II. Le moine Pïi-rhaa et riœperatrlee Martina
C'est une carrière assez curieuse à étudier, que celle du moine Pyrrhus. Il dut sa fortune au patriarche Sergius, dont il était, comme George PisidSs, le compatriote, le commensal et l'ami. Son esprit intrigant et délié lui concilia la faveur impériale, llétaelius ne l'appelait que » son frère (l). » Il avait tenu sur les fonts baptismaux la sœur du souverain, et cette circonstance augmentait encore son crédit. La vieillesse d'Héraclius et do Sergiua le mit au comble. Le moine Pyrrhus se trouva chargé
38i CHAPITRE YINDT-QUiTRlfeuE.
de suppléer l'Empereur et le patriarche : il assuma le gouvernement politique et le gouvernement spipïluel, trancha les questions de droit et de dogme. Un homme de cette espèce était bien fait pour cabaler avec !a triste impératrice Marlina. Celle-ci, dans l'attente d'un prochain veuvage, n'avait plus qu'une pensée et qu'un désir : préparer l'avènement de son fils Héracléonas, en rejetant dans une ombre propice le nouveau Constantin. Si la fuite avait, bien contre son gré, soustrait le»premier né d'Eudoxie a îa mort qu'elle lui avait souhaitée , en revanche il revenait profondément abattu, méprisé des citoyens et se méprisant lui-même, incapable d'opposer une résolution virile aux desseins d'une marâtre et d'un moine pervers. On fit comprendre à Héraclius que le vaincu d'Anlîocho et de Cêsarée, lo prince qui avait cédé aux Musulmans, presque sans coup férir, l'empire des Séleueides. et le berceau du Christianisme, serait pour la domination romaine un bien faible soutien. Il fallait, par charité comme par politique, lui donner l'appui de son jeune frère. Tout irait mieux, grâce â ce partage des soucis et des labeurs. L'Empereur y consentit, son jeune collègue
l'bcthèse d'héraclius. 385 laissa faire. Le 4 juin 638, le couronnement eut lieu avec grande solennité au palais du Bosphore (1). Héraclius, déraillant, posa le diadème sur !a tête d'Héracléonas. Le nouveau Constantin assistait à côté de Marti na. Lors des fêtes solennelles, les trois princes se rendaient ensemble à la grande ég-Iise et à l'hippodrome (2). Mais l'ambition de Martina et celle de Pyrrhus n'était pas encore satisfaite. Un testament authentique leur fit prendre patience.
On reprochait au patriarche Se Tgi us ses varialions concernant la volonté du Christ. Cette volonté, il l'appelait tantôt o consultative, » tantôt « hy postal ique «, o tantôt protestalive, » tantôt «arbitraire!, tantôt enfin, «économique(3).»De cette manière , il accordait tour à tour l'avantage, dans l'union théandrique, à l'humanité et h ladivinité. Nous pensons que c'étaient là les distractions d'un docte vieillard, qui ne pouvant remplir les devoirs de général et d'homme d'État désertés par l'Empereur, se rappelait
(11 Constantin Por[itivrosénète. <f(s Ctrimoniti.
■iiNotiiinrarnl !<"■ I ol 4 janvier 639.
(.1) Ftamy, Bàloin tecUtiaaitu, i. VIII, liv. 38, p. 458.
386 CUAPJTItE riNOT-Ql'lTRïfeME.
Tort à propos qu'il était Grec. Cependant un certain ap.iiscmpnt se faisait autour du monothélisme, depuis la lettre si sensée du patriarche au pape Honorius. On engagea fort maladroitement l'Empereur à reproduire l'épttre théolofrique, sous forme de profession et de décret. L'Eclhëse, œuvre de Sergius ou plutôt de Pirrhus, était une exposition de la foi orthodoxe, & l'occasion de fmiii/ne *ui <biuhk opération. Elle débutait par une distinction formelle des deux natures, et proclamait aussitôt après l'unité de la personne. Jusque-là rien que d'irréprochable. Nous attribuons, dit en concluant le théologien impérial, toutes Ifs opérations de Jésus- Christ, divines et humaines, au Verbe incarné, el ne permettons nueunemimt de dire ou d'enseigner une ou deux opérations; mais plutôt, suivant la dodriim des conciles œcuméniques, nous dirons que o'est un seul et môme Jésus- Christ qui opère leschnses divines et humaines, et que les unes et les autres opérations procèdent du même Verbe incarné, sans division ni confusion, car l'expression d'une seule opération, quoiqu'elle ait été employée par quel' ques-uns des Pères, paraît étrange à certaines personnes qui craignent qu'on ne s'en serve