‹ L'empereur Héraclius et l'Empire Byzantin au 7. siècleChapitre 58 sur 90 · V. Entrés triomphale d'Héracllus a, Conatantlnople · texte numérisé non relu

V. Entrés triomphale d'Héracllus a, Conatantlnople

Théodore arrive enfin à Hérée et présente à l'Empereur celle Croix qui avait élé le mobile de sa soudaine et triomphante expédition. Combien cette vue dut le ravir ! quelles exlases elle dut lui procurer ! Le but de ses efforts était atteint : il lui semblait que sa destinée était remplie.

Le 14 septembre 628, Héraclius s'embarque à Chalcédoine, sur lagalère impériale, avec tous les princes de sa famille, et aborde au faubourg de Sj-CfE (1). Il longe à droite le golfe de la Corne, traverse le pont du Barnyssus, et passe devant les portes de Blakhernes, de Callinique, de Saint-Romain, de Polyandre et de Quintus.

Il jette un regard attendri sur le théâlre sanglant de la guerre des Avares et des Slaves, et salue avec respect le temple de Sainte-Marie. Parvenu El la Porte d'Or, il monte sur le Char des triomphateurs, met sur ses épaules le manteau de pourpre, sur sa tête le diadème, et prend dan? ses mains une croix richement ornée. Il lève les .yeux au ciel, dans l'altitude delà prière. (1) Nic^lioro, p. ÏS.

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Quand ses regards se reportent sur la terre, il a devant lui, à l'entrée même de la ville, les ohefs-d' œuvre de, l'art grec, dérobés à Rome et à Athènes. lA sont représentés : le grand Théo-" dose, le plus illustre des empereurs byïantins, la Victoire avec tous ses utlribuls, les travaux d'Hercule, les tourments de Pioincthée. Toutes ces statuas, fous ces groupes tint pour lui un sens profond : il croit voir écrite sur les murs de sa capitale su. propre histoire [il. 11 ordonne de porter devant lui le grand trophée do la guerre de Perse, la Vraie Croix à laquelle font cortège .les trois cents étendards enlevés à Daslagerd. Sa vue peut se reposer sur ces dépouilles dont il est (1er comme Romain et comme Chrétien. Enfin , le char s'avance, traîné par quatre éléphants, à travers la rue des Triomphateurs, qui est la voie sacrée de Constantinople. Plus de cent mille personnes suivent ou précèdent l'Empereur, en poussant de frénétiques acclamations et enchantant des hymnes, car Jésus- Christ partage avec Héraclius cette ovation unique dans l'histoire. On cherche des yeux le signe de la Rédemption, on cherche aussi» cette

Duunge, p. 46,48, 94. ' 1

ENTRÉE d'hÉRACLIUS A CONSTÀNTIKOPLE. 279

pourpre véritable» si rare à Byzance (1). On se dit que les soucis Et les veilles ont courbé son corps, blanchi sa chevelure dorée, lerni sa beauté (2). Mais sa hem lé morale n'en est que plu s éclatante, ell'i'motion frignc tous les cœurs. Le prince contemple aussi uvec satisfaction et avec fierté ses sujets : il se ruppclle la nuit de Blakhernes. En -ce grand jour, la parcimonie, si nécessaire dans un Etat appauvri, est complètement mise de côté. Les officiers impériaux prodiguent aux citoyens les trésors de Chosroès. Le cortège franchit le forum de Constantin et gravit le Capitule, l.ù, suns iloule, sont déposés les drapeaux deCrassus, deVàlérien et de Julien. On s'achemine ensuite, par la colonne de pourpre, les thermes d'Honorius et le grand obélisque, versSaintc-Kophie. L'Empereur descend de son char et so présente à l'entrée de la Grande Eglise, ou Serg'ius le reçoit. 11 remercie Dieu au pied des mêmes autels où il avait sollicité son secours. 11 lui offre avec humilité ce

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triomphe si pompeusement étalé pour sa glorification. Il laisse la Croix dans ce sanctuaire le plus révéré de la chrétien!*!. Il reprend alors sa marche et se rend à l'amphithéâtre pour présider aux jeux splendides dont les éléphants font les frais et où tout le monde oublie un demisiècle d'épreuves. La nuit venue, on l'accomcompagme en foule au palais des Césars, situé à l'exlrémilé de Conslantinoplc , et dominant à la fois la Propontide et le Bosphore (1).

Cette journée du 14 septembre G28 esl restée fameuse dans l'histoire du Bas-Empire et de l'Église.

Depuis Arcadius, aucun empereur n'était sorti de Conslantinoplc. Justinïcn avait bien triomphé des Goths et dss Va ridule el traîné derrière son char deux rois enchaînés, Viligês et Gélimer; mais c'étaient Bélisaire et Nurses qui avaient combattu et vaincu pour lui, el (a pompe orgueilleuse dont il s'entourait ne faisait que mieux ressortir son oisiveté ou son égoîsme. Hêraclius, au contraire, avait vaillamment porté le casque et l'épée et ramené ses sujets à une idée plus digne du souverain. Son

(1) Noua avons [race cet ilii^rairn en noua servant des donnëoj do Durant dam Cousin îifirtsjir.Jii i/irialionn.

triomphe élait donc réel el surpassait moralement ceux des vrais Césars, parce qu'il lui avait fallu renouer une tradition d'activité et de courage longtemps interrompue.

Si l'Empire grec n'est plus là pour glorifier le triomphe militaire d'Héraelius, l'Eglise calibre depuis douze siècles son triomphe religieux. Chaque année, îl la fi* le de l'Exaltation de la Croix, le nom d'Héraelius retentit partout où s'élève un temple clmHieii, c'est-a-dire dans les deux hémisphères.

La Chronique du mont Cassin rappelle une grande solennité dont Iléraciius lut l'objet à Rome (1).

Nouspossédonsune médaille commémoralive.

où est représentée l'ovation d'Héraelius. Parmi les légendes qu'elle porte, il en est de grecques, il en est de latines. D'un côté, l'Empereur, en extase, lève les yeux au ciel : Illumina vullum tuum, tieus.... Super tendras naîtras militabo in

gentibus (1). ne l'autre, il est sous un dais et sur un char à trois chevaux que guide un conduoteur à pied, armé d'un fouet. Il porte la Croix. Au-dessus du dais sont trois luminaires. Super aspidem et basiliscum ambulabit et comukavit leanem et draconem (2).

A Barlelta [Barolum), port de l'Adriatique, dans la terre de Bari, on remarque encore aujourd'hui une statue colossale d'IIéraclius (3).

Le nom d'Héraclius fut donné à une ville fondée en Vénétie, entre les années 628-041 (4).

En plein moyen fige, u Limoges, on peignait sur émail llêraclius huitrfeiiiiunt Chosroès (5).

(1) Voir Ducnngp, Diiirrlolioiii iK> st 88, p. M. On lit ces

un tiii-niï.ilcjr.a-Cr. Chm (g] Voir M. .le Longpérlfc dr l'/nlroi/ucliuit da a mis

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