franchit sur divers points la Dordogne, dans les environs de Périgueux , au sud de laquelle s'était concentrée la prise d'armes d'Hunald.

Sur le sol montueux et boisé du Périgord , rempli de vallées étroites, de collines pressées les unes contre les autres, coupé de ravins et de ruisseaux, Hunald aurait néanmoins pu tenir longtemps, grâce à sa parfaite connaissance des lieux, qui faisait grand défaut aux généraux des Francs; mais avec Charlemagne marchait l'évêque d'Angoulême. C'était mieux cette fois que la grande lumière allumée au sommet de la cathédrale de Poitiers qui, jadis, avait guidé Clovis. L'évêque d'Angoulême était en tête des troupes , indiquant aux envahisseurs les chemins cachés et les retraites inconnues.

Partout surpris, entourés, les Aquitains, ou du moins ceux qui survécurent, furent contraints de reculer; ils franchirent la Garonne, croyant trouver un sûr asile auprès du neveu d'Hunald, Lope ou Lupus, duc de la Wasconie d'outre-Garonne. Mais Lupus était bien le véritable ancêtre de ces douteux seigneurs des Pyrénées qui, pendant tout le moyen âge, Foix,

Navarre ou Béarn, ne surent jamais au juste s'ils étaient Anglais, Espagnols ou Français. Lupus accueillit amicalement son oncle Hunald, et, sur un ordre de Charlemagne, sans honte le livra au vainqueur. Disons seulement, pour la défense du duc wascon, qu'il est présumable qu'il fit jurer à Charlemagne d'épargner la vie du duc d'Aquitaine, car nous ne nous expliquerions pas sans cela comment le bourreau de Verden n'eût pas fait immédiatement mettre à mort celui qu'il devait considérer comme un révolté.

Hunald pris, l'Aquitaine semblait pacifiée.

Charlemagne n'y séjourna point; laissant seulement comme trace de son passage les fondations d'un fort sur la Dordogne, qui fut nommé le château franc , castellum franciacum (aujourd'hui Fronsac), promptement il remonta vers le Nord, s'arrètant seulement quelques jours à Angoulême pour mettre l'évêque Launus en possession de tous les domaines sans maître des environs, et, grâce aux massacres de la campagne, bien des terres en Aquitaine étaient restées sans seigneur.

Cependant Charlemagne, traînant après lui Hunald captif, était revenu dans le pays qu'il

affectionnait; Liège, Worms étaient alors ses séjours de prédilection. Sa mère, la reine Bcrtrade, était venue l'y rejoindre. La veuve de Pépin , inquiète des dissensions qui régnaient entre ses fils, avait voulu tâcher d'y remédier; son titre de reine couronnée lui donnait plus que de l'influence, presque un certain droit de suzeraineté sur ses enfants. Devant ses prières ou plutôt sa volonté, ceux-ci s'inclinèrent et semblèrent se réconcilier, sinon du cœur, du moins des lèvres. Un autre projet, d'ailleurs, et dont elle entretint ses deux fils, préoccupait Bertradc, qui, oublieuse déjà de son deuil encore récent, semble s'être donnée tout entière à une grande idée politique.

L'Europe occidentale était alors partagée entre deux sociétés différentes, deux mondes en quelque sorte. Des Romains, de ce vieil empire où s'était comme absorbée toute la civilisation antique, rien ne subsistait plus; la Germanie avait toujours été peu romaine; en Gaule, les dernières traces du régime gallo-romain avaient été effacées sur le sol d'Aquitaine par les pas des chevaux austrasiens; l'Italie presque entière était lombarde, et, à Rome même, la droite habile et bénissante des successeurs de

saint Pierre avait peu à peu relâché les liens qui rattachaient encore l'ancienne capitale du monde romain à l'empire déjà menacé des Césars de Byzance.

Il n'y avait donc plus, dans cette Europe occidentale, en présence que deux sociétés, deux grands groupes de peuples : les Barbares anciens et les Barbares nouveaux.

Les Barbares anciens, christianisés plus ou moins complètement , vivant depuis longtemps déjà côte à côte avec les vaincus, leur avaient pris quelque faible teinture, bien superficielle, mais cependant réelle , de leur vieille civilisation : c'étaient, en Germanie et en Gaule, les Francs et leurs vassaux de Thuringe et de Bavière; en Italie, les Lombards.

Aux yeux des Barbares qui n'avaient pas eu part aux dépouilles de Rome, aux yeux de ces frères cadets déshérités du soleil de Gaule et d'Italie, Saxons du Nord, Danois, Obotntes, Slaves, Huns-Avares, les Francs et les Lombards étaient des ennemis. Bertrade comprit le danger, comprit qu'une seconde invasion, un jour ou l'autre, viendrait détruire les nouveaux empires des envahisseurs, comme ceux-ci avaient eux-mêmes détruit l'empire romain.

Elle eût donc voulu créer entre Francs et Lombards une forte alliance qui les eût mis en état de tenir tête à ce qui restait dans le Nord et dans l'Ouest de la barbarie mécontente. Dans cette idée, elle négociait depuis quelque temps une alliance de famille entre les deux races royales qui régnaient sur les deux peuples. Sa fille, Gisèle, aurait épousé le fils du roi lombard, et un des deux jeunes rois francs serait devenu l'époux d'une princesse lombarde. A ces projets d'union il y avait bien, du moins en ce qui concernait Charlemagne et Carloman, quelques difficultés; c'est que le premier était marié depuis plusieurs années, et le second depuis quelques mois. Charlemagne, père d'un fils bossu et vivement froissé de cette mésaventure, d'autant plus que l'épouse de Carloman venait de mettre au monde un fils parfaitement constitué, Charlemagne, disions -nous, parut plus disposé que son frère à convoler à d'autres noces. La chose était possible; l'Église, en ce temps-là, n'était pas difficile en matière d'union conjugale, témoin les actes du concile de Verberie, qui permettent de changer de femme en voyage (9). On ne prévoyait donc, dans les deux cours, aucun obstacle, quand il

— i3 — s'en présenta au contraire un tout à fait inattendu.

Après avoir passé par la Bavière pour remplir, auprès du duc Tassillon, vassal dont la fidélité semblait douteuse, une mission dont ses fils l'avaient chargée, la reine Bertrade s'était rendue à Pavie, capitale de Didier, roi des Lombards. Là, on était tombé d'accord sur une double union. Suivant les désirs de Bertrade, Charlemagne devait immédiatement épouser Désidéria,- fille de Didier, tandis que le fils de Didier, Adalgise, associé au pouvoir paternel, recevrait quelque temps après la main de la princesse franque, Gisèle, fille de Pépin et sœur de Charlemagne et de Carloman.

C'est alors qu'intervient le pape Etienne III. En vain Bertrade a-t-elle stipulé que Didier rendrait au souverain pontife toutes les places que celui-ci réclamait dans l'exarchat de Ravenne, places qui en bonne conscience n'appartenaient ni aux rois lombards, ni aux papes romains, mais bien aux empereurs de Byzance, Etienne III n'en est pas plus satisfait. Il s'empresse d'écrire aux deux rois francs, ne sachant pas encore au juste quel est celui qui épousera la fille de Didier, pour les menacer de la co-

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