‹ L'empereur Héraclius et l'Empire Byzantin au 7. siècleChapitre 88 sur 90 · DESTBUCT10S 1IE LA BIBLIOTHÈQUE D'ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

DESTBUCT10S 1IE LA BIBLIOTHÈQUE D'ALEXANDRIE

« Epargnez les habitants j> , répondait Omar toujours bien inspiré dans ses décisions que personne n'osait enfreindre. La plupart se retirèrent à Constanlinople.I! y avait environ mille ans qu'Alexandrie availété l'ondée pur l'immortel conquérant dont elle porte le nom. Pendant ees dix siècles la civilisation hellénique, répandue en Egypte et en Syrie, avait produit dos littérateurs distingués, les savants les plus illustres de l'antiquité, une philosophie qui fui le mélange des idées grecques et des mystères du l'Orient. Mais elle nvait perdu peu k peu sa force d'expansion ; elle s'était finalement affaissée au sein du Bas-Empire. Cela étant, elle devait, un jour ou l'autre, battre en retraite, laisser aux indigènes qu'elle ne pouvait plus dinirirr h: terri loi re qu'elle avait usurpé. Héraelius assistait immobile ù cette destrnclion de l'œuvre d'Alexandre, qui, ayant fait son temps, «tait désormais condamnée (1).

Celle civilisation, jadis si llorissaate, n'était plus représentée que par ce Jean l'hiloponos, objet des railleries de Pisidès, mais que Sun

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amour du travail place bien au-dessus de lapiupart de ses contemporains. Sa vie s'était consuméedansla fameuse bibliothèque du Sérapion, la plus riclie de l'univers. Etablie par lesPtolémées, victime des guerres de .Iules César, reconstituée grâce aux soins des savants Alexandrins, celle bibliothèque était, comme onl'avait dit de l'autre collection, le remède de l'dme. On y trouvait les ouvrages les plus divers, depuis les chefs-d'œuvre du siècle de Périclës, jusqu'aux controverses thcologïques des derniers temps. Il importait que ce grand sanctuaire de la pensée humaine subsistât, même tutti aux Arabes. C'est un acte depiéle - que Philo|>otios nreomplii, quand il vint supplier Amrou d'épargner sa bibliothèque, l^émir se montra louché d'un si noble dévouement aux choses do l'intelligence: il n'apposa pas le sceau du vainqueur sur ces richesses qui, par leur nature, semblaient à l'abri de la convoitise. Peut-être promit-il do les abandonner à celui qui seul pouvait présentement s'en servir. Mais c'est le kalitb qui devait, surcette question comme sur toutes les autres, prononcer en dernier ressort. La sentence, inspirée par le fanatisme, plutôt que par l'ignorance, fut absurde et cruelle, o Si les écrits des Grecs sonl d'accord avec le

Jecthèse 407 Koran, répondit l'oracle de Médine, ils sont inutiles, et il ne fauf pas les garder; s'ils contrarient les assertions du Livre saint, ils sont dangereux et on doit les brûler. >> '.'■'•luit- un dilemme excellent, mais une action détestable. Comment fut exécuté ce jugement? Livra-t-on tous les papyrus et tous 1rs parchemins aux bains d'Alexandrin, ou bien offriUon à Mahomet un immense holocauste î Un seul fait reste hors de doute ; c'est la disparition de cet incomparable trésor. Philoponos h Trithêitte ne se convertit pas 4 l'Islamisme , ainsi que l'affirme une légende erronée, mais il pleura, nouveau Jérémic, Biir les ruines de son temple détruit. Ainsi, avec l'avenir, la Grèce perdait son passé 1 (I).

Le surlendemain de la chute d'Alexandrie le clergé romain proclamait pape le diacre Dalmate Jean IV. C'est la réaction contre L'hérésie et contre l'empire ; u i nvait porté sur le trône le nouveau Pontife. Aussi l'erreur de Pélage

408 CHAPITRE V1NGT-C1XQEIGME.

1 et celle d'Héraclius furent-elles expressément condamnées dans le concile de Latran (janvier 641), et les foudres de l'anathème lancées avec résolution vers Londres et vers Constanlinople. Une lettre adressée a Pyrrhus jeta la terreur dans le palais du Bosphore et dans l'âme d'Héraclius. L'Empereur répondit au Pape:

o L'Eclhèse n'est pas do moi ; j*r ne l'ai ni dictée ni commandée: niais le piiiriai'clie Sereins l'ayant composée cinq ans avant que je revinsse d'Orient, me pria, quand je fus à Constantinople, qu'elle fût publiée en mon nom avec une souscription et je me rendis à ses prières. Maintenant, voyant que c'est un sujet de dispute, je déclare à tout Je monde que je n'en suis pas l'auteur (1). n Jamais souverain ne fit plus explicitement l'aveu de sa faiblesse ou de son impuissance.

( Héraclius avait assisté à la ruine de son œuvre politique et religieuse. Il avait voulu faire prévaloir l'orthodoxie, cl il était convaincu d'hérésie; il avait voulu rétablir la domination romaine, et elle était démembrée plus que jamais; il avait voulu remettre en honneur les lettres, et leur sanctuaire était la proie des

MORT d'hÉRACLCVS. *09

flammes. Moralement, il avait cessé (le vivre. Sa maladie atteignait son dernier période : le corps était à l'unisson dei'àme! Lorsque l'heure de la délivrance fut arrivée, il réunit autour de son lit de mort les enfants d'Eudoxie et ceux de Martina. Il leur recommanda la concorde et une déférence filiale envers l'impératrice (1). Mais, craignant que !e nouveau Conslantin ne tînt point compte de ses conseils et chassât du palais sa marâtre, il livra à Pyrrhus le trésor impérial pour subvenir aux besoins de son indigne épouse (2). Ce dernier trait nous fait mesurer la décadence d'un g rand homme. Nous n'avons plus qu'à suivre ses funérailles Jl i février 641).

Il fut inhumé dans l'Église des Apôtres. Cette basilique, la plus célèbre de la Capitale après Sainte-Sophie, était l'une des pieuses fondations de sainte Hélène. Justinien, qui l'avait reconstruite avec magnificence , reposait sous ses dalles à côté du grand Constantin. Héraclius y demeura exposé durant trois jours, sous la garde de ses fidèles eunuques. Lui-même l'avait

(I) K«[ Map:!,». tJ. «Jnfl -fiiwm T^iirtu ni,' .1™. « pnfy* mi SiriliMiy. Nicéphoro, p. 31.

ïrmi. in fui nûri njv* K.jyst"]' K-i-.'.ïs.to; fcai T^cyjvt'j ■> ^STv.E^uv Jt/jlJxl-.y ; ; , ■■ ir/., , it'.jO n:^.l;C. Nil^phOrP, p. 35.

i I 0 CHAPITRE YINGT-CiNlimÈMF..

ainsi ordonné dans son testament (1). On le mit ensuite dans un superbe cercueil d'onyx blanc, et on le descendit ilans les caveaux, non loin de ses illustres prédécesseurs (2). Mahomet II, maître de Constanlinoplo , détruisit l'Église des Apôtres et Toula sans scrupule les cendres du g-rand ILéraclhis. Mais la famille impériale elle-même ne les avait pas respectées. Il était mort depuis trois mois à peine, quand l'avidité ou la misère fit porter sur son cadavre une main sacrilège, l'n chambellan du palais, sur l'ordre du souverain, orraelia de sa tête la couronne et l'apporta souillée, presque sanglante, au nouveau llooshmlin ,.')'. Héracléonas lu déposa plus lard à Sain te-Sophie.

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