II. La réponse de Cbosroès
Chosroès, sortant de son long' silence, fit une réponse insolente, qui contrastait avec le ton humble et suppliant d'HéracKus.
n Le plus noble des dieux, le maître et le roi de toute la terre, le fils du grand Oromase, Chosroès, à Iiéraclius. son esclave insensé et vil.
« lïcfusant de te soumettre à notre empire, lu l'intitules maître et souverain. Nos trésors, que lu déliens, lu les répands, et lu trompes nos serviteurs. Ayant rassemblé une troupe de brigands, tu nous inquiètes sans cesse; n'ai-jc
I3t CHAPITRE NECTJEME.
donc point détruit lus Grues? Tu prétends mettre ta continuée eu Lieu, cl pourquoi donc n'n-t-il pas sauvé de mes mains etCésarée, et Jérusalem, et Alexandrie? Ignores-tu donc -maintenant que j'ai soumis à mes lois cl la terre et la mer?. Est-ce que je ne pourrais point aussi détruire Constantinople? Mais non ; je le pardonnerai toutes les fautes, si prenant a von toi la femme et tes enfants, tu viens ici. Je lo donnerai des propriétés, des vip'in.'s. dos ]>liinLiilions d'oliviers qui fourniront aux besoins de la vie: je laisserai tomber sur lui un regard bienveillant. Ne le laisse point abuser par un vain espoir en ce Christ, qui n'a pu se sauver lui-même des mains des Juifs, qui l'ont lué en l'attachant à une croix. Si tu descends dans les profondeurs delà mer, j'étendrai la main et j« te saisirai, et lu me verras alors sans le vouloir o (1).
Iléraelius vit immédiatement le parti qu'il pouvait tirer de cet étrange monument de l'orgueil et de l'égoïsme d'un despote oriental. Il fit donner lecture du message. Cet arrogant défi, surtout les mots qui le terminaient et qui expriment sï vivement la fatalité, qui depuis vingtcinqans empruntait lebraslioinicidcdeCbosroès
(i) Sjp6o>.
héi-osse DE CIIOSKOÈS. 138
et s'aclinrnait sur la malheureuse nation, exercèrent une imprehjion profonde sur l'assistance. Un mouvement instinelirpoussa tous les citoyens vers le sanctuaire de la Divinité. Ils déposèrent sur l'autel la lettre qui rappelait leurs longues humiliations, versèrent des larmes amères, et supplièrent le Dieu des combats de regarder les outrages que proféraient contre lui les ennemis de son saint nom (1).
Cette Émotion, cette indignation générale, r ces larmes brûlantes, étaient de bon augure. Le patriarche et l'empereur, qui les avaient si patriotiquemenl provoquées, voulurent, cepremier progrès constaté, en obtenir un second. Cette nation pieusement agenouillée, ils voulurent qu'elle se relevât pour courir aux armes, et que, résignée aux décrets du ciel, elle devînt terrible à Chosroès. Sondant avec une rare pénétration les cœurs des Byzantins, ils se dirent qu'ils atteindraient le but en faisant ressortir surtout le côté religieux de l'entreprise. Ils répétèrent, et firent répéter à Tenvi, que le grand roi sommait , les Grecs de renier le Dieu crucifié et d'adorer le soleil. On lui prêtait l'intention de mettre à
(!) BtstM-
13G CIJAl'JTRE NEUVIÈME.
mort tous ceux qui resteraient chrétiens (1). Peut-être les Magea avaient-ils en ctîet formé ce dessein. Quoi qu'il en soit, les massacres de Jérusalem présageaient aux habitants de Constanlinople on sort cruel, s'ils tombaient aux
Rendre intolérable aux Grecs et aux Perses le joug du souverain Sassanide : c 'était là le plan d'IIéraelius, mûrement conçu et ardemment
Déjà les exactions dont Ghosroês était l'auteur, et les énormes Iribuls qu'il prélevait, lui avaient aliéné l'Asie ; il inspirait à l'Europe un eflroi heureusement tempéré par la haine, le désir de la vengeance et le fanatisme. Sous ses coups redoublés, les caractères avaient repris de la consistance, lésâmes s'étaient retrempées,
m. Les résolutions a-HérauItos [Hl-Mi;.
L'empire qu'Héraclius avait conquis sur la multitude par ses deux aventures de Sélymbrie et de Chalcédoine, par l'exposition do la Sainte Éponge et de la Sainte Lance, par sa victoire na-
RÉSOLUTIONS D'HÉRACLIDS. 137
valc et par lo lecture pithlifj ne Je l'ultimatum du grand roi, l'enhardirent à prendre les mesures que nécessitaient les circonstances.
Tout d'abord, il lui fallait des hommes et de l'argent. Or I'hocas, Chosroôs et Baïan, ees trois fléaux des Romains, avaient décimé la génération et consumé le trésor. Mais il y avait, au sein même de l'Etat, une puissance qui, malgré tout, possédait une armée nombreuse et d'immenses richesses : c'était l'Kglise. Réclamer .pour ie service militaire des mo.incs oisifs, et pour le bien publie des capitaux sans emploi, c'eût été, en temps ordinaire, une entreprise pleine de témérité. Le patriarche Nicépbore, qui vivait deux siècles après, en est scandalisé et presque indigné. Mais le patriarche Sergius a'empressa de mettre toutes ses ressources a la disposition de l'empereur. Touchant le recrutement de la milice, neus n'avons aucune donnée positive. Mais la Novelle qui limite le nombre des diacres et des ruligiuux île.-; différents ordres est un indice qu'on ne saurait négliger (1).
(l)Vuir](!/*«C™ra-/li)w<iiJ«M:hi.Vf)iv;(,!B5tsiiLïioil'oo™ncril do l'Emperour au palriarrlu;, rlah 1 ile l'nn OU).— Dans la Catafogue dtl Manuurils iriv. ili In /Wii'k'f/ifjur iiiipfriate t qu'un nous a envoyé do PiilcrsbmiiL'. rinus IfiiiiviiiLs.fi la jiaSPlIN, n"l,XVI: le ,¥omocanonidu mmiailOrc deslhiro an Mcint-Atliosl contepanl.loîNovollps d'UOracIms, [lan-lit min du i" siicle.
13fi CHAPITRE KKUV1ÉMS.
Cetlo loi eut pour but et pour conséquence d'empêcher la désertion des emplois Iniques.
Mous sommes mieux lixés surLi question financière. Tons les objets précieux, qui composaient ie trésor de Fainte-Sophie, lurent apportés au palais impérial. On convint d'en rendre la valeur avec les revenus du lise, dès que la paix serait rétablie. L'exemple du prélat le plus «minent de l'empire fut contagieux. La plupart des évoques s'empressèrent de le suivre. Ceux qui résistèrent furentobligésde céder devant l'autorité du monarque et devant l'opinion publique, N'éfait-il pas juste que l'Iigiîso s'imposât des sacrifices, quand l'État préparait une expédition
tiquo de restitution et la fixation d'un intérêt adoucissaient les rigueur;; do la confiscation et do l'emprunt forcé. On frappa des monnaies d'or, d'argent et do billon ; on put enrôler des troupes, remplir les arsenaux, et faire des approvisionnements de toute sorte (1).
Apres le clergé, ce fut le peuple qui dut, à son tour, se montrer généreux et résigné. Un usage immémorial était passé de Roiuo à Cons-
{11 tiicéphore, p. Sô. - Thdophma,!, p. 166.- Suidis, article Biratliut,
kiuliminle, celui des < plument naturel des j pour l'Etat une grat ti'iyr-ns riciu.'ii uni: ch.')
ctni lu inc nviiil il'uuin
universelle et radicale, alors qu'on appréhendait une afl'reuse disette.
A ces précautions, on en joignit une autrenon moins indispensable. L'empereur, justement défiant envers le Uhakan, Était bien aise d'avoir auprès de lui des surveillants qui l'avertissent de ses moindres actions. H lui proposa des Otages : piège que l'Avare ne devina pas. Il désigna Eutrope et Jean, de naissance sénatoriale , et leur donna pour compagnons l'un de ses neveux et son fds illégitime, enfants en bas âge que le soupçon ne pouvait atteindre. Il alla même jusqu'à lui con-
(IjftxtptTfn ™- xirô iniiTBi. 5 P ™,.CT™igNf Piwflb, p- 11 1
Supprimer les cet expédient, i
5, c'était en défini- .rniée. On s'avisado égards. Mais on usa 1er les murmures el ifln a une mesure
la
lier la lulelle de son 1 h' i-î Lîrir , clic relitiri t ù appri-
L' intelligence politique d'IIéraclius éclata égalemenl dans une combinaison, dont il eut l'honneur et l'empire le profil. Par l'entremise de L'exarque do Ravenne, il se concilia l'amitié des Lombards, qui promirent d'occuper les
Enfin, il régla Tordre du gouvernement durant son absence. Il proclama régent le fils d'Eudoxie, le nouveau Constantin, à peine âgé de dix ans. Mais il confia la direction des afi'aires à Sergius et à Bonus. Sergius était le lieutenant nécessaire d'IIéraclius, l'urne de l'Kmpire, un inspirateur île Ions les instants (11. Bonus, patrice et chef de la milice, était le troisième personnage de l'Etat (2). On ne saurait trop louer
(I) L'aulorilL- exemin par '.<■ rinn-Uo i>it rendue sensible par collo Novell o il'ITi'inKias .Ja.i r,:n ■-ooWiimm.p. 85) i Non easn Tua atiquem saLvi.lulali au.i.-suiti liabilu, cujuscuniquo sil graiiilivi'loriiinis, r\ alia dvilate, aul vico, vol alio promis . loco, nrl imueraloriam '.rimai lia nu veinenlem, in aliquain cjus, vol urbani U'rriloiii ccclo.-àairi, fina atlprobatione ac mandalo regealii a|i<j=:i>lii'" :n oj i. iliroaum palriarcliœ U uivc-r.alis iimniUi, Ole.»
(i) Pour la hiéravcliki a 1 inini^aiii i\ rdiaii'use el mililaire do l'orapiro d'Orirnl. voir : KrauiC nie ISij:«»linrrdrt ifitttlal- Un l'a ikrem Sttlias- Ihf-nuii l,;r,itM,r« ; Ilallr-, iSH9. — Nous devons la eomilimiitaliori 'le col oui rape 4 l'obliges non llo SI. E^ger, membre d» l'inslilut.