II. L'expédition d'Héi-acIins cl
Si l'initiative de l'expédition appartient incontestablement au jeune Héraclius, c'est son, père, le gouverneur d'Afrique, qui nous parait l'avoir concertée et préparéo de longue main. Sous son inspiration, il fut décidé que les deux cousins y prendraient part. Mais, tandis que l'un, avec la flotte, traverserait la Méditerranée, l'Archipel, l'Heliespont et la Propontide, l'autre, avec l'armée de terre, devait s'avancer, à travers l'Egypte, la Syrie et l' Asie-Mineure, sur Cons-
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tanlinoplc. Ce plan était très-heureux. Il n'était guère possible que Phocas ne succombât point sous cette double étreinte. On convint que celui des deux qui arriverait le premier et mettrait ù mort le tyran, aurait l'empire. A Héraclius fui dévolue la campagne maritime, ù Mcélas la eumpagnu con line m laie. Les chances et les périls étaient fort inégalement répartis. La longueur du trajet devait interdire au fils de Grégoras à peu près toute espérance de régner.
D'un autre eûfé, Héraclius s'exposait beaucoup plus, ne pouvant en chemin grossir ses forces, chose facile ù son allié et à son concurrent que son voyage allait mettre en rapport avec la multitude des mécontents. A la part qu'il choisit, on voit que nulle crainte, nulle hésitation n'entravaient désormais son dessein. L'image attachée au mat de son vaisseau lui était une garantie suffisante. Quand, pénétrant dans la mer Egée, entre les îles de Crète et de Cylhere, il parut au milieu des Cycladcs, les prières s'élevèrent ardentes et nombreuses
la làcheié das généraux auxquels Phocas avait confié la garde des Longs- Murs, lui donnèrent pleine confiance. Il remit a la voile avec- les exilés recueillis sur ces parafes. A Héracléc, qui commandait la mer de Marmara, il lit une seconde halte, et reçut des mains d'Etienne, métropolitain de Cyzîque, une couronne consaciéo à la sainte Vierge, heureuses prémices de sa future royauté. l'eut-rtre laissa-t-il en cet endroit une petite partie do ses forces, afin de tromper la vigNimef: dePho.-.'in cl d'opérer une sage diversion. Enfin, il aborda au port de Sainte-Sophie. La capitale était en proie h un inexprimable désordre. La faction des Verts avait mis le feu à l'un des palais impériaux ; elle célébrait ostensiblement la venue du libérateur. A la vue de l'armée d'Afrique, il y eut des attroupements tumultueux. Théophane prétend que Phocas livra bataille. Il est plus probable que, semblable ù Vikllius, il so cacha dans quelque ignoble retraite, au Tond de son palais. Un citoyen, dont il avait déshonoré l'épouse, l'en arracha à l'aide d'une troupe de soldats. Nicéphore, qui a peu de sympathie pour le vengeur de Maurice, lui prête dans cette circonstance une conduite cruelle qui n'aurait pour
excuse que l'irritation populaire. Combien nous aimerions mieux le voir Frapper ce vulgaire assassin, comme l'archange Miohel perce Satan, sans colère I D'après celle version, il aurait fait conduire à Sain le-So pli ie Pliocns dépouillé des vêtements impériaux, les mains liées derrière le dos. ■ C'est ainsi, misérable, que tu as gouverné l'empire? » s'écrïa-t-il. Pbocas lui répondit sans s'émouvoir : « El loi, gouverneras-tu mieux(I)? j> Dialogue supprimé par certains éhroniqueurs, légèrement modifié par d'aulres. Les factions du cirque se ?onl-cllcs chargées de le meltre à mort, ou bien est-ce le vainqueur Iui-mÊme7 Ici encore, il y a doute. Nous ne pouvons, quant à nous, admettre qu'Héraclius se soit plu à contempler ce corps naturellement hideux, mutilé et livré aux flammes par une plèbe délirante. Le sensvéritabledel'événement et l'altitude d'Hércclius nous paraissent mieux observés dans ces vers de George Pïsidès :
i Au corrupteur des vierges, il opposa le visage terrible de la Vierge sans tache. II tua cette bête dévorante, et ne sauva pas seulement une jeune fille enchaînée, mais le monde entier » (2).
(1) &. ilw à^tlutt f?> ■cÎTioi.illu.miTSI.m;» J™>™.i; . i Jl ■ ri i[tu . >.->■ LÏv ■.; L Nincpliorc, p. t5.
(2) ttcradùu*» Acr. D, v. 12.
ÉLÉVATION D'HÉRACLIfS. 13