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tîon, et il n'y avait plus d'autre moyen pour eux que de s'unir en un parti, pour se défendre avec quelque espoir de succès contre la majorité des partis protestants. Telle est Torigine du parti qui se forma, au commencement de 1874 , parmi les catholiques des divers États allemands ; il se donna le nom de « parti du centre », parce qu'il occupait les bancs du milieu de la salle du parlement.
Dans les élections générales pour le parlement de l'Empire en 1871, deui points figuraient en tête du programme catholique : la défense du pouvoir temporel du Pape et la défense de l'autonomie de TÉglise. Relativement au premier point, des démarches pressantes avaient été faites auprès de l'Empereur Guillaume, alors à Versailles. De nombreuses pétitions lui étaient adressées : l'aristocratie catholique de Prusse le sollicitait de s'opposer à la prise de possession de Rome par les Italiens, Rome étant le dernier boulevard du pouvoir temporel des Papes. Personnellement l'Empereur n'était pas opposé à cette demande. On a pu voir, par le récit des événements depuis 1859, que Guillaume P' ne sympathisait pas trop avec les efforts du parti unitaire en Italie, dont il considérait les agissements comme révolutionnaires et condamnait en particulier les agressions et les projets contre Rome. La politique prussienne depuis 1867 n'avait pas cessé d'être favorable au pouvoir temporel. « La population catholique de w l'Allemagne », écrivait M. de Bismarck au ministre prussien à Rome le 30 octobre 1867, « a le môme droit que la popu- M lation évangélique à ce qu'il soit tenu compte de ses convic- » tions religieuses. Cette considération interdit à un État de « population mixte d'agir envers le chef de l'église catho- «) lique de façon à blesser les cœurs des catholiques fidèles.
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I» Mais, pour prendre une position définitive, il est nécessaire, » avant tout, de nous assurer s'il restera à la Papauté une si- » tuation qui sera reconnue comme digne par la majorité » des catholiques de nationalité allemande. » Quinze jours après, le 15 novembre, le roi Guillaume, à louverture des chambres prussiennes, déclarait que ses efforts tendaient à « donner satisfaction au droit qu'ont mes sujets catholiques à » ma sollicitude pour la dignité et l'indépendance du chef de » leur église. » L'Empereur Guillaume, à Versailles, ne reniait pas ces idées. Le Pape Pie lî, pendant la guerre, lui avait écrit à deux reprises, dans l'intérêt de la paix et de la réconciliation avec la France. L'Empereur avait accueilli ces démarches, sans leur donner une suite pratique, mais avec déférence et bienveillance envers le Souverain Pontife. Celui-ci avait essayé d'agir dans un esprit analogue auprès de l'épiscopat, français. Les rapports entre l'Empereur et le Saint Père étaient donc sortis intacts de la guerre. L'occupation de Rome par l'armée italienne avait fortement indisposé l'Empereur ; et au quartier-général de Versailles on avait agité l'éventualité d'un asile à offrir au Pape dans quelque ville catholique de TAllemagne. Au mois de février 1871, une députation des chevaliers catholiques de l'ordre de Malte s'étant présentée & Versailles pour solliciter l'intervention impériale en faveur de Pie IX, l'Empereur n'avait pas hésité à déclarer que ses opinions n'avaient pas changé à l'égard du Pape, chef spirituel de ses sujets catholiques ; qu il considérait Toccupation de Rome comme un acte de violence, comme une usurpation de la part de l'Italie, et « qu'après la fin de la guerre, il examinerait, de concert avec » les autres souverains, les mesures éprendre contre ces agis- » sements. »
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Un mois plus tard, après la signatures à Versailles des préliminaires de paix, les sentiments personnels de TKmpereur s'effacèrent devant les calculs politiques qui lui commandaient de détacher Tllalie de la France. Aussi, en ouvrant, le 21 mars, la première session du parlement allemand, il protesta de son intention de respecter l'indépendance de tous les autres peuples en ce qui touchait le règlement de leurs affaires intérieures. Ce désaveu de tout dessein d'intervention dans les affaires italiennes ne suffisait pas encore à la majorité protestante du parlement. Sur la proposition du chef du parti libéral, cette assemblée inséra dans l'adresse en réponse au discours impérial un paragraphe portant que « les jours d'ingérence dans la » vie intérieure des autres peuples ne reviendront, nous Tes- » pérons bien, sous aucun prétexte ni sous aucune forme ». Ce vote, émis sous les auspices, sinon sous l'inspiration directe, du chancelier de l'Empire, repoussait le premier des deux points du programme catholique ; le second point eut bientôt après le même sort. S'autorisant du précédent de la constitution prussienne de 1850,les catholiques, en présence de l'attitude de leurs adversaires et surtout de l'insistance que ceux-ci mettaient à accentuer le caractère protestant de TEmpire, proposèrent l'insertion dans la constitution de plusieurs articles garantissant l'autonomie et Tindépendance de l'église catholique. M. de Bismarck était absolument opposé à cette motion. Le parti catholique comptait dans son sein des Polonais, naturellement hostiles à l'absorption des provinces polonaises par l'Empire, des Bavarois, hostiles à la suprématie prussienne, des Guelfes, hostiles à la Prusse comme catholiques et comme anciens sujets du roi de Hanovre. Le parti catholique ou du centre était dirigé par un Hanovrien émioent, ancien ministre et avocat attitré du roi dé-
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possédé. Aux yeux du chancelier, le parti catholique ëldl donc composé d*ennemis de la Prusse et de TEmpire ; l'église que ce parti défendait de venailla cx>iDplice de ces ennemis ; le Pape, chef de celte église, devenait un pouvoir politique ennemi, qu'il (allait combattre avec toutes les armes dont TEtat disposait. D'ailleurs l'attitude de Tépiscopat allemand lui causait une grande déception. Les évèques, après avoir s'être prononcés contre la proclamation du dogme de rinfaillibililé, s'étaient inclinés devant la décision du concile et du Pape : ils s'étaient soumis et avaient promulgué dans leurs diocèses respectifs les décrets du Vatican, en exhortant les fidèles à s'y soumettre. Dans ces conditions, le chancelier ne crut plus utile de ménager le parti du centre. Il combattit la motion des catholiques relativement aux garanties constitutionnelles et la fit rejeter par la majorité du parlement, dévouée à sa politique.
Cependant la rupture avec le Saint Siège n'était pas consommée. Le Pape, au fond, n'y avait pas directement donné prise. Bien au contraire, à la date du 6 mars, Pie IX avait écrit à l'Empereur, à Versailles, pour le féliciter au sujet de sa nouvelle dignité et le remercier des sentiments d'amitié qu'il lui avait exprimés 'et qui, disait-il, « ne contribueront pas peu à » assurer la protection de la liberté et des droits de la reii- » gion catholique ». M. de Bismarck, s'efiTorçant de détacher du parti catholique les éléments purement politiques et antiprussiens, nourrissait l'espoir d'arriver à ce résultat en faisant des démarches auprès du Vatican. Il obtint, paraît-il, tout d'abord quelque succès : on semblait disposé, à Rome, à intervenir afin de modérer l'ardeur du parti du centre ; mais ce mouvement de la première heure fut de courte durée. Au Vatican, on renonça à l'idée de s'ingérer directement dans
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les luttes parlementaires et d*affaiblir ou de désavouer un parti qui, en fin de compte, défendait les intérêts de l'Église contre les desseins du protestantisme.
La lutte s*engagea ainsi entre l'État etl'Église, entre l'Empereur et le Pape. Le gouvernement de Berlin, en l'entreprenant, avait pensé qu'il pourrait la restreindre aux limites d'une contestation purement politique, danslaquelle la papauté, attaquée de tous côtés et réduite à l'impuissance matérielle, devait sûrement succomber. Il ne voulait, disaient ses organes, que poser les limites entre les droits de l'État et l'Église, sans toucher à la religion ni k ses dogmes. Il devait, à l'exemple d'autres gouvernements, se convaincre et l'avouer, au bout de quinze ans, qu*on ne peut trouver de formule pour cette ligne de démarcation, quïl s'agit là d'un problème insoluble, étant donnés les principes opposés invoqués de part et d'autre, et qu'une fois que le pouvoir séculier s'engage sur ce terrain, il est entraîné, en touchant au Pape, à toucher à TÉglise et à la religion elle-même.
La lutte fut inaugurée, en 1871, par deux mesures importantes contre l'église catholique en Prusse. M. de Bismarck fit supprimer au ministère des cultes la direction catholique, qu'il accusait de défendre les intérêts de la Curie romaine contre TÉtat prussien, au lieu de défendre ceux de la Prusse ; il trouvait d'ailleurs incompatible avec leurs droits envers l'État la position de fonctionnaires qui, fils fidèles de leur église, s'étaient soumis aux décrets du concile du Vatican sur l'infaillibilité du Pape. Désormais les affaires du culte catholique devaient être examinées et traitées par des fonctionnaires n'ayant aucun engagement envers le Saint Siège et Fépiscopat.
La seconde mesure consistait dans le dépôt d'une loi par
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laquelle Tinspection des écoles était enlevée aux ecclésiastiques pour être exercée par des fonctionnaires nommés par le gouvernement. En éloignant ainsi des écoles l'influence du clergé catholique, on donnait un encouragement aux dissidents. Dans plusieurs lycées, les professeurs, chargés par leurs évéques de donner Tinstruction religieuse, avaient refusé d'enseigner le dogme de Tinfaillibilité et, par suite, s'étaient vu retirer la mission canonique. Ces professeurs résistaient, et le gouvernement prétendait non seulement les maintenir dans leurs fonctions, mais encore obliger les enfants, contre le gré de leurs parents, à assister à un enseignement qui n'était plus conforme aux préceptes de leurs chefs spirituels. Ainsi, en quelques mois, dès le commencement des hostilités, l'État avait déjà transgressé les bornes de son domaine pour entrer sur celui des croyances religieuses. A partir de ce moment les événements vont se précipiter. Dignité, croyances et amour-propre sont engagés des deux côtés ; aux rigueurs de l'Etat vont répondre les résistances du clergé, et les mesures du gouvernement, de sévérité en sévérité, vont tourner en persécution du clergé et du catholicisme.
Les professeurs dissidents sont excommuniés par les évoques. Le gouvernement intervient pour obliger ces derniers à rapporter l'excommunication, qui, à ses yeux, n'est pas une peine purement ecclésiastique. Les évéques refusent, et Tépiscopat prussien tout entier réclame et proteste. Le gouvernement en est revenu à la politique de la fin du règne de Frédéric- Guillaume III: TÉtat est souverain et peut ordonner, légiférer en toute matière ; TÉglise, l'épiscopat doivent se soumettre & la loi de l'État, quelle qu'elle soit. Les évéques, les prêtres qui s'y refusent sont considérés et traités comme rebelles àTÉtat