IV. L'Arménie
Un immense plateau s'iliVo entre l'Asie et l'Europe, et leur sert d>: barrière. Il est porté, par les chaînes puisantes du Ciiucaseet du Taurus. Iles passades êlrnils, dr* portes allreuses, permettent seuls d'y pénétrer. Trois autres chaînes imposantes retient entre elles les deux premières : celle des Niphales, celte de l'Ararat et celle du Kour.
Dans l'intervrdle qui sèp/ire ees ^'i^'.ind^i pies murailles, s'éleruleiit rie loin en loin des plaines
l'ahmrnie. 187 qui n'offrent que Je lég-ères on datations (I )j mais on trouve, plus souvent, des vallées étroites et ardues, de véritables impasses (2). Du rencontre aussi, surtout au midi, des îacs intérieurs, sulfurons, salés et sans écoulemen(.I)e grands fleuves traversent l'Arménie : dans la partie supérieure l'Euphrale, dans la partie inférieure le Tig're. Celui-là se dégrade péniblement des contreforts, qui l'enlacent; celui-ci s'affranchit impétueusement, presque dés le début de son cours. Tous les deux se dirigent vers le midi, perpendiculairement auTaurus.pour se rejoindre dans les plaines de l'Assyrie, f.e Cyrus, au confraire, est parallèle au Caucase, et ramène h lui l'Arase, qui est la rivière arménienne par excellence; il lombe dans la mer Caspienne. Le Phase, dont les sources sont voisines de celles du Cyrus, se déverse dans le Pont-Euxin.
La Colchidc, L'Ibérie, l'Albanie en deçà du Caucase, la Mésopotamie au delà du Taurus, îa Médie près do la mer Caspienne, le Pont près de la mer Noire : telles étaient les limites de l'Arménie.
(I) Xdnopbon, Axobast, livre IV, chop. ivj 1. ^ ^ ^
%%[ (t-;ii™ ; jt^il.-.v;, i.fi Ji "1 Vin -i ïtijisu-.ûvtj, pnfi, tfuA ni >.i.jT Eli ti ri îTitiii. Sinlxm, livre XI, chap. m.
188 CHAPITRE BOazAHB,
Cette région inaccessible- semblait devoir être à jamais étrangère aux deux parties du monde qu'elle sépare. » en a été tout autrement. Du nord sont venus des envahisseurs; du sud, des dominateurs. Des légendes ou des événements historiques s'y sont produits : le Paradis terrestre, le déluge universel et les merveilles de Sémiramis.
Au jv" siècle de notre ère, l'Hellénisme, le Christianisme et le Mazdéisme se partageaient celle contrée : on y voyait des temples, des pyrees et des églises. Bientôt les églises seules restèrent debout, grâce ù saint Grégoire l'Illuminateur. En même temps eut lieu une sorte d'éveil et d'expansion nationale. Mais l'extinction des Arsacides, les progrès de la maison de Sassan, firent encore de l'Arménie le champ de bataille des Grecs et des Perses. Elle fut disputée avec obstination, puis partagée. Il sembla que sa destinée soit d'appartenir toujours à plusieurs maîtres étrangers qui lui imposent la guerre et la servitude.
Héraclius trouvait dans l'histoire byzantine une précieuse indication. Sous Justinien et Nouschirvan , la lutte s'était concentrée en Colchide, point de rencontre des caravanes,
iAshknie. m qui descendaient le Phase cl la mer Noire et se rendaient à Constantinople. Lii, vivaient les Lazesqui, après bien des alternatives, avaient adopté définitivement le Christianisme,
Héraclius, d'après Nieûplioro, pénétra dans le Lazique en côtoyant le Pont, de Trébizonde à l'embouchufe du Pliase (1). Ainsi les Grecs, deux mille ans après les Argonautes, visitaient de nouveau le pays de la Toison d'Or.
L'Empereur comptait, pour renforcer son armée, sur les valeureuses et chrétiennes populations des Lazes, des Abroges, des Ibères et des Albaniens. L'Arménie devait être, suivant l'occasion, ou un campement, ou un refuge, ou un piège. Elle donnerait à l'armée des chevaux excellente (2). A ia cavalerie persane, on opposerait la cavalerie indigène. Au nord de l'Albanie , communiquant avec elle par le détroit dp Dorbeii!., '"tait la Hunnie qui fournirait des alliés affamés de pillage. Le choix de l'Arménie, comme celui d'Issus, révélait un maître dans la stratégie et dans la poli-
())Nic4phora,p. 11.
(9) Slrabon, livra XI, chap. iiï.
CMIPAùKES d'aTHOPAtAmE, d'aUIANIE ET OË CILICIE (GJ3-8ÎU),
L Campagne d'Atropatène [ta).
Héraoliua, après avoir réuni ses divers contingents et occupé les délilés de l'Arménie, envoya un message à Chosroès. Ce n'était plus (l'un ton humble et suppliant qu'il luiocrivait.il aiguillait au despote de Dastagerd que si ses propositions do paix étaient rejefées, il envahirait sur-le-champ la Perse (I). Sans plus de retard, il pénétra dans l'Alropaiène (2).
Celte région, qui était l'une des provinces de l'ancienne Média, l'attirait par hien des raisons Elle était admirablement fertile, sauf dans les monts voisins do la Caspienne, on hobi- . taient les Cudusirns, les Tapyi cs, terribles auxi-
ï'ôlé, dans la grande ville connue aujourd'hui sous lo nom de Tauris (4). Son ancienne dénomination de Gaza indiquait la présence d'un
(irn.^l.'ant., livrai, p. 471.