CH1I1TRE QUATORZIÈME
une -véritable coalition. A qui revenait l'honneur de celte sinistre invention ? Au grand roi ou au khakan? Peut-SIre à Sarbar, qui déjà avait campé ù Chaleédoine, et qui, depuis quinze ans, parcourait l'Asie dans tous les sens. Les surprisés du Taurus, de Salban et du Sarus l'avaient rendu milieux. Désespérant de vaincre Héraclius, qu'il ne rencontrera plus sur les champs de bataille, il était bien aise de prendre comme politique la revanche qui échappait au général.
Quelle conduite devait lenir l'héroïque champion de Borne et du Christianisme? Rentrer à Constant iiiople pour y concerter une suprême défense? Ou bien poursuivre Sarbar? ou bien encore contenir Saës?
La première alternative était tout a fait inadmissible, car elle se résumait dans l'évacuation des provinces occupées depuis quatre ans el dans l'abandon des positions qui, menaçant directement la domination persane, étaient le gage d'une paix prochaine et de l'intégrité de l'empire. D'ailleurs, la destruction des églises, tristes représailles du petit-fils de Nouschïrvan, le martyre de ceux qui avaient abjuré le Mazdéisme ou qui refusaient d'embrasser l'hérésie
i.TTITL'DE D'hÉHAOL™ DEVANT LA COALITION*. 511
de Nestorius, témoignaient assez hautement qu'il était nécessaire do rester. et de mourir au poste d'honneur. La croix n'était pas reconquise, et il n'y avait de retour possible pour Héraclius qu'avec le signe de la Rédemption.
La seconde, plus plausible au panier aspect, était en réalité fort chanceuse , car, en cherchant à délivrer la ville de l'un de ses ennemis, on s'exposerait ù. êlro soi-même pris et broyé entre deux armées puissantes. En tout cas, engager dans un pareil moment une action générale eût été le comble de la témérité.
La troisième était la seule raisonnable, puisqu'elle maintenait les résultats acquis et menait à un dénouement immédiat. Héraclius s'arrêta donc à la troisième alternative, et par la, il' étonna grandement Chosroès qui avait déjà mis des garnisons en Ibérie (t).
Mais son grand mérile fut de diviser ses forces de manière à parer tous les coups que ses deux adversaires lui portaient.
Il les divisa en trois corps ; le premier fut envoyé par mer à Consfanlinople ; le second, commandé par son frère Théodore, dut combattre Saés dans la Mésopotamie; le troisième,
(I) Tbéopbtns, 1, p. 486.
218 CHAPITRE IJUATOKZIÈSIE.
beaucoupplus fuible, restait sous ses ordres, pour garder l'Arménie et le Caucase, stimuler le zèle déraillant des chrétiens, et déchaîner contre l'envahisseur une terrible Invasion.