‹ L'Empereur Guillaume et son règneChapitre 15 sur 32 · LES PROJETS D*ALL1ANCES · texte numérisé non relu

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de cet ordre, distinction presque exceptionnelle. Au banquet que le roi donna à cette occasion, l'ambassadeur de Russie dit dans son toast qu'on devait voir dans cette marque d'amitié impériale « un nouveau gage des liens subsistant entre les » deux souverains, les deux peuples et les deux armées, » gage conforme aux intérêts des deux pays et aux intérêts » de l'Europe. »

Ce qui, aux yeux des diplomates initiés, donnait à ce discours, une portée spéciale, c'est qu'il venait à la suite de la nomination du nouvel ambassadeur de France à Saint Pétersbourg. L'empereur Napoléon avait tout récemment confié ce poste à un de ses serviteurs les plus fidèles, le général Fleury. La cour de Russie, le monde officiel, le czar lui-même lui avaient fait un accueil qui déplut à Berlin et troubla même un instant les relations réciproques. Ce ne fut qu'un nuage passager qui ne tarda pas à se dissiper. La Russie n'avait qu'un objectif: la révision du traité de Paris de 1856^ La France ne pouvait prendre d'engagements formels à ce sujet sans s'aliéner l'Angleterre ; la Prusse, plus libre de ce côté, pouvait au moins promettre beaucoup sans être obligée de se lier les mains. Ceci étant, sur quelle base l'ambassadeur de France pouvait-il entamer les négociations d'une alliance intime avec la Russie ? Sans doute la Russie ne soutiendrait pas la Prusse rompant le traité de Prague pour attaquer la France ; mais, d'autre part, la France ne pouvait espérer gagner le concours du cabinet de Saint Pétersbourg pour une agression contre l'Allemagne»

L'empereur de Russie, qui) au commencement de juin 1870, s'était rendu aux eaux d'Ems,y reçut la visite du roi de Prusse. L'entrevue avait un caractère officiel et politique :

Tempereur était accompagné du prince Gorlchakoff, le roi Guillaume élait assisté du comte de Bismarck. D'après ce qui transpira de ces entreliens, les deux cabinets s'étaient entendus sur les affaires d'Orient, ainsi que sur celles de la Pologne: deux questions qui donnaient prise à la Russie contre rAulriche, son antagoniste, et la raffermissaient dans son attitude amicale à Tégard de la Prusse. Des deux côtés on se quitta content et rassuré.

C'est au moment môme où la Prusse el la Russie, dans Fentrevue d'Ems, échangaient des assurances d'entente et d'amitié, dont la France pouvait devenir Tobjeclif, que se produisit à Paris un incident qui témoignait de l'état de l'opinion en France.

Une convention avait été conclue tout récemment entre la Suisse, l'Italie et la Confédération du Nord en vue de la construction d'un chemin de fer reliant l'Allemagne à l'Italie par la Suisse, avec percement d'un tunnel à travers le Saint Gothard. L'Allemagne s'étant engagée à fournir à cette entreprise une subvention de dix millions de francs, le parlement du Nord avait dû être saisi d'un projet de loi ouvrant les crédits nécessaires. L'opposition avait soulevé quelques difficultés que M. de Bismarck avait aplanies, en ^démontrant Timportance politique de cette ligne ferrée. Les intérêts politiques, disait-il, rendaient nécessaire l'établissement d'un chemin de fer ne dépendant que de la Suisse neutre et n'étant pas soumis au pouvoir de quelque grande puissance. Le chancelier priait le parlement de croire qu'il avait fallu des considérations d'une haute gravité pour déterminer le gouvernement à accorder une pareille subvention à un chemin de fer étranger. « Il nous » faut, » concluait-il, « une communication directe avec l'Italie

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» amie, el, nous le croyons, amie durable », Par ces paroles il enleva le vote de la majorité.

En temps ordinaire les paroles de M. de Bismarck eussent passé sans susciter un incident. Il n'en fut pas ainsi, par suite de Tétai des esprits en France : Topinion s'irritait au moindre mouvement de la politique prussienne. Il fallait dix ans pour percer le tunnel du Saint Golhard ; le danger d'une fraternisation de l'Allemagne et de l'Italie n'était donc pas imminent. Mais sur des matières inflammables la moindre étincelle qui tombe produit un incendie. Les journaux s'étaient occupés de la question, les chambres s'en émurent, et un député delà majorité annonça des interpellations. L'Empereur songeait-il réellement à saisir l'occasion pour créer un prétexte de guerre? On l'a prétendu depuis, et l'on a voulu trouver une preuve à l'appui de cette hypothèse dans cette circonstance que le gouvernement demandait un assez long délai pour répondre à l'interpellation. A ses yeux, il existait donc une question du Saint Gothard. Toutefois l'orage passa encore une fois. La convention des trois pays ne pouvait donner lieu à une intervention étrangère : personne n'avait le droit de s'opposer à ce que des pays voisins s'entendissent pour l'établissement d'une ligne ferrée. Le seul point de nature à appeler l'attention des autres puissances, c'était la question de la neutralité de la Suisse. Sous ce rapport la convention avait sauvegardé tous les droitsen cause, et le gouvernement helvétique avait d'ailleurs fourni à Paris les explications les plus formelles. Qu'aurait dit l'Europe, si la France avait saisi cette occasion pour troubler la paix générale? Si l'on en avait conçu un instant l'idée, on se ravisa promptement. Le 20 juin, le duc de Gramont, ministre des affaires étrangères, déclara à la chambre que toutes

les garanties au point de vue international ayant été fournies, il n'y avait pas lieu pour la France de s'ingérer dans la question.

Le conflit, conjuré à propos du SaintG-othard, devait bientôt éclater sur un autre point, et cette fois d'une façon irrémédiable.

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