V. Exercices guerriers et combats simulés
Après celle allocution, il semblait qu'on n'eût qu'à marcher contre l'ennemi. Mais, nous le répétons, le bon sens vient toujours rectifier l'enthousiasme d'Hèraeliua. Si on alirontait prématurément a la poussière des Perses, la race indomptable, » on serait battu. Le plus léger *fcsuecès pouvait faire renaître o la terreur persique, » et on perdrait en un inslanl le fruil de tant d'efforts, il fallait mettre, sous les yeux des soldats excités et instruits, l'image de la guerre. Avec sa prévoyance ordinaire, le général résolut o de leur montrer, avant les dangers réels, les plus grands dangers; il voulut que chacun faisant, àl'abri du péril, l'expérience d'une dé^faite, acquît plus d'assurance ■>(!), On déploya, dans ces attaques simulées, une véhémence qu'on ne rencontre pas toujours sur les champs de bataille* « Les escadrons étaient disposés avec un ordre rigoureux. S'étanl divisés en deux camps, ils se serrèrent fortement les uns contre les autres. On aurait dit des murailles garnies de machines de guerre. Les deux armées, s'é-
(I) Ûe Expédition! Pirsica, Acr. Il, V. 143.
branlant tout entiëi es, les Ixnifiliers heurtèrent les épées avec des chocs violents. Cette représentation de la guerre était si parfaite, que l'on croyait voir foulesles épées teintes de sang. Partout l'horreur, l'épouvante, lu confusion, un élan meurtrier, sans meurtres toutefois (I). . Héraclïus faisait lui-même son apprentissage
les flofsde la mer sont repoussas vivement par* le reflux, les flols de son armée, se mouvant
sentaient avec non moins de vitesse, Lanlût de front, tantôt en arrière » (2). Il y eut là pour Iléraclius hftn des observations à recueillir, et nul plus que lui n'était purlé a tenir compte de l'expérience (3). Le résultat le plus important élait d'avoir familiarisé avec les combats ces recrues naguère . suspectes. Il fallait bien prendre fcon parti, quand on voyait les flèches çt les boucliers déposés sur la table impériale, à côté des plats et des coupes d'or (i). Tout le monde s'élançait sur les traces glorieuses du (I) Dt Erpediliane Ptnica, Acr. II, v. {95.
(1. 1,1. , rliid.,Y.153..
en M.. Mil., v. 60.
(I) H., Md., i. 40.
maître (1). « Les temps de la lâcheté * étaient loin maintenant.
Rien n'avait troublé ces préliminaires. Une poignée de braves guerriers, retranchée dans une forte position, *'él;iit grossie successivement des mercenaires et des volontaires de tout l'Empire. Devenue une armée comparable à celle de Xerxês, elle avait acquis l'homogénéité, le sentiment de l'honneur et du devoir, l'instruction , l'expérience , l'élan guerrier ; elle s'était pourvue: de généraux, pn'ls à transmettre et à exécuter les ordres de l'incomparable capitaine qui avait surgi au milieu de cette universelle effervescence.
Que faisaient les Perses? Sans doute le gros de leurs, forces attendait en vue de Chaloédumc le moment propice. Loin de s'inquiéter de l'aven- : tureuse expédition d'Héraclius, ils s'en réjouissaient, parce qu'elle leur permettait d'exécuter plus aisément leur dessein. Alexandrie, Jérusalem, Antioche et Césarée étaient pillées et presque détruites; l'Asie et l'Afrique n'offraient
(1) Dt EqalitUM Pirika, Acr.ll, ». TU.
plus rien à ravager. L'Europe cl la capitale de l'Empire excitaient seules désormais Ift convoitise de Chosroès. EL sans doute il ne cessait de dire au Sanglier royal, son premier gênerai, ce que Mahomet II dit plus tard à son grand vizir : « Donne-moi Conslanlinople ! »
Cette idée lixe des Perses et du grand roi indiquait à Iiéraclius son plan île campagne. Pour dégager la capitale, il fallait menacer l'Empire Perse. Mais on ne pouvait pas risquer une attaque direete et nnniedinle, parue que, au-delà des moniagnes de Syrie, on mirait trouvé cette grande plaine, jadis fatale à Cyrus le jeune, où l'on devrait lutter contre des forces supérieures et une redoutable cavalerie. Si, au contraire, on s'avançait vers le centre de l'Asie Mineure, on s' appuierait constamment sur les montagnes, on attirerait et on retiendrait Sarbar, en faisant mine de gagner la Perne a travers la petite Arménie, et on lui livrerait bataille, où et quand on le voudrait.
CAHPAGBE D'ASIE MESURE (6ÎS-G23).
f.a campagne d'Asie Mineure, supprimée par Nicéphore, a ûtd mutilée par Tliéophane et Cédrénos, qui copien! en partie, mais sans le comprendre, notre poùto, lénioin oculaire (I). En suivant avec allcntion ce dernier, nous donnerons raison des principaux mouvements stratégiques de l'Empereur, et de sa lactique si admirée des contemporains (2).
Héraclius ébranla son armée, probablement au début de l'automne (3). 11 franchit les portes Amanïqucs , et remonta le cours du Pyrame, pour se rendre de Cilïcic in Cappadoce. Il se faisait sagemenl procéder d'éclaireurs montés à cheval, disciplinés, agiles, et dressés au pillage, qui poussaient des recon-
(I) ThSoplianB Ht, I, p. 483 : Tntfnt tri n fJft Içpwiimi,
naissances dans ioutes les directions (1). Dans l'une de ces explorations! la cavalerie grecque, heurta une bande de Sarrazins «à la longue chevelure ■ qui, à la faveur des lulles du grand rai et de l'Empereur, « désolaient les contrées voisines,» et s'apprêtaient à fondre sur les derrières de l'année chrétienne. Le narrateur leur prêle un courage do héros et la férocité des bêtes fauves (2). L'issue du combat fut glorieuse pour l'armée nouvellement organisée. Il y eut, du côté des barbares, un grand nombre de morts et de captifs. Parmi ceux-ci, était un chef de tribu d'une naissance illustre (3). On le conduisit h Héraclius qui le montra à ses guerriers émerveillés de co début de campagne. ■ La victoire ailée était venue, disait-on, au devant des Romains, leur apportant, avant la bataille, des trophées, dépouilles des Perses ■ (4). Paroles qui montrent bien que l'on avait depuis peu levé le camp, et que l'on était encore en Cilicie. L'habileté politique du souverain égala sa fortune. 11 brisa les liens dont l'Arabe étaitchargé, et ie retint sans doute auprès de lui, afin de s'en serai De ElpRtiluiu Finira, Acr. II, ï. ïtfl.
ci; v. in.
a) id., iwrf., v. m.
CAMPAGNE t>'i
UiNFURT'.
vir comme de guide dans une contrée inconnue. Ainsi ses prisonniers purent devenir ses auxiliaires, et les lémoins de cette merveilleuse 1 transformation répétaient avec étonnement « que son esprit, muni des armes les plus diverses, combattait avec une variété prodigieuse et aimait mieux employer la clémence que l'épée » {!].
Lorsque Chosroè s apprit que les Romains prenaient l'offensive, il fit avertir Sarbar de se replier vers l'Halys. Les Perses, quittant Chalcédoine, traversèrent la Mysie, la Phrygie et la Galatie, et arrivèrent dans le Ponlique, où ils comptaient passer l'hiver (car on était en décembre), croyant que l'ennemi lui-mflme établirait ses quartiers dans la Cappadoce (2). Mais leur illusion fut de courte durée, et ils franchirent le Taurus, afin de s'opposer à de nouveaux progrès. Alors, pour la première foi 3, depuis qu'Héraclius commandait, les Romains et les Perses furent en présence ■ (3). Les deux armées ne se ressemblaient guère : » Autour du chef de la su-
(I) Dt fiijuditMHM Penka, Acr. D, t. SUS.
[j] *«[ -jip •!: £H|ià.. «fie ri Unit»
«.,ilti., T.SSfi.
170 CH1FTTBE OHZlfaa,
perslition relen lissaient avr.v indécence les cymbales et fous les instruments de musique. A ses cotés dansaient, dans une nudité" provoquante, des femmes impudiques. L'Empereur jouis-»
sait de l'harmonie des psaumes chantés sur des instruments mystiques, éveillant dans son cœur un divin éalio. « Le premier cri proféré par les valeureux champions du Christ iita.it une imprécation contre les Itlng-ce (I). Cependant les Romains se trouvaient dans une situation fort critique. Ils risquaient d'être enveloppés par des adversaire» très-nombreux. Us avaient en perspective • la famine, des maladies de tout genre, des piégea invisibles et meurtriers ■ {2). Ils se voyaient contraints de combattre ayant en face le soleil qui les aveuglait,
Pour sortir de cet embarras, Héraclius imagina, 0« plutôt empruntai! Élien un ingénieux stratagème. 11 s'agit d'un mode rapide de conversion, connu sous le nom d'ordre entrelacé, fjgil !HfÏ4VttfHi I-es troupes, disposées en spirale, • présentaient le front aux barbares dans une marche oblique cl détournée. » Le Sanglier royal "fui pris à revors par cette armée au douai De Erjn<iili<Hi«P«nita, Aor. Il, v. SEÎ.
(!] Id.,ibid., y. 206.
bie visage, i En un inslaiu, iiéraelius avait passé de l'avant à l'arrière » (1 }. « Jamais conducteur de chars, dirigeant obliquement les rênes dans la carrière, n'atteignit le but avec une telle vivais plaine, au milieu d'un pays inexploré (3). Pondant six jours, il chercha au midi Héraclius qui était au nord (i). Lorsqu'il se ravisa, les Romainsgraviss.iii iil li-s penk^dcl'Anli-Taurus, pénétraient dans le Ponlique, vers les sources de l'Halys, et s'y fixaient solidement en gardant tous les passages. C'est ici que Thèophane les retrouve, retranchés enlrc les montagnes et la mer.
Sarbar était dérouté par eelle manière toute nouvelle de combattre (8). Son orgueil s'était changé en humilité (6). Il aurait bien voulu rétrograder, • mais nulle part il ne voyait d'is-
De ÊxpiàitiMU P(mts, Acr. II, t. SES.
[S)H.,tta., v.280.
(3) K«l ih «i^aUm C«lA»»»*<niS (f*f. 1
Id., iii'd., v. 584.
(4) ttm i. Mmb HlffJni V"*
id , m, v. m.
(5) Id., OU., 1.3».
(C! Id., iMi.,v. 333.
sue» (1). 11 comptait tout au moins que l'Empereur séjournerait sur ie versant Je la mer Noire durant la saison des neiges (2\ Mais celui-ci, dès le commencement de janvier (3), sortit de ses cari tonnera ents et fil une démonstration du côté de l'Orient , comme pour menacer la Perse (4). Rien ne lui était plus aisé, car il disposait des chemins de l'Arménie : il dut y déboucher par les gorges du Lycus. Sarbar craignit, bien à tort, qu'une marche forcée ne le conduisît en quelques jours jusqu'au Tigre, ce qui cil! éfé de la part d'Héraclius le comble de la témérité. Il s'avisa à son tour d'une ruse : il entra en Cilicie et gravit « la route ardue et resserrée entre des précipices »(3), où les Homain s avaient
, I ) ndw Mfim «mort Tk t i*Si, IK .
Dt ExfiOiau Penica, Acr. II, v. 339.
Ce vm nous semble confirmer sans réplique notre argo-
(9) ÀTOKlnnaî i p.sn>.;;; -; ]];*7'.:v y..:ii : -si; GtipGapî.K i,
nùtm dnh «pix»H> n ' Thtophine, I, p. W8, (3) L'an 633.
(i) Alfiù» AtiO; Tlip 5 :; ïïL £™7:j.; E :r, E i: rf* n.polia liaSCU.,.
Théoplione, I, p. 469. — On aurait tort de penser que, dès cette première camppr.i'. ll.ir.uliii- ail jurcctri! dans 11 Perse. Piii.léi prixi.-ol'hi^dcTIiéophine:
Ban, |"iir<i; IrnSOll lisS^i. <f)ijiii
It( £zpcditioiM Pîriico, Acr. D, v. 345.
[5) li, Oid., v, 310.
passé un mois îiiipru'nviint. Eu -,ni g'e expédition, dans laquelle il avait décrit un immense are de cercle, du Sanjrarius au i'yrame, touché, aans pouvoir tes ntleiiiilw, ses ennemis qui décrivaient un autre arc de cercle du Pyrame à J'Euphrate. Cette diversion avait pour, but de ramènera Issus aie nouvel Alexandre.» Mais celui-ci n'avait plus d'inlérGl à conserver les Pyles Syriennes. Qu'importait celte ligne de retraite à un {réni-ral biuti dradii à vaincre ou à périr, cl dont les flottes dominaient aussi bien ia mer Noire que la mer de Chypre ?
Le Sang-Iier royal fut donc déçu de nouveau.
De nouveau il hésita ; « mais il était malgré lui enlratné à la suite d'Héraellus comme un chien que retient une chaîne, » suivant I'imaçe bien vive de Pisidès (1). C'cslque l'Arménie, déjà compromise, le rappelait vers le nord (2). "Las de cette course à droite et il gauche, il finit par s'élancer d'un seul c3té » (3). Alors il força les passages de l'Anti-Taurus, et l'Empereur dut
De Eipiditione Ptrtica, Arr. II, v. 331, (2) Théophanfl n forl bien marqué la sens do la marche
li., ibid., v.360.
faire voile- face, mais prêt aucombal ef «fortifié par l'art militaire « (1).
Lesdenx rivaux, après quinze jours de contremarches s'élaient de nouveau rapprochés '2). A la faveur de lu nuit, les l'oi-scs jimisri-ent surprendre les Romains. Mais, au milieu de cefle opération, il y eut une éclipse de lune qui les déjoua (3). Les adorateurs du Christ raillèrent, à eette occasion a la déesse de la Perse et lui opposèrent »!e Phébus plein de piété., qui purifiait le monde par ses paroles expiatoires" (4). Cependant Héraclius animait les siens à une lutte héroïque, s'élançant chaque jour pour livrer bataille, car chaque jour Sarbar faisait mine d'attaquer, mais, tout bien examiné," tournait le dos, malgré son audace nulurelleofb).
L'Empereur ayati! pris à son tour ie rôle de provocateur (0), leSniiy lif:r \\>\:d se réfugia dans des lieux î m prali cables, l'inities compare, à ce moment, les Perses à des lièvres et à des cbe-
(i) De Expédition t Pmira, Acr. II, v. 3S3.
Id., Acr. II], y. 14,
(î) S2 janvier SIS.
(4) foi *
14, MA, y. 9.
Digmzr.
vreuils (1). Effrayé «de cet ordre admirable, ■ tde celte habileté stratégique consommée » (2), «il resserrait ses cohortes et restait attaché aux. rochers, comme s'il eût été pétrifié • (3). t On eût cru voir un tableau, lel qu'en composent les peintres «(4). Pour faire cesser cejeu, on inventa un artifice digne d'Ulysse : « Dans la piaine commode, où se déployait l'armée Romaine »{5), on dressa la table impériale, et on y servit un magnifique repas, afin d'inspirer une fausse confiance. Mois ce Lie; rippin^nlc: négligence eteo mépris réel augmentaient l'anxiété des Barbares. Les plus subtiles combinaisons échouèrent. Néanmoins des collisions ne tardèrent pas à naître, tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre, du voisinage mSme des deux armées (6).
Alors Héraulius, pour assurer les résultats acquis, et pour en préparer de nouveaux, jugea que la prudence elle-même lui conseillait de s'exposer. Il lui fallait a tout prix relever la royauté avilie par plusieurs siècles d'inertie;
(S) De Eipsdttimi Finira, Acr. Il], y. 33.
(3) H., Oid., v. 36. ■ ■ .
(4] H., itiii., y. 4T, (S) IJ„ iW.,v, 30.
(6}H,iti&,T. 80.
i"]G CHAPITRE ONZIÈME.
il lui fallait montrer la Sainte Image sur le chemin de l'honneur. On le voyait toujours au premier rang, o armé de son arc, le bouclier en avant, s'exposant aux yeux de tous et pour tous. » o II inspirait ainsi Ù ses généraux une ardeur belliqueuse » (1). Les simples soldats se montrèrenf d'abord effrayes de cette activité sans exemple, ils poussèrent des soupirs, ils pleurèrent. Mais ils avouèrent bientôt que ■ l'Empereur portait le bouclier avec plus d'aisance que la couronnes (2). Ses cothurnes noirs, qui se rougissaient du sang des Perses, suivant la promesse de Pisidès, les impressionnaient aussi très-vivement (3). lis gémissaient toujours, mata ils volaient au carnage (4).
A choque stratagème d'Héraclius répondait un stratagème de Sarbar (5). Un Perse passa à l'armée romaine : l'Empereur l'admit dans ses rangs. Mais il jeta son bouclier au milieu de l'action et rejoignit les siens. C'était un espion ou un transfuge, incertain entre les deux ;i) De ExpiditioM Finies, Acr. y. 83.
(■>i T.:..iUd.,Y.tu.
(Si w., m., t. lia, ...
[4] Hw r» «TimTw «h f*M(
H., ibid., t. 130.
partis. Il croyait peut-être, par ses révélations assurer le succès de son pays. « Mais, témoin de l'infortune qui accnblail les Barbares, stupéfait de cette lâcheté qui était naguère l'apanage des Romains, » il redescendit dans la plaine. Le prince ne lui garda pas rancune, « car il accueillait fous ceux qui venaient à lui, et attendait pour les sauver ceux qui tardaient à »emr.;i).
« Alors que Lucifer sort de l'Océan et s'élève dans les airs, brillant messager de lumièrei{2), le général du grand roi divisa son armée en trois corps, de manière à les opposer aux trois phalanges grecques (3}. Prenant un certain nombre de soldats, il les cacha au fond d'un ravin, d'où ilsdevaïent sortir, à un signai donné, pour troubler l'avant-garde impériale. Il espérait que la consternation s'étendrait à tontes les cohortes ennemies.
Il n'en fut rien, grâce à la vigilance de l'Empereur. Son intelligence, qui pénétrait les plus secrètes pensées (4), avait su deviner ce calcul,
(I) I)i Expert*" PfiiM, àc. in, ». 173.
,:;) M., ibid,, i. m.
(4) H., itid., y. 2i0. 1
ces ruses si bien dissimulées, iavan! que la nuit n'eût achevé la moitié de son cours » (1).
Le jour venu, on marche au combat de part et d'autre. ■< Le soleilaveuglaildesespremiers rayons lafoulc do ses adorateurs" (2),remnrquele poète toujours préoccupé de la question religieuse.
Héraclius détache <\c son armée une poignée de soldûls cl les munit de ko^cs conseils. A peine se sont-ils approché.-; rie l'embuscade de Sarbar, qu'ils simulent une panique et s'enfuient. Les Perses, qui étaient cachés, s'élancent alors h la poursuite des fuyards et ies atteignent dans ia plaine. L'Empereur, avec l'élite de son armée, arrive au secours des siens, et refoule [es envahisseurs. Sarbar s'ébranle pour appuyer ces derniers. Mais l'action générale tourne à
sortilèges, que les Muges nous auraient explïpliqués beaucoup mieux que Pisides. » Pour la première fois, dit celui-ci, il lance des imprécations coulre ses Dieux, il insulte l'objet de son admiration, il verse de l'eau sur le feu et l'éteint. 11 produit ainsi d'épais brouillards de
[I) De EqwlilHMu Perika, Acr, III, v. -103.
(i)id„ m,v.M«.
CAMrAGNB D'ASIE MINEURE. 479'
umée : pour dissimuler su fuite, il improvise des lénèbres »■(!).
L'armée pcrscino olIVait un désordre inexprimable : u Tous se jetaient dans des sentiers détournés et inconnus, pensant trouver leur salut dans la tuile. La plupart se réfugiaient dans les lieux escarpés, les passages étroits, les vallées rapides, et cherchaient, parmi les précipices, des issues qui leur permissent d'échapper, o Ce fut un moment solennel que celui où les Grecs virent la foule des barbares, «éperdue, entassée sur les rochers, et tourbillonnant au-dessus de l'anime » (2). Combien de chocs , de chutes et de mutilations il y eut en ce jour! Ceux qui n'avaient pas abandonné leurs coursiers étaient lancés dans les airs par la violence de la secousse, a Quelquesuns demandaient, avec des cris de désespoir, qu'on les perçât d'un fer acéré. Pour beaucoup, le liane des chameaux fut un rempart inespérÉ .(3).
Alors commença « la chasse des chèvres sauvages» (4), chasse terrible, où ii y eut un grand
(1) Du Eiptiiiioni. Ptrnw, ion Ul, v. W.
(-J) ((!-. i'jiii., ï. 239.
(3) /,(.. Ai,!., v. 249.
(4) v.'SW.
180 CHW1TRE ONZIÈME.
nombre de morts et de prisonniers (1). Le camp et les armes des Perses lurent la proie des vainqueurs.
Tandis que la frayeur dispersait les Barbares, les Grecs se livraient à la joie de la vengeance (2). On aurait dit des esclaves qui, devenus maîtres, veulent à leur tour imposer la servitude. La parole d'Héraclius, dans son manifeste d'Issus, ne s'était que trop vérifiée. Les enfants de la Perse avaient été écrasés contre les pierçes.
Mais portons nos regards sur un autre spectacle. Déjà le camp retentissait des actions de grâces de l'armée romaine. « Tous élevaient leurs cceiirs et leurs mains vers le Dieu des créatures et vers Héraclius » (3). Dieu et Héraclius : ces deux noms allaient, pendant dix ans, être associés par les Byzantins, et résumer pour eux tout ce qu'il y a de grand dans l'univers.
(1) Thiophan», p. 471.
(SI l)o &j>eiili™< Pertiea, A". III, ï. ÏT6.
(3] H.,tKA,v.«8.
Les restes tic l'arriito de Hfiiliar abandonnèrent le bassin de l'Halys, sans que l'Empereur s'acharnât à les exterminer (1), Il établit ses quartiers d'hiver près du rivage de la mer Noire, sur les contins du l'i.m[ii[iic et de l'Arménie. Les villes pourvurent abondamment à ses besoins (3), el il put faire goûter ù ses troupes victorieuses un repos indispensable. Ce n'est qu'à regret, néanmoins, qu'il consentit a s'arrêter dans le cours de s?s Iriomphes. Son esprit était plein « de belles combinaisons » (3). « Il voulait rester et combattre » (i).
Mais la politique exigeait son prompt retour il Constantînople. Le roi des Avares, suivant
(I ; J)« KijMd.'ttoiw Piniea Acr. ]II,ï. 306.
;.! : J.J.. Aid.,'v. 309. ' [4) H., ibid., v.310.
!R2 CBAP1TBK DOUZIÈME.
sa coutume, l'acousait d'avoir enfreint les traités (1).
Il fallait le retenir eliez lui par la crainte et les séductions. L'armée elle-même, « par sympathie, pour la capitale, « (2) priait le chef de se résoudre a celte séparation si nécessaire. « Elle priait et elle pleurait • (3). il se laissa fléchir. «11 régla toutes choses avec sagesse; il mit
n vécu
transfiguré ù ivait délivré la