IV. Désespoir d'Héraelins
A tous ces malheurs, venaient s'ajouter une horrible famine., qui sévissait dans la capiLalo depuis que les arrivages d'Egypte fai saie n t défaut, et une peste meurtrière qui emporta une multitude de citoyens.
Les Grecs n'avaient plus confiance dans Héradius; Héraciius n'avait plus confiance en Dieu. L'Etat, fondé précisément sur la Divinité et sur l'Empereur, allait donc périr, comme un vaisseau sans pilote au milieu de la tempête. Incapable d'agir, puisquo sa conscienco ellemême paralysait sa volonté, naturellement si intermittente, mais bien pénétré de son impuissance, le souverain crut que l'heure était venue de renoncera la couronne qui l'accablait. Kentrer dans la foule, d'où l'avait tiré un instant d'énergie et d'enthousiasme, telle fut sa pensée. Indigne, à ses propres yeux, non-seulement de l'empire, mais de l'existence, il aurait reçu do Chosroès le martyre avec gratitude. c>mme
108 CIIAPnUE SIXIÈME.
Maurice Pavait reçu de Phocas. Mais l'idée de forcer tous ses sujets à i-\pii:r dans les supplices ses propres faules le faisait frémir.
Cependant, nous le savons, Héraclius ne s'appartenait pas : il éfait l'esclai^ de Marlma, dont l'âme hypocrite et féroce ne reculait devant aucun déshonneur. Une simple abdication, qui l'aurait rendue l'égale de ceux qu'elle méprisai!, lui inspirait une profonde répugnance.
11 s'établît donc comme un compromis entre l'abnégation de l'empereur et l'ambition de l'impératrice. Il fut décidé que toutes les richesses dont on disposait encore, seraient placées sur plusieurs navires et envoyées à Cartilage, où la famille impériale allait se retirer. Triste concession faite à une femme sans cceur ! Lorsque l'empire avait besoin de ses moindres ressources, on les lui dérobait) et on abandonnait les malheureux citoyens de Constantinople,, dénués de tout, à l'épée de Chosroès!
Quant au choix de Cartilage, il ne ne nous surprend pas. Le père il'Méi'nrlius avait eu pour successeur, à la tete de l'exarchat, son oncle Grégoras! L'Afrique occidentale était le seul pays de i'empire qui fût à t'abri des incursions du grand roi. Peul-Ctre Marti na nourrissait-
elle l'espoir de régner sur ces débris de l'immense domination dont, plus que tout autre, elle avait causé la perte 1
C'est avec peine que nous sondons les plaies d'une ûme généreuse, mais énervée par des fautes involontaires, l'almnsphi'i'o de la cour et l'époque mémo qui l'avait produite. Le héros des Douze Travaux, filant aux pieds d'Omphale, ne nous attriste pas plus que le nouvel Hercule^) enchaîné aux désirs do son indigne épouse.
Les trésors d'IIéraclius furent donc confiés (■ à mille vaisseaux, «dit la légende orientale, et dirigés vers Carihage. Mais Dieu ne permit pas que la flotte parvint ù sa destination. Un ouragan la jeta " sur une rade où commandaient les officiers de Chosroès. Tous les objets précieux qu'elle contenait furent envoyés au grand roi qui les mit au nombre de ses trésors. ■ 11 put contempler chaque jour la dépouille impériale, le Badaverd, ou trésor apporté par le vent (2). La nouvelle de ce dernier désastre n'était pas encore arrivée à Constantinople,
(1) C'est ainsi que l'appellent le? Byzantins en jouant sur ! °(î) Mirknond.
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quand Héraclius rendit publiant; son intention do retourner dans sa patrie adoptivc. En vain, par des manifestations auxquelles son cuHir n'était pas insensible, les citoyens le conjuraient de rester. L'intluiinre du Marlina [irévalait. Mais, lorsque la résolution d'Héraclîus paraissait irrévocable, un homme se pNrsenltt ilnvanl lui, énergique, et autorisé, qui mil en déroule les calculs de la faiblesse et de l'égoïsme.
LE PATRIARCHE 8EHR-IUS. — IL EMPÊCHE HËRACLIUS DE
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