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CHAPITRE HUITIÈME

GUERRE DE LA PRUSSE, DE l'âUTRIGHE ET DES ÉTATS ALLEMANDS. — MÉDIATION DE LA FRANCE

Sommations à la Saxe, à la Hesse-Cassel et au Hanovre. ^ Manifeste de Tempereur d'Autriche. — Deux manifestes du roi Guillaume. — Les forces militaires des belligérants.' — Les troupes prussiennes à Dresde, àCassel et à Hanovre. — Les Hanovriens victorieux à Langensalza. — Leur capitulation. — Victoires prussiennes en Bohême. Bataille de Sadowa. — Explication des défaites autrichiennes. — L'Autriche mal soutenue par ses alliés. — Défaite des italieus. —Surprise en France.— L'Empereur Napoléon médiateur. — La Prusse s'efforce d'écarter la médiation française. — Le roi Guillaume désire des agrandissements. — L'empereur Napoléon demande des compensations. — L'opinion en France revient vers l'Autriche. — Le discours d'Auxerre. — Partis autrichien et italien aux Tuileries. — L'empereur Napoléon arrête la marche des Prussiens sur Vienne. — La couronne du roi de Saxe sauvée par les empereurs d'Autriche et de France. - Les préliminaires de paix de Nikolsbourg. — L'empereur Napoléon consent aux agrandissements de la Prusse. — La Russie demande la sanction de l'Europe. — Les États du sud, vaincus, s'empressent de demander la paix.

Le gouvernement prussien, après avoir pris Tiiiitialive des hostilités, voulait justifier sa conduite aux yeux des puissances neutres. Il ne s'agissait pas d'une guerre ordinaire, n'affectant que des intérêts particuliers, locaux : la guerre qu'entreprenait le roi Guillaume avait été précédée d'un acte qui déchirait des traités européens, dans une de leurs parties les plus importantes et elle s'annonçait ouvertement comme visant le rema-

uiement d'une Confédération fondée par des traités européens. Le cabinet de Berlin adressa donc, le 16 juin^ une circulaire à ses représentants à l'étranger pour expliquer ses actes. Il y répétait contre T Autriche les accusations qu'on connaissait par ses déclarations antérieures: il l'accusait d'avoir violé la convention de Gastein et, en dernier lieu aussi, le pacte fédéral. Par conséquent la Prusse, libre de toutes ses obligations fédérales, et comme on a résolu de mobiliser contre elle, a pris, à son tour, des mesures pour sa propre défense. En même temps elle a invité les gouvernements des États du nord, situés entre les deux parties de la Prusse, à ramener leurs troupes à l'étal de paix ou bien à les joindre à l'armée prussienne pour combattre l'ennemi commun. Faute de le faire, ces États auront à subir les conséquences de leur attitude hostile.

En effet, dès la veille de l'envoi de cette circulaire, le 15 juin, le cabinet de Berlin avait adressé des sommations à peu près identiques aux gouvernements de la Saxe, de la Hesse- Cassel et du Hanovre. Il y déclarait que le vote de ces gouvernements en faveur de la proposition autrichienne de mobilisation constituait à l'égard de la Prusse un acte d'hostilité que la situation géographique de ces trois États ne lui permettait pas d'accepter. Le cabinet de Berlin demande donc qu'ils ramènent leurs troupes au pied de paix, qu'ils consentent à la réunion d'un parlement allemand et ordonnent les élections à la suite de la Prusse: à ces conditions, la Prusse leur garantit leurs territoires et leurs droits de souveraineté dans la mesure prévue dans le projet de réforme fédérale du 14 juin. S'ils refusent de conclure une alliance sur les bases indiquées, la Prusse les considérera comme étant en état de guerre vis-à-

vis d'elle et les traitera en conséquence. Un délai de vingtquatre heures leur est laissé pour répondre.

Le lendemain 16, les trois gouvernements envoyèrent leurs réponses déclinaloires. Le cabinet de Dresde déclarait que la Confédération était indissoluble et que le vote du 14 avait été émis dans les conditions légales ; qu'il était disposé à concourir à la réunion d'un parlement, mais pour l'Allemagne tout entière, la fixation des élections devant être réservée à Tentente de tous les gouvernements. Dans le cas où la Prusse, par suite de cette réponse^ considérerait la Saxe comme étant en état de guerre vis-à-vis d'elle, il ne resterait au gouvernement saxon qu'à protester contre ce procédé et à invoquer le secours de la Confédération. Le gouvernement hessois répondait dans le même sens.

Quant au Hanovre, la sommation qui lui fut adressée était en quelque sorte le complément de négociations antérieures. Le roi Georges, appréciant ce qu'il y avait de dangereux dans la situation géographique de son pays, connaissant d'ailleurs les visées de la politique prussienne en ce qui concernait la consolidation de son territoire disloqué, s'était toujours tenu sur la réserve et avait pris une position intermédiaire entre l'Autriche et la Prusse. Il n'était partisan ni de l'une ni de l'autre, se défiant de toutes les deux. A l'approche du conflit entre les deux grandes puissances, le cabinet de Berlin avait com^ mençé à négocier. Il n'avait pas voulu permettre au Hanovre de garder une neutralité armée etavait exigé un traité de neutralité absolue. Le roi Georges s'élant montré disposé à traiter sur cette base, le cabinet de Berlin formula une nouvelle demande : le Hanovre ayant voté à la diète avec l'Autriche, il faudrait à la Prusse un traité d'alliance formelle comme garantie de l'at-

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titude future du Hanovre. Le cabinet de Berlin ne cachait pas au roi Georges que, s'il refusait, il pouvait devenir la victime de la guerre qui s'annonçait. On était à la fin de mai. Le cabinet de Vienne, à cette époque, faisait des démarches analogues en vue de retenir le Hanovre dans l'orbite de la politique autrichienne. Le roi Georges refusait de s'engager dans n'importe quel sens : il se retranchait derrière le pacte fédéral, auquel il voulait rester strictement fidèle. Aussi se conduisit-il jusqu'au dernier moment d'une façon correcte, presque amicale, envers les deux puissantes rivales. Lors de l'explosion du conflit entre les Autrichiens et les Prussiens dans les Duchés, il accorda le passage à travers son pays aux troupes de l'une comme à celles de Tautre, et, plus tard, aux troupes prussiennes, le jour même où il reçut la sommation dont il est question plus haut. On se rappellera, d'après ce qui a été dit sur les négociations entre la Prusse et 1 Italie, que le cabinet de Berlin avait prévu le cas de guerre à propos de la réforme fédérale ; la proposition de mobilisation, présentée par l'Autriche à la diète, fournissait ce prétexte de guerre que le cabinet de Berlin était résolu à ne pas laisser échapper. Par suite il avait décidé que les gouvernements qui voteraient le 14 en faveur de l'Autriche seraient traités en ennemis. Le Hanovre était ainsi désigné d'avance à Toccupation prussienne, nonpouravoir fait des armements, mais pour avoir repoussé l'alliance prussienne. En effet le Hanovre n'avait pas armé. Le roi Guillaume a constaté lui-même ce fait dans les instructions qu'il envoya le 13 juin au général prussien chargé d'occuper ce pays. Le Hanovre, disait-il, s'il volait le 1 4 pour l'Autriche, serait traité en ennemi, et les troupes prussiennes devaient y opérer promptement, l'armée hanovrienne n'étant pas mise sur le pied de

guerre et ne comptant que IS^OOO hommes. L*occupation du Hanovre était donc décidée d'avance, et rien ne pouvait sauver le roi Georges, si ce n*est une soumission absolue aux conditions prussiennes. Ce qui rendait sa position plus périlleuse, c'est que les mêmes troupes prussiennes, auxquelles il avait été prié amicalement et à titre de confédéré d'accorder le passage, se trouvaient déjà, ce passage leur ayant été accordé, sur le territoire hanovrien.

Dans le conseil des ministres qui se tint le 13 juin sous la présidence du roi Georges, après de longues délibérations, il fut décidé de décliner les demandes de la Prusse. La réponse hanovrienne exposait, comme Tavait fait la Saxe, que le vote du 14 juin avait été émis conformément au pacte fédéral et qu'il ne pouvait par conséquent constituer un acte d'hostilité envers un autre membre de la Confédéralion, La réforme fédérale, poursuivait la note hanovrienne, est matière ressortissant à la diète et ne saurait être l'objet d'arrangements particuliers. Quant à Talliance avec la Prusse, le cabinet hanovrien déclarait que le projet de réforme prussien du 14 juin équivalait à la médiatisation du Hanovre et ne pouvait être considéré comme offrant des garanties pour les droits de souveraineté du roi Georges.

Telles furent les réponses à la triple sommation prussienne. Par suite, le 16, les corps d'armée prussiens, concentrés sur les frontières, entrèrent sur le territoire des trois États, u afin » d'empêcher », disait la feuille officielle de Berlin, « qu'on » nous attaque sur nos derrières, pendant que nous nous dé* » fendrons contre T Au triche ».

Le cabinet de Berlin n'avait pas encore officiellement déclaré la guerre à l'Autriche, lorsque la guerre avait com-

mencé de fait par l'expulsion des Autrichiens des Duchés. Aussi, le 17 juin, Tempereur François-Joseph adressa-L-il à son peuple un manifeste pour le préparer à Touverture des hoslililés. Deux armées alliées, disait-il, se tiennent sur les frontières du sud et du nord de Fempire, avec l'intention d'ébranler la puissance de l'Autriche en Europe. L'une d'elles convoite certaines parties de l'empire et profite du moment favorable pour réaliser ce dessein. Quant à la Prusse, l'empereur s'était allié à elle pour garantir des droits menacés ; il avait contracté cette alliance sans intérêt personnel, et dans le traité de paix il n'avait stipulé aucun avantage pour lui. Si la Prusse avait montré le même désintéressement, la guerre acluelle n'aurait jamais surgi. Au contraire, la Prusse voulait substituer la force au droit ; le droit de l'Autriche était un obstacle à Tambition de la Prusse. En dernier lieu, les actes de violence commis dans les Duchés avaient forcé les troupes autrichiennes à se retirer devant des forces supérieures en nombre : c'est ainsi qu'était devenue inévitable la guerre d'Allemands à Allemands, guerre provoquée par les adversaires dans un but d'agrandissement.

Le roi Guillaume, de son côté, lançait, le 18 juin, deux manifestes. DansTun, adressé au peuple prussien, le roi accusait l'Autriche de s'être trop souvenue de son ancienne position comme puissance impériale en Allemagne et d'avoir refusé à la Prusse le rang auquel elle avait droit. Il rappelait les souvenirs du soulèvement national prussien de 1813 ; son peuple, disait-il, se montrera digne de ses ancêtres. Il ajoutait qu'il avait bien prévu la lutte qui allait s'engager et que, dans cette prévision il avait réorganisé et renforcé l'armée. Il rejetait la responsabilité de la guerre sur l'Autriche, qui

avait repoussé le congrès, et il terminait son manifesle par la promesse que, s'il sortait victorieux de la guerre, il établirait Funité deTÂIlemagne sur des bases nouvelles.

L'autre manifeste du roi s'adressait à la nation allemande : le langage en était curieux dans la bouche d'un souverain, naguère fermement attaché aux principes de la Sainte-Alliance. Il accusait la Confédération germanique d'avoir représenté pendant un demi-siècle non pas Tunité, mais le déchirement de TAUemagne : accusation formulée autrefois par tout le libéralisme allemand et qui avait valu à ses auteurs de la part des tribunaux prussiens de longues années de prison. Le manifeste royal invoque le vote du 14 juin comme la cause de la guerre : la Prusse combat pour son indépendance en même temps que pour le développement national de toute rAllemagne. La proposition prussienne d'une alliance nouvelle ayant été rejetée, la Prusse se voit obligée de tirer Tépée,ne pouvant tolérer sur ses frontières ni ennemis ni amis douteux. « Les troupes prussiennes », déclarait le roi en passant la frontière, « ne viennent pas en ennemis des populo lations, dont la Prusse respecte l'indépendance et avec les » représentants desquelles elle espère délibérer dans le par- » lemenl national sur les destinées de la patrie allemande. » Cette dernière assurance, relative à l'indépendance des populations, devait promptement être effacée parles événements de la guerre.

Des forces formidables furent en présence pendant cette courte guerre de 1866. La Prusse entrait en campagne avec 293,000 hommes. L'armée autrichienne du nord, renforcée par celle du roi de Saxe, comptait 276,000 hommes ; l'armée autrichienne du sud, faisant face à l'armée italienne, s'élevait à

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60,000 hommes. Les forces des États allemands alliés de FAu- Iriche, c'est-à-dire celles de la Bavière et des petits États du sud ainsi que des deux Hesses, se montaient à 80,000 hommes. L'armée du roi de Hanovre comptait 20,000 hommes. Enfin les forces italiennes s'élevaient au chiffre de 90,000 hommes. C'est donc à un total de 850,000 hommes que se chiffraient les troupes engagées, au début, dans cette guerre.

Le roi Guillaume avait pris le commandement de toutes ses armées ; son état-major général avait pour chef le général de Mollke, auteur principal du plan de campagne. On voulait, conformément à ce qui avait été annoncé, rendre impuissants la Saxe, la Hesse et le Hanovre, avant d'attaquer TAutriche. Du 16 au 18 juin, les troupes prussiennes avaient, sans rencontrer de résistance, occupé Dresde, Cassel et Hanovre.

Le roi de Saxe, avant Tentrée des Prussiens, s'était retiré de sa capitale avec son armée, qui alla joindre Tarmée autrichienne de Bohème.

L'Électeur de Hesse-Cassel avait attendu l'arrivée des troupes prussiennes, après avoir éloigné ses propres troupes, dont les sentiments étaient assez sympathiques à la Prusse et qu'on avait réussi à soustraire au contact des soldats du roi Guillaume. La masse de la population hessoise, c'est un fait certain, s'était depuis longtemps détournée de son souverain, qui pratiquait un régime antilibéral, arbitraire et tracassier. Proche parent du roi Guillaume, l'Électeur avait cru pouvoir, en tout cas, sauver sa couronne. Il devait se tromper. S'étant d'abord retiré au château de Wilhelmshoehe, il y reçut une nouvelle sommation d'accepter les conditions d'alliance de la Prusse. Sur son refus réitéré, il fut arrêté le

23 juin et emmené sous escorte à Stettin, où il fut gardé prisonnier jusqu'à la fin de la guerre. L'administration du pays fut en môme temps placée sous les ordres d'un commissaire du roi de Prusse.

Au Hanovre, la résistance fut également nulle. La petite armée du roi, très bien organisée et fidèle à son souverain, ne pouvait prétendre livrer combat aux forces écrasantes qui envahissaient le royaume. Elle pouvait, en revanche, devenir un appoint important pour Tarmée bavaroise, et c'est pour opérer cette jonction que le roi Georges, après avoir quitté sa capitale, se rendit à Gœltingue, où, en attendant d'y concentrer ses forces, il adressa ânx puissances européennes une protestation contre les actes de violence de la Prusse. Le 21, à la tête de son armée, il quitta Gœttingue et se dirigea vers le sud pour aller, à travers les territoires du grand-duc de Weimar et du duc de Cobourg-Gotha, rejoindre Tarmée bavaroise. Cette marche, mal dirigée, fut encore contrariée par des négociations, qui permettaient au corps d'armée prussien du Hanovre de fermer peu à peu les passages aux troupes du roi Georges. Le duc de Saxe-Cobourg-Gotha notamment, en se faisant Tintermédiaire de négociations entre les deux rois et en amenant les Hanovriens à suspendre les hostilités, fut cause que ces troupes se virent arrêtées dans leur marche entre Gotha et Eisenach par les Prussiens, qui avaient pu profiter de ce court répit pour faire venir leurs renforts. Le 27 juin, les Prussiens attaquèrent l'armée hanovrîenne, de beaucoup supérieure en nombre, à Langensalza, sur le territoire prussien. Après un combat acharné, auquel le roi Georges, bien que complètement aveugle, avait voulu assister, les Prussiens furent repoussés avec de grandes pertes. C'a été dans cette

guerre austro-allemande le seul combat dans lequel les Prus* siens aient subi une défaite. Ce fut, du reste, pour le roi Georges une victoire stérile, les Hanovriens ne pouvant rompre le cercle de fer qui les enserrait. Ils furent forcés, le 29 juin, de capituler à des conditions honorables. Soldats et officiers pouvaient se retirer dans leurs foyers ; le roi Georges, qui avait vaillamment donné de sa personne, ainsi que son fils le Prince Royal, furent laissés libres de choisir leur future résidence. Ils se retirèrent à Vienne.

Tout le nord et presque tout le centre de l'Allemagne appartenaient désormais à Tarmée prussienne, qui, le 22 et le 23 juin, était entrée par trois points sur le territoire autrichien en Bohème. Les combats, qui se succédèrent rapidement, furent tous malheureux pour Tarmée autrichienne. Les Prussiens vainquirent le 26 à Turnau et à Podol, le 27 à Nachod, le 28 à Trautenau et à Skalitz, le 29 à Gitschin. Le . 2 juillet le roi Guillaume arriva lui-même sur le théâtre de la guerre pour diriger les opérations. Après le combat de Gitschin, les Autrichiens avaient été obligés de se retirer sur Kœnigsgraetz. C'est là qu'eut lieu le 3 juillet la bataille décisive, appelée aussi, d'après un village voisin, bataille de Sadowa. Le roi Guillaume commandait en personne, à la tête de 200,000 hommes contre 170,000 Autrichiens. Il s'y exposa personnellement, malgré la viveinquiétude de son entourage militaire, dont personne n'osait faire des représentations au souverain. Il fallut l'intervention du comte de Bismarck, qui avait voulu accompagner le roi et dont l'insistance réussit à l'éloigner d'une position des plus périlleuses. La bataille, qui dura toute la journée, se poursuivit avec des chances diverses jusque vers le soir: c'est grâce au corps d'armée du Prince Royal, qui

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opéra un mouvement habile sur le flanc droit de Tennemi, que la victoire fut décidée en faveur des armes prussiennes.

Plusieurs raisons ont été mises en avant pour expliquer rinfortune militaire de FAuLriche, savoir: Tinfériorité du nombre, de Tarmement de Tinfanterie, de Tinstruction générale du soldat; le manque de cohésion nationale, enfin Tinsuffisance du commandement en chef. Le maréchal Benedek n'avait pas été à la hauteur de sa tâche, c'est incontestable; et, il importe de l'ajouter, cela avait été prévu par le maréchal lui-même, qui jusqu'au dernier moment avait supplié Teiflpereur de le dispenser d'une tâche qu'il sentait être au-dessus de ses moyens. C'est l'opinion populaire qui avait désigné Benedek au choix de l'empereur et le lui avait imposé, pour ainsi dire, par un de ces engouements populaires comme oh en a vu en d'autres pays et qui ne se raisonnent pas. Benedek passait pour être un ennemi de l'aristocratie, et ce prétendu sentiment démocratique du général devait, aux yeux des masses, remplacer le génie et le talent qui font le chef d'armée.

D'un autre côté, les contingents alliés de l'Autriche ne lui furent d'aucun secours, soit que le maréchal Benedek, sous les ordres duquel ils auraient dû combattre, ne sût pas combiner ses plans et ses mouvements avec les chefs de ces divers corps; soit que ces derniers, composés en grande partie de contingents de plusieurs États, manquassent d'une direction d'ensemble; soit encore que leurs commandants en chef fussent eux-mêmes insuffisants ou neutralisés dans leurs efTorts par des considérations d'ordre politique. Du côté des Prussiens, on trouvait ce qui manquait à leurs adversaires : un commandement en chef parfaitement concentré et uni ; un armement perfectionné ; la supériorité du nombre ; une armée,

dressée de longue main pour la guerre chez le voisin ; enfin Tunité de race, qui est une grande force du patriotisme appelé aux sacrifices de toute sorle.

Quoi qu'il en soit, ni Bavarois ni contingents confédérés du sud ne tinrent longtemps la campagne devant les généraux du roi Guillaume. Dans Tespace de quelques semaines les Prussiens furent maîtres de toute TAllemagne jusqu'au Mein.

Les succès de Tarmée prussienne en Allemagne, couronnés par la victoire de Sadowa en Autriche, terminèrent virtuellement la tâche militaire de la Prusse. Son alliée du sud avait été moins heureuse.

Le 21 juin, Tarehiduc Albert avait reçu la déclaration de guerre du cabinet de Florence.Différant du maréchal Benedek, qui attendait Tattaque des Prussiens, l'archiduc prit l'offensive et, le 24 juin, défit les Italiens, près de Custozza, dans une bataille qui dura toute la journée. Les Italiens furent contraints de se retirer derrière leMincîo, où les Autrichiens ne pouvaient les poursuivre, en vertu de l'engagement pris au préalable avec l'empereur Napoléon et dont il a été parlé plus haut, engagement qui stipulait les conditions auxquelles ce souverain consentait à rester neutre.

La prompte défaite de l'Autriche, la victoire prussienne de Sadowa produisirent dans toute l'Europe un effet qui était celui de la stupeur. En Aulriche, l'opinion était comme foudroyée : les esprits les plus pessimistes ne s'étaient pas attendus à un semblable anéantissement. La Prusse elle-même paraissait étonnée : dans les plus hautes régions, on n'avait pas espéré un résultat si rapide et si complet. Mais nulle part peut-être le saisissement ne fut plus vif qu'en France,

OÙ public et militaires avaient une médiocre idée de Tarmée prussienne, et où les sympathies générales étaient du côté de rAutriche.

L'empereur, qui avait conseillé à l'Italie Talliance avec la Prusse, dans la persuasion que TAutriche et la Prusse étaient de force égale, que la guerre serait longue et entraînerait à sa suite l'arbitrage de la France, était déçu dans tous ses calculs. Les déceptions, d'ailleurs, avaient déjà commencé pour lui — nous l'avons exposé plus haut — avant l'explosion de la guerre, lorsqu'il avait vu le roi Guillaume si fermement opposé à acheter la neutralité de la France au prix d'une cession de territoire prussien ou allemand. N'ayant pu faire rompre, au dernier moment, par l'Italie le traité de Berlin du 8 avril, le congrès ayant échoué, la guerre étant devenue inévitable, il fallait prendre position. C'est ce que fil l'empereur en signant le 12 juin avec l'Autriche le traité dont nous avons indiqué les principales dispositions. L'Autriche, par ce traité, avait donné beaucoup pour n'obtenir qu'une promesse de neutralité. La Prusse sans doute n avait pas obtenu le même engagement; cependant, mieux partagée que sa rivale, elle avait reçu un encouragement et presque un blanc seing par la lettre de l'empereur du 11 juin à M. Drouyn de Lhuys.

Le roi, on le conçoit, dut respirer le lendemain de Sadowa, en songeant aux négociations antérieures avec la cour des Tuileries: celle-ci, déboutée de ses demandes alors que sa neutralité était nécessaire, pouvait-elle les renouveler avec de meilleures chances lorsque Tépée avait décidé en faveur de la Prusse ? Elle les renouvela cependant, comme on va le voir par les négociations qui suivent, où l'on trouve en présence le roi Guillaume, désireux d'agrandir son royaume, et l'empe-

reur Napoléon, attendant des compensations territoriales en échange de la sanction qu'il donnerait aux agrandissements de la Prusse.

Ces agrandissements, but constant du roi, lui tenaient plus que jamais à cœur à la suite de ses victoires militaires. Le désir augmentait naturellement avec les succès et en raison de l'importance de ces succès, qui n'avaient pas tardé d'ailleurs à opérer un prompt revirement dans l'esprit public en Prusse. Ceux qui avaient le plus crié contre la guerre « fratricide » avec l'Autriche, étaient les plus passionnés à demander des agrandissements au détriment des vaincus. Le roi, en poursuivant la réalisation de ses ardents désirs personnels, pouvait donc en même temps invoquer la pression qu'exerçait sur lui le sentiment populaire. Par des documents authentiques on a appris que ce fut là, au lendemain de Sadowa, la préoccupation capitale du roi. Il préférerait abdiquer, disait-il, plutôt que de revenir à Berlin sans rapporter de grands avantages territoriaux; la réforme fédérale ne venait chez lui qu'en second lieu. Pendant un moment, oîi il semblait rencontrer, à Paris, de grands obstacles à la réalisation de ses desseins, il avait songé môme à faire venir au quartier général le Prince Royal pour lui remettre les rênes du pouvoir. La gloire militaire, pensait-il, ferait oublier aux Prussiens l'unité allemande. Ses exigences ne portaient pas seulement sur le Hanovre, la Hesse, Nassau, les Duchés de TElbe ; il voulait toute la Saxe et môme une partie de la Bavière du nord.

Le comte de Bismarck lui-même s'attachait à modérer les désirs du roi, qui étaient aussi ceux de son entourage militaire. « Gela va bien pour nous, » écrivait, quelques jours après Sadov^a, le ministre à sa femme ; « si nous ne sommes

» pas excessifs dans nos prétentions, si nous ne croyons pas » avoir conquis le monde, nous obtiendrons certainenaent » une paix qui en vaudra la peine. Mais nous sommes aussi » vite enivrés que découragés, et j'ai la tâche ingrate de met- » tre de l'eau dans le vin qui mousse et de faire valoir que » nous ne vivons pas seuls en Europe et que nous avons trois » voisins. »

Le ministre prussien, en écrivant ainsi, pensait aux pourparlers antérieurs. En eÉTet, avant et pendant la guerre, après Sadowa même, M. de Bismarck et l'ambassadeur de Prusse à Paris, le comte de Gollz, n'avaient parlé que de faibles annexions en vue de souder les deux moitiés séparées de la monarchie prussienne. On s'était montré modeste pour ne pas stimuler les exigences de la France, le roi ayant d'ailleurs repoussé la moindre cession de territoire allemand et M. de Bismarck, en raison de cette résistance, ayant suggéré au gouvemenaent impérial l'idée de se dédommager, bien entendu à ses risques et périls, hors de l'Allemagne, par des territoires où l'on parlait français, c'est-à-dire la Suisse française, le Luxembourg, la Belgique. Ces suggestions, de prime abord, n'avaient pas été accueillies à Paris.

Ce fut en présence de ces rapports tant soit peu délicats de la France et de la Prusse que, le lendemain de la bataille de Sadowa, le 4 juillet, l'empereur d'Autriche s'adressa à l'empereur Napoléon, pour lui ofifrir la Vénétie, à la condition de s'interposer en vue d'obtenir un armistice pendant lequel on négocierait la paix. Le dessein du cabinet de Vienne était de permettre à son armée du sud de venir renforcer celle du nord pour continuer la guerre contre la Prusse avec plus de chance de succès, dans le cas où les conditions du

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vainqueur de Sadowa seraient trop dures. L'empereur Napoléon accepta la Yénétie, en proposant, en même temps que l'annislice, la médiation delà France. L'Italie et la Prusse refusèrent l'armistice, mais acceptèrent, parce qu'elles n'osèrent faire autrement, l'offre de médiation. La position de l'empereur Napoléon se trouvait ainsi améliorée, en ce sens qu'elle relevait son prestige. D'autre part, celui qui comptait tirer parti pour lui-même des avantages que la guerre allait rapporter à la Prusse, n'était peut-être pas placé dans la meilleure situation pour exercer le rôle de médiateur.

Si le roi Guillaume déclarait être obligé de compter avec le sentiment de son peuple, l'empereur Napoléon, de son côté, se trouvait également en présence d'une opinion publique irritée et surexcitée. Curieux spectacle que celui de la France à ce moment 1 Depuis Richelieu, la maison d'Autriche avait été l'objectif de toutes les hostilités françaises. Si quelque chose avait pu rendre populaire la politique italienne de l'empereur, c'était qu'elle comportait l'amoindrissement et l'affaiblissement de l'Autriche. Les voix dissonnantes, montrant les dangers de l'unité italienne en tant qu'entratnant l'unité allemande, s'étaient perdues au milieu de l'enthousiasme qui avait accompagné en 1859 l'Empereur dans la campagne d'Italie et des sympathies en faveur de ce jeune royaume qui s'édifiait sur les ruines de la domination autrichienne. La bataille de Sadowa retourna d'un seul coup l'opinion : on ressentait la défaite de l'Autriche comme si la France avait été la victime, et la victoire de la Prusse comme une grave atteinte à la puissance de la France. A ce sentiment se mêlait celui du blâme, contre l'Empereur, qui avait conseillé et encouragé l'alliance de l'Italie et de la Prusse. On voulait maintenant que la France

ne laissât pas, sans obtenir pour elle-môme des compendations, la Prusse récolter les bénéfices de sa guerre.

L'Empereur se trouvait ainsi dans une situation des plus difficiles. II était le premier à partager le désir populaire relativement aux compensations. Malheureusement ses idées souvent manifestées et la politique extérieure de tout son règne lui créaient une position très fausse vis-à-vis de la Prusse. A quel titre aurait-il demandé la cession de territoires allemands? Au nom du principe des nationalités? Les habitants de ces territoires voulaient rester Allemands, comme ceux de la Lombardo-Vénétie avaient voulu devenir Italiens. Au nom de Téquilibre européen, que les conquêtes de la Prusse déplaçaient? Il venait, à Auxerre, de maudire les traités qui avaient établi cet équilibre. A défaut de ces deux principes, il ne restait plus que le droit de la force : il fallait pouvoir, au besoin, se mesurer avec la Prusse et lui enlever par les armes ce que le roi Guillaume lui refusait par la voie pacifique.

Celait là ridée de plusieurs des conseillers de TEmpereur, qui pensaient que Tintérèt de la dynastie et de la France exigeaient l'adoption d'unepoli tique énergique: tel était surtout Tavis de M. Drouyn de Lhuys, ministre des aflaires étrangères. Il proposait d*appuyer la médiation française par une démonstration militaire .surles frontières de TEst, laquelle, suivant lui, ne manquerait pas de rendre la Prusse plus souple à Tégard des demandes de la France, attendu qu*à ce moment tout le pays prussien entre la Moselle et Berlin était presque entièrement dégarni de troupes. A cet effet les chambres devaient être convoquées sur l'heure pour voler les crédits nécessaires. Cet avis, adopté en conseil sous la présidence de TEmpereur, fut combattui à la dernière heure, par d'autres conseillers^ atta'-

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chés à la cause italienne, qu'ils craignaient de compromettre par une politique de rapprochement avec rAutriche, Ces mêmes personnes croyaient aussi que TEmpereur obtiendrait de la générosité du cabinet et Berlin, reconnaissant de la neutralité française, les avantages auxquels la France pouvait prétendre en présence des agrandissements de la Prusse. Leur opinion remporta auprès de TEmpereur, qui, gravement malade à cette époque, écoulait plus volontiers des conseils lui permettant de ne pas agir et, au surplus, flattant davantage ses dispositions sentimentales. C'est donc sous Tinfluence de ces suggestions pacifiques que le gouvernement impérial entama ses négociations de médiateur avec le roi Guillaume.

Au quartier général prussien, on était médiocrement satisfait de cette intervention de la France. Le roi craignait de perdre ou de voir amoindrir le fruit de ses efforts de longues années. L'Autriche, abandonnant la Vénétie, se montrerait moins souple du côté de la Prusse. L'Empereur Napoléon demanderait des compensations ou mettrait des entraves aux annexions prussiennes. La Prusse avait aussi des engagements envers l'Italie, difficiles à éluder, bien qu'à Berlin on crût avoir à se plaindre de cette alliée, qui n'avait pas répondu à tout ce qu'on attendait d'elle. 11 n'avait pas été conclu de convention militaire avec l'Italie ; le roi Guillaume, disait-on, s'y était opposé, pour se borner à combiner l'action militaire des Italiens avec celle des armées prussiennes. Malgré cette réserve, Tétat-major, prussien, nous l'avons dit plus haut, avait voulu exercer une influence déterminante sur les opérations de l'armée italienne, lui indiquer les routes à prendre et les points à attaquer, lui adjoindre comme auxiliaires les révoltés éventuels de Croatie et de Hongrie. Le général La Marmora avait décliné ces conseils

et ces propositions, pour des raisons que nous avons exposées.

On comprend d'ailleurs que Tltalie n'eût pas les mêmes raisons que son alliée de Berlin de faire à TAutriche une guerre à outrance. La Prusse, pour rester définitivement maîtresse exclusive en Allemagne, avait besoin de réduire TAutriche à l'impuissance; par contre, ritalie, grâce à Tappui de la France et aux engagements contractés envers celle-ci par l'Autriche, était assurée d'avance d'obtenir la Vénélie, seul objectif de sa politique. Yoilà pourquoi le gouvernement italien se bornait à faire opérer son armée contre celle de l'Autriche du sud et, en retenant cette dernière, àfacililer les opérations de l'armée prussienne en Bohême. Même, dans ces conditions, ritalie avait rendu un signalé service au roi de Prusse, qui était obligé de s'en souvenir lors de l'ouverture des négociations avec le médiateur français. Il repoussa, d'accord avec le roi Victor Emmanuel, l'armistice, mais consentit à une trêve de quelques jours pour arrêter les préliminaires de la paix.

L'empereur François-Joseph était bien disposé à écouter les conseils pacifiques. Sa grande armée du nord était vaincue, ses alliés de l'Allemagne du su 1 l'avaient mollement secouru, la population allemande de ses provinces héréditaires, et principalement celle de la capitale, demandaient la paix en présence des troupes prussiennes qui campaient aux portes de Vienne. Néanmoins François-Joseph était décidé h continuer la guerre à outrance plutôt que de céder à la Prusse une portion quelconque de son territoire; de même, il considérait comme une dette d'honneur envers le roi Jean de ne pas sacrifier la Saxe. A ces conditions il était prêt à abandonner l'Allemagne à la suprématie prussienne.

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L*état-major prussien et le roi lui-môme auraient voulu entrer à Vienne et dicter la paix à l'empereur d'Autriche dans sa capitale ; de plus, ils redoutaient les demandes que le médiateur français viendrait probablement formuler comme indemnité des services rendus. D'autre part, il eût été difficile, pendant que la guerre durait encore, de décliner la médiation de la France, devenue en quelque sorte l'amie de l'Autriche, qui avait demandé celte médiation. On cherchait à louvoyer à BrQnn, capitale de la Moravie, où le roi avait établi son quartier général le 12 juillet. L'ambassadeur de France à Berlin, M. Benedetti, y avait été envoyé par l'Empereur pour conduire les négociations. Les propositions françaises étaient conformes à celles qui avaient été agréées d'avance par le cabinet de Vienne. Le roi ne les trouvait pas suffisantes : il y manquait, disait-il, les stipulations concernant les agrandissements nécessaires à la Prusse.

Dans cet état de choses, le cabinet prussien essaya de négocier directement avec TAutriche. M. de Bismarck gagna à cette idée quelques notabilités de Brtinn, entre autres le bourgmestre de cette ville, M. Giskra, Autrichien-allemand qui avait joué un certain rôle dans les parlements de Francfort et de Vienne. Ces personnages, munis de passeports prussiens, se rendirent aussitôt à Vienne, porteurs de propositions pour un arrangement direct entre les deux belligérants. La Prusse demandait à être maîtresse absolue dans le nord de l'Allemagne jusqu'au Mein; l'Autriche pourrait se lier aux États du sud par des traités réciproques ; la Prusse renoncerait à l'indemnité de guerre. La médiation française provoquée par l'Autriche, — disait M. de Bismarck — serait plus onéreuse pour celle-ci en ce sens que, si la France réclamait pour elle-même quelques

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avantages, la Prusse serait obligée, en déférant à cette de* mande, de s'indemniser sur le territoire autrichien.

Le cabinet de Vienne n'agréa pas ces prospositions ; fortement engagé avec le cabinet français par la démarche de l'empereur François-Joseph, il se défiait peut-être d'une mansuétude dont les mouvements de l'armée italienne, devenus libres pendant qu'on négociait à Vienne, pouvaient détruire les effets. On s'en tenait donc à la médiation française, en vue de laquelle M. Benedetti fut aussitôt envoyé à Vienne. La principale difficulté consistait dans la question des agrandissements territoriaux demandés par le roi Guillaume. Comme au congrès de Vienne de 18iS, ce fut encore le royaume de Saxe sur lequel s'appesanlit tout particulièrement la main de la Prusse. Dès le 6 juillet, trois jours après la défaite de Sadowa, le roi Jean, réfugié à Vienne, avait envoyé à l'empereur Napoléon le message suivant : « Sire, j'ai la confiance que je trouverai en » Votre Majesté un arbitre bienveillant et un protecteur de ma » couronne. Ce que vous avez déjà fait pour moi enchaîne ma » reconnaissance et je ne l'oublierai jamais ».

Il fallait en effet les efforts de l'empereur Napoléon et surtout la volonté formellement exprimée de l'empereur François Joseph pour sauver le roi de Saxe du sort réservé à d'autres souverains allemands. On tomba plus facilement d'accord sur les autres conditions, et les préliminaires de paix furent libellés dans une convention signée le 26 juillet à Nikolsbourg, en Moravie, où le roi Guillaume avait transporté son quartier général dès le 18 juillet. L'ambassadeur de France, n'ayant pas été autorisé par son gouvernement à asssister aux négociations des deux belligérants, n'avait pas à signer un acte auquel son gouvernement n'était intervenu que par ses conseils.

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Par la convention de Nikolsbourg, l'Autriche obtenait la garantie de son état territorial, sauf laVénétie cédée à Tempereur des Français, qui la rétrocédait à Tllalie. L'Autriche acceptait la dissolution de la Confédération germanique et reconnaissait les nouvelles organisations que la Prusse se proposait d'établir au nord du Mein^ ainsi que la formation d'une union des États du sud entre-eux et d'une union nationale avec la future Confédération du Nord ; elle cédait à la Prusse tous ses droits sur les Duchés de TElbe avec la réserve que les populations des districts septentrionaux du Slesvig seraient appelées à se prononcer si elles voulaient ou non rester unies à la monarchie danoise. L'Autriche reconnaissait encore les changements territoriaux que la Prusse opérerait dans l'Allemagne du nord ; enfin elle payait une indemnité de guerre de quarante millions de Ihalers. La Prusse, de son côté, s'engageait à laisser subsister le royaume de Saxe, dans son intégrité actuelle. Le cabinet de Florence n'accéda à la convention que le 10 août, après de longs pourparlers au sujet du Tyrol italien, dont l'Autriche demandait absolument l'évacuation. Le gouvernement italien finit par céder, faute d'appui par la Prusse, qui avait déclaré n'être engagée que pour laVénétie.

La médiation ne rapporta à l'empereur Napoléon aucun avantage matériel. Les pourparlers entre le quartier général prussien et Paris n'avaientpas discontinué pendant les négociations de Nikolsbourg. Les partisans de la Prusse, dans les conseils de l'empereur Napoléon, furent puissament secondés dans leurs efforts par l'ambassadeur du roi Guillaume, le comte de Gollz. Celui-ci, le 19 juillet, expoia à M. Drouyn de Lhuys qull s'agissait d'un agrandissement ne comprenant que trois cent mille habitants, et de la réforme fédérale avec l'exclusion de

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rAulrîche. M. Drouyn de Lhuys avait déclaré à l'ambassadeur que le gouvernement français y consentirait, tout en réservant la sanction de TEurope et en demandant une compensation sur la rive gauche du Rhin. M. de Goltz ayant répliqué que le roi Guillaume se refusait à toute compensation territoriale, le mi* nistre français rompit Fentretien, se réservant d'en référer à TEmpereur. L'ambassadeur qui connaissait les dispositions de son maître, fit en sorte de voir TEmpereur avant son ministre et obtint de lui la reconnaissance sans condition des agrandissements projetés par la Prusse, lesquels portaient sur plus de quatre millions d'habitants. La question des compensations devait être réservée à des négociations ultérieures. Le comte de Goltz s'empressa de télégraphier ce grand succès au roi, dont la volonté opiniâtre l'avait cette fois emporté sur les prétentions plus modérées de M. de Bismarck. L'assentiment de l'empereur Napoléon accéléra la conclusion des préliminaires de Nikolsbourg. La France ayant lâché pied, le cabinet de Vienne n'avait plus qu'à subir les conditions du vainqueur.

Une certaine opposition de la part de la Russie contrariait encore les projets du roi Guillaume. Peu avant la signature des préliminaires de Nikolsbourg, le cabinet de Saint Pétersbourg, revenant à l'idée du congrès, avait déclaré à Berlin que la Russie ne reconnaîtrait les changements politiques et territoriaux en Allemagne qu autant qu'ils seraient soumis au préalable à une conférence internationale. En effet le cabinet russe avait suggéré cette idée à Londres et à Paris; bien accueillie par l'Angleterre, elle fut repoussée par l'empereur Napoléon, qui prétextait son rôle de médiateur et tenait à obliger la Prusse. D'ailleurs le roi Guillaume repoussait le congrès comme se produisant le lendemain de la guerre, et réclamait le

droit de traiter avec les États vaincus sans rinterventioD de personne.

Il nous reste encore à dire quelques mots sur les événements de la guerre dans le reste de TAlIemagne. Les Prussiens, après la capitulation de l'armée hanovrienne, ne rencontrèrent plus qu'une faible résistance de la part des divers corps fédéraux. Ils entrèrent le 16 juillet à Francfort, le 18 à Darmstadt et à Wiesbaden, le !•' août à Heidelberg: ils étaient ainsi maîtres du sud-ouest de TAllemagne. A la suite de rAulriche, les États du sud s'empressèrent de traiter. Des conventions furent conclues avec la Bavière, Bade, Wurtemberg, Hesse- Darmstadt, et les gouvernements respectifs furent invités à envoyer à Berlin des plénipotentiaires pour traiter de la paix. N'étaient pas compris dans ces négociations le Hanovre, Nassau, la Hesse-Cassel et la Ville libre de Francfort : ils étaient destinés à devenir des provinces prussiennes.

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