CAMPAGNE D'ALBANIE
armée sous Sai s. Encon hi^-ijs jiur des déserteurs, honteui du triste rôle qu'ils avaient joué, jaloux de ne pas laisser au dernier venu la gloiit, d'exterminer Héraclius, ils se lancèrent avec vigueur à sa poursuite, cl campèrent presque en face de lui pour le culbuter le lendemain. Mais l'Empereur était ludjiluéà choisir lui-même ses champs de bataille. 11 s'esquiva à la faveur des ténèbres, et s'établitdans une plaine verdoyante. Peut-être avait-il rétrogradé vers l'Albanie, ce
et ils se ruèrent sans ordre. Mais les Romains,
boisée, d'où ils accablèrent de traits les survenante (1). La poursuite des fuyards eut lieu a travers les g-org-es;le carnag'e fut affreux, et Sarablftfras resta parmi les morts. La mCme tactique avait été couronnée d'un plein succès sur les bords de l'Arase, comme sur ceux de l'Halys. Le jour luisait encore que Saës arrivait pour participer a. l'action. Il ne put que constater un irrémédiable désastre. Bien plus : il fut
(1| Ttniophine, I, p. 477.
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lui-même attaqué, mis en pièces et dispersé.
Ses l.i^-'ny:a loin livrent aux mains des ennemis. Deux armées avaient péri en une seule journée. Les débris de Saës, joints à ceux (le Sorbar, formèrent un seul corps.
Ce genre de guerre était trop profitable à Héraclius pour qu'il s'en lassât. Epuiser la Perse sans so déplacer fut, plus que jamais, sa lactique.Il rentra donc en Albanie. Son intention était de Franchir le défilé du Caucase et de gagner ainsi la Hunnie, où il espérait grossir sa faible armée do nouveaux auxiliaires (t).
Mais la fatigue des marches forcées dans une région ardue et tourmentée, l'approche de Saës et de Sarbar, la perspective de privations de toutes aortes, amenèrent la retraite définitive (les Lanes et des Abasges qui rentrèrent dans leurs foyers. C"était pour Saës l'occasion de faire expier aux Romains trois années de victoires : il vint leur offrir la bataille.
Héraclius. en cet instant critique, adressa aux siens un discours, le plus beau de ceux qu'il a légués à l'histoire : ■ Que cette multitude d'ennemis ne vous effraie pas; car, avec là
i 1 1 Uni ri., l4 , Ot»m yt,». TM0>bw«, 1, p. m. ■
volonté de Dieu, iyi seul llomain mettra en Toile mille Perses. Immolons-nous nous-mêmes à Dieu pour le salut de nos frères I Gagnons la couronne du martyre et les louanges de la poaléritél» (1)
Les deux armées, rangées en bataille, restèrent tout un jour en présence sans en venir sus mains. L'altitude résolue de cette poignée de Rwnains imposait à cetle foule de Perses.
Le soir, l'Empereur, dont la prudence tempérait l'héroïsme i-f;l ii^-iuu x, elianfreaiit encore de direction, défila silencieusement devant les tentes ennemies v.i repassait; Cyrus (2).
Les généraux Perses coneerlèrent alors un plan trés-habile. Tandis que Sarbar gardait l'Albanie, Sacs devançait, par un chemin Irèseourt, Héraelius dans la Persarménie (3). Mais il tomba dans des marais où il faillit se perdre. Son armée se grossit de nouvelles recrues dans ce pays qui dépendait du grand roi : l'hiver dispersa ces sujets peu dévoués, et ces soldats peu belliqueux.
Héraelius voyait avec peine Sarbar prendre ses quartiers d'hiver en Albanie. Il le savait
(CTIiéophane, I, p< «8.
(2;0 Ji en^faii; ri ■..i-.r.ili-.wii-.W-, , p. 47!).
(S; o! Ji ei f ï apo , r.i... .si,™ w.. m.
stratagème, quele plus rusé des Grecs eût avoué, neeoûla guère Îlsoii esprit délié. Il fit deux parts de ses meilleurs couv-sicrs et de j es hommes !es plus vigoureux. Les uns durent enlever le généralissime. Lui-même, aven le reste des troupes, se chargeadclos appuyer. On atteignit Salban àcinq heures du malin, et on donna l'assaut (1). Les Perses, se levantde leurs lits, s'onVircnF d'euxmêmes aux glaives des lioinaiiis. Sarbar se jeta, presque nu, sur son cheval et clierclia dans la fuite un salut inespéré. L'aurore éclaira un spectacle terrible (2;. Lus femmes de Sarbar, Jes généraux, les ïsnlrnpes, l'élite des soldats, S etaïent réfugiés sur les toits des maisons et saisissaient, avee la i-.T^'i du drsi'spnir, toutes sortes ds projectiles pour se défendre. On livra tout aux flammes, et lu population presque, entière trouva la mort sur tel affreux bûcher. I! y eut aussi des prisonniers que l'on présenta chargés de chaînes à Héraclius. Les armes de Sarbar, son bouclier d'argent, son épée, sa lance, sa ceinture couverte d'or et de diamants, étaient les trophées de cette journée.
il) JWrrmtiro 62t.
(S) Théo plane, I, p. 4SI),
CiMPÀOJflî DE CILICIB. 203 .
Les restes de l'ai-mée persane, qui créaient à l'aventure, eurent le même sort. On les harcela pendant longtemps, et les plus heureux allèrent en Perse cacher leur déshonneur.
III, Campagne de Cllloie (rii).
HéracIÛJS passa les mois de décembre (G2i), de janvier et de février (G2'i;, dans les quartiers d'hiver de Salban. Mais, lorsque teprintemps s'annonça, il résolut de descendre de ce haut plateau arménien où il avait régné. On saisira aisément les motifs de celte résolution. Il était impossible désormais de compter sur les chrétiens du Caucase, que deux campagnes avaient lassés ou épuisés. 11 éioit certain, d'autre part, que les Perses ne s'aventureraient plus dans les marais et dans les montagnes de l'Arménie.
Tout faisait prévoir que, dans la présente année, Sarbar envahirait de nouveau l'Asie-Mineure et pousserait jusqu'à Chalcédoine. De plus, on n'ignorait pas que les Avares préparaient . contre Constantinople une formidable expédi-
Albanie, la capitale pourrait devenir la proie du khakan et du grand roi. Tant de victoires n'au-
201 CHAPITRE TREÏZlfcMR.
raient .servi qu'il préparer une raine lamentable.
L'Empereur concentra ses troupes et donna le signal du départ {{" mars 625). Deux routes s'ouvraient devant lui, eonfltiisdnt également en Asie Mineure. L'une, par le Cyrus et le Phase, aboutissait au Pontique : elle était rapide, mais fort mal approvisionnée. L'autre, bien pourvue, mais longue et difficile, gravissait le Taurus, et, par une grande eourbe, aboutissait à la Cilicie. C'est celte dernière qu'il choisit. Il remonta l'Araxe jusqu'au pied de l'Ararat, descendit la branche méridionale de l'Euphrate, appelée aujourd'hui le Mourad, et arriva aux sources du Tigre. L'armée, qui avait déjà souffert du froid, dut Ira verser le Taurus,
de Xénophon et de l'Anabase (1). Le fleuve impétueux que l(=s iii'iiiîviir's i"ii"immcntla/Y&/ie fut franchi à Marlyropolis. Amida (Diarbékir) reçut ensuite les Romains el leurs captifs. On s'y reposa quelque temps. La, Uéraclius informa le sénat de sr-s triomphes.
C'est avec le Sanglier royal qu'on allait cn-
(I) Xénopbon, Amlmi, livre IV.
CAMPAGNE DE CJLJCIE. ' .. 20B
une confiance illimitée dansSarbar, malgré ses récentes infortunes, lui avait remis de nombreux et braves régiments. Mais déjà il avait, par sa lenteur, ou gTàce à l'extrOme agilité de son rival, manqué l'occasion de l'arrêter dans le pays des Carduques, près du Nymphius. Il venait de franchir l'Euphrate sur un pont de cordes, quand Héraclius lui-mime s'y présenta. Il le lit rompre aussitôt. Mais il ne put empêcher les êelaireurs de trouver un gué, au-dessus de Ëamosate. Celte ville de la Corn âge ne est au pied du Tau rus que l'on escalada de nouveau, à l'endroit où il se rattache à l'Aman ua. On étaïten Cilicie.DéGermanica (MaraschJ, sur le Pyrarae, on se porta vers Adana, sur le Sariis.
Lescommunicalions ayant été rétablies, Sarbar suivit les traces de l'Empereur et le rejoignit sur le Sarus. Les deux rivaux s'examintrent à loisir: un faible cours d'eau les séparait. Un pont pouvait, d'un instant à l'autre, les réunir dans une mûlée affreuse. Le Sanglier royal se gardait d'attaquer, parce que les ennemis avaient élevé des tours sur la rive droite ; mais il se fortifiait lui-même, épiant soigneusement une occasion.
20C ÇHiHTBE TtininÈMR.
Or, les rtomains, impnlienls de montrer & leur chers l'héroïsme qui les animai!, s'avancèrent nu milieu du fleuve, malgré de saffps recommandations, et vinrent attaquer le camp des Perse?. Le cas finit prévu par Sarbar. Iles embûches avaient été dressées^ Une Fuite simulée y fit tomber les Romains : lous y restèrent.
L'instant était bien critique cl bien solennel. 11 semblait que. par une t'Liilb.-i-io île la destinée, les espérances de l'empire devaient s'évanouir 15 où filins avaient lui pour la première fois.
Héraclius ne faiblit pas. Il vient de voir les Perses; occupés a poursuivre les assaillants, et les gardions don tours sr: débander et courir en désordre. Il choisit cet instant pour se précipiter lui-même au milieu du pont, entraînant lous les siens vers le camp de Snrbni', Un géant lui barrait le chemin. llérnelius le frappa, mortellement et le jeta dans le fleuve, Cet exploit extraordinaire remplit de panique, tes barbares qui périrent noyés ou percés ilti irlaivo ennemi. Le Sanglier royal ordonnai! h ses archers de lancer des flèches d'une rive à l'autre, afin d'empêcher .l'assaut projeté. Mais Héraclius continua sa course, n travers une grêle de traits cl malgré les blessures dont il était couvert, u II semblait