Séjour d-Héracllus en Syrie ;s!!)-liM
De grandes préoccupai ions s'emparèrent d'Héracliusdes qu'il eut rapporté la Vraie Croix dans son sanctuaire. Il lui fallait réorganiser les provinces reconquises, l'Asie, la Syrie, l'Egypte, apaiser les troubla relifriiïiix <jui renaissaient, raffermir la Perse ébranlée par s:s mains, surveiller l'Arabie pu commentait à s'agiter.
Aussi ne retourna-t-ii pas à Constanlinople. Il resta avec Martina, le nouveau Constantin et Théodore, et séjourna tour à lour à Hîérapolis, îi Emèse et à Edesse. Cette dernière ville l'attirait;, c'était la patrie de ses an c G 1res ; ià saint Ephrem, père de l'église syriaque, avait converti les sectateurs de Jupiter et d'Oromase, et combattu l'hérésie de
288 CHAPITRE DII-HUITIÉM*.
Manès; là avail êlê découverte l'imagTs miraculeuse devant laquelle avaient recule Phocas, liaïan et Chosroès. Idlesse avait possédé trois cents monastères au temps de sa splendeur.
Adossée à l'Euphrate et regardant le Tigr*, elle commandait tous les pays, amis ou ennemis, qu'on nvail a contenir ou à protéger. Ainsi l'homme d'État et le religieux pouvaient également s'y plaire : Héraclius, nous le savons, était l'un et l'autre.
Toutd' abord, on n'eut qu'à continuer en Syrie le triomphe commencé en Thraec. L'Empereur, assis sur son trône, reçut île l'extrême Occident et dû l'extrême Orient, delà Gaule et de l'Inde, les ambassadeurs de deux grands souverains. Ceuxci, lui offraient des présents magnifiques, des perles et des pierres précieuses; d'autres lui demandaient une paix et une alliance perpétuelles. Certes, l'hommage de l'illustre roi Franc Dagobert dut être la plus belle récompense humaine des travaux ri' Héraclius {1).
Puis, ce furent des événements de famille, bien doux pour un père tel que lui; Marti na donna naissance h un fils qui reçut le nom de
(I) V. Théopliano, l,p. 514, cl F réduire, c. B5.
nouveau David (1). Bientôt on apprenait que le mime jour un petil-iils lui était né, de l'union du nouveau Constantin. avec la fille de Nicélas. Ainsi la joie était au comble dans le palais. Sergius gouvernail d'une main ferme Conslanlinople et renduil scrupuleusement aux églises les trésors qu'on leur avait empruntés. Pisidès composait son poème de la Création.
C'est le clergé qui avait permis de soutenir une guerre dispendieuse en Europe et en Asie. 11 avait fourni l'argent nécessaire. L'aliénation spontanée de ses propriétés cl de ses capitaux accumulés depuis Constantin était vraiment patriotique, et serait sans exemple, si on n'avait préalablement exigé une reconnaissance et une hypothèque. Mais ce corps immense, composé d'un si grand nombre d'évèques, de prêtres et de moines, ne pouvait maintenir sa dignité séculaire- et sa puissance exorbilanlc, qu'au moyen d'énormes revenus.
Lui demander des dons gratuits, c'eût été
(I) 1 novembre 030.
méconnaître ses conditions d'existence; c'eût été consommer une révolution qui aurait affranchi les consciences, assure" la prospérité des provinces et l'intégrité de l'empire. Certes le patriarche Scrgïus, chef suprtme d'une
pour ainsi dire, l'Elut tout entier, ne pouvait pas . sefairc le promoteur d'un pareil bouleversement, o Je suis archevêque, aurait-il pu répondre, et ne veux pas ébranler 1 épiseopat. * Héraeliits lui-même, Héraeliu^ surtout, avec sa piété, sa dévotion, ses scrupules bien connus, aurait regarde cet attentat comme une infamie et un sacrilège. D'ailleurs sa parole était engagée. 11 aurait été injuste que la première, la plus religieuse, la plus sainte des croisades, organisée, entretenu!-, bénie par le clergé, aboutît à la spoliation du clergé. Mais, à le bien prendre, il eût suffi de quelque tempérament, pour éloigner ou prévenir bien des malheurs. Que la généreuse abnégation qui avait étonné le monde durât cinq ou six années encore, jusqu'à ce que les contrées dévastées par l'invasion eussent respiré, et le salut de l'empire était assuré. Personne ne prévoyait ce qu'un avenir prochain allait révéler. Couséquemment personne
ne se déparlai l de ^os droite. Les trésors du grand roi furent consacré* ii éteindre lu dette. Il fallut, pour subvenir aux frais d'une administration minutieuse et Iracassière, soumettre à des contributions forcées les provinces, avant que l'industrie et le commerce les eussent de nouveau vivinéfis. C'est l'armée, c'esl-ù-dii-e lu défense nationale, qui souffrit de ces nécessités comme de ces erreurs (t).
Plus tard, quand les malheurs publics s'accu-, mutèrent, une étrange accusation fut poi-tée contre Scrjiuset trouva un écho dans les plus froides compilation s. lks rii:lirssi.'s sans nombre, or, argent, pierreries, auraient été expédiées à Constanlinople par Héraelius: mais le patriarche, profitant de l'absence de l'Empereur, aurait tout dévoré (2). C'est là une singulière façon d'exprimer le fait que nous venons d'énoncer. Jamais, pour notre part, nous ne consentirions a ne voir, dans l'homme énergique
I, p. 73, uno Novdle, dil4e du l'an 829, qui
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cussion nuire. I! aura, lui aussi, ses illusions et ses erreurs, mais ses mains resteront pures. Le cri d'indignation de l'un de ses successeurs, Nicéphoro, nous montre bien que le clergé lui reprochait non son avidité, maissa tolérance (1). C'est ainsi que se perd la vérité, au milieu des passions surexcitées. Quand Ëergius fuldéclaré hérétique, on le jugea capable des plus grands
III. Mission religieuse de Plaides : le poème de 1» Création.
ÊUjuuulj Èkir.ïH ittuvrc Ufni (2).
Tout autre est la responsabilité de Sergius, aux yeux del'impartiale histoire. L'autorité du patriarche, qui n'avait, pour ainsi dire, point délimites, était encore accrue par l'absence de l'Empereur (3). A lui revenait la lâche de diriger l'esprit de la grande capitale dans la voie qu'il lui avait tracée. S'il maintenait les résultats obtenus, la postérité assoit) fcsuft 3i btiin -c. fiti«™ |u^sw ««>*««... Nicephore, p. 26.
(S) V. H«™ t ™>, v. im.
(3j Voir l 'in vota lion de Pisidês 6 Sergius, a» déliul de
missiox iusimibuse de fwsès. 203 cierait son nom à celui d'IIéraclius, comme elle associe ceux de Justinien et de Bélîsaire, S'il les laissai! périr, il irait se perdre lui-même dans la foule de ses liuinutiymcs. Certes, ce n'est pas l'inertie qu'il faut lui reprocher, mais bien une activité exubérante et téméraire.
Il conçut tout d'abord une grande idée. Jean Philoponos, philosophe alexandrin égaré dans le ti* siècle, disciple d'Ammonios, et dernier représentant d'une école illustre, bien que lui-même assez obscur, avait composé des
remettait en honneur Platon, Arislote et Porphyre. S'inspirant de vues toutes païennes, il s'emparait hardiment du dogme do la Trinité, dont il faisait trois Dieux distincts. Une pareille entreprise n'avait pu se produire qo'h la faveur des invasions qui avaient désarmé l'autorité ecclésiastique. Donner le coup de grâce au polythéisme , achever Zoroaslre , M&nès et Philoponos , était une mission d'honneur qui revint naturellement à Pisidès. Le lliÈmc choisi par Serg-ius était l'œuvre des six jours, titre d'autant plus saisissant et d'autant plus agréable aux Byzantins, qu'il leur rappelait û la fois Dieu et l'Empereur.
Î9* CHAPITRE raX-HUIITÈME.
Une courte invocation au Patriarche précède le poëme. On y lit ces paroles : o C'est loi qui as fait luire à nos yeux le soleil de la paix (1). » Elle est courte, narcrj i]uo celui i|ui en est l'objet «fuit la louange comme si elle elail un opprobre » (2).
Le ciel, le soleil . lu lune , lu terre , l'homme, les animaux, les plantes sont décrits successivement, parfois avec bonheur, toujours avec une science qui honore le poêle, sinon l'époque. Mais il ne fuut voir dans tous ces développements que l'oceasion, souvent offerte et toujours vivement saisie, d'immoler ce qui fait ombrage à la religion de Sergius. Or, on se défie des Grecs, quels qu'ils soient. On leur dit leur fait sans ménagement et sans détour. L'ibis confondra Gallien; l'abeille, liuclido; le cygne, Orphée; la fourmi, Zidmuxis. IVoclus, traité n de bas sophistes (3), n'offre à ses yeux qu'un tourbillon de notions aussi pauvres qu'orgueilleuses.
(i;i/f.raï)iic™ii,ï.îf.
(Î]H., ï.îi.
(Il) 11 «fani HsMU tin hïth
v. Slj.
Ru pp m cli pi ce qi;i> r.sinoi dit tl'Homcrc, De Expédition* Penita, Acr. I, v. iiil ;-(!<■ IWmosliiène, iif., Àcr. II, v. .( ; do flutarque, Ileradiadot Acr. I, v. 110; — da Plalcra, iisiosmt-