III. L'Empereur au palais d'Hérée
Héreclius avait terminé sa lettre par ces mots ; «Ne cv.-- /. d'ud rcsscr a Dieu îles prières pour qu'il nous soit donné de vous revoir au plus tMl» (2)
En effet, le désir de revoir son peuple et sa famille s'était emparé de son âme, depuis que la guerre sainte, si vaillamment conduite, avait cessé. II chargea son frère Théodore de surveiller L 'exécution du traité eonelu avec la Perse, et se rendit immédiatement ù son palais d'Héree, près de Chalcédoine. Une foule immense. avait passé U: détruit pour saluer «le nouveau Scipion », le vengeur de la majesté Romaine. C'était un louchant spectacle que ces milliers d'hommes, de l'unîmes et d'enfants, qui su précipitaient pèle-mile, dur; branches d'olivier et des cierg-es à la main. Chacun voulait le voir le premier. Quand il parut, les cris de
(l] HtneUadoi Acr. I, v.îtï.
. ti) Cfcmugiu Fonoh, h P- 134 ' - *■
27* CIT1PITRE 1JIX-SEFTIÈME.
joie partirent do toutes les bouches, les pleurs coulèrent de tous les jeux (1). Le Patriarche et le nouveau Constantin, jusque-là noblement confondus dans cette multitude généreuse e t enthousiaste, 5'avancèrcnl vers l'Empereur et Rejetèrent li ses pieds. Héraclius les releva. 11
fils, qui avait présidé' à la récente victoire sur les Avares. Le souvenir de ses deux (ils et de ses deux filles, qui avaient succombé durant son absence, s'offrit à sa pensée en cet instant, et il versa un torrent de larmes, signe d'une joie immense et d'une immense douleur, I.e peuple prit part, avec une délicatesse qui l'honorait, a cette entrevue^ où la nature avait triomphé du programme officiel. Quel sentiment- intime de bien-être faisait éprouver ù notre héros cette libre expansion , après six années de contrainte I 11 ressentit le besoin de passer plusieurs journées au sein de sa famille. Il y rencontrait, à côté de Marlina, qui l'avait suivi dans ses ci m pannes , sa vieille mère, si vénérable et si chérie; sa fdle Eudoxie, que sa politique avait sacrifiée, mais que le ciel lui conservait; le nouveau Constantin, sur (2) Tbdophane, I, p. SOI.
mission be Théodore. 275 lequel reposaient alors les destinées de l'empiré le plus auguste de la terre, redevenu le plus glorieux; Héracléonas, gage récent d'un amour naguère funeste, funeste encore plus tard, présentement inolfensif; le patrice Nicétas, son cousin, dont les lilles allaient porterie diadème noblement refusé par leur père (i). Elle était belle cette famillo sur laquelle le patriarche Sergius et son vicaire George PisidÈs appelaient la bénédiction céleste (2). «