‹ L'Empereur Guillaume et son règneChapitre 27 sur 32 · L^ EMPEREUR ET LE PAPE · texte numérisé non relu

L^ EMPEREUR ET LE PAPE

cours de Tannée 1885, un grave différend s'était élevé entre l'Allemagne et l'Espagne au sujet de la possession des ties Carolines, dans la Mer du Sud. On craignait une rupture entre les deux pays ; le sentiment national des Espagnols s'était déjà échauffé au point de méconnatlre les premières règles du droit international, c'est-à-dire le respect dû aux ambassadeurs. La cour de Berlin, par cet incident imprévu, se vit placée dans l'alternative de reculer devant les menaces du peuple espagnol, ou de maintenir ses prétentions au risque d'une guerre marilime et peut être d'une révolution intérieure en Espagne, dont le roi Alphonse, naguère hôtedeTEmpereur, serait devenu la victime.

C'est dans cet état de choses, la cour de Berlin et l'Empereur personnellement désirant éviter celte double calamité, que le prince de Bismarck prit l'initiative d'une proposition hardie, celle d'invoquer la médiation du Pape. De la part d'un cabinet protestant donner cette marque de déférence au Souverain Pontife mal réconcilié et dans une question où était engagé le sentiment national d'un Ëlat aussi profondément catholique que l'Espagne, c'était certes un grand coup d'habileté diplomatique. On apaisait l'Espagne, qui aurait eu mauvaise grâce à récuser larbitrage du Saint Siège ; on réduisait au silence le parti du centre, qui commençait déjà à blâmer l'attitude prise par le gouvernement vis-à-vis de l'Espagne ; enfin on se rendait favorable le Pape, qui devait s'estimer honoré de cette marque de confiance d'un grand gouvernement, récemment encore son adversaire.

Les choses marchèrent à souhait. Dans le courant de septembre les deux gouvernements étaient tombés d'accord pour soumettre le différend au Pape. Un mois après, Léon XIII avait rendu sa décision de médiateur, favorable à l'Espagne sur le

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point capital, c'est-à-dire la question de souveraineté. Berlin s'inclina devant ce jugement. « L'autorité suprême de l'Église », disait le Pape au consistoire, le 15 janvier 1886, « a reçu un » hommage de la plus haute portée. » « Que ne ferait pas » la Papauté, ajouta le Saint Père, si elle était plus libre? » Des lettres de haute courtoisie s'échangèrent entre le Pape, TEmpereur et le Chancelier. Léon XIII remerciait l'Empereur ainsi que te prince de Bismarck ; il envoya à ce dernier sa plus haute décoration, en exprimant la joie qu'il lui avait causée, à lui et aux catholiques, et n'oubliant pas non plus de rappeler que le Pape et l'Église étaient encore entravés dans leur liberté d'action. Malgré ces manifestations amicales et ces protestations pleines d'effusion, le Pape ne cédait guère sur le terrain du litige religieux toujours en suspens, et n'abandonnait pas les évoques et le parti du centre, qui, pendant quinze ans, avaient lutté pour ses droits. Dans une encyclique qu il adresse le 6 janvier 1886 aux évêques prussiens, il approuve de nouveau toutes leurs revendications relatives à la question des séminaires et de l'éducation du clergé, et il maintient rigoureusement sa demande que TÉglise soit sur ces points entièrement à l'abri de toute ingérence de TÉtal. En d'autres temps une semblable manifestation du Pape, à laquelle les évoques prussiens répondirent par une adresse collective d'adhésion, eût attiré sur TÉglise catholique de Prusse toutes les rigueurs du pouvoir laïque. Cette fois, au contraire, le gouvernement y répondit par des concessions nouvelles. Le 15 février, il dépose à la chambre haute un projet de loi équivalant à un abandon des lois de mai : il restreint le contrôle de l'Élat sur les séminaires, abolit le tribunal ecclésiastique et restitue au Pape et aux évêques la haute juridiction sur le clergé.

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Un membre de Tépiscopat, qui avait été précédemment appelé par le roi à siéger dans la chambre des Seigneurs, servit d'intermédiaire entre la commission de cetle assemblée et la Curie romaine. D'accord avec le Vatican, il présenta une série d'amendements qui corrigeaient le projet ministériel dans un sens plus favorable à lautonomie de TÉglise. Sous cette forme amendée, la loi fut adoptée successivement par les deux chambres. Le prince de Bismarck, dans un discours d'une haute portée, n'avait pas hésité à reconnaître que les lois de mai, le Culturkampf) avaient manqué leureffel et leur buU Des protestations de conûance et de profonde estime pour le Pape sortirent de la même bouche qui, treize ans auparavant, avait donné le signal de la lutte avec le Vatican.

Le conflit entre l'Empereur et le Pape fut ainsi virtuellement terminé; la « lulte pour la culture était finie », non pour toujours sans doute, aucune des deux parlies n'ayant cédé sur le principe, le législateur prussien surtout n'ayant pas renoncé à sa doclrine de l'omnipotence de l'État en malière de législation. Toujours est-il que le gouvernement prussien finit par battre en retraite. Quinze années de législation ecclésiastique étaient, pour ainsi dire, une œuvre perdue. Des deux combattants, l'État avait été le premier fatigué. L'Empereur, dans cette question, ne s'était engagé qu'en hésitant et comme à contre-cœur : à la fin, il l'avait regretté, dit-on, cunmie une des erreurs de son règne. Ne visant d'abord que quelques évoques récalcitrants, il s'était vu entraîné à frapper la religion, qu'il disait vouloir «conserver à son peuple comme étant le fondement de tout. » C'est que le danger socialiste avait depuis longtemps augmenté chez lui ces regrets et donné une autre direction à ses préoccupations.

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