CHAPITRE NEUVIÈME
FIN DU CONFLIT CONSTITUTIONNEL. — LES TRAITÉS DE PAIX AVEC l'aUTRICHE et les ÉTATS DU SUD. — LES ANNEXIONS. — CONS- TITUTION DE LA CONFÉDÉRATION DU NORD.
Retour du roi à Berlin. — Revirement subit de l'opinion. — La nouvelle chambre approuve la politique du roi. — Traités de paix avec les États du Sud. — Traité de Prague. — Les agrandissements de la Prusse.
— Droit monarchique et droit de conquête. — L'annexion du Hanovre.
— Le parti libéral devient ministériel, — Le roi ne regrette aucun de ses actes passés. — Entrée triomphale des troupes à Berlin. — Le prince d'Augustenbourg déchu de tous ses droits. — Arrangements financiers avec les princes dépossédés. — Le pacte de la Confédération du Nord. — La constitution fédérale. — Le parlement du Nord.
— Contingent militaire et budget de Tarmée fédérale.
Le 31 juillet, le roi Guillaume quitta Nikolsbourg et rentra le 4 aoûl à Berlin, où il trouva les esprits singulièrement changés. Le corps municipal, naguère si hostile à la guerre, vint féliciter le roi de ses succès étonnants, en se réjouissant de ce que Tarmée prussienne avait délivré TAIlemagne des entraves qu'avaient créées h son développement « les intérêts dynastiques de r Autriche ». Quelle satisfaction ne dut pas éprouver le monarque en entendant glorifier ainsi une guerre par ceux-là mêmes qui avaient tout fait pour Tempôcher! En prenant acte de ces remerctmenls, il fit observer que « rarement la grâce » divine n'avait accompagné si visiblement une entreprise ha-
» sardeuse ». D'autres satisfactions plus éclatantes encore Tattendaienl.
Le 3 juillet, le jour même de la victoire de Sadowa, des élections générales avaient eu lieu en Prusse. Comment, sous le coup de ce grand événement, les électeurs libéraux auraientils tenu plus longtemps rigueur au gouvernement qui avait accompli de si grandes choses contre le gré de Topposition ? Aussi le résultat des élections fut-il favorable au gouvernement: d'une part, le nombre des conservateurs élus fut plus grand; d'autre part, les députés libéraux réélus revinrent à Berlin avec des sentiments bien diSërenls.
Le 5 août le roi ouvrit en personne — pour la première fois depuis trois ans — la session des chambres. Dans son discours il constata les grands succès de son armée, qui avaient détourné de la Prusse les dangers d'une agression et aplani la voie au développement naturel de l'Allemagne . Il s'agissait maintenant de faire mûrir les fruits de toutes ces victoires, par un accord étroit entre le gouvernement etlareprésentation nationale. L'état des finances était bon ; mais la fixation du budget manquait de base légale, des circonstances de force majeure ayant obligé le gouvernement à établir le budget sans l'assentiment des deux chambres. Le roi exprimait l'espoir qu'eu égard aux événements récents, les chambres donneraient au gouvernement l'assentiment qu'on leur demanderait pour les dépenses faites et que le conflit serait ainsi terminé à tout jamais. Le roi ajoutait qu'en raison de l'agrandissement de la Prusse et de la création future d'une armée fédérale, les charges militaires des populations se trouveraient allégées.
L'ancienne opposition prit, dès le début, une attitude qui dénotait, pour ainsi dire, son repentir. Son principal orateur.
M. Grabow, en vue de facililer la réconciliation, déclina le fauteuil présidentiel. Les journaux libéraux déclarèrent que le différend au sujet de la réorganisation de l'armée n'avait reposé que sur un malentendu, qui était désormais dissipé.
A ce moment aussi s'achevèrent les négociations et se signèrent à Berlin les traités de paix avec les États allemands qui avaient été en guerre avec la Prusse : ces divers actes devaient précéder le traité de paix déflnitif avec TAutriche.
Les traités furent signés, avec le Wurtemberg le 13 août, avec Bade le 17, avec la Bavière le 22, avec la Hesse-Darmstadt le 3 septembre, avec la Saxe le 21 octobre et avec l'Autriche le 23 août. Wurtemberg, Bade et Hesse-Darmstadt s'engageaient à reconnaître les stipulations de la convention de Nikolsbourg relativement à la reconslitution de l'Allemagne. Wurtemberg et Hesse n'obtinrent des conditions relativement douces que grâce aux efforts de la cour parente de Russie ; la Bavière eut dans le gouvernement français un avocat delà dernière heure, qui recommanda la modération au vainqueur. Les indemnités de guerre furent fixées pour le Wurtemberg à 18 millions de florins, pour Bade à 6 millions, pour la Bavière à 30 millions, pour la Hesse-Darmstadt à 3 millions de florins. Ce dernier gouvernement céda à la Prusse l'ancien landgraviat de Hesse-Hombourg et entra, avec son territoire situé au nord du Mein, dans la Confédération du Nord, conformément au projet prussien. L'armée de la Hesse-Darmstadt devenaitun contingent delà future armée delà Confédération du Nord, sous le commandement de la Prusse. C'était un singulier arrangement pour ce petit État que cette existence partagée entre TAUemagne confédérée du Nord, qui l'absorbait militairement et politiquement, et l'Allemagne du Sud, dépourvue de
lout lien fédéral depuis la suppression de l'ancienne Confédération germanique. Dès l'origine, on pouvait prévoir que cette ligne de partage serait un jour le stimulant de l'unification du Nord avec le Sud.
Nous parlerons ici tout de suite du traité avec la Saxe, bien qu'il ne fût conclu que deux mois après les autres traités . C'est que le cabinet de Berlin, qui eut hâte d'en finir avec les États du Sud, était moins pressé en ce qui concernait la Saxe. La convention d'armistice de Nikolsbourg avait stipulé que, sur le désir de l'empereur d'Autriche, le roi de Prusse se déclarait prêt à laisser subsister la Saxe dans ses limites actuelles, mais en se réservant de fixer dans un traité spécial l'indemnité de guerre ainsi que la position de ce royaume dans la future Confédération du Nord. Sur ce dernier point la Saxe était donc entièrement à la merci de son vainqueur ; elle le fut encore davantage, lorsque, seule de tous les belligérants, elle se trouva sans traité de paix avec la Prusse. Le cabinet de Berlin avait fait au roi Jean des conditions tellement dures qu'il pensait en obtenir l'adoucissement, en invoquant les bons offices de l'Autriche et de la France. On prit fort mal la chose à Berlin. Le comte de Bismarck déclara que les arrangements avec la Saxe ne regardaient que la Prusse, et que le roi Guillaume était fatigué des ingérences de l'étranger dans les affaires intérieures de l'Allemagne. On ne rabattit rien des premières conditions ; le roi de Saxe dut accepter le sort qui était fait aux autres princes de la nouvelle Confédération du Nord. L'armée saxonne fut placée sous le commandement supérieure du roi de Prusse. L'indemnité de guerre à payer par la Saxe fut fixée k la somme de 10 millions de tbalers.
Les traités de paix conclus avec la Bavière, le Wurtemberg,
Bade etlaHesse-Darmstâdtnecongtiluaient pas Tœuvre entière delà diplomatie prussienne, au lendemain des victoires de 4866. Le cabinet de Berlin, en se réservant sa liberté d'action au nord du Mein, avait dégagé les Étals du Sud de toutes les obligations qui leur avaient incombé dans Tancienne Confédération, et ces États, devenus libres, pouvaient au besoin contracter de nouvelles alliances avec des puissances étrangères telles que TAulriche et la France. Les craintes d'un retour offensif de la part deTAutriche, les demandes de compensation de la France pouvaient trouver un jour des auxiliaires et des alliés h Munich, à Stuttgart, à Garlsruhe, à Darmstadt. Le cabinet de Berlin crut donc prudent de prendre ses garanties contre de pareilles éventualités. Au moment de conclure la paix avec les États du Sud, il leur représenta le danger qu'ils pourraient courir eux-mêmes dans quelque nouvelle guerre entre les trois grandes puissances, guerre dans laquelle ils pourraient devenir un objet de compensation. C'est pour les préserver contre un tel péril qu'on leur offrait l'appui de la Prusse, qui leur demanderait en échange une alliance défensive et offensive, avec la garantie réciproque de leurs territoires et avec l'obligation en cas de guerre de se prêter secours avec toutes leurs forces militaires, placées en pareille occurrence sous le commandement supérieur du roi de Prusse. Impressionnés par ces suggestions, les quatre États conclurent, le 22 août, avec la Prusse des traités sur les bases indiquées et avec la clause qu'ils resteraient provisoirement secrets. Nous dirons plus loin à quelle occasion ils furent rendus publics.
Le cabinet de Berlin, en même temps qu'il réglait ainsi ses rapports avec les États du Sud, réalisa son projet de Gonfédé-
ration du Nord. Le 18 août, il avait conclu avec tous les gouvernements ayant adhéré au projet de réforme fédérale du 10 juin un traité d'alliance offensive et défensive, établissant entre eux une Confédération avec le concours d'un parlement à élire par le suffrage universel et direct. Toutes les troupes des confédérés devaient être placées sous le commandement en chef du roi de Prusse.
Le lendemain de la conclusion des traités secrets avec les États du Sud, c'est-à-dire le 23 août, fut signé à Prague, pour couronner et consacrer ces divers actes diplomatiques, le traité de paix entre T Autriche et la Prusse, lequel confirmait les dispositions de la convention d'armistice de Nikolsbourg. Par l'article 2, l'empereur d'Autriche adhère à la proposition, faite antérieurement par l'empereur des Français, de rétrocéder la Vénétie à l'Italie. Par l'article 4 l'empereur d'Autriche reconnaît la dissolution de la Confédération germanique et consent à une reconstitution de l'Allemagne sans participation de l'empire d'Autriche; il promet de reconnaître aussi la confédération que le roi de Prusse fondera au Nord de la ligne du Mein et consent que les États situés au sud de cette ligne forment une union ayant une existence internationale indépendante et dont l'union nationale avec la Confédération du Nord reste réservée à leur entente spéciale. L'article 5 stipule la cession de tous les droits de l'empereur d'Autriche sur les Duchés de l'Elbe au profit du roi de Prusse ; les populations du SIesvigdu nord, consultées à ce sujet, seront, si elles le désirent, réunies à la monarchie danoise. L'article 6 consacre l'existence delà Saxe ; en revanche, Tempereur d'Autriche reconnaît tous les arrangements nouveaux que la Prusse prendra dans l'Allemage du Nord, y compris les remaniements
territoriaux. L'indemnité de guerre à payer par TAutriche est fixée à 40 millions de thalers.
Le roi Guillaume sortit ainsi de la guerre de 1866, chef militaire de toute l'Allemagne et souverain réel de l'Allemagne du Nord. A ces avantages considérables il faut ajouter les agrandissements territoriaux obtenus par l'annexion h la monarchie prussienne du royaume de Hanovre, de l'ÉIeclorat de Hesse-Cassel, du duché de Nassau, de la Ville libre de Francfort et des duchés de Slesvig, de Holstein et de Lauenbourg. Le roi Guillaume augmentait ainsi le territoire de ses Etats de plus de 73,000 kilomètres carrés avec 4,000,000 d'hahilanls, et la monarchie prussienne présentait dès lors une superficie de 332,230 kilomètres carrés, avec des côtes magnifiques sur la Baltique et la Mer du Nord et avec 24,000,000 habitants.
La sanction de ces annexions fut demandée aux Chambres prussiennes le 17 août par un message royal : le roi ne parlait pas de l'annexion des Duchés de l'Elbe, consentie déjà par l'Autriche, mais non encore ratifiée à celte époque. Il déclarait que le Hanovre, la Hesse, Nassau et la ville de Francfort, par leur participation à l'attitude hostile de l'ancienne diète germanique, s'étaient mis en état d'hostilité avec la Prusse. Ils avaient repoussé la proposition de neutralité et d'alliance avec elle, pris part à la guerre et en avaient appelé au sort des armes, lequel avait décidé contre eux. La nécessité politique obligeait le roi à ne pas rendre à ces États leur souve* rainelé perdue par suite de la marche victorieuse des armées prussiennes; s'ils conservaient leur indépendance, ce seraient toujours des amis douteux, des obstacles à la politique et à l'action militaire de la Prusse. Le roi a décidé ces annexions, non par désir d'acquérir du territoire, mais en vue de préser*
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ver ses États de nouveaux dangers. 11 n'ignore pas qu'une partie seulement des populations est convaincue de cette nécessité ; il respecte leur fidélité à leurs vieilles dynasties ; mais il espère que leur participation à la nouvelle existence nationale de TAlIemagne et les égards qu'on aura pour leur autonomie locale faciliteront cette transition.
Tels furent les arguments ofQciels mis en avant pour motiver ou justifier la suppression de quatre États indépendants. Le principal, c'est le droit de la guerre et de la conquête, en vertu duquel le vainqueur devient maître des possessions des vaincus. Ce droit pouvait être contesté dans son application à des États confédérés. Le pacte fédéral interdisait la guerre entre les membres de la Confédération et garantissait à chacun rintégrité de son territoire ; la Confédération elle-même était indissoluble. Par conséquent, au point de vue du droit public et international, la Prusse ne pouvait ni conquérir les territoires de ses confédérés, ni dissoudre de son chef la Confédération en vue d'en traiter les membres comme des États étrangers. Mafs dans ces matières le point de vue de droit s'efface le plus souvent devant les considérations politiques et la force matérielle. La vieille Confédération, établissant une égalité complète de droits entre de petits Étals et des puissances de premier ordre, reposait sur une fiction qui ne pouvait durer qu'aussi longtemps que le voudraient bien l'A-utriche et la Prusse, et devait s'évanouir au moindre mouvement de résistance de ces grands États. La politique du roi Guillaume, depuis son avènement, avait précisément tendu à remplacer la fiction par la réalité, à ramener les droits des petits États au niveau de leur puissance effective et à procurer à la Prusse la position prépondérante à la-
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quelle elle prétendait en raison de Tétendue de son territoire, du chiffre de sa population et de son influence sur la politique générale de TEurope. La Prusse avait un territoire déchiqueté, dont les deux grands morceaux étaient séparés par le Hanovre et la Hesse : il était à prévoir qu'au premier choc ces deux États seraient les victimes, destinées à faire cesser une solution de continuité territoriale vivement ressentie par la Prusse. Nassau et Francfort étaient les appoints obligés de ce remaniement. Ces quatre États, ainsi que cela se voit dans la vie de tous les jours, étaient les ennemis instinctifs de la Pru^^se, dans laquelle ils pressentaient toujours la puissance qui devait un jour les absorber. Cette hostilité cependant existait plutôt chez les souverains et les gouvernements que chez les populations. Les sujets du duc de Nassau, comme ceux de l'Électeur de Hesse, étaient en majeure partie gagnés aux idées libérales et démocratiques, qui depuis 1848 avaient cours dans ces deux États. L'Électeur de Hesse, au surplus, pratiquait un régime qui frisait l'absolutisme : c'était sans contredit le prince le plus impopulaire de l'Allemagne. Dans les deux pays le parti libéral, en minorité dans les Chambres, était étroitement lié avec ses coreligionnaires de Prusse et recevait le mot d'ordre de Berlin. On peut dire qu'à l'explosion de la guerre, les deux souverains étaient déjà condamnés par cette opposition libérale, et l'annexion était faite dans les esprits avant l'entrée des troupes prussiennes.
A ces circonstances il faut ajouter, pour bien comprendre les annexions prussiennes de 1866, que le signal de ce mode d*agrandissement avait été donné ailleurs. Le Piémont n'avaît-t-il pas dépossédé des souverains aussi légitimes que les princes allemands et annexé leurs territoires? La France
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n'avait-elle pas annexé, en vertu d'un traité en règle il est vrai, Nice et la Savoie ? Les remaniements de la carte d'Europe flottaient dans l'air. La révolution de 1848, en Allemagne, avait inscrit sur son programme la médiatisation et la suppression des petits princes ; la démocratie allemande voulait une république fédérative et unitaire. Cette idée révolutionnaire avait partout laissé des germes, et la Prusse officielle n'en était pas restée exempte: la guerre dynastique de 1866 réalisait ainsi en partie, mais dans le sens monarchique, les plans de la révolution démocratique.
Toutefois la situation n'était pas dans le Hanovre la même que dans la Hesse et le Nassau. L'aristocratie et la classe des paysans, toutes les deux influentes par leur richesse, y étaient sincèrement attachées à la vieille dynastie. Ni la domination française de 1803 à 1806, ni l'administration de la Prusse, à laquelle Napoléon avait cédé le Hanovre, ni le règne du roi Jérôme, pendant lequel le Hanovre faisait partie du royaume de Westphalie, n'avaient ébranlé les sentiments de loyalisme des Hanovriens. De plus, comme État de second ordre, le Hanovre était assez puissant pour pouvoir vivre de ses propres forces. C'est pourquoi la majorité de ses habitants approuvaient la résistance que le roi Georges, dans Tintérèt de sa dynastie, opposait à la politique prussienne. Par contre, il s'était formé, dans les chambres hanovriennes, un parti libéral, représentant les classes moyennes, se sentant à l'étroit dans la sphère politique d'un petit pays et désireux de jouer un rôle plus considérable sur la vaste scène d'un grand État. Ce parli favorisait de toutes ses forces l'établissement de la suprématie prussienne et prenait ainsi vis-à-vis du roi et de ses conseillers une attitude qui de parlementaire
était devenue peu à peu anti-dynastique. C'est dans ce parti que le cabinet de Berlin comptait des amis influents et dévoués, pour lesquels la crise de 1866 fut le signal de se déclarer ouvertement pour la Prusse contre le roi Georges et de préparer une annexion qui était décidée à Tavance. Le Hanovre était un État trop considérable pour subir, à l'égal d'un duché de Saxe-Cobourg, des conditions qui faisaient de son roi un vassal du roi de Prusse. La dynastie des Guelfes se disait plus ancienne que celle des Hohenzollern : elle se rappelait sa puissance au moyen âge et ne croyait pas impossible, dans le cas d'une défaite de la Prusse, d'enlever à cette dernière une partie de ses possessions sur la rive gauche de l'Elbe pour se tailler un royaume respectable dans le nord-ouest de l'Allemagne. Comme toute l'Europe, le roi Georges comptait sur la victoire de l'Autriche, et c'est en vue de cette éventualité qu'il voulait réserver sa liberté d'action.
Mais, prudente et se sentant surveillée par les chefs du parti libéral, la cour de Hanovre, bien qu'hostile à la Prusse, avait évité de s'allier avec l'Autriche ; elle avait même repoussé les propositions qui lui avaient été faites à cet égard par le cabinet de Vienne. Cette réserve, dont on connaissait à Berlin les mobiles, ne pouvait la sauver: la possession du Hanovre donnait au territoire de la monarchie prussienne la cohésion qui lui manquait, et sur ce point la résolution du roi Guillaume était irrévocablement arrêtée.
Après la capitulation de Langensalza, à la fin de juin, le roi de Hanovre, ainsi que nous l'avons dit, s'était retiré à Vienne, où il devait bientôt recevoir la nouvelle de la défaite de l'Autriche, laquelle détruisait toutes ses espérances. Il fil de vains efforts pour être admis, à Nikolsbourg, à traiter
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avec le vainqueur, auquel il fit sa soumission absolue. Le roi Guillaume refusa de recevoir l'envoyé du roi Georges, et le comte de Bismarck différa toute réponse. Dans les négociations de Nikolsbourg, l'empereur François-Joseph ne pouvait plus rien pour l'infortuné roi. L'Aulriche s'était vue forcée de reconnaître d'avance les remaniements territoriaux auxquels voulait procéder la Prusse ; c'était à grand'peine qu'elle avait pu sauver la couronne du roi de Saxe. Quant à TEmpereur Napoléon, son prestige avait diminué avec les victoires de la Prusse, et ses demandes de compensations ne le rendaient guère apte à plaider la cause des souverains condamnés à Berlin. Les tentatives du roi Georges se renouvelèrent à Berlin au mois d'août; tout fut inutile, la cour de Berlin refusant de traiter avec le roi en tant que souverain.
Au moment môme oh le roi Guillaume adressait aux Chambres le message accompagnant la loi d'annexion, plusieurs députations de municipalités et de l'ordre équestre du Hanovre s'étai-ent rendues à Berlin pour essayer de fléchir le roi Guillaume; mais il leur déclara que sa résolution, fruit de mûres réflexions, était irrévocable: « C'esf un devoir, » disait-il, d'indemniser ma Prusse de ses lourds sacrifices » et de prévenir le retour probable des dangers futurs que » créerait l'attitude hostile du Hanovre. »
Voilà dans quelles conditions la loi d'annexion fut présentée aux Chambres prussiennes. La commission nommée pour voler une adresse au roi siégeait presque en même temps que celle qui avait à délibérer sur les lois de crédit et sur les budgets antérieurs, établis en dehors du concours des Chambres. Les succès militaires, les agrandissements de la Prusse, qui en étaient la suite, déterminèrent les résolutions de l'ancienne op-
position. Dans son sein se trouvaient des orateurs qui naguère avaient mis obstacle à l'action du gouvernement contre l'Autri' che et les États confédérés, et qui, loin de désapprouver les annexions faites, se montraient mécontents parce que le gouvernement n'avait pas incorporé tous les petits États ou forcé tous les États du sud à entrer dans la nouvelle Confédération prussienne. Le comte de Bismarck dut leur prêcher la modération et jusiifier celle du gouvernement. Il leur expliqua qu'on ne pouvait traiter la Bavière comme un petit État de troisième ordre; qu'il fallait laisser à l'Allemagne du Sud le temps de se raviser en faveur de l'union avec le nord et de modifier ses sentiments actuellement hostiles k l'égard de la Prusse. Le gouvernement tenait, avant tout, à fortifier la dynastie prussienne, ce qu'elle avait fait avec l'aide des annexions; il regrettait seulement de n'avoir pu y ajouter celle de la Saxe. En somme, il avait balayé ses ennemis de la carte d'Europe, et cela suffisait quant à présent. Devant ces arguments Topposilion s'inclina : elle déclara, par l'organe de ses chefs, qu'elle était vaincue par la force des faits accomplis et qu'elle espérait que par la suite la Confédération du Nord attirerait à elle l'Allemagne tout entière. Elle tint le même langage dans la commission du budget: le pays, disait-elle, grâce aux succès remportés, n'avait plus de goût pour le conflit budgétaire, et il fallait accepter les faits accomplis.
Le ministère parlait avec fierté et hauteur. Il justifiait sa conduite, qui avait porté de si grands résultats; il avouait que, s'il tendait la main à la conciliation, c'était uniquement parce que l'étranger était là pour guetter le conflit et en tirer parti ; il fallait être uni à l'intérieur pour pouvoir parer aux dangers du dehors. Le roi Guillaume tint un langage analogue. Le
25 août, en recevant la députation de la chambre des députés lui apportant Tadresse, le roi, dans sa réponse, fait l'éloge de Tarmée, qui n'aurait pu remporter ces succès extraordinaires, sans la réorganisation que le roi en avait accomplie. Quant au conflit constitutionnel, il avait toujours eu Tintention de le terminer un jour en demandant aux Chambres un vote d'indemnité. A un moment où il n'y avait pas eu de loi financière régulièrement établie, il avait été forcé d'y suppléer par son initiative : il avait dû agir de la sorte, et il agirait encore de même, si des circonstances analogues venaient à se reproduire. « Mais, ajouta-t-il, cela n'arrivera )> plus. »
Les ministres enchérirent encore sur ces paroles. M. de Bismarck disait qu'il désirait la paix avec la chambre, non faute de pouvoir combattre, mais parce que le pays avait besoin de la paix intérieure. La Chambre devait comprendre aujourd'hui que le gouvernement avait été obligé de lui taire ses projets, entouré qu'il était d'ennemis en Allemagne, en Autriche, en Europe. S'il avait dit à la Chambre ce qu'il voulait, il y a un an — fit observer un autre ministre — le gouvernement aurait été vaincu, landis qu'il est aujourd'hui le vainqueur, qui, généreux, tend la main à la Chambre. Celle-ci, avouant sa défaite, vota à la presque unanimité des voix les crédits, la loi d'indemnité et, naturellement, les annexions. Cette situation eut encore une autre conséquence au point de vue du développement des institutions parlementaires en Prusse. Le libéralisme modéré, entraîné par les grands succès militaires, se sépara des éléments plus avancés, pour former un nouveau parti, s'appelant national-libéral et soutenant, à partir de ce moment, la politique de M. de Bismarck,
nN DD CONFLIT CONSTITUTIONNEL 217
Ces victoires et ces conquêtes furent consacrées par l'entrée solennelle des troupes à Berlin le 20 septembre. Devant le roi Guillaume, acclamé avec enthousiasme par le peuple, marchaient à cheval le comte de Bismarck, président du conseil, le comte de Roon, ministre de la guerre, et le comte de Moltke, chef de Tétat-major général : ces personnages étaient, l'un le représentent de la politique qui venait de triompher; Taulre, l'auxiliaire de la réorganisation de l'armée ; et le troisième, le stratégiste qui avait conçu le plan de campagne.
II restait à régler encore l'annexion du Slesvlg-Holstein. Le gouvernement prussien attendit pour cela la signature de son traité de paix avec rAutriche, qui avait cédé ses droits au roi de Prusse. Le 8 septembre, quinze jours après la conclusion du traité de Prague, le gouvernement présenta aux chambres une loi relativement à cette annexion. A part quelques membres de l'aristocratie des Duchés, les populations étaient opposées à leur incorporation à la Prusse ; par d'innombrables pétitions elles réclamaient leur autonomie sous la souveraineté du duc d'Augustenbourg.
Ce prince avait passé depuis trois ans par des phases diverses de fortune. Simple officier prussien, il était devenu, le lendemain de la mort du roi de Danemarck, le prétendant populaire des Duchés et de l'Allemagne, toléré, favorisé par la cour de Prusse, reconnu comme l'héritier le mieux atlitré par l'Autriche et la Prusse. Après les défaites des Danois, le langage avait changé à Berlin : on ne voulait plus de souverain indépendant à Kiel, futur port de guerre de la Prusse. On posa au prince des conditions qui le firent hésiter, et dès lors il tomba en disgr&ce. Il chercha un appui auprès de la démocratie
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allemande, puis auprès du cabinet de Vienne, et devînt ainsi le protégé des adversaires du gouvernement prussien, Toccasion et le prétexte du conflit entre les deux grandes puissances allemandes. C'est sur lui que se déchaînèrent les premiers coups de foudre du cabinet prussien, qui demanda à TAutriche son expulsion du Holstein, sans Toblenir. Le jour oîi les Autrichiens furent eux-mêmes chassés par les troupes prussiennes mit fin à toutes les espérances du prince. Après avoir quitté Kiel, il se retira à Gotha, d'oîi il adressa le 17 juin ses adieux aux populations des Duchés, accusant le gouvernement prussien de ne pas avoir voulu s'entendre avec lui et réservant tous ses droits. On a vu comment TAulriche, vaincue sur le champ de bataille, avait été forcée dabandonner la possession des Duchés à la Prusse. La loi d'annexion invoquait uniquement cette cession, faite en vertu du traité de Prague et par laquelle le roi de Prusse était devenu seul possesseur des Duchés. Le comte de Bismarck justifiait l'annexion en déclarant que la Prusse avait conquis les Duchés deux fois, en les enlevant d'abord au Danemàrck et ensuite au prince allié des ennemis de la Prusse. Il ajoutait à cette raison que le gouvernement avait vainement essayé d'arriver à un arrangement avec le prince, récalcitrant aux conditions que la Prusse avait été obligée de poser pour sauvegarder ses propres intérêts. Dans cette question .encore la majorité, qu^ naguère avait défendu les prétentions du prince Frédéric, se déjugea en volant l'annexion, sauf quelques rares exceptions. Des lettres-patentes royales annoncèren! leur incorporation à la Prusse, le 3 décembre 1866 aux habitants de Francfort, delà Hesse, de Nassau et du Hanovre, et le 2i janvier 1867 aux habitants du Slesvig-Holstein. Le roi exposait la néces-
site de Tannexion, honorait la douleur que les populations ressentaient en perdant leurs vieilles dynasties, et exprimait l'espoir que la même fidélité deviendrait un jour le partage de la dynastie de Hohenzollern. Elles se réconciliaient, disait-il encore, avec leur situation nouvelle, par la pensée de faire partie de la grande union allemande, et que « TAIIemagne » gagnera ce que la Prusse avait acquis ».
Parmi les dépossédés, le duc de Nassau et la ville de Francfort acceptèrent sans prolester le sort qui les atteignait. L'Électeur de Hesse, après avoir signé un arrangement avec la Prusse relativement à sa fortune privée, fut autorisé à quitter Stettin, oîiilélait resté comme prisonnier d'État, pour se retirer en Autriche. Mentionnons ici deux petits souverains récalcitrants à l'alliance prussienne : le duc de Saxe-Meiiiingen et la princesse régente de Reuss. Le premier, fidèle ami de l'Autriche, préféra abdiquer pour laisser à son fils le soin d'accepter le traité de paix imposé par la Prusse. La seconde signa également la paix et en fut quitte pour une faible indemnité de guerre.
Moins soumis fut le roi de Hanovre. De son exil de Vienne il adressa, le 23 septembre, aux cours européennes une protestation contre les actes dé la Prusse. Il protestait contre l'occupation de son royaume, contre l'usurpation de ses droits, contre « le mauvais vouloir du roi de Prusse », qui avait refusé de négocier avec lui, enfin contre la prise de possession de son royaume et son incorporation à la Prusse, en ajoutant qu'il ne renoncerait jamais à ses droits. Il renouvela cette protestation, le S octobre, en s'adressant à son peuple. Toutefois il délia tous les fonctionnaires civils de leur serment et, quelques mois après, consentit à envoyer des congés
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en règle à tous les officiers et les soldats de son armée.
A son tour enfin, le prince d'Augustenbourg adressa, le 2 janvier 1867, un manifeste d'adieux à son peuple du Slesvig- Holstein. Il rappela, avec raison, que c'est son droit qui avait frayé la voie aux armes de rAutriche et de la Prusse ; qu'il avait fait à la Prusse toutes les concessions en vue d'une union étroite et que le roi les avait agréées d'abord. A la suite de la guerre, le droit des Duchés avait été anéanti et l'on avait livré une partie du Slesvig au Danemarck ; le prince réserve ses droits comme ceux des Duchés ; mais, impuissant à les défendre, pour le moment il délie tous les habitants de leur serment et de leurs engagements envers sa personne.
La session des Chambres prussiennes fut close le 9 février 1867 par le roi, qui se plut à constater, avec un certain orgueil, que la chambre avait reconnu, en votant les crédits nécessaires, Tutililé de la réorganisation militaire, cause du conflit constitutionnel. Le gouvernement, de son côté, s'était montré généreux : il avait entouré de formules courtoises la soumission de la chambre et s'était contenté du fait d'avoir remporté, en quelques mois, une double victoire sur les ennemis du dehors et du dedans.
Les affaires particulières de la Prusse étant ainsi réglées par des traités et des lois, il restait à accomplir la partie du traité de Prague relative à la Confédération du Nord. Nous avons mentionné plus haut le traité d'alliance conclu le 18 août entre les Étals deslînés à faire partie de la nouvelle union. Conformément à ce traité, les plénipotentiaires des divers gouvernements se réunirent à Berlin le IS décembre pour rédiger le projet de constitution fédérale, qui fut déflnitivement arrêté le 9 février 1867. Aussitôt les élections furent ordonnées
dans tous les É(a(s pour le parlement ou Reichstag constituant, qui fut ouvert le 24 février par le roi Guillaume.
Dans son discours le roi s'attachait à rappeler l'époque où rAIlemdgne était politiquement amoindrie par la faute de ses propres princes et par l'ingérence des puissances étrangères, et à constater les aspirations non interrompues de la nation vers son unité. Faisant allusion aux efforts avortés de 1848, il recommandait au parlement de marcher vers le but en se contentant de ce qu'il était possible d'atteindre. Il ne dissimulait pas que les souverains devaient faire certains sacrifices de leurs droits au profit de la Confédération, dont il assumait la direction, et il ne manquait pas de faire allusion à v l'achèvement de l'édifice » de l'union de toute l'Allemagne. Il mentionnait les traités de paix avec les Etats du Sud, sans toutefois divulguer l'existence de ces conventions militaires secrètes, dont il a été parlé plus haut et qui subordonnaient déjà, en temps de guerre, ces États au commandement du roi de Prusse. Les peuples allemands, disait encore le roi, ne s'unissaient que pour la défense: c'est ainsi que le comprenaient aussi les nations voisines, comme le prouvait l'attitude bienveillante des grandes puissances. Toute l'Allemagne, ajoutait le roi en terminant et en visant de nouveau l'Allemagne du Sud, « même au delà des frontières de laCon- » fédération du Nord, attend les décisions qui vont être prises » ici. » Cette pensée qui embrassait la totalité de T Allemagne, on la retrouvera désormais dans tous les discours, dans tous les actes politiques du roi et de son gouvernement. La majorité du parlement entra d'ailleurs pleinement dans cet ordre d'idées.
La constitution fédérale, qu'on soumettait à ses délibérations, établit ce principe fondamental que la législation fédé-
222 L'EMPËRErR GUILLAUMt: ET SON RÈGNE
raie domine celle des divers Élals. Le conseil fédéral et le Reichstag exercent le pouvoir législatif. Le premier est composé des plénipotentiaires des gouvernements fédérés, comptant 43 voix, dont 17 appartiennent à la Prusse et se divisent en comités spéciaux, dont ceux de la guerre et de la marine sont au choix du généralissime. La présidence de la Confédération appartient toujours au roi de Prusse régnant, qui exerce toutes les prérogatives de souveraineté en ce qui concerne les affaires extérieures et la représentation diplomatique, convoque, ouvre et clôt les sessions du conseil fédéral et du Reichstag, Le Reichstag sera élu par le suffrage universel et direct, et il ne sera alloué aucune indemnité à ses membres. Les douanes, les postes et les télégraphes seront des institutions fédérales. Pour Tarmée et la marine les lois prussiennes sont appliquées à la Confédération. Le roi de Prusse estle généralissime de toutes les forces fédérales, et nomme les commandants de tous les corps d'armée. L'effectif de l'armée est fixé à 1 0/0 de la population, et il est mis à la disposition du roi de Prusse une somme annuelle de 22S thalers par homme, laquelle sera prélevée sur la caisse des douanes. Un dernier article portait que, dès que la constitution de la Confédération aurait été définitivement arrêtée, ses rapports avec les États du sud seraient réglés au moyen de traités particuliers, qui seraient soumis à la sanction du Reichstag.
Les délibérations au Reichstag durèrent deux mois, sans donner lieu à de très vives controverses entre les membres de cette assemblée et M. de Bismarck, qui portait tout le poids de la discussion. Les débals démontrèrent que tous les partis, môme les plus récalcitrants naguère à la politique du roi Guillaume et de son gouvernement, étaient satisfaits des
résultats acquis, en les considérant seulement comme le point de départ de ce qu'on comptait acquérir encore à Ta venir. Et. sous ce rapport ce fut le parlement qui semblait pousser en avant, tandis que le gouvernement tâchait de modérer et de contenir son ardeur. Le parti libéral, opposition de la veille, était devenu plus national que libéral: Tachèvement de Tunité allemande lui tenait plus à cœur que les franchises et les prérogatives parlementaires. M. de Bismarck eut mille peines pour le tranquilliser au sujet de Tunion du Nord et du Sud. Celte union, disait-il le 11 mars, est assurée dans le cas oîi le Nord serait attaqué : elle est assurée par le besoin qu'a le Sud d'être secouru par le Nord et par le devoir de celui-ci de lui prêter secours. « Travaillons vite, dit-il en terminant, » mettons TAllemagne en selle, et elle saura bien marcher. » Toutes ces paroles, si rassurantes qu'elles fussent en tant que prononcées par le créateur de ja Confédération du Nord, ne sufflsaient pas au patriotisme unitaire des libéraux. Sur leur proposition, le parlement ajouta à Tarticle que nous venons de citer, relativement aux rapports avec les États du Sud, ce paragraphe : « L'entrée des États du Sud ou de l'un » d'eux dans la Confédération aura lieu, sur la proposition de » la présidence fédérale, par voie législative fédérale. » M. de Bismarck ne s'était pas opposé à Tinsertion de ce paragraphe, qui était cependant contraire à l'article 4 du traité de Prague, posant la ligne du Mein comme limite à la confédération projetée par la Prusse. Le chancelier, tout en réservant Tas* sentiment de TAutriche, n'en admit pas moins la légalité de l'amendement, en alléguant que le traité de Prague avait prévu Torganisation nouvelle de l'Allemagne entière, et non pas seulement de T Allemagne du Nord, sans la participation
de l'Aulriche. Le paragraphe fui donc adopté: un vole parlemenlaire annulait ainsi, en principe, le traité qui portail la signature de Tempereur d'Autriche et dont TEmpereur Napoléon avait été le parrain.
La question militaire souleva également de vives discussions. Les libéraux avancés, se souvenant du conflit conslitulionnelen Prusse, s'attachaient à limiter aux périodes budgétaires la fixation de l'eSeclif de paix. De plus la question de l'indemnité pécuniaire des députés donna lieu à une controverse, qui n'eut aucun résullat. Le comte de Bismarck avait déclaré que sur deux points la résolution des gouvernements élait immuable, savoir : ne pas laisser toucher à la flxilé du chiffre de l'effeclif, et ne pas accorder d'indemnilé aux députés ; ce n'était qu'à cette double condition que le roi Guillaume et les princes alliés avaient consenti à l'établissement de l'institution démocratique du suffrage universel. La majorité libérale et les conservateurs s'inclinèrent. La proportionnalité de l'effectif fut fixée à un pour cent de la population jusqu'au 3i décembre 1871, et l'obligation de fournir la dépense nécessaire fut maintenue pour toujours. « Nous avons donc », s'écria un membre de la gauche, » un gouvernement semi-absolutiste, semi- « constitutionnel». Contre une faible minorité de 53 voix, la constitution fédérale du Nord fut votée par 230 députés, elle Reictstag constituant fut clos, en séance solennelle, le 17 avril. Le roi, en félicitant le parlement de l'accomplissement heureux de sa l&che, eut soin d'ajouter, répondant ainsi au sentiment de tous, que, par la constitution définitive de la Confédération, « étaient rapprochées de leur réalisation les » espérances qui nous sont communes avec nos frères de l'Aile- » magne du Sud. »
Il fallait encore soumettre la constitution fédérale aux chambres prussiennes, à cause des restrictions qu'elle im* pliquait aux droits autonomes de la monarchie. Le parti libéral avancé; tout en critiquant plusieurs dispositions, n'y insista pas trop. Il comprit l'inutilité de ses efforts, la constitution fédérale devant être acceptée ou repoussée en bloc; il s'avoua vaincu par les événements et proclama sa soumission, môme dans la question la plus délicate, celle delà réorganisation de l'armée, étendue telle quelle de la Prusse & la Confédération tout entière. La chambre des députés adopta la constitution fédérale par 207 voix contre 93, et la chambre haute la vola à Tunanimité ; la promulgation officielle en eut lieule 24 juin 1867.