‹ L'empereur Héraclius et l'Empire Byzantin au 7. siècleChapitre 2 sur 90 · AUTEURS A CONSULTER · texte numérisé non relu

AUTEURS A CONSULTER

douze années d'inaelion : tandis qu'il achetait la paix des Lombards i l des Avares, i! laissait les Perses s'emparer de l'Asie-Mineure, de la Syrie et rie rivryplc. Le lendemain de son triomphe, HérocliuB passe, sans transition, de l'énergie à In faiblesse. Force o st. bien de reconnaître qu'Iléraclius est un de ces hommes nui vieillissent et rajeunissent suivant les circonstances et leurs inspirations.

Héracliiis n'a pas eu d'historien; il n'a eu que des chroniqueurs. Ce sont pourtant des écrivains estimables. Leurs narrations, mêlées à bien des dates et à bien des noms inutiles, sont parfois intéressantes et toujours instructives. Le dirai-jeî les Byzantins n'ont pas la monotonie qu'on leur reproche. Voyez plutôt le récit du règne d'Ut radius. Dans celui-ci vous trouverez des laits impoi-LanIs que celui-là a négligés; le second contredit le premier ou semble raconter une autre histoire. Ces omissions, ces tendantes opposées donnent l'éveil au lecteur. Il apprend bientôt que George Pisidès est un courtisan, Thijoplmne un moine, Piicéphore un patriarche.

Les écrivains byzantins de nous ont pas retracé la carrière de (ieoi'ge f'isidès. Ils ne nous ont transmis que l'é numération de ses dignités et la liste de ses ouvrages : encore la critique moderne a-t-elle eu h discuter la signification de certains titres et l'authenticité de certaines compositions ()). Mais on ne saurait douter de son éclatante réputation durant tout le moyen âge. Nicéphore Calliste le proclame admirable. L'évâque de Cori'nthe, Grégoire, recommande expressément la lecture et l'élude de ses iambes et le considère comme l'idéal du poète : il ose l'égaler à Sophocle, tandis que Psellos le compare à Euripide. Suidas. Cn.lt'énijs, Tzetzès, ont pour lui le mOme enthousiasme.

George était originaire de Pisidie, contrée de l'Asie-Mineure. Constant! nop le, la Ville ou la Métropole, comme il l'appelle souvent, dut l'attirer de bonne heure. 11 faut penser qu'il y fit des études complètes sous la direction de ces pédagogues, pour lesquels il professe un si grand respect. H y prit celle aisance, ce bon ton, ce langage de cour, que l'on ne pouvait

(I) Voir la notice ilo la Byzantine do Bonn ■ laquelle nous renvoyons pour !ou5 les autours grecs désignCs : JotejtU Maria: Qulrcii Florentin! il; (l'ujiy'c l'i.'i.:,:- (av ( jf;j;iiil', r [T[('n.

apprendre que clans la seconde Home, il fréquenta dès sa jeunesse le cirque dont les jeux lui fournissent ses comparaisons les plus habituelles; surtout il fut assidu dans la demeure de l'archevêque et dans le palais des Césars, et voilà comment ii so trouva investi des charges ecclésiastiques les plus enviées.

L'histoire lui altrihue invariablement le titre de diacre de la grande Église ou Sainte- Sophie. Fut-il, de plus, gardien du trésor, référendaire et archiviste? ici s'engage une discussion très-délicate entre les savants. Les uns lui concèdent les trois attributions; d'autres veulent qu'il n'ait été que trésorier. Mais a-t-il été le premier des diacres ou le premier des trésoriers? La question mériterait d'iHre résolue, car il y avait quatre trésoriers et six diacres à Sainte-Sophie. Quoi qu'il en soit, Pisidès reste un membre important du clergé de Consian-

Son crédit était grand dans l'Eglise. Nul ne jouit plus que lui de l'amitié et de la confiance du patriarche. 11 l'a vu au milieu de ses plus ferventes prières, et il s'accuse comme d'une trahison, quand il révèle aux Grecs ses actes les plus secrets.

)0 CTTAPITIÏE PREMIER.

Si le patriarche avait voué à Pisidès une toile affection, nous nous étonnerons moins que l'empereur s'entretînt avec lui familièrement, surtout de questions tliéologiques. Dirons-nous toute noire pensée? A deux ou trois reprises, Pisidès nous apparaît comme ln directeur spirituel d'Héraclius. La secret est bien près de lui échapper : il le dérobe après l'avoir fait, soupçonner, mais le remords du prince a laissé une trace précieuse dans son panégyrique. Déjft.

connu par ton fuient littéraire:, il fut chargé da haranguer en vers iambiques le futur vainqueur des Perses. Il le suivit en Asie et assista aux premières manœuvres de l'armée impériale. Que se proposait l'empereur en s' adjoignant un compagnon naturellement peu courageux, si nous voulons l'en croire, et d'ailleurs retenu loin du champ de carnage par son caraclère ecclésiastique? Il nous le donne à entendre: il remplissait une mission historique. Ainsi, il jouait auprès d'Héraclius le même rôle qu'Ennius auprès de Scipion. On aimerait mieux se le représenter comme un nouveau Tyrlée, relevant, par ses chants malcs et héroïques, le courage des Grecs : mais lui-même nous défend un pareil rapprochement. Il rentra à Constanti-

nople, à la fin de la première campagne, et ne retourna plus à la guerre. II eut bien encore l'occasion de se produire, lorsque Constanti- □ople Fui assiégée par les Avares; mais, soit modestie, soit sincérité, il s'oublie lui-même, dans cette nouvelle épreuve, pour célébrer le patriarche, le chef de la milice et les simples citoyens (1).

La vie de l'empereur et colle du diacre offrent

joie et dé douleur. Tant que le héros combat, le poète ne songe qu'aux exploits militaires et compose l Expédition Persiqur, la Guerre des Avares, THëradiade. La pais s'établit enfin : Pisidès, habitué à sonner la victoire et enivré de carnage, célèbre docilement la paix. L'empereur jouit de son triomphe et se repose : le diacre chante £ Œuvre de la Création el se complaît flans la vue des merveilles de la nature. L'hérésie

des monophysites s'est déclarée, la religion est en danger, et le prince s'est fait conlroversiste : Pisidès se rappelle alors qu'il est théologien et combat l'impie Sévèro. Enfin le triomphateur de Ninive n'est plus que le vaincu de l'Yermouk : c'est à ce moment sans doute que parait le petit poème sur la Vani/é de la vie. On sent que le héros et le poëte sont brisés, que l'un ne survivra guère à l'autre, George passe inaperçu dans les dernières années d'Héraclius. On aurait aimé à le suivre dans cette lamentable période : on voudrait même qu'il nous eût accablés de ses chants de deuil, parce qu'on y surprendrait quelques-unes de ces observations morales qui font principalement goûter ses compositions.

Théophane écrit dans un cloître, un siècle après Héraclius. Son unique soin est de montrer la constante intervention de Dieu et des saints, et de justifier le (niJtiidrs images: ilplaide contre les iconoclastes. Mais la tournure même de son esprit lui fait comprendre le règne éminemment religieux d'Héraclius. Nu! n'est mieux renseigné touchant la guerre et les hérésies. Les détails curieux abondent, et l'on a affaire a un bon moine fort consciencieux.

CriRONIQI'ES BYZANTINES. i'i

Au ix° siècle, le souvenir d'Héraelius commençait à s'effacer. Nicéphore, patriarche de Constanlinople, ne se rappelle guère que ses défaites et sa triste fin, et comme il veut foire la leçon aux empereurs qui l'ont exilé, il attribue ies malheurs de leur ancêtre au mépris de la discipline de l'Église. Il sera toujours utile d'opposer Nicéphore à Pisidès, le détracteur au flatteur.

Un quatrième document nous sera, de temps à autre, d'une granile utilili' : c'est la Chronique Pascale, reeueiljde pièces authentiques, parmi lesquelles brille une lettre de l'Empereur luimême, décisive pour notre appréciation.

Les autres compilateurs se divisent, malgré leur sécheresse, en deux camps opposés: ceuxci font fêle à Héraclius, ceux-là lui tiennent rigueur. On profitera de Suidas, do Cédrênos, et même de Zonaras ; on donnera un coup d'œîl à Joël, iL Manassès, à Ephrémios et a Glycas.

L'histoire de l'évêque arménien Sépêos (1),

{I) Plusieurs passages sont cités dans la Chronologit arminienne de M. Dalurier, qui nous a été d'un puissant secours. En outre, co savant membre ue l'Institut a bien voulu traduire

H. Dulaurier, et nous a transmis sa version.

14 CHAf JTIiE l'EEMIEK.

la chronique latine de Frikle^aire ne doivenl pas être négligées. Le premier truite long-uement des campagnes d'H-'irafilius ; le second nous fait assister à la formation d'une légende dont le moyen âge va s' emparer.

Héraclius naquit dans la Cappadoec, en 573, quelques années après Mahomcl. Sa famille était illustre, et on ne peut douter qu'il n'ait trouvé en elle une glorieuse Ira'lilion militaire (1). Au v" siècle, lorsque les deux Empires fiaient menacés d'une ruine complète par Genséric et Attila, ces fléaux de Dieu, ce fut un Héraclius d'Edesse, l'un de ses aïeux (2), qui, avec les troupes de l'Egypte, de la Thébaïde cl du Désert,

l'histoire du Bas-Empire. Egalement distingué par sa naissance, sa fortune et ses lalents, il fit la guerre aux Perses, et tint avec fermeté le drapeau romain que laissaient échapper les

Cd lis la ni i ni Manassis Campcmliam, v.

(i) C'est l'avis de Du GanRO : voir Cuushmlia.iiidis rfiriitimn.

FAMILLE s'ilÉRACLll'S. (6

mains défaillantes de Pbilippique. Nommé gtmverneur d'Afrique, il était, au milieu des plus poignantes infortunes, le dernier espoir de l'Orient. Son épousa Epipli;mia, qui lui survécut plusieurs années, semble avoir été particulièrement vénérée des habitants de Contantînople. De ce mariage étaient nés: l'Empereur Héraclius; Théodore, qui fut généralissime et curopalate; Marie, dont la lille Marlina devint impératrice. Afin de mieux remplir ses fonctions, il appela auprès de lui son frère Grégoras, qui, à sa mort, mérita do lui Ptirrrder, et lermina lui-mfime sa carrière dans ce poste important. Nicétas, fils de Grégoras, était un jeune homme plein de courage, qu'un hasard heureux aurait pu élever au trône.

Héraclius, fils du vainqueur des Perses et cousin de Nicétas, avait sous les yeux de beaux

ailleurs. Le récit des exploits paternels dut éveiller de bonne heure en lui l'amour do la gloire. Les leçons de sa mtre, Ame douce et généreuse, déposèrent dans son cœur le germe des plus nobles qualités.

Dans quelle mesure s'opéra le mélange de ce courage et de celte tendresse rapprochés par

16 CHAPITRE PRETEE.

l'union du guerrier Cappadocîen et de la noble Byzantine et confondus dans Héraclius? Nous ferons nos efforts pour le démêler, malgré l'insuffisance des données premières.

La concorde qui régnait dans la famille do l'exarque contrastai t avec l'anarchiedel'Empire. Nous croyons que l'énergie de l'exarque en était la cause principale, car plus fard l'Empereur, que l'amour paternel désarmait trop souvent, fut impuissant à la maintenir. Or, c'est à elle que les IIi'rnHides durent leur élé—

II n'était pas non plus indifférent d'avoir vu gouverner un grand diocèse, avant de gouverner soi-m6me un grand Empire. L'Afrique, rendue à la couronne par les victoires de Bélisaîre, comprenait six provinces dont le centre était Cartilage : magnifique champ d'expérience pour qui voulait s'instruire.

Ainsi Héraclïus, danssajeunesse, n'avait qu'à regarder et à comprendre. 11 avait une famille unie, un père grand général et grand homme d'Etat, une mère ornée de toutes les vertus de son sexe, une sœur chérie, un frère et un cousin prêts à rivaliser avec lui.

JEUNESSE b'hÉHACUUE.

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