MARCHE A TRAVERS LES PARADIS
le paradis de Rusa et enleva le pont avec sa vigueur accoutumée. Le paradis de Béclal lui offrit un riante hospitalité. Pour faire diversion aux soucis de la g uerre et pour adoucir le regret de la patrie absente, il y éleva un cirque où ne figurèrent ni les Bleus ni les Verts, mais où l'armée trouva un délassement et un piciix souvenir. Ainsi la petite armée d'Héraclius, comme celle de Xénophon, dix siècles plus tôt, résumait toute la société grecque eonlempoporaine. Seulement, à l'époque du disciple de Soerate, c'était le speetucle des délibérations politiques que l'on présentait aux Assyriens stupéfaits ; à l'époque de l'auguste émule de Constantin, c'étaient des solennités religieuses et des jeux d'amphithéâtre (1" janvier 628).
Poussant devant lui les troupeaux qui paissaient dans cette royale oasis, il marcha vers Arbn. dans la direction de Dastagerd.
.Mais une grande nouvelle vient le surprendre au milieu de sa course. Chosroès s'est enTui de sa résidence favorite. Ne recevant de réponse ni de Gundarnaspe ni de Sarbar, le .grand roi a craint de tomber entre les mains d'Héraclius. Ayant fait percer la muraille voisine de son palais, il sort à l'ïnsu de ses gardes,
à l'insu des dignitaires et des courtisans. Il emmène ses enfant; et se:; fi'ii 1 1 1 < -is. qui, vivant dans dos demeures séparées, et no s'élant ja i:ais vus, se précipitent pèle-méle et s'embarrassent mutuellement. La nuit venue, le roi des rois s'estime heureux de trouver asile dans une pauvre chaumière, et se heurte la tète contre la porte qui est trop basse. Il se dirige vers Clésiphon, cette capitale dont il évite le séjour et la vue depuis un quart de siècle. Le nouveau Cambyse oublie, dans son infortune et sa précipitation lamentable, que les Mages et les Astrologues lui ont prédit que le jour ou il rentrerait (tans sa capitale il seraitperdu. A peine a-t-il mis le pied dans celte cité fatale, qu'il se souvient et se ravise. Il repasse le Tigre, songeant à la prophétie, songeant à Héraclius. Une fuite éperdue le conduit enfin a Guédeser (Séleueie), au delà de l'EulteiiB (Karotrn), au cœur de la Suziane (Khouzistau). Il ne garde avec lui que Sehirin et trois de ses femmes qui sont ses propres filles, La foule des épouses et des enfants, tout le sérail est relégué dans une des forteresses les mieux prolépi.'i.'H de l'Orient.
Les Grecs pénètrent dans Uastagerd, qui, en deux semaines, avait éprouvé deux fois un
étonnement et une confie mu lion indicibles. ils regardaient eux-mêmes avec curiosité et défiance cette cité « établie par Artaxerxes comme une haute tour pour servir de boulevard k son impiété» (1). «Là, dit Pisidès, C nos roé s avait des mages et des ministres auxquels il confiait la garde des charbons ardents, car il avait peur que Ton n'entraînât ses dieux en captivité » (2). Heureusement, on évita une seconde mag-opho nie. Les prêtres d'Oromaze n'affrontèrent pas, pour la défense de leur culte, le martyre que le défenseur du Christ leur eût accordé avec une cruelle générosité, u Je ne désire la mort de personne, ivpi-tail ilériii.'lins, mais qu'ils ne s'avisent pas de tirer l'épéa contre moi » (3). » Il leur montra ses béliers, ses tortues, ses frondes, ses boucliers, et les prit uniquement par la peur » (i). « 11 réduisit en cendres les dieux de la Perse ! ■ s'écrie le bel-esprit byzantin (5), Chose (liste h dire, les palais de Chosroès cuvent temèu e sort. C'étaient des édifices d'une
(9, u.,Md., v (M H. ilid.. v.
H; Iblil.. Air!..
252 CHAPITRE SEtZIÈME.
architecture admirable i). Les lingots d'or et d'argent, les habits de soie, les riches tapisseries brodées à l'aiguille, l'aloès. des parfums ds toutes sortes, les épiées de l'Inde, abondaient dans cette somptueuse; lliilivlime des Sassanides. On liïra iout aux flammes, ne pouvant tout emporter. C'était, disait on, pour Taire comprendre
Mais Héraclius, incendiant Dastugerd, ne trouve pas plus grâce devant nous qu'Alexandre incendiant Persépolis. Ses soldats furent moins barbares envers les ménageries royales. Us admirèrent les cygnes et les lions destinés aux chasses de Chosroès. Us se partagèrent les autruches, les chevreuils , les onagres , les paons et les faisans. Des dépouilles plus nobles, plus dignes d'être conservées furent trois cenls étendards , trophées des guerres de Sapor et de Nouschirvan.
Un spectacle touchant attire nos regards. Au bruit de l'invasion A 'Hi'iuHius, tous les malheureux que Sarbar, [riste imitateur des tyrans de lïabylone, avait entraînés on Perse, soit comme captifs, soit comme colons, sortaient de leurs de--
()) Tlidupiiaoo, I, p. *9M'tt.
]IÉR.trLirs MFN.iŒ CTE'TT'TTnN. ÏÔ3
meures ut accouraient auprès de leur souverain légitime : tous réclamaient à grands crisEdessc, Alexandrie ou Jérusalem.
Toutefois, % grand roi avait résolu de défendre la ligne de l'Arba. Bien que Baslagerd (Arlémita, Daswira-cl-MÏ'lic 'i fùl adossé à ce fleuve, sur la rive droite, le passage était difficile. Il n'y avait qu'un pont étroit, dominant un affreux précipice:, au delà duquel apparaissaient les ennemis. Les abords présentaient partout des dangers, car lu rivière est encaissée et les berges en sont escarpées. Héraclius résolut de descendre l'Arba etde rejoindre ainsi le Tigre en se rapprochant de Ctésiphon, dont il n'élait plus qu'à trois journées.
La fêle des Lumières célébrée, il sortit de Dastagerd et se tint h quelques milles du rivage pour échapper à la surveillance des Perses. Les éelaireurs Arméniens, malgré leurs recherches assidues, ne trouvèrent aucun endroit guéable. Tous les ponls d'ailleurs éfaienl rompus.
Héraclius écrivit à Chosroès : h Je suis à ta poursuite, mais mon seul but est de faire la paix. C'est bien malgré moi que je ravage ton royaume. C'est loi-même qui m'y forces. Déposons donc les armes, réconcilions-nous, étei-
gnons l'incendie avant que la ruine ne soil consommée 1 » (1)
Mais l'orgueilleux despote n'écoula point celle généreuse proposition. Il prut*]ue les Grecs étaient arrivés au terme de leurs succès. Il pensa que les siens se. trouvaient bien plus près de Constanti n oplo que les ennemis ne l'étaient de Ctésiphon. On le vit, au milieu de ses ridicules et folles illusions , rassembler les serviteurs des grands , les eunuques et jusqu'aux femmes et aux enfants, pour couvrir .Ctésiphon.
i!elh' Irvée iiiSi'imnisie. ee ivl'us non nioiiis cruel , soulevèrent une indignation générale, présage d'une insurrection prochaine.
Que devait faire Héraclius? Laisser mûrir la révolte qu'il prévoyait, ou forcer le passage de l'Arba et du Tigré! Une défaite n'était guère h craindre avec une armée héroïque , opposée à une armée démoralisée. Mais un Empereur victorieux avail, trois siècles oupnruvant, succombé sons les murs de l'antique capitale des Parthes. Le souvenir de .lulîe.n l'Apostat retenait tléraclius, prêt à s'élancer. D'ailleurs il pouvait, par
H)TWopbMie.i,p. 4BB. — : «Amp*. ri «^irfli ^«àaunfMtf ■ ld., p. «8.
RETRAITE D'HÉRACLT08. r 2BS
trop d'audace, compromettre une œuvre que la patience achèverait. 11 était lui-même intéressé à ne pas affaiblir outre mesure la domination persane.
Le vainqueur battit donc en retraite, sacrifiant peut-être la stratégie à la politique. 11 se rapprocha aussi loi. dos montai-nos, qui limitent le bassin du Tig-ro, évitant les rivières débordées et les paradis dévastés. Le Kourdïstan lui offrit de verdoyants pâturages et des greniers bien approvisionnes. Pour rendre Chusroès plus odieux, il pilla ou brûla encore beaucoup de villes. Parvenu à Sinraur f'ilhehi-sourj, il résolut de franchir le mont Zara, qui appartient à la chaîne du Zagrus, afin de prendre ses quartiers d'hiver dans l'AIrnpalène. Il atteignit Tauris, dont le préfet et les habitants se réfugièrent précipitamment dans quelques forteresses élevées. Ainsi, les fantassins comme les cavaliers trouvèrent une abondance, un bienêtre et une tranquillité inusités. Il était temps de se mettre à l'abri. Une neîg;e épaisse et résistante ne cessa de tomber durant plus d'un mois (24 février- 30 mars!, L'ICmpercur et ses soldats rendirent grâces à Dieu de les avoir préservés de terribles souffrances et peut-être de la mort.
256 CHAPITRE 5BmÉMK.
Les communiquons dirent presque inlevrompues entre ln ilédie et l'Assyrie. Héraelius ne pouvait donc suivre les affaires du royaume de Perse, mais il avait imprimé aux événements une tournure favorable ù ses intérêts et fatale à Chosroès'(l).