III. Il relève le courage de ses traapes et les exerce
C'était une étrange armée que celle qui se trouvait à Issus sous le commandement de l'Em-
(I] De Expedilàm Ptnka.ÀZt. II, <i. SS.
(i) Hiradlado» Acr. Il, v. 138.
(S) Thmiiliainî, I, p. 466.
(1] É.Tivi.. iiti™ ™. fci.iM.jtiM; V"'."»t-lii-,iMd.— C'oil (5) Di Expt&tta*! Ptrsica, Acr. II, v. 06.
HÉRACMt'S r.Xl'llCF, SES TROUPES. 157
pereur : toutes le- mitions de l'empire y étaient représentées. C'est assez dire r.|iie les races, les .mœurs, les langues, les idées les plus diverses,
nag-uire dans la capitale :'l). Parmi ces soldats, Us uns étaienf des mercenaires, les autres de véritables croisés. Ceux-ci, venus de Constantinople, avaient reçu l'initiation de l'Empereur el du Patriarche. Ceux-là, éprouvés par une série de défaites lamentables el par de longues privations, n'inspiraient à leur chef aucune confiance.
Héraclius vil bien qu'avant de façonner le corps de l'armée, il fallait lui donner une àme. Or, c'est surtout dans l'emploi des moyens moraux, dont les grands tacticiens n'ont pas toujours le secret, que sa supériorité se révèle. Nouvel Orphée, il possède au plus haut degré la science de l'harmonie qui, selon les Grecs de la grande époque, est aussi la science de la politique. Un rhylhme parfait, une musique divine, président à ses moindres actes et à ses moindres paroles. Jamais il n'a recours à la rigueur. Il
, T»r it-Jia/.Lv * ,. T .: 11,: :^ne Ptrsica, PoStim.
158 CJUMTHB OlxrïiME.
procède comme un médecin ex pé ri mon lé, qui préfère l'emploi îles émollienls à eelui des caustiques el ù l'amputation des membres (I).
Quel est le principe de ee tact souverain ?
Est-ce l'idée du beau, du bon et du vrai, telle qu'on la rencontre chez un PIulou? Cfenl c'est Diou lui-même, c'est le Verbe Divin, c'est M Saint-Esprit (2). Ici apparaît de nouveau la fameuse théorie byzantine qui était le fondement de i'Élal. Communiquer le Saint-Esprit dont il est rempli : c'est là le but d'Héraclius,eet Sire privilégié et presque surnaturel. Or lu dévotion dépose dans les cœurs un germe qui ne manque pas de se développer sous une influence vivitîanle. Héraclius est donc assuré de la victoire, quand ses soldats sont devenus de parfaits c.\emplaires de piélé (3). Son immense crédit auprès de la Divinité el la sympathie qu'il inspire
piété, qui necessentde les entourer, leur donnent une énergie nouvelle au milieu des périls et
(Ij Dl Exprditmi Pirsiia, Acr. II, t. 191,
des conjonctures difficiles» (t). Ajoutez 1 cela de fréquents enh-ctions sur l'objet même de la campagne, la croix captive, In cité sainte qui est si proche, le nom auguste de Rome. Alors, comme par enchantement, du sein de celle multitude ai confuse, s'élève une grande pensée commune. Une armée est créée ; disons mieux, une cité, semblable ù celle que Xénophon conduisait à travers l'Asie, mue par les idées de religion et do patrie (2),
On peut expliquer ce résultat merveilleux de manière h satisfaire tout le monde. Héraclîus est l'un des hommes les plus éloquents qui aient existé. Lion, lu foi, l'espérance, le martyre : voilà les snjels ordinaires de ses discours. Son urne déborde avec des jets de flamme.
Ardente, elle embrase les autres âmes. » Tes paroles ont aiguisé nos épées, la plainte a animé ces armes elles-mêmes I ■ s'écriera un jour l'un rie ses soldats, en constatant, d'une façon toute naïve, l'irrésistible éloquence de son souverain. Nous prêterons l'oreille, en temps et lieu, à la
f De Èxpiditiont Vmica, Acr.II, v.188.
f GO CHAPITRE DKTÈME.
voix puissante de ce prince qui ne veut plus
Après tes moyens moraux, les moyens pratiques; après la tùche du directeur spirituel, celle du général. Ilcrnclius ne rmdo pas devant ce travail purement technique, ordinairement dévolu aux officiers inféiicurs; et, chose remarquable, son panégyriste nous le montre présidant à la parade, faisant des gestes, des démonstrations , traçant des modèles, maniant les armes comme un maître élémentaire manie les lettres de l'alphabet (1). Lù-dessus, il se récrie, et compare l'esprit de l'empereur à l'Océan sans lirifites (2). Etnous aussi, nous admirons, mais pour d'autres motifs. Nous ne voyons pas sans étonnement l'intime union de In divination et du sens pratique. En même temps, nous sommes
l'enthousiasme est le premier mobile d'Héraclius, la connaissance positive des choses est son premier moyen.
(!] De Expidilwoe Pmict, Acr. ][, r. 40.
<!)H.,tW<l,v.*9.
ALLOCUTION d'hÉKACUUS. 161
17, Allocution d'HéraclluB: l'Image non pointe.
Héraclius voulu! se rendre complètement maître de ses solilab douipks par son génie et charmes par sa bienveillance. 11 ordonna une revue générale. Quand il parut, les étendards aux couleurs variées, qui servaient à indiquer les mouvement, s'inclinèrent vers la terre (1). Iles acclamations bruyantes et enthousiastes retentirent. Mais l'Empereur, tout entier ù
quittait plus, et la tenant embrassée : a J'ai mis ma confiance, dit-il, dans ce Dieu qui est notre
prépare aux travaux de la guerre, comme ie plus humble d'entre vous. Celle Sainte Image, et les malheurs de l'Empire, ont d'ailleurs établi entre nous une fraternelle sympathie. 11 nous convient à tous de marelicr eonlre des ennemis qui adorent les créatures au lieu du Créateur, qui ont souillé de sang 1 et de meurtres des tables sans facile, et qui déshonorent, par leurs iropucidités, desËglises jusqu'iei à l'abri des passions! Ils veulent, les impies, avec leur épée barbare,
(I] D, BapdltwM Ftrtm, Àor. II, v. 78.
couper jusqu 'à la racine celle vigne que nous rivons plantée! (Test bien eux que David avait en vue, quand il disait : a Heureux celui qui jette violemment à (erre et qui brise contre la pierre les enfants de la Perse ! » (1) i Le fanatisme I voilà le sentiment auquel s'adresse l'Empereur, pour donner a son armée la cohésion et l'essor. Il ne recule mflme pas devant une interprétation hasardeuse du texte aacré. Peiit-Ctre le martyre récent de saint
mole" par les Perses, avait-il allumé dans tous
L'un des témoins de celle scène en constate le
Héraelius apparaissait comme l'interprète du Dieu tout-puissant évoqué par lui. Jamais sou-
(ï) De SxptUlknu Cwifea, Acr. 11, «