L*EMPEBEUR ET LE PAPE
et au roi. L'Empereur Guillaume, persuadé que le loyalisme du clergé catholique est en défaut, adopte enlièremenl la manière de voir de ses ministres et place à la lète du département des cultes, M. Falk, juriste protestant, qui va traiter en juriste les rapports entre TÉglise et TÉlat. On se propose celte fois de vider h fond la vieille querelle entre l'Empereur et le Pape, d'établir le premier comme maître du second. Celait une lulte, disail-on à Berlin, pour le bien de la civilisation, dont l'Église était dénoncée être l'ennemie jurée ; c'était une lutte pour « la culture » {Culttirkampf)^ comme s'exprimait un député éminent du parti libéral avancé.
La campagne contre l'Église était conduite par le prince de Bismarck sur le terrain diplomatique et politique, et sur celui de la législation et de l'administration par le ministre des cultes. Le chancelier, reconnaissant la puissance toujours considérable de la Papauté, aurait voulu amener les autres gouvernements à une entente en vue de l'élection du Pape futur. Pie IX était vieux, sa fin semblait plus ou moins prochaine, le choix de son successeur présentait une importance parliculière dans les circonstances actuelles. A cet effet le prince de Bismarck adressa, à la date du 14 mai 1872, une communication aux cabinets étrangers pour les inviter à se concerter sur le choix du candidat au siège pontifical. Les concordats et les décrets du concile du Vatican, disait-il, avaient modifié les rapports entre l'épiscopat et le Pape. Ce dernier était devenu, ce qu'il n'avait pas été jusque-là, un maître absolu, devant lequel les évoques s'inclinaient aveuglément, en acceptant la posilion de fonctionnaires d'un gouvernement étranger. C'était aux puissances européennes d'examiner si elles pouvaient admettre un état de choses incompatible avec leurs intérêts, et de se
concerter à Tavance sur la marche à suivre en cas de vacance du siège pontifical. Cette démarche, qui ne fut pas couronnée de succès, se rattachait à un système tendant à ne pas laisser TAUemagne isolée dans la lutte avec Rome et l'Église. Bientôt des froissements se produisirent avec la France, dont Tépiscopat était accusé, à Berlin, de s'intéresser intimement à la résistance que le clergé allemand opposait au gouvernement impérial. Un autre incident diplomatique se produisit, au commencement de 187S, à propos de l'attitude du clergé belge et de quelques excès de fanatiques dans ce pays. Le gouvernement du roi Léopold déclina la demande que lui adressait le cabinet de Berlin de combler certaines lacunes de son code pénal pour punir plus efficacement ces excès. Le gouvernement italien, à son tour, fut sollicité par la chancellerie allemande, fortement irritée, à la même époque, par les discours et les brefs véhéments du Pape. Le prince de Bismarck ne voulait pas admettre que le Pape pût échapper à toute responsabilité à cet égard, et il pensait que la loi des garanties de 1871, rendue pour assurer la liberté du Souverain Pontife, était une loi italienne, d'un caractère intérieur et non international, et par conséquent susceptible d'être revisée et modifiée par le gouvernement italien. Le cabinet allemand demandait cette revision afin d'empêcher les empiétements du Pape sur les institutions des autres États. Cette démarche n'eut non plus aucune suite : le gouvernement italien, comme les autres cabinets, ne montra guère d'empressement à ajouter à ses nombreux embarras intérieurs celui d'un conflit nouveau avec l'hôte du Vatican et avec le parti du Pape.
Sur le terrain de la législation intérieure, le cabinet de Ber-
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lin déploya, pendant ce temps, une activité sans relâche. Les efforts qu'il avait tentés pour détacher Tépiscopat du Pape ayant échoué, il s'appliqua à séparer le clergé inférieur des évèques et, finalement, les fidèles du clergé. Ces tentatives demeurèrent stériles en Allemagne comme elles l'avaient été dans d'autres pays :Ie gouvernement allemand devait en faire l'expérience. Les années de 1871 à 1876 présentent une longue série de lois et de décrets tendant à intimider et à assouplir le clergé catholique : en 1871, Tintroduction du mariage civil, mesure qui répugnait fortement aux convictions religieuses de l'Empereur ; en 1872 promulgation comme loi d'Empire de la loi d'expulsion des Jésuites et des congrégations affiliées ; la loi excluant de l'enseignement les Jésuites et les congrégations ; la loi retirant aux curés l'inspection des écoles de leurs paroisses. L'année 1873 est la plus importante dans cette lutte contre l'Eglise : elle apporte les lois de mai, appelées ainsi d'après la date de leur promulgation. Par cette législation l'État intervient directement dans le gouvernement de TÉglise et jusque dans les pratiques religieuses. Les articles de la constitution prussienne relatifs à Tautonomie de l'Église catholique sont modifiés au profit du contrôle de l'État, et enfin abrogés totalement l'année suivante. D'autres lois soumettent l'éducation du clergé aux règlements de l'État, restreignent le pouvoir disciplinaire des évèques à l'égard du clergé, enlèvent au Pape la haute juridiction ecclésiastique en instituant un tribunal laïque pour juger les membres du clergé soit dans leurs différends avec les évèques, soit dans les procès engagés par l'État contre les évèques et les prêtres. Une nouvelle formule de serment est établie pour les évèques. Dans le cours de Tannée 1874, une loi est rendue pour inter-
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dire Texercice de tout acte sacerdotal aux prêtres n'ayant pas fait acte de soumission aux lois de mai ; aux mêmes prêtres insoumis les traitements de TÉtat sont supprimés; une autre loi institue le gouvernement comme administrateur des évêchés devenus vacants par suite de la déposition de leurs titulaires; toutes les congrégations, à Texception des ordres exclusivement hospitaliers, sont prohibées et bannies.
En même temps le gouvernement accorda toutes ses faveurs aux Yieux-calhoiiques. Cette secte, dans la période la plus brillante de son existence, comptait dans tout FEmpire à peine 40,000 partisans sur 16 millions de fidèles, avec environ quarante prêtres réfractaires au Pape et aux évêques. Bien que ces prêtres et leurs adeptes se fussent ouvertement séparés de Rome, le gouvernement les considérait comme catholiques au même titre que la grande masse des fidèles ; il reconnaissait leurs droits à la copossession des églises et des biens des fabriques ; il reconnaissait leur évêque, institué par un prélat schismatique de Hollande, et lui allouait un traitement sur le chapitre budgétaire du culte catholique romain.
Le clergé et le parti catholique dans le parlement usaient de représailles dans les limites de leur pouvoir : Tardeur et la véhémence de leur résistance ne restaient pas en retard de l'action ministérielle, passionnée et dépassant souvent le but. Le Pape Pie IX prit, le premier, énergiquement le parti des évêques victimes de leur obéissance au Saint Siège. Il loua leur opposition aux nouvelles lois ecclésiastiques, déclara ces lois nulles, et excommunia les partisans de la secte des Vieux-catholiques. A mesure que le gouvernement prussien s engageait davantage dans la politique d'hostilité, le langage du Pape devenait plus âpre. Le 24 juin 1872, sous le