CHAR
s'écrie : o Rome est au milieu du monde comme une métropole au milieu de sa province: de même que ht mer reçoit tous les fleuves, elle reçoit dans son sein les hommes qui lui arrivent du sein de tous les peuples "(1). Ici la conversion nous paraît complète, et il n'est plus" question d'Athènes et de Sparte, que comme de souvenirs historiques relégués dans les temps anciens. Un empereur confère le droit de cilé Romaine à la nation Grecque tout entière, et les Hellènes abandonnent volontiers leur nom
même devint le pays des Romains, la Roumélie.
Cotte curieuse transformation ëlait consommée depuis longtemps lorsque Pisidès écrivait. La dénomination d'Hellènes ne lui rappelle que le polythéisme et un ordre du choses évanoui. Rome, c'est la législation promulguée en
l'jdée de l'empire. 93 langue latine sur le sol grec par Justïnien, c'est l'Empire. Aussi bien, il appelle toujours
prétend ég-aler les maîtres du siècle d'Alexandre, ne se connaît lui-même que sous le nom de Romain, et il prendrait la qualification d'Hellène pour une mortelle injure (1)!
11 n'est pas Grec au sens politique du mot, cela est indubitable. Il ignore les anciennes cités qui rivalisaient à Delphes et à Olympïe. 11 ne nomme jamais qu'une eilê, la première et presque l'unique, Conslantinople, de même qu'il ne nomme qu'un empire, celui d'Orient.
Cette cité privilégiée, il la vénère non » parce qu'elle donne aux hommes la liberté et ouvre à tous la voie des botnienc; » (2). C'est là un point de vue athénien, qui, nous le verrons, n'es! plus de mise. II la vénère à litre de métropole des provinces (3), de capitale de l'Empire, de résidence de l'Empereur, du Patriarche el du Sénat. Selon i'isidès, Constantinople est le résumé, Aristole aurait dit la confusion do
(l| Èilnvuisi; tO.aH >5<«ï« iiS^K.
HœanurtM, v. 1L<JX.
(3) C'calli le fond ilu discours dol'iiriclés, prononce! sur I? lomlie des guerriers Alliéniiuis, livro 11, S 33 ul suivants. (3| OeJ/um Acaricam,v. Gô.— De Expéditions Pcrsica. Àcr. LU,
t. en.
tii CtUHtM TJ10ISIÈME.
l'univers. Chose étrange! ce qui l'aurait fail délesler de celui-ci, le fait aimer de celui-là. Tellement les idées ^-rocrjin.s s ciaient Iransfor-
Auk yeux de Pisidès comme aux yeux dp.
Tacite, il y a deux nnnidcs. le monde romain et le monde barbare, l'un bien connu, l'autre indigne de l'être, l'un c noble fleur de l'univers, » l'autre sauvage et rouvert de ronces (t). Sous ce rapport, il est bien plus exclusif que ses ancêtres (2). Cela se comprend : l'empire romain est censé sVlre assimilé tout ce qui le méritait.
Les termes dont il se sert pour désigner l'Empire méritent d'être rapportés. Il l'appelle tantôt la terre, oubliant que sa domination no s'étendait qu'à une partie du globe ; tantôt la terri! habitable, oincujti.n, sans donle purée que les autre* rf-.-kiris élairnl m rupées par des hommes d'une nature dilTérenle ; lunlcM la commun au (é , «»it( , l'État , uXiifa, qui semble l'équivalent du latin respMka, Mai* l'appellation qu'il préfère est celle de wfouo<, le monde. Lorsque la guerre sévit dans les
[I) Bellum Atmriom, v. 28.
(■>; Ci. liscljyle, la Ptrus.
l'idée de l'empire., 35 provinces, il dit que le monde entier est troublé : Chosroès est le destructeur, Iléraclius le libérateur du inonde (1).
Orbù Jtomamis, disait-on à Rome. A Constantinople, on disnit, d'une: manlire plus brève et
singulier que les Grecs, îl mesure que déclinait leur puissance, se servissent d'expressions de plus en plus emphatiques?
Aussi bien, on éprouve un profond sentiment de tristesse et de douleur, quand on entend Pi-
irriter : « Qui aurait pu croire que les Romains eussent mis en fuife les Perses? »(2) C'était un étonnemenf bien plus digne de Ilome, que témoignait Horace, quand il s'écriait : • Ne souffre pas que le coursier du Hèdë foule impunément la terre où règne César I » (3)
Ainsi les pcnai'es retient au-dessous des paroles, les actions an-dessous des pensées. Borne n'est plus, mais l'idée et le nom de Rome vivent encore, et ils ont toujours un grand prestige, une grande puissance. .
{■1 ïli- Krpc-Ù fio ut Pmica, Acr. II, v. 3'Jli, (3) Ode 1 du livre L
5(i CHÀP1TBE TROISIEME.
IL Le principe ou Gouvernement.
0; l> ^X-^JI n-jv 'Ht-, \>.'.13.ï/}.3. .V .
Malgré les noms de Home et d'Empire, si soigneusement conservés pur les Grecs, esclaves de la tradition , le principe du gouvernement s'était profondément modifié sous l'action d'une nouvelle religion et de nouvelles idées.
Le prïncipat romain n'était point sorti d'une crise religieuse, mais de circonstances purement politiques, L'équilibre s'était rompu, dans la capitale même, entre l'aristocratie et la plèbe. La population s'était trouvée composée d'esclaves, d'affranchis, d'étrangers de toutes nations. On avait dû songer an maintien de l'unité italienne, à la soumission des provinces que pillaient les proconsuls. Il avait fallu un maître, parce qu'il y avait une domination à préserver. Le peuple abdiqua entre les mains d'un homme qui réunit tous les pouvoirs, autrefois séparés, mais dont l'unique raison d'être était le peuple lui-même. Si la liberté avait péri, la république subsistait toujours. Le sénat n'élait-il pas d'ailleurs, comme autrefois, le modérateur de l'Etal?
LE ritlNCirE DU GOCVERSElirNT. 57
Mais â l'extinction des Antonins, l'autorité du sénat fut entièrement méconnue. Il n'y eut plus d'inslitution supérieure pour consacrer l'empereur et pour le contenir dans de justes limites. L'empire devint la proie de généraux audacieux portes au trône par des armées à demi barbares, l.e sens de. la monarchie romaine se perdit dons une confusion cl une anarciiie séculaires. Au sortir ili.' la guerre civile, c'est à l'Orient, et non à Rome, que l'on demanda des
asiatique qu'il prétendit rattacher à Jupiter, source de toute majesté, et à Hercule, emblème de la force. Mais il ne fit que créer un redoutable dualisme, et même une télrarchie d'Augustes et de G'surs, qui engendra un nouveau
Au moment où Augustes et Césars cherchaient, parmi les persécutions religieuses et de terribles effusions de sang, un principe pour rasseoir l'Elut, Constantin le trouva dans un camp hostile jusqu'alors à l'empire, au sein du Christianisme.
Nulle religion ne déterminait avec plus de simplicité et d'évïdcnce le domaine et les rapports de Dieu et du souverain.
SB CJMriTkE TROISIÈME.
Les Psaumes et l'Ecclésiaste, œuvres de rois asiatiques, avaient t'uniiulé net le ment l'absolutisme (1)- L'Evangile, tout entier à sa mission religieuse, n'avait dit qu'un mot, maïs bien précis et bien rassurant pour le prince :2).
Cotle souveraineté qui ée] nippe, par sa nature, au contrôle 'de ses snjets n'est pourtant pas abandonnée à ses caprices : « 11 n'y a que Dieu
personnes. Dieu a pris sa séance dans l'assemblée des dieux, et, assis au milieu, il juge les dieux ■ (3).
Ce Dieu qui domine le souverain, comme le souverain domine les hommes, est un Dieu bien autrement grand que Jupiter dans toute sa gloire; il n'est diminué par la présence d'aucune divinité. Il a le double prestige de la sainteté cl de la puissant.:!;. Son premier litre, comme le d'il Bossuet, c'est la création (4). « 11 vous appartient de régner, lit-on dans les Paraboles; vous commandez à tous les princes : les grandeurs el les richesses sont à vous : vous dominez 3 sur
(I) Buhtktfo, vin, S.
(i; Jliithi™, XXI!, M.