LES ENNEMIS DE L*EMPIRE
au nom de TEurope, a ratiûé les divers partages de la Pologne, opérés antérieurement par la Russie, rAutriche et la Prusse. Parfois on semblait disposé à faire administrer le grand-duché de Posen par des gouverneurs polonais et dans le sens de la nationalité polonaise ; puis on abandonnait ces projets pour appliquer le régime tout opposé de la germanisation, c'est-àdire de Tadministration exclusivement allemande, avec mission d'extirper ou du moins de refouler le plus possible l'élément polonais. La tâche des gouvernants s'y compliquait d'ailleurs d'antagonismes religieux. La grande majorité des Polonais appartiennent à l'église catholique, tandis que les fonctionnaires prussiens et la minorité allemande du pays sont protestants: de sorte qu'au cours des années, dans le langage politique, polonais et catholique, d'un côté, allemand et protestant, de l'autre, devinrent des termes identiques.
Les insurrections qui, après 1830, éclatèrent successivement dans les provinces polonaises de la Russie et de l'Autriche eurent leur contre-coup dans la province de Posen. Si l'ordre extérieur y fut maintenu par les autorités prussiennes, les conspirations, dirigées par l'émigration polonaise de Paris, y trouvaient de nombreux partisans. A la suite d'un procès de complot, un certain nombre de Polonais étaient détenus dans la grande prison de Berlin, lorsque, le 18 mars 1848, la capitale de la Prusse devint le théâtre de troubles sanglants. Les changements qui s'opérèrent alors dans l'organisation du gouvernement prussien, produisirent aussi leurs effets sur l'administration de la province de Posen, où d'ailleurs, sous le coup des événements de Berlin, l'insurrection sévissait en plein. Pour apaiser ces troubles, le roi Frédéric-Guillaume IV consentit à donner à la province une organisation
nationale, et il y envoya à cet effet un commissaire spécial. C'était une tftche ingrate et condamnée d'avance à demeurer stérile. Une porlion de la province étant habitée par de nombreux Allemands, on voulait tracer une ligne de démarcation pour créer deux régions administratives, Tune allemande, l'autre polonaise. Cette tentative échoua devant la résistance, tantôt de l'une, tantôt de l'autre des deux nationalités. Il fallut y renoncer, et finalement on se décida à réprimer par les armes la révolte des Polonais.
Les projets de réorganisation polonaise furent ainsi écartés pour toujours. Depuis 1849, le gouvernement prussien s'efforçait, au contraire, de substituer partout l'élément allemand à l'élément polonais et de faire prédominer la langue allemande dans Tadministration locale, dans l'église et dans l'école. Ce Fégime, qui avait prévalu avant 1848, se soutint plus facilement tant que la Prusse était une monarchie absolue ; mais il devait rencontrer un nouvel obstacle dans le régime constitutionnel, en vertu duquel la province de Posen, comme toutes les autres provinces de la monarchie, était appelée à envoyer ses députés à la diète de Berlin. Les districts polonais nommaient naturellement des députés de leur nationalité et de leur église, lesquels formaient, au sein des chambres prussiennes, un groupe d'opposition, numériquement faible, mais non sans influence par la ténacité de ses efforts et en raison du contingent de voix qu'il fournissait aux autres adversaires du gouvernement.
La Prusse orientale et la province de Posen, qui, conformément au pacte de 1815, étaient restées en dehors de la Confédération germanique, ne conservèrent pas cette position distincte sous le règne du roi Guillaume. Elles furent, en 1867,
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jointes au territoire de la Confédération de rAUemagne du Nord, et, en 1871, à celui de TEmpire allemand. Dans ces deux occasions, les députés polonais protestèrent de la manière la plus formelle, en invoquant les manifestes et les promesses du roi Frédéric-Guillaume III. Ils prétendaient que leur province avait droit à un gouvernement autonome et polonais, et qu'elle ne voulait pas se fondre dans TEmpire allemand.
Ces prétentions furent péremptoirement repoussées par le gouvernement. Toutes les fois que la question était portée à la tribune, M. de Bismarck exposait que ce que les chefs du parti polonais visaient, c'était au fond la séparation de leur pays d'avec la Prusse et le rétablissement d'une Pologne indépendante avec les limites de 1772. Un semblable projet, disait le chancelier, impliquerait pour la monarchie la perte des embouchures de la Vistule, de Dantzig, de Thorn et même de la Prusse orientale, les revendications polonaises devant séparer cette dernière province des provinces de Poméranie et de Brandebourg. La Prusse, Etat allemand, aurait préféré ne pas renfermer l'élément dissolvant du polonisme ; elle ne saurait toutefois, pour atteindre ce but, renoncer & une possession devenue pour elle une nécessité politique et stratégique.
Ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'antagonisme de race dans les provinces à populations polonaises et allemandes se compliquait de l'antagonisme entre catholiques et protestants. Le prêtre polonais, unissant ses efforts à Tagitaiion politique des hautes classes polonaises, luttait à la fois contre les adversaires de sa race et de sa religion ; à la longue il était difficile de distinguer si le député polonais, envoyé au parlement de Berlin, avait été élu pour défendre la cause de la Pologne ou celle de l'église catholique. On verra plus loin
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comment cet élat de choses contribua à provoquer et à prolonger le grave conflit qui dès 1871 avait éclaté entre le gouvernement de TEmpire et Téglise catholique.
Depuis la création de TEmpire allemand, les deux nationalités n*ont cessé de se livrer une lutte acharnée, s'accusant Tune l'autre d'opprimer la nationalité adverse. L'élément allemand a-t-il gagné du terrain, comme le prétendent les Polonais? le contraire a-t-il eu lieu, ainsi que Taffirme le gouvernement prussien? Comme cette question était sans cesse Tobjet de débats passionnés à la tribune et dans la presse, le cabinet de Berlin prit, dans le cours de l'année 1885, une détermination d'une gravité exceptionnelle : l'expulsion en masse du territoire prussien des Polonais émigrés de Russie et d'Autriche, dont le nombre augmentait dans les provinces prussiennes où prédomine déjà la race polonaise.
La mesure produisit une émotion toute naturelle en raison des intérêts multiples, qu'elle affectait et des principes moraux qu'elle heurtait. On devait bientôt apprendre que les expulsions se rattachaient à un ensemble de mesures législatives contre lepolonisme. Le 16 janvier 1886, en ouvrant la session des chambres prussiennes, l'Empereur Guillaume déclarait: « Le refoulement de l'élément allemand par l'élément )) polonais dans quelques provinces de l'Est impose au gouver- » nement le devoir de prendre des mesures de nature à ga- » rantir l'existence et le développement de la population alle- » mande ».
Quelques semaines avant que le roi prononçât ces paroles, la question des expulsions avait été portée par les députés polonais devant le parlement de l'Empire. Les affaires de domicile et de séjour des étrangers étant, d'après la constitution.