III. Les Jnirs dans l'Aile grecque
Chosroès, dont la résolution était irrévocable, n'avait pas voulu prêter l'oreille aux hypocrites protestations de Phocas (i); il avait jeté l'am-
(1) TlidophylacLe, p. 34S.
bassadeur grec dans un cachot et consulté une tk fois les Maires et les Sutrapis qui liront rponse lîiupririnlu d'une liaine violente i les chrétiens (i). Puis il avait poussé son vers l'Euphrate et envahi la Syrie. De îts généraux commandaient ses années.
Les plus célèbres éhiifrif : lia/atès qui périra de .in d'Héroclius; Saën que le grand roi lourir dans les supplices, et surtout Rornizanès, dont le surnom de Sanglier royal (2) indique la haute situation politique et la férocité.
Les Grecs n'avaient pour les défendre que le terrible Narsès, qui, né en Perse, fut accusé de trahison et expira au milieu des tourments. Ne rencontrant plus d'obstacles, le grand roi s'empara de Merdin, de Dara, d'Aniida et d'Édesse. Grâce à ces positions stratégiques, il put ravager impunément la Syrie, l'Arménie, la Cappadoce, la Galatie, la Paphlagonie, et peut-être s'avancer jusqu'à Chalcédoine, jetant l'épouvante dans Conslanlinople même.
Néanmoins, il est probable que Ghosrocs n'aurait pas mieux réussi que Nouschirvan à
(i) Annales d'Entycb:
occuper d'une manière durable l'Asie hellénique, si l'absurde et coupable conduite de Phocas ne lui avait procurédes forces nouvelles et un allié redoutable.
La captivité de Babylone et la dispersion, qui
la formation de nombreux centres juifs, suc les bords de l'Euphraie et jusqu'en Arménie et en ÉgypLe. Perséculés par 1rs Flaviens et les Antonins, les Hébreux avaient, dans les derniers temps du paganisme, enfin rassuré sur leur compte, joui d'une long-ue paix qui avait permis a leurs docteurs de rédig-er le Talmud ou Doc - Irino, « recueil des codes partiels et des lois traditionnelles des écoles pharisiennesu(l). Mais lo triomphe du Christianisme et la résurrection du Mazdéisme avaient rendu leur existence singulièrement précaire. Le patriarche juif de Tibériade, d'abord honoré du litre d'illustre, disparut, et seuls [es Princes de [exil, qui rattachaient leur généalogie à la famille de David, servirent de ralliement à l'infortunée nation à
(l| Voir Mmli, Paintimr, dans ('['iii.ro, eL Albert Révillo, le peuple Juif et le Ju.l'i'i.aur nu (i'.u.-h J,' ï.-i formation du Talmud, d'nprrs 1rs historiens juif, ilr ,ios j„urs. ilnns 1.1 JîfHW des Dru.r Mandes (lu 1" nuvcmhre 1B>7.
lions. Les Samaritains, exaspérée, se 'révoltèrent roua Zenon et sous Justinien. • Ils massacrèrent les Chrétiens, brûlèrent les églises, ravagèrent le pays, et se livrèrent à des excès do cruauté » (1). Soumis aux charges et privés des honneurs des curiales, ils ensanglantèrent encore le régie de l'inlolérant compilateur des Pandecles. Feut-ijlru u^-iiient-ils dès lors de connivence avec les Sassanides.
L'Itinéraire de saint Antonio, rédigé à l'époque dont nous parlons, marque l'aversion réciproque des Chrétiens et des Juifs, « Dans leurs rapports de commerce, les Israélites ne voulaient pas recevoir l'argent de la main des Chrétiens, et ceux-ci mettaient dans l'eau Ica pièces de monnaie que les Israélites avaient touchées.
Lorsque les circonstances recommandaient la plus grande modération, Phocas conçut ('idée singulière d'expier ses crimes en convertissant malgré eux tous les Juifs. 11 leur cacha picuse-
(1) Boni, Palutûu.
(2) VoirPoujoulat, IliiioiredeJirusatem.X. H
ment son intention, leur donna rendez-vous dans la vtîle sainte, stimulâtes retardataires par des soldats qui les relancèrent jusqu'aux extrémités de l'empire, et, quand il les Uni, leur administra violemment et surabondamment le baptême.
Une crise terrible fut la conséquence de cette mesure brulale et sauvage. Il y eut à Anlioche une émeute sanglante : le patriarche Anaslase fut mis en pièces, les maisons des riches incendiées. A ce massacre, l'autorité impériale répondit par d'autres massacres (1). Les Juifs implorèrent le secours de Chosroès, qui redoubla d'audace.
La guerre prit un caractère affreux. ■ I» Sanglier royal exerça ses fureurs sur terre et sur mer, dit un historien arménien qui confirme Pisiiiès; il transporta de très-élégantes villas romaines, avec leurs habitants, sur le territoire persan, et prescrivit à ses architectes de construire des villes en Perse sur le modèle des villes détruites. Il appela l'une de ces villes Anlioche la Glorieuse » (2). Toutes les oeuvres d'art disparurent au milieu de cette expédition
(1) V. TbéophaiiB et Cédronos.
(ÏJ /onrMi niialijiK, Inc. cil.
LES JUIFS DAÏS J-'aKIE ORBOflUB. S7
qui se rapproche par tant de points de celle de Nabuchodonosor.
Damas eut le sort (TAntiochc. ■ Les Chrétiens abandonnèrent Césarée pour s'élablir ailleurs; il n'y resta que les Juifs. »
CHAPITHL SIXIÈME
II nous est difficile d'établir co qu'Héraoliua faisait h Conslaiiiinople pendant que l'alliance des Perses fit des Juifs bouleversait l'Asie. Les histoires qui, malgré l'incertitude de leur chronologie, peuvent être considérées comme des autorités suffisantes, sont, pour cette période, d'une sécheresse désespérante. Elles taisent volontairement heaueoup de choses, et suivant le précepte de Pisidùs. elles se détournent des souvenirs poignants qui auraient ravivé le ohagrin et la honte (i).
Théophane, qui n'est qu'un excellent ohroniqueur, nous dit simplement : «Héraclius était dans l'incertitude »(2), et il nous donne les motifs, plutôt extérieurs qu'intimes, de son inaction.
(■i) È, (tiitiii h -i * f istt. T lie liant, 1, -SGI.
de l'Europe on désert ; les Perses avaient ruiné l'Asie de fond on comble, déporté au loin des villes entières. »
Mais comment en était-on venu àcetlo extrémité? Comment, après avoir renversé Phocas, restait-on inerte devant (jhosroès? Ici encore, deux raisons plausibles sont produites, l'une par Pisidès, l'autre par ïhéophane : lo manque de soldats et l'épuisement des finances.
L'or et l'argent abondaient au moyen âge dans la ville de Byzance, malgré les tributs serviles qu'elle avait coutume île paver aux ennemis qui l'entouraient. Mais «es trésors, qu'elle prodiguait aux Barbares, lui revenaient chaque année, grâce a son industrie et ù son commerce. Au commence oient du vu* siècle, toutefois, la compeusation n'était plus établie, parce que l'anarchie universelle, les excès de la guerre, avaient paralysé complètement le travail et les transactions. Ainsi, les finances, que !e poète appelle, dans un langage déjà tout moderne, le nerf des combats (1), ne se renouvelaient plus. 0)
Voici encore un fiiif dont il faut tenir compte. Héraciius, s'é tant avisé de faire le recensement de toute son armée, ne trouva que deux légionnaires qui eussent servi sous Maurice, mort depuis huit années seulement : chose d'autant plus surprenante que la miliec grecque se composait surtout de mercenaires (i). Ces troupes jeunes, sans chefs expérimentés, n'inspiraient
Au-dessus de ces causes, dont nous ne méconnaissons pas la gravité, îl y en avait d'autres, celles mêmes que nous avons signalées. Cet empereur, qui, quelques années plus lard, avec des ressources moindres encore, mais sous l'empire d'un beau désespoir, accomplira, des merveilles, était retenu par des entraves de toutes sortes r la conspiration de Crispus, la mort d'Eudoxie, son union avec Mavlinn. Mccpliorc attribue à cette dernière circonstance la contrariété et r aspérité des affaires (2).
Si nous en croyons les Arméniens, Héraciius, à chaque victoire îles Perses, aurait adressé à Cliosroès de nouvelles propositions de paix. Il envoya vers le roi des amhassadeurs chargés de