‹ L'Empereur Guillaume et son règneChapitre 16 sur 32 · LA FRANCS · texte numérisé non relu

LA FRANCS

Origine de la candidature du prince de Hohenzolleru. — Le 'maréchal Prim et les agents espagnols. — La France cherche à prévenir la candidature. — Réponse évasive de M. de Bismarck. — Le prince Léopold accepte la candidature avec Tassentiment du roi Guillaume.

— Le maréchal Prim s'ouvre au gouvernement français. — Nouvelle démarche à Berlin. — Interpellation à Paris. «- Déclaration du duc de Gramont. -- Mission de M. Benedetti à Ems. — Renonciation du prince Léopold. — Le roi Guillaume refuse de s'engager pour l'avenir. — Agitation à Paris. — Les pourparlers d'Ems n^al^outissent pas.

— M. de Bismarck s'oppose à ce que le roi fasse de nouvelles concessions. — Dépèche blessante de M. de Bismarck. — Irritation des esprits en Allemagne et en France. — Le conseil des ministres à Saint-Cloud. — Déclaration belliqueuse du duc de Gramont. — Quelques cabinets s'interposent en vain en faveur de la paix. — La France déclare la guerre. — Proclamation de l'empereur Napoléon. — Manifestations patriotiques à Berliu. — Le Parlement du Nord vote l'emprunt de guerre. — Récriminations contre la France et l'Empereur. — Mouvement national en Allemagne. — Les gouvernements du sud placent leurs armées sous les ordres du roi de Prusse. — La Russie et l'Angleterre sont avec la Prusse. — Reprise des projets d'alliance de la France avec l'Autriche et l'Italie. — L'archiduc Albert à Paris. — Le général Lebrun à Vienne. — Objections de l'Autriche. — La question de Rome. — Les premières défaites de la France.

A la suite de la révolution de 1868 qui avait renversé en Espagne le trône de la reine' Isabelle, le gouvernement provisoire avait convoqué des Cortès constituantes, qui votèrent

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une constitution monarchique, promulguée ensuite le 6 juin 1869. Entre temps, le gouvernement avaïl déjà confié au maréchal Prim le soin de préparer une candidature au trône pour la présenter au choix des Cortès. Les négociations s'engagèrent successivement et par divers intermédiaires avec le roi Ferdinand de Portugal, père du roi régnant, avec le duc de Montpensier, enfin avec le duc de Gènes, neveu de Victor-Emmanuel, roi d'Italie, sans avoir de résultat. Le roi Ferdinand déclina ; le duc de Montpensier rencontra une vive opposition aux Cortès; au surplus sa candidature souleva les susceptibilités de l'empereur Napoléon ; quant au jeune duc de Gènes, bien que le roi, son oncle, fût très favorable à celte combinaison, sa candidature dut être écartée par suite du refus de sa mère, conseillée par son père, le roi Jean de Saxe.

Dans cet état dé choses, quelques agents espagnols, non sans avoir sondé le terrain à Berlin^ fixèrent leur atlention sur le prince héréditaire Léopold de Hphenzollern-Sigmaringen, frère aîné du prince Charles, alors prince régnant et plus tard devenu roi de Roumanie. Le prince Léopold avait épousé une fille du roi Ferdinand de Portugal ; après le refus de celui-ci, on pensait à son gendre qui, en effet, se. déclarait disposé à accepter la couronne d'Espagne, sous la réserve du consenlement du roi de Prusse, chef de la maison de HohenzoUera. L'agentauquel avait été confiée cetle négociation délicate n'ignorait pas que la candidature du prince Léopold, en lant que prince prussien, était mal vue de l'empereur Napoléon, et il en fit l'observation au maréchal Prim. Celui-ci ne voulut en tenir aucun compte : il alléguait la nécessité de trouver un roi, le refus des autres princes proposés, et enfin le droit de l'Espagne de choisir librement son futur souverain. La négo-

dation eut donc lieu à Dusseldorf, où résidait le prince Antoine, père du prince Léopold ; on en parla ensuite au roi Guillaume et au comte de Bismarck d'une manière intime et sans y môler officiellement le gouvernement prussien.

L'apparition à Berlin, au mois de mars 1869, d'un diplomate espagnol autrefois accrédité à la cour de Prusse, ses entrevues avec M. de Bismarck, coïncidant avec les bruits de la candidature du prince Léopold, avaient éveillé l'attention de l'ambassadeur de France. M. Benedelti, après avoir demandé des instructions à Paris, interrogea le sous-secrétaire d'État M. de Thile, en ne lui dissimulant pas l'intérêt que le gouvernement de l'Empereur attachait à cette affaire. Bien que M. de Tbile lui eût affirmé de la manière la plus formelle qu'il ne pourrait jamais èlre question du prince Léopold pour la couronne dTspagne, l'ambassadeur se proposait de s'adresser directement à M. de Bismarck, lorsqu'il fut appelé à Paris. Après qu'il eut rendu compte de ses impressions à l'Empereur, celui-ci lui dit : « La candidature du duc de Montpensier est purement an- » ti-dynastique, elle n'atteint que moi, et je puis l'accepter ; la » candidature du prince de Hohenzollern est essentiellement » anti-nationale, le pays ne la supportera pas, et il faut la » prévenir ».

Telles furent les instructions, point de départ d'un incident qui devint plus lard la cause d'un conflit funeste. De retour à Berlin, M. Benedetti eut avec le chancelier, le 11 mai, un entrelien, qui put le convaincre que M. de Thile avait ignoré les intentions du roi et de M. de Bismarck. Ce dernier ne nia pas l'existence de la candidature, seulement il la représenta comme étant peu agréable soit au prince, soit au roi. Toutefois il se renferma dans des termes vagues relativement

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à la question de savoir si, le cas échéant, le roi donnerait son acquiescement à Tacceptation de la couronne.

Pour le moment Taffaire en resta là. A Berlin on était averti, à n'en pas douter, que la cour des Tuileries était opposée à la candidature du prince de HohenzoUern et qu'en y donnant suite on ferait naître un conflit.

Pendant les mois de juillet à octobre, TEspagne fut en proie à une série d*insurreclions carlistes et républicaines, et; afin de sortir du provisoire, le maréchal Prim reprit de nouveau son projet, sous Tincitation de M. de Salazar y Macaredo, le même qui avait conduit les premiers pourparlers avec la cour princière de Dflsseldorf. Vers le 18 juin 1870, cet agent revint à Madrid, porteur d'une lettre de M. de Bismarck, qui disait que, quoiqu'il n'eût pas donné suite en 1869 à la candidature du prince, le gouvernement prussien n'en avait pas définitivement écarté l'idée, qu'il ne fallait pas abandonner et qui pouvait devenir très opportune. Toutefois l'affaire ne devait pas se traiter d'une manière ofBcielle de gouvernement h gouvernement, mais plutôt avec le prince et, en ce qui concernait le chancelier, par l'intermédiaire d'agents confidentiels.

Dans ces conditions les négociations ne tardèrent pas à aboutir. Le prince Léopold accepta, et le roi Guillaume donna son consentement comme chef de la famille. Il fut convenu d'ailleurs que l'affaire serait tenue absolument secrète pendant quelques mois, jusqu'à la réunion des Cortès qui auraient à procéder à l'élection du roi. Le secret ne fut pas gardé par le maréchal Prim. Le 2 juillet, recevant l'ambassadeur de France, M. Mercier de Lostende, le maréchal lui fit part « d'une » chose », disait-il, « qui ne sera pas agréable à l'Empereur » ;

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et il lui expliqua les nécessités sous l'empire desquelles il avail cru devoir agir. Sur l'avis de son ambassadeur, le cabinet français s'adressa aussitôt à Berlin. Le duc de Gramont, ministre des affaires étrangères, télégraphia le 3 qu'il « aime » à espérer que le cabinet prussien est étranger à celte in- » trigue », et que Timpression à Paris était mauvaise. Interpellé par le chargé d'affaires de France, M. de Thile se retrancha derrière l'affirmation que le gouvernement prussien n'avait pas connaissance de cette affaire, qu'elle n'existait pas pour lui, qu'il ignorait enfin l'existence de la négociation et son résultat. La mèche était éventée, et à Paris les tètes commençaient à s'échauffer, non sans que le gouvernement y mêlât lui-même sa note d'irritation. Son organe, le Constitutionnel , disait le 4 juillet qu'il ne saurait retenir son étonnement de « voir le » sceptre de Charles-Quint confié à un prince prussien ». Le lendemain. S, un député de l'opposition modérée, M. Cochery, au nom de plusieurs de ses collègues, demanda àinterpeller le gouvernement sur cette candidature. Cette démarche était intempestive, de même que la note du journal ministériel avait été imprudente. Si l'on voulait prévenir un conflit, il fallait négocier et, en attendant, garder le silence. Rien n'obligeait le gouvernement à répondre sur l'heure à l'interpellation : mattre de la majorité, il pouvait en demander l'ajournement. A partir du 6 juillet, la situation va en s'aggravant. Ce jour-là, le duc de Gramonl lut & la tribune une déclaration, délibérée en conseil des ministres. Très modérée à l'égard de l'Espagne, dont il déclarait respecter le droit, le gouvernement impérial le prenait sur un ton très résolu avec la Prusse, a Nous ne croyons » pas », disait-il, « que le respect des droits d'un peuple voisin » nous oblige à souffrir qu'une puissance étrangère, en plaçant

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» un de ses princes sur le trône de Charles-Quînt, puisse déran- » ger, k notre délriment, Téquilibre actuel des forces deTEu- » rope et mettre en péril les intérêts elThonneur de la France. » Cette éventualité, nous en avons le ferme espoir, ne se réa- » Usera pas. Pour rempècher, nous comptons à la fois sur la » sagesse du peuple allemand et sur Tamitié du peuple espa- » gnol. S'il en était autrement, forts de votre appui, mes- » sieurs, et de celui de la nation, nous saurions remplir notre » devoir sans hésitation et sans faiblesse. »

A Madrid on était consterné. Le régent Serrano et le maréchal Prim avouaient qu'ils n'avaient pas mesuré la portée de leur acte. Ils auraient voulu revenir sur leurs pas ; cependant ils ne pouvaient guère retirer de leur chef une candidature qu'ils s'étaient attachés la veille à faire accepter par le prince et le roi de Prusse. Ils suggérèrent au gouvernement français l'idée de faire en sorte que le prince prît lui-même Tinitiative du désistement, en alléguantle non-consentement du roi. C'est en effet dans cette intention que le 7 juillet le gouvernement français envoya son ambassadeur, M. Benedetti, à Ëms, où le roi Guillaume était allé prendre les eaux. Ces pourparlers durèrent six jours. D'après les instructions du duc de Gramont, en date du 7, M. Benedetti devait représenter au roi les difficultés que la candidature du prince Léopold suscitait à l'Empereur, et le prier, dans Tintérêt de la paix, de conseiller au prince de renoncer à son projet.

La position du roi Guillaume était embarrassante: c'est lui qui avait autorisé le prince à accepter, et c'est lui maintenant qui devait se déjuger. Sa dignité personnelle était engagée, alors surtout que la veille le gouvernement français, du haut de la tribune, lui avait adressé une mise en demeure comminatoire.

Toutefois Tattitude du roi fut modérée. En admettant que M. de Bismarck eût considéré la candidature HohenzoUern comme un moyen d'amener une rupture, qui semblait inévitable tôt ou tard, on ne saurait contester que le roi, pour sa part, se montra conciliant. Soit qu'il regrettât d'avoir donné son consentement, soit qu'il envisageât avec frayeur l'éventualité d'une guerre entre les deux nations, il ne repoussa pas la demande de l'ambassadeur de France et sembla tenir surtout à ce que son amour-propre fût ménagé et qu'on lui laissât le temps d*arranger les choses.

Le 9, dans l'audience qu'il accorda à l'ambassadeur, le roi s'appliqua à dégager son gouvernement et à se dégager lui-même des négociations conduites directement entre le prince Léopold et le gouvernement espagnol. Consulté parle prince, il ne pouvait refuser son consentement. Aujourd'hui il ne pouvait intervenir dans cette affaire, si ce n'est pour informer le prince Antoine et son fils, le prince Léopold, que, s'ils étaient disposés à retirer la candidature, il approuverait leur résolution. Le roi avait demandé un délai pour attendre la réponse des princes. A Paris on devint pressant : on voulait une prompte décision, afin de pouvoir commencer, le cas échéant, les préparatifs militaires. En Prusse, d'ailleurs, les mesures étaient prises: les hommes en congé avaient été rappelés. On ne voulait pas, écrivit le duc de Gramont le 10, se mettre dans le cas de l'Autriche en 1866, qui avait été devancée par son adversaire. » Si le roi ne veut pas conseiller au prince de renoncer, c'est » la guerre tout de suite, et dans quelques jours nous sommes » sur le Rhin. » M. Benedelti obtint, le il, une nouvelle audience. Le roi, sans réponse de la part des princes, se maintint sur le môme terrain. A Paris, on voulait qu'il prît l'initiative

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à'un conseil de désistement, alors qu'il persistait à laisser aux princes la liberté de leurs résolutions. Cependant il était facile de deviner que, sollicité parles cours amies et par le gouvernement espagnol lui-môme, le roi travaillait à amener les princes à faire la démarche, qu'il n'aurait eu ensuite qu'à approuver. Il attendait, disait-il à l'ambassadeur, la réponse le lendemain et s'empresserait de la lui communiquer. Il ajouta cependant qu'il n'ignorait pas les préparatifs qui se faisaient à Paris : « et je ne dois pas vous cacher que je prends mes précautions )) pour ne pas être surpris». L'ambassadeur représentait encore au roi l'état de l'opinion en France, qui obligeait le gouvernement de l'Empereur à s'expliquer sans retard devant les chambres. « La paix ne sera pas troublée », dit le roi, « si l'on veut attendre à Paris que je sois en mesure » d'y contribuer utilement, en me laissant le temps qui m'est » nécessaire. » Le roi faisait ainsi entrevoir le fait qui allait se produire le lendemain.

Le ^2 juillet, en effet, le prince Antoine de Hohenzoliem télégraphiait directement de Sigmaringen au maréchal Prim que, vu les complications que suscitait la candidature du prince Léopold et la situation pénible créée au peuple espagnol, il retirait cette candidature au nom de son fils. Au reçu de ce télégramme, qui avait été adressé en même temps par le prince Antoine à M. Olozaga, ambassadeur d'Espagne à Paris, le gouvernement espagnol annonça à ce dernier qu'il acceptait la renonciation et que la candidature du prince Léopold ne serait plus représentée.

Cette solution provoqua des sentiments divers à Paris. Le conseil des ministres était partagé entre le double courant pacifique et belliqueux. Le premier prédomina d'abord, « Nous

tenons la paix », disait M. Emile Ollivier, « et nous ne la » laisserons pas échapper ». C'est cette note de Tapaisement qui fut exprimée aussi dans la presse ministérielle, dont le principal organe se réjouissait de la satisfaction obtenue sans effusion de sang. Mais ce ne fut là qu'un moment de répit. Dans les hautes régions du pouvoir, des personnages influents étaient portés pour une politique énergique, tendant soit à transformer la renonciation du prince Léopold en un échec personnel pour le roi Guillaume, soit à brusquer par une rupture définitive une situation depuis longtemps tendue. L'influence de ces personnages s'exerçait sur une grande partie des chambres, sur la presse et sur le public. Il s'y joignait, pour d'autres raisons, l'opposition anti-dynastique. Soit que la diplomatie impériale échouerait devant la résistance du cabinet de Berlin, soit que l'Empereur, acculé à cet échec, serait forcé de courir les chances d'une guerre formidable, tous les adversaires de l'Empire se réunirent pour poser ce dilemme : en acceptant la renonciation, après avoir parlé avec tant de hauteur, l'Empereur s'humiliait et s'amoindrissait ; en repoussant la renonciation et en provoquant la Prusse, il engageait la France dans l'aventure d'une guerre. Ainsi amis et ennemis exaltés de l'Empire concouraient à couper la retraite au gouvernement. Dans la rue, on n'entendait que cris de guerre; on déchirait avec fureur les journaux ministériels, qui présentaient la renonciation comme un succès du gouvernement ; on demandait des résolutions plus énergiques, c'est-à-dire la guerre.

Cédant à ces influences et à ces clameurs, le gouver^ nement ouvrit aussitôt de nouvelles négociations avec le roi Guillaume. M. de Werther, ambassadeur de Prusse, étant re^ venu d'Ems à Paris, eut dans la journée du 12, au moment

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même où la renonciation du princo Léopold venait d'être annoncée, un entretien avec le duc de Gramont. Le ministre des affaires étrangères exposait au diplomate prussien que la renonciation n'aurait de valeur pour le gouvernement français qu'autant qu'elle serait formellement approuvée par le roi ; et puisque celui-ci se défendait, en autorisant le prince Léopold à accepter, d'avoir cru léser les intérêts de la France, pourquoi ne le dirait-il pas dans un document officiel, qu'on pourrait lire à la tribune française ? Poursuivant cette idée, le duc de Gramont rédigea sur place un projet de lettre à l'Empereur, par laquelle le roi Guillaume manifestait sa pensée en s'associant à la renonciation du prince et en exprimant son désir de voir disparaître désormais toute cause de mésintelligence entre les deux gouvernements. Outre cette communication, le duc de Gramont envoya, dans la soirée du 12, à M. Benedettiun télégramme, suivi d'un second quelques heures après. Dans ces deux messages le ministre, alléguant l'ébullition des esprits, ordonna à l'ambassadeur de demander au roi une déclaration par laquelle il s'associait au désistement du prince, en donnant l'assurance qu'il n'autoriserait pas de nouveau cette candidature.

Dès le matin du 13, l'ambassadeur de France, avant même Theure de l'audience sollicitée, put voir le roi à la promenade et lui communiquer les instructions reçues. Le souverain assura qu'il n'avait aucun dessein caché, que, dès qu'il serait informé de la renonciation du prince, il l'approuverait, mais qu'il r.e saurait aliéner sa liberté de résolution dans l'avenir, ainsi que le lui demandait d'une façon inattendue le gouvernement français. Cet entretien à la promenade, terminé par la réponse catégorique du roi, rendait jusqu'à un certain point

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superflue raudience qui avait élé accordée pour Theure de la journée où le roi aurait été informé directement du désistement du prince. Aussi, quand il eut reçu cette information, ne voulant plus reprendre la conversation sur le môme sujet, le roi envoya son aide de camp, lé prince Radzivil, à l'ambassadeur, pour lui annoncer qu'il Tautorisait à faire savoir au gouvernement de TEmpereur que le roi approuvait la résolution du prince. Ce fut en vain que, obéissant aux ordres reçus de Paris, M. Benedetti sollicita de nouveau une audience ; le roi lui fil dire qu*il s*en tenait à ce qu'il avait dit le matin : « le roi a » consenti », ajouta Tenvoyé, « à donner son approbation en- » tière et sans réserve au désistement du prince et il ne peut «faire davantage ». L'ambassadeur ayant fait observer qu'il devait transmettre à Paris l'approbation explicite du roi, celui-ci lui fit mander qu'il l'y autorisait. Un télégramme en ce sens fut libellé par M. Benedetti, en présence de l'envoyé du roi.

Les dispositions du roi s'étaient visiblement modifiées depuis le 12. Il avait amené, quoique d'une manière indirecte, le désistement du prince ; il avait ensuite approuvé cette résolution et autorisé l'ambassadeur de France à en informer son gouvernement. Ce qu'il refusait, c'était d'intervenir officiellement par une lettre à l'Empereur, c'était de s'engager pour Tavenir. Dans la journée du 13, il avait reçu de son ambassadeur à Paris un rapport lui rendant compte de la demande, exprimée par le duc de Gramont, d'une lettre que le roi devrait adresser à l'Empereur. Le roi en avait été mal impressionné : il avait compris qu'on lui demandait une lettre d'excuses. C'est sous cette impression qu'il refusa de recevoir de nouveau l'ambassadeur de France. Celui-ci, n'ayant

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pas été informé de la communication que le duc de Gramont avail engagé l'ambassadeur de Prusse à transmettre à son souverain, ne pouvait pas en combattre Tinfluence fâcheuse, le roi la considérant comme une exigence nouvelle et contraire à sa dignité. A ce moment aussi, les communications entre Ems et Berlin devenaient très animées. M. de Bismarck, en villégiature à son cb&teau de Yarzin, était, en présence de la tournure que prenait la question, revenu dans la capitale. L'opinion publique en Allemagne était en émoi : on croyait généralement que le gouvernement français désirait la guerre et cherchait à la provoquer en formulant toujours de nouvelles exigences blessantes pour le roi. La presse ministérielle accréditait cette opinion: elle donnait à entendre que le roi avait déjà fait trop de concessions et qu'il était temps de s'arrêter dans cette voie. Des télégrammes envoyés par un grand nombre de villes allemandes vinrent exprimer une désapprobation formelle de l'attitude conciliante du roi. Le 13. dans son entretien avec l'ambassadeur d'Angleterre, M. de Bismarck déclara que l'Allemagne acceptait la lutte, et, quand même Tincident espagnol se terminerait maintenant, T Allemagne demanderait satisfaction pour l'affront fait au roi et à la nation par le langage menaçant du gouvernement français.

Telles étaient les dispositions du roi, du gouvernement et du public en Prusse, lorsque, le 14, M. Benedetti reçut Tordre d'insister de nouveau auprès du roi pour qu'il défendit au prince Léopold de revenir sur son désistement et qu'il autorisât l'ambassadeur de France ou son propre ambassadeur à faire connaître cette décision au gouvernement français. M. Benedetti, après son entretien de la veille, renonça à toute démarche directe : il put s'assurer d'ailleurs que sa communication reste-

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rait sans résultat. Sa mission était terminée, et il se préparait à partir. Suivant Tusage, il demanda une audience de congé au roi, qui, devant se rendre dans la même journée à Coblentz, lui fit dire par Taide de camp qu'il le recevrait à la gare du chemin de fer dans le salon réservé. S'y étant trouvé à l'heure indiquée, l'ambassadeur resta quelques instants seul avec le roi, qui, au sujet de l'incident, lui dit qu'il n'avait pas autre chose à lui communiquer et que, si les négociations pouvaient être reprises, elles devaient l'être à Berlin avec son gouvernement.

Les détails qu'on vient de lire sur les faits qui se sont passés àEms du 9 au 14 juin ont leur importance pour les événements postérieurs. On a pu voir qu'étant donné le rôle qu'il avait joué à l'origine dans la question de la candidature du prince Léopold, le roi Guillaume, pour sa part, s'est comporté avec modération et dans l'intention d'apaiser le conflit. Malheureusement il n'en fut de même ni à Paris ni à Berlin. La déclaration violente du duc de Gramont, les exigences, toujours croissantes et nullement commandées par les circonstances, du gouvernement impérial avaient fourni à M. de Bismarck le prétexte d'une rupture, pour laquelle il se savait prêt. La condescendance du roi à Tégard de la France lui paraissait excessive en elle-même et nuisible aux projets de la Prusse en Allemagne, et il résolut de mettre un terme à une situation qui lui pesait depuis longtemps.

Le roi avait fait adresser à M. de Bismarck un rapport sur ses entretiens avec l'ambassadeur de France, en l'autorisant à porter les faits à la connaissance du public. Le chancelier fédéral rédigea alors une note dont les termes laconiques trahissaient l'irritation de son auteur. En la lisant, le public pouvait croire que l'ambassadeur de France avait offensé le roi par des

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démarches inconvenantes et que le roi avait refusé, par suite, de recevoir Tambassadeur. Au lieu de mentionner la réception et Tenlrelien à la gare, la note disait que le roi « avait vu » l'ambassadeur en passant ». Cette communication fut adressée aux journaux et transmise officiellement aux représentants prussiens auprès des cours étrangères. Elle produisit, déprime abord, dans toute TAllemagne, une irritation, augmentée aussitôt par les commentaires des journaux. L'ambassadeur de France avait insulté le roi, le gouvernement français avait attenté à la dignité et à Thonneur de la nation allemande: on devait demander réparation de Taffront, répondre au défi en vidant une fois pour toutes la querelle, qui avait commencé après Sadowa.

A Paris l'effet du télégramme fut encore plus foudroyant, gr&ce surtout à la façon dont le gouvernement en commentait les termes. Insérée dans les journaux de Berlin, télégraplûée aux journaux de province et de l'étranger, la note conservait toujours le caractère d'un article de journal, susceptible de controverse et de discussion. Ce qui lui donnait une portée particulièrement blessante pour la France, c'était qu'elle avait été adressée à la diplomatie pour être communiquée aux cabinets étrangers. L'article prussien n'était pas encore connu du public parisien, dans la matinée du 14, qu'il circulait déjà à la chambre : il venait à propos pour donner raison au parti de la guerre. Le gouvernement n'était déjà plus maître de la situation : pour la dominer, il aurait fallu le désir sincère de prévenir la guerre, en môme temps que du sang-froid pour éviter tout ce qui pouvait surexciter davantage les esprits. Ce désir manquait à la majorité des ministres ainsi qu'aux Tuileries, et, à la place du sang-froid, l'emportement et la colère inspiraient la conduite

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des gouvernants. En admettant que M. de Bismarck eût voulu tendre un piège au gouvernement français, celui-ci s'empressa d*y tomber.

Après avoir reçu les dépèches annonçant la communication & la diplomatie de Tarlicle blessant du journal ministériel de Berlin, le conseil des ministres fut convoqué à Sainl-Cloud. Jusque là le courant pacifique Tavait emporté dans les conseils de TEmpereur. Napoléon III, personnellement^ était disposé à accepter la renonciation du prince de HohenzoUern et comptait mettre un terme à Tincident, dont la solution constituait en somme un succès diplomatique pour la France. Son avis était partagé par son président du conseil, M. Emile Ollivier, qui, à la suite d'un conseil des ministres, prépara une déclaration pour les chambres dans le sens pacifique, lorsque survint le nouvel incident du télégramme de Berlin, ébruité et grossi par le duc de Gramont. Dans le conseil de Saint-Cloud, l'Empereur, fatigué par la maladie, se voyant débordé par les passions populaires, reculant devant une responsabilité formidable, déclara que, comme souverain constitutionnel, il se conformerait à Tavis de la majorité de ses ministres. La discussion fut courte, mais des plus véhémentes. L'Impératrice, ne voyant que rhonneur de la France en jeu, opinait pour la guerre. Parmi les plus ardents partisans de la guerre on comptait le ministre des affaires étrangères et celui de la guerre. Ce dernier (le maréchal Lebœuf), à en croire le récit de son collègue, le duc de Gramont, jeta son portefeuille à terre avec violence, en jurant que, si Ton ne faisait pas la guerre, il ne le ramasserait pas et renoncerait & son b&ton de maréchal. La guerre fut ainsi décidée, et le duc de Gramont se rendit au Corps législatif pour y porter cette décision.

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Quelques cabinets étrangers s^étaienl interposés, dans ces jours de crise, en faveur de la paix. La première impression en Europe, à la nouvelle de Tincident Hohenzollern, avait été favorable à la France. £n Allemagne même, dans le sud surtout, on ne comprenait pas que pour une question dynastique le gouvernement prussien provoqu&t une conflagration avec la France. Dans les autres pays, on reconnaissait le déplaisir que devait causer à la France l'installation d'une sorte de secondo-génilure prussienne en Espagne ; mais ces impressions de la première heure s'étaient effacées sous le coup de la politique passionnée du duc de Gramont, et les cabinets européens, s'apercevant qu'il y avait parti pris du côté de Paris aussi bien que de celui de fierlin, s'étaient renfermés dans une certaine réserve. Toutefois quelques tentatives de conciliation furent faites de nouveau. L'empereur de Russie et le roi de Bavière suggérèrent l'idée d'une déclaration directe du roi Guillaume, idée à laquelle^ on l'a vu plus haut, il était formellement opposé. L'Angleterre avait également proposé que le roi communiquât directement à Paris son approbation du désistement du prince Léopold; le cabinet de Berlin déclina ce projet, comme il Tavait fait pour tous les autres de même nature. Une seconde proposition anglaise de recourir aux bons ofQces d'une puissance amie eut le même sort à Paris et à Berlin. Le cabinet de Saint-Pétersbourg avait encore suggérée Londres, le 13 juillet, la rédaction d'un protocole dans lequel les plénipotentiaires des grandes puissances auraient consigné la renonciation du prince de HohenzoUern. Ce projet, acceptable pour la France, ne fut pas communiqué au gouvernement français, le cabinet anglais ayant pu s'assurer qu'il ne serait pas accepté à Berlin.

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La décision du conseil des ministres de France fui portée le 15 juillet par le duc de Gramont au Sénat et par M. Emile OUivier au Corps législatif. Cette communication résumait brièvement les négociations d'Ems, le refus du roi de recevoir Tambassadeur de France et la façon blessante dont ce refus avait été officiellement communiqué aux cabinets européens* La déclaration ajoutait : « Nous n'avons rien négligé pour évi- » ter la guerre ; nous allons nous préparer à soutenir celle » qu'on nous offre ».

A ce moment la fièvre belliqueuse entraînait tout le monde, même les hommes les plus opposés naguère au recours aux armes. M. Rouher, président du Sénat, provoqua une manirestation enthousiaste dans cette assemblée. Au Corps législatif, les chefs de Topposilion anti-dynastique combattirent seuls la déclaration de guerre. M. Thiers, entre autres, se prononça contre toute décision précipitée ; d'autres orateurs de l'opposition demandèrent la communication des dépèches sur lesquelles le gouvernement basait sa décision. Ces voix isolées, surtout parce qu'elles étaient celles des ennemis de la dynastie, ne furent pas écoutées. Le Sénat, à l'unanimité, et le Corps législatif, à l'unanimité moins dix voix, volèrent pour la guerre.

Le 19 juillet, la déclaration de guerre fut officiellement notifiée au gouvernement prussien par le chargé d'affaires de France à Berlin. Elle portait que le gouvernement français considérait le projet d'élever un prince prussien sur le trône d'Espagne comme une entreprise dirigée contre la sûreté territoriale de la France ; que le roi de Prusse avait refusé de donner Tassurance qu'une combinaison pareille ne pourrait pas se réaliser avec son consentement, et s'était, au contraire, ré-

serve la facullé de consulter les circonstances ; que le gouvernement français avait vu là une arrière-pensée menaçant la France ainsi que Téquilibre européen ; que cette déclaration avait été aggravée par la notification faite aux cabinets du refus de recevoir l'ambassadeur de l'Empereur et d'entrer avec lui dans de nouvelles explications ; qu'en conséquence le gouvernement français se considérait dès ce moment comme étant en état de guerre avec la Prusse. Cette déclaration devait s'appliquer également aux alliés de la Prusse.

Le 22 juillet, les députés se rendirent en corps aux Tuileries. Le président, dans son allocution, rejeta toute la responsabilité de la guerre sur la Prusse, en mentionnant le mot de Montesquieu : « Le véritable auteur de la guerre n'est » pas celui qui la déclare, mais celui qui la rend nécessaire. » Le lendemain, dans une proclamation au peuple français, l'Empereur dénonçait de nouveau la politique d'envahissement delà Prusse, les armements exagérés de cette puissance et ses procédés dédaigneux envers la France. Il ne faisait pas la guerre à l'Allemagne, dont il respectait l'indépendance ; il réclamait l'établissement d'un état de choses garantissant la se*curité et assurant l'avenir de la France, une paix propre à faire cesser un état précaire, où toutes les nations eniployaient leurs ressources à s'armer les unes contre les autres. Enfin, le 28 juillet, après avoir, la veille, conféré la régence à l'Impératrice, TEmpereur, en partant de Saint-Cloud pour aller se mettre à la tète de ses troupes, adressa une proclamation à l'armée, pour enflammer son courage, sans lui dissimuler qu'elle allait combattre une des meilleures armées de l'Europe et que « la guerre sera longue et pénible ».

Pendant les pourparlers d'Ems, le roi ne l'avait pas caché à

Fambassadeur de France, le gouvernement prussien avait activé ses préparatifs militaires. La déclaration du duc de Gramont dans la séance du 15 juillet du Corps législatif était considérée à Berlin, avec raison, comme une rupture définitive. Aussi dès le 16 juillet M. de Bismarck fit au conseil fédéral un exposé des faits et de la situation. Ses griefs visaient surtout le duc de Gramont, qui, sans attendre les explications qu'il avait demandées au roi, avait répondu à Tinterpellation de M. Cochery par une déclaration violente. Il justifiait le roi, qui, ayant promis le secret au cabinet espagnol, avait laissé ignorer Taffaire à son gouvernement. La déclaration du duc de Gramont avait, dès le début, coupé court à toute explication intime avec le gouvernement prussien. Après l'accueil que cette déclaration avait reçu de la part de la chambre française et après la conduite tenue depuis lors parle gouvernement français, il n'était plus douteux que ce gouvernement n'eût, dès le commencement, voulu humilier la Prusse ou provoquer la guerre. On n'avait donc aujourd'hui qu'à accepter la guerre ou à obtenir de la France des garanties contre le retour de semblables agissements, menaçants pour la paix et la prospérité de l'Europe.

Il importait aussi au cabinet de Berlin de s'assurer les sympathies des gouvernements étrangers, en leur démontrant que tous les torts étaient du côté de la France : c'est à quoi s'attachait M. de Bismarck dans une dépêche du 18 juillet. Il accusait le gouvernement français d'avoir dénaturé les faits et rendu impossible pour les puissances amies toute action conciliante. Le gouvernement français, en poussant à la guerre; était inspiré par les plus mauvais instincts de la haine et de la jalousie, et par le désir de comprimer la liberté

dans son propre pays à Taide de complications extérieures.

Plus véhément encore fut le langage que le roi tint dans son discours, le 19 juillet, à l'ouverture du parlement du Nord, convoqué en session extraordinaire. Le gouvernement de l'Empereur des Français avait puisé, — disait-il — dans la candidature du prince de Hohenzollern un prétexte pour poser le cas de guerre et le maintenir même après le retrait de cette candidature. Autrefois l'Allemagne, à cause de ses déchirements intérieurs, avait été obligée de supporter de semblables injures; aujourd'hui TAllemagne était assez forte pour repousser les actes violents de la France. Le peuple allemand et le peuple français étaient appelés à une lutte plus salutaire que celle des armes. Seuls les gouvernants de la France ont su exploiter, au profit d'intérêts personnels, l'amour-propre légitime, mais irritable, de la grande nation voisine.

Tout le monde fut frappé du ton de ce discours, particulièrement hostile à l'égard de la personne de l'Empereur Napoléon : on sentait que victorieuse, la Prusse ne ménagerait point la dynastie impériale. Le même esprit d'animosité se manifesta dans les explications que M. de Bismarck fournit au parlement dans la séance du 20. Le chancelier fédéral déclara d'abord que le gouvernement n'avait reçu dans toute cette affaire d'autre communication officielle que la déclaration de guerre du gouvernement français. Le télégramme relatif aux événements d'Ems était un simple télégramme de journal et non une dépêche officielle, ainsi que l'avait fait accroire le gouvernement français à ses chambres, dans le but de créer un prétexte de guerre.

M. de Bismarck, en réponse à la déclaration de guerre, s'expliqua encore sur le même sujet, et dans les termes les

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plus violents, aifprès des cabinets étrangers. Jamais le roi n'avait songé à soulever la candidature du prince de Hohenzollern ; demander au roi de s'engager pour l'avenir était de l'arrogance. Le gouvernement français n'avait jamais entamé de négociations officielles avec le gouvernement prussien ; tout s'était borné à des entretiens intimes à Ems;la nation allemande n'avait pas voulu se laisser humilier ; la guerre lui avait été imposée, et le monde civilisé reconnaîtrait que les raisons alléguées par la France n'étaient que des prétextes inventés.

L'adresse du parlement fut Técho fidèle du langage du gouvernement. C'est encore un Napoléon, y était-il dit, qui provoque la nation allemande à la lutte; la partie sensée de la nation française n'a pu l'emporter sur la partie égarée par l'envie et l'ambition ; les nations amies regarderaient la victoire de l'Allemagne comme la délivrance du fardeau de l'ambition bonapartiste et comme le châtiment des iniquités dont elles ont été victimes. Cette adresse ainsi que les crédits de guerre furent votés à l'unanimité. Le lendemain, à la clôture de la session, le président du parlement, en proclamant « la guerre sainte » qui aitait s'ouvrir, acclama le roi Guillaume comme généralissime de toutes les armées allemandes.

En efTet la déclaration de guerre de la France avait en peu de jours fait faire un grand pas à l'œuvre d'unification de la Prusse. Les Allemands du nord et ceux du sud se sentaient solidaires vis-à-vis de l'ennemi étranger. Dans le sud, on se croyait à la veille d'une invasion française, et l'on ne songeait plus qu'à se mettre à l'abri sous les ailes de la Prusse. Quelque répugnants que fussent les souverains du sud à l'é-

gard de cette hégémonie, comment pouvaîent-ils s'y dérober sans mettre leurs couronnes en jeu? quelles garanties la France leur offrait-elle, elle qui avait naguère réclamé des territoires bavarois et hessois ? La Prusse victorieuse leur ravirait leur indépendance ; et même vaincue, sur le point de succomber, elle pourrait encore faire la paix avec la France aux dépens de souverains félons envers la patrie allemande. La diplomatie française, comme celle de TAutriche, avait averli à temps le gouvernement de l'Empereur Napoléon qu'une agression de l'étranger rencontrerait une Allemagne unie contre l'ennemi commun, que l'opposition des ennemis de la Prusse serait réduite au silence par les cris du patriotisme germanique.

Dès Tissue de la séance du conseil fédéral, le 16 juillet, les gouvernements du sud donnèrent le signal du branle-bas : la Bavière, le Wurtemberg, Bade, la Hesse-Darmstadt mobilisèrent leurs contingents. Les souverains de ces États annoncèrent cette mesure au roi Guillaume, en plaçant leurs troupes sous son commandement suprême, ainsi que le stipulaient les traités d'alliance du 23 août 1866. Le roi Louis de Bavière se signala entre tous par l'ardeur de ses manifestations, et ses ministres usèrent de toute leur éloquence pour enlever le vote d'une chambre, partagée en deux fractions à peu près égaljBs en nombre, l'une favorable, l'autre hostile à la direction prussienne. Non moins chaleureux fut le roi Guillaume dans l'expression de ses remerciements à l'égard de ces souverains et de toute la nation allemande : le 25, dans une proclamation, il constate que l'Allemagne tout entière est sous les armes, prête à marcher sous ses ordres dans une guerre d'où sortiront, dit-il, l'union et la liberté de l'Allemagne

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A part ces auxiliaires allemands^ le cabinet de Berlin, au moment où la France lui déclarait la guerre, possédait dans le gouvernement de Russie un allié précieux. On a vu plus haut comment Tentente intime des deux souverains avait été scellée de nouveau, quelques semaines avant le conflit, dans Tentrevue d'Ems. Sans avoir à compter sur Tappui de l'Angleterre, le cabinet de Berlin était rassuré de ce côté. La cour de Londres nourrissait des sympathies très vives pour la Prusse, dont Théritier du trône était le gendre de la reine Victoria. Le ministère libéral, alors au pouvoir, était en termes assez Froids avec le gouvernement impérial de France et pouvait ainsi servir les préférences de sa souveraine sans dévier beaucoup de la ligne de sa politique extérieure. Dans ces conditions, la Prusse n'aVait à envisager avec quelque souci que Téventualité d'une alliance enlre la France, TAulriche et Tltalie.

Les pourparlers entre ces trois cours n'avaient jamais cessé depuis 1869, bien que la combinaison ébauchée à cette époque eût échoué devant la répugnance de l'Empereur Napoléon à l'abandon de Rome. Au commencement de 1870, on se livrait de part et d'autre aux enquêtes militaires. C'est dans ce but qu'au mois de février l'archiduc Albert d'Autriche vint à Paris. Le prince prodigua les éloges aux généraux français ; au fond, il ne trouva pas la France en mesure d'affronter la guerre, et il donna le conseil de se préparer plus complètement, de ne rien précipiter. Quelques mois plus tard, au commencement de juin, le général français Lebrun fut envoyé à Vienne afin de combiner un plan de campagne en vue d'éventualités et d'alliances futures. La France devait, avec 400,000 hommes, mobilisés en 13 jours, passer le Rhin et opérer en Bavière sa jonction avec l'armée

300 l'£MPER£UR GUILLAUME £T SON RÈGNE

autrichienne. Ce plan supposait l'existence d'un traité d'alliance, qui était encore à élaborer et à conclure. Pour le moment on n'avait d autre engagement que les lettres échangées en 1869 entre les trois souverains. Il fallait du temps pour se mettre d'accord ; or ce temps, l'Empereur Napoléon ne l'accorda pas à ses futurs alliés. Au retour du général Lebrun, l'incident HohenzoUern éclata, et la France entra en guerre sans s*étre assuré ses alliances.

C'est dans k seconde moitié de juillet, c'est-à-dire après la déclaration de guerre, que furent reprises les négociations. Le gouvernement français, pressé par les circonstances, réclamait, en rappelant les lettres échangées entre les souverains, le concours de TAutriche et de Tltalie. Les souverains de ces deux pays n'étaient pas en mesure de s'exécuter sur l'heure. L'Autriche se savait observée parla Russie, qui n'entendait rester neutre qu'autant que l'Autriche garderait la même altitude. U fallait aussi tenir compte des sentiments de la Hongrie, peu disposée à tirer Tépée pour renforcer la position de l'Autriche en Allemagne. En Italie, le roi Victor-Emmanuel était personnellement favorable à une, intervention armée au profit de la France ; mais ses ministres et son peuple ne partageaient pas ce sentiment et, pour les ramener, il aurait fallu leur promettre la solution de la question romaine. Au surplus,' ni Tltalie ni l'Autriche n'étaient militairement prêtes. Le cabinet de Vienne, sans renier ses engagements moraux résultant des négociations de 1869, demandait à discuter et à empêcher les résolutions précipitées. Le cabinet de Florence mettait en avant la question de Rome; celui de Vienne, de son côté, déclarait qu'il ne signerait rien sans l'Italie, dont les demandes relativement à Rome étaient, disait-il, parfaitement légitimes. On négociait

à Paris avec les plénipotentiaires d'Autriche et d'Italie. L'Autriche proposait, pour elle et l'Italie, une neutralité armée, qui leur permettrait de préparer leurs armements, sans être tout de suite en guerre avec la Prusse. A celle-ci elles adresseraient d'abord la demande de maintenir en Allemagne le statu çuo conformément a\i traité de Prague; en cas de refus, elles feraient cause commune avec la France. Alors l'Italie entrerait en Bavière avec 100,000 hommes et occuperait Munich, l'Autriche se fortifierait en Bohème et ferait jonction en Bavière avec l'armée italienne. En même temps le cabinet de Vienne demandait pour l'Italie le droit d'occuper Rome après le rappel de la garnison française. L'Empereur ayant repoussé celte dernière condition, les négociations furent transférées à Florence. On était alors au commencement d'août. Le cabinet de Vienne hésitait toujours : le voisinage immédiat de la Prusse et de la Russie le faisait réfléchir. Le roi Victor-Emmanuel^ au contraire, était disposé à marcher sans retard, si l'Autriche consentait à livrer passage aux troupes italiennes se dirigeant vers la Bavière ; le ministère italien avait même renoncé à l'article relatif à Rome, se contentant de l'évacuation de la ville par les Français. Le cabinet de Vienne déclinait le passage des Italiens, alléguant, non sans raison, que ce serait là de sa part faire acte d'hostilité envers la Prusse, alors que l'Autriche avait encore besoin d'un à deux mois pour achever ses préparatifs militaires.

Pendant ces pourparlers, la campagne s'était engagée entre la France et l'Allemagne. Le 6 août avait été marqué, pour la France, par des défaites, qui entraînèrent la chute du ministère OUivier-Gramont, en même temps qu'elles compromirent sans retour les projets d'alliance de l'Empereur.

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