III. InTMion d« l'Ésypte
Omar hésitait. Il espérait le tribut, il redoutait le réveil d'Héraclius. Cependant Amrou rongeait son frein et exigeait une autorisation immédiate. Le pontife de l'Islam , fondé sur le dogme du fatalisme qui anime le Koran, répondit par manière d'oracle : » Si vous Êtes toujours en Syrie, retirez-vous sans délai; si vous Etes déjà sur la frontière d'Égyp'e , avancez avec confiance, et comptez sur le secours de Dieu et gur celui de vos frères. ■> L'émir reçut la missive en Syrie, mais ne la lut qu'en Égyple. Il y avait certes beaucoup de ruse dans cette lecture, faite tardivement, mais fort à propos.
La ville de Farmah, l'ancienne Péluse, clef du pays, l'arrêta un mois. A ce moment accourut le lieutenant de l'Empereur, Marien, qui se faisait une haute idée du nom romain. "Ce n'est pas à l'évêque Cyrus que vous aurez affaire] j'ai d'autres armes que les siennes I Voyez plutôt le tribut que je vais vous payer 1 ■ C'étaient de belles paroles, mais elles restèrent sans eflet. Marien s'enfuit comme autrefois Manuel avec lequel Théophane le confond (1 ).
(t)Tli4opliinB.I,p.Kifl.
IV. Siège ds HIar : le gouverner Mokawku et 1s patriarche Benjamin: soumission des Cophtes.
Amrou marcha surMisr, la métropole cophte, qui s'Élevait sur la rive occidentale du Nil, tout près des anciennes Memphis et Babylone, du Fortal et du Caire modernes. L'île de Roudah , où l'on voit actuellement te nitomètre, pouvait servir aux défenseurs de point d'appui ou de refuge. Mokawkas commandait. Il résista longtemps. 11 n'osait accomplir son indigne trahison, ou pour mieux dire, sa défection patriotique. Ses soldats, trop dociles au joug élranger-, le retenaient. Enfin, il parvint à leur démontrer l'inutilité d'un nouvel effort : il les lit retirer dans l'ile, et traita sans scrupule avec Amrou. * Les Grecs sont décidés à combattre, dit-il ; mais je ne veux avoir de commerce avec les Grecs ni dans ce monde, ni dans l'autre; je renie à jamais le tyran qui donne des lois à Byzance, son concile de Chalcédoine et les Melkhites, ses esclaves. Mes frères et moi, nous sommes résolus de vivre cl de mourir dans la profession de l'Évangile et de l'unité de Jésus-Christ. Nous ne pouvons embrasser la religion de votre prophète , mais désirant la paix', nous consentons
FUREUR D'hÉRACLIUS. . 401
debon cœur & payer un tribut el à montrer notre soumission a ses successeurs temporels» (1).
Les Arabes acceptèrent cette capitulation honorable pour les deux armées. L'exemption des vieillards, des moines, des femmes, des enfants des deux sexes finit de gagner à ses nouveaux maîlres une population trop peu ménagée. Ce changement de servitude fut accueilli avec enthousiasme et délire, comme si c'eût été une complète délivrance. La secle jacobile, qui, suivant l'heureuse expression de Gibbon, était devenue une nation, prit sa revanche d'une longue humiliation. Le patriarche Benjamin sortit de son désert et reçut les hommages, nonseulement de ses fidèles, mais d'Amrou luimême, aussi habile que magnanime.
V, Fureur .VHcraclhis ■. Cyms appliqué à la torture.
AinsilesGrecs en Egypte étaient, aprèsle siège deMisr, dans la même situation que les Carthaginois en Afrique après la balaille de Zama. Lne insurrection générale des indigènes les ramenait de toutes paris vers les rivages de la mer et dans Alexandrie. La Grèce extérieure allait être jetée
[1} Gibbon, chap. U.
à lamerl Cette foudroyante nouvelle fit sortiriin instant l'Empereurde la léthargie où il languis- . sait. Son ami Cyrus expia sa naïve confiance, comme son frère Théodore avait expiésa défaite. Il l'accusa devant une assemblécdu peuple réunie tout exprès d d'avoir livré l'Egypte aux Sarrasins. ■> Sûr de sa conscience, le patriarche répondit que si les choses avaient si mal tourné, c'étaitauconlraire parce qu'on n'avait pas suivi ses conseils, qu'on aurait pufacilement acquitter le tribut avec les produits du commerce et des douanes : les droits de l'Empereur seraient restés intacts. Puis il dénonça les véritables criminels, et Qt une énuméralion longue et accablante.
■ Vous avez osé me proposerde marier mafîlleau chef des impies Sarrasins! «répliqua l'Empereur.
■ Vous êtes un Hellène, un ennemi de Bieu et des hommes l s (I) H s'emporta aux menaces les plus compromettantes pour la majesté impériale, i Je vous ferai mourïrl » dit-il en terminant. EnËn il l'abandonna au préfet de la ville qui le soumit à la torture. Héraclïus ne pouvait prendre son parti de tant de honte. C'est la honte qui le rendait foui
[1) OWËU.mï.i.KûfM hmdîUi.NIclpkofeip. 30;