‹ L'empereur Héraclius et l'Empire Byzantin au 7. siècleChapitre 16 sur 90 · LXXXI, I · texte numérisé non relu

LXXXI, I

(4) MûMmu miilqiui (Mm de V Ecriture sainte, livre H,

toutes choses; en votre main est la force et la puissance, la grandeur et l'empire souverain C'est un Dieu terrible, mais aussi bien secourable aux princes, puisqu'ils trouvent en lui une règle d'action d'autant plus utile, qu'ils

Constantin fixe; à liyz.mi'e lv. siège de son empire, et c'est là un nouveau trait de son génie politique; car à un souverain, imitateur de David et de Salomon, il fallait l'Orient et non l'atmosphère romaine.

■C'est une royuuli' pi'rsque biblique que celle des empereurs. A Consumiinciplc comme a Jérusalem, le pafriai'dif , entouré de son clergé, est placé immédiatement au-dessous du prince, entouré lui-mime do ses ministres, et l'ordre eonsisledans le bon accord de ces deux autorités et dans la soumission des citoyens à toutes les deux. A GonsiamirK'i|iïr; comme à Jérusalem, les dissentiments des deux chefs mettront le trouble dans l'Etat.

Mais au lieu de "citer l'Ancien et le Nouveau Testament, mentionnons les paroles de George Pisidès qui en sont le reflet : elles nous feront saisir bien des nuances; car tout n'est pas bi-

(3) PBroWn XXIX, 10, «.

bliquB dans ce mélange du la royauté juive et do l'empire romain.

Au premier examen, nous voyons que la Divinité joue un rôle politique, sinon pins grand; du moins plus fréquent et plus minutieux chez les Byzantins que dans Israël, o Le cours mobile des choses amène des vicissitudes et des révolutions : le Créateur seul est eapabh de maintenir et de préserver l'ordre du monde » (1). C'est pourquoi l'empereur, avant de prendre aucune décision, l'implore par do ferventes prières. Il n'agit que sous son inspiration. C'est à son commandement que l'empereur a entrepris sa divine expédition; c'est une sentence divine qui renverse les tyrans par le bras d'IIéraclius et raffermit la monarchie byzantine. On pourrait croire qu'il s'agît de la Providence, telle que nous l'admettons. Mais le litre de général suprême du ciel et de la terre indique une intervention plus immédiate et plus active, iln pas-

dc ses discours, l'empereur s'exprime ainsi : « Nous avons tous un roi (fiowAilî), un maître

^ h- )->,!,■, Cli.ïi.;' f\<r.<;™, Acr. i, v. !».

(Smimm}, «n cher de nus ïivmées (^ipwi), c'est lui qui assure les opérations militaires et qui sanctifie la victoire « (i),

N'est-il pas lui-même le soldat de Dieu, le lieutenant de Dieu (2)?

Enfin Pisidès nous livre une formule précieuse qui nous dispenserait d'une longue dissertation:! Comme la monarchie,. fondée sur la Divinité, eslunebelleinslilulion ! » Nous définirons donc lég-iiimcmonL liîi'i^'iiiie byzantin au début' du vu* siècle :« Une monarchie tempérée parl'idéedeDieu.» Ladénominalion de théocratie ne serait pas absolument exacte, malgré l'influence du patriarche et des prêtres. Il n'y a pas trace d'une domination sacerdolale véritable. Le patriarche supplée l'empereur absent et se met en rapport direct avec la Divinité, mais il n'a de puissance civile que celle que la décision impériale lui confère.

Si Dieu est tout pour l'empereur, l'empereur est tout pour ses sujets.

(il OÙTt; Ji ii™;&Hi)iù; ni Iw»^w

*nl ttaV ta'J' '...j; ï^y." tt;*7e>.i*7^*, (il* si Slfin^Ùl ioti. ijîliiailps.,

fd.,Aor. I, y. 99.

(2] Amr.ftfïft;, taHifinrx.

Il l'appelle tour à tour : \'ttii/t)cmte[aint.(xn>p), c'est-à-dire le rai absolu, nom qui ne traduit pas le mot latin àUmperntnr, comme on le croit communément; mais qui résume plutôt tous les pouvoirs assumés par Auguste, après Aclium. KpaTo;, employé absolument, sig-nïlie l'autorité impériale. C'est même un litre honorifique qui répond h celui de majesté ;

Le maître ou i/rs/m/r [hm-r,;, maoSto-riniç) ; ici l'empire est assimilé à une famille, le chef de l'État a un père qui traite ses enfants d'une façon très-humaine, mais centime des êtres privés de volonté {oréitoL, SaSia.) ;

Le général (urpreir/it) : cette désignation est particulière à notre poète et trace tout un plan de conduite;

Le roi (ÊamisW; : expression plus rarement employée, qui rappelle les royautés du temps d'Homère et figure avec tant d'honneur dans le Politique de Platon. Elle était aussi appliquée au despote de la Perse.

En plus d'un endroit, Pisïdès nous donne il entendre la différence qui sépare l'autocrate du tyran.

Pour le tyran, il n'existe pas de lois ; l'autocrate observe les lois.

Aqui estemprunlée celle théorie? A la Bible?

Alors il s'agirait des lois de Dieu. Aux philosophes grecs ? Alors ce serait la raison. A l'empire? Alors c'est le Code Jus lin ien qu'il faut entendre.

Suivant nous, les lois divinîs et humaines sont également impliquées iluns In pensée du diacre byzantin, les lois qui distinguent les Romains des barbares. Ces derniers, en effet, nous sont

toujours représenta cm) pn vés de lois el iu-

sociables. Or, h Couslunlinnple, le chrétien et le citoyen ont chacun leur code qu'ils sont tenus de respecter, et l'empereur, qui est la loi vivante sur la (erre, doit donner l'exemple plulot que faire exception. N'est-ce pas lui qui préside au maintien de la législation? Pisiclès, le comparant à une abeille, lui dit qu'il a les lois pour aiguillon (1). Héraclius, prenant à son tour la parole, affirme qu'il n'usera de rigueur que pour en assurer l'exécution, il veut Sire aimé, il ne veut pas être craint. 11 nomme le pouvoir discrétionnaire dont il dispose une énergie pMiunUtnpiquelfô.

U)B» Expiditime Permit, kct. I, y. «9.

De ExpdiUmc Finies, Àcr. H, v. BS.

64 CHAP1TBE TROISIÈME.

»La Ioi,slriç!ement exécutée, serait, comme il est dit dans la Politique, l'intelligence sans la passion aveugle ■ ()). Mais l'empire des lois n'exclut jamais l'arbitraire dans cet Etat, où la sagesse impériak', nOi'cssuii'uuiont courfo par quelque endroit, demeure sans contrôle. La monarchie que nous dr-nciuL l'isidès est peul-

Lc disciple de Socrate ajoute avec un grand

règlements, i.-st le nif.'ilii-iir dis gouverrio ments; mais, sans lois, elle est le plus pesant et ie plusdifficilrÏL supporler »;31.0n voit en quoi le Grec de la belle époque et celui de la décadence diffèrent ou se rapprochent.

Nous comparons d'aulant plus volontiers ces deux écrivains, .que maintes fois le premier soutient la pensée et le style du second. Quand Pisidès nous peint l'envie, nous croyons entendre Platon : j L'envie divise les amis, provoque les haines fraternelles et a pour compagne l'hypocrisie; elle fait au genre humain de cruelles (I) Arislotc, Politique, Lit. I, c. ».

(S) rnnia T-jfUY.li, flïjwWijm, VII ; — ira tfym, Poliiijuî,' III, o. 9.

(3) Piston, U Politique.

morsures (1), u Le tableau de l'anarchie remet en présence le philosophe athénien et le poëtc byzantin : « L'ivresse du fyinn excitait l'audace naturelle au peuple. La cité n'enfantait plusque des citoyens difformes, semblables & des centaures. On doiteraindre, en effet, que la discorde, qui réside dans le bas-venfre, comme dans une élable, s 'éloignant de sa route accoutumée, ne gagne l'esprit et ne l'égaré à sa suite» (2).

Évidemment, à ses yeux, la démocratie, c'est l'envie, c'est l'hypocrisie, c'est l'anarchie (3). Les périphrases qu'il emploie expriment l'effroi qu'il ressent (4). o Des millions d'Orphêes ne sauraienllriompherde l'agitation populaire : c'est une tache bien plus rude que d'apprivoiserles animaux °{'6). Terreur que justifiaient alors les émeutes du cirque et les excès qui suivirent la chute de Maurice.

(1) Dt ExfÊiitimu Pttnca, Acr. III, y. iU.

(i) llcrmlittitvs .\ct. Il, v. y,.— Cî. k RI-puhliqueHleP<mqtu do Platon.

(3) L'historien Evagra dit do l'smperour Maurice qu'iicomjirima dans son cœur U itmecrttit lies passions pour n'y laisser régner que Varûtocrolit des bons sentiments (Jlonlos-

(4) Ti hpâflj lp irx, -A ttftht nittt, rt «nr«'|L0[f ti rtpi(. (B) BtOum Avariam, T. 10">.

Platon etXénophon, témoins des fureurs populaires , préféraient la monarchie limitée; Aristote, témoin des excès de la royauté, se rejetait vers la déniinîratie, l'isidù», qui a vu à l'œuvre les déniiifrujvues, implore le. bras d'un autocrate :« lin monarque anime tout, dirige tout par sa raison et éloigne les causes de désordre. Rien n'est aussi funeste, en effet, que le désordre, cette maladie qui se glisse comme un serpent, mord et consume l'Ame elle-même en 8* attaquant ans sources de la rien (i). Il ne souhaite qu'une chose, c'est que l'hérédité donne au gouvernement Byzantin ce qui lui a manqué jusqu'à ce moment, la stabilité (2).

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