OBSERVATION III
Rémy, 32 ans, palefrenier, entre à la salle Saint Christophe, le à juillet 1868.
C'est un garçon vigourenx, qui ne se rappelle pas avoir eu d’affections de poitrine sérieuses ; il est, du reste, d’une bonne santé habituelle.
Le jour même de son entrée, à neuf heures du matin, pendant qu'il étrillait son cheval, celui-ci se cabra et tomba à la renverse sur notre malade qui supporta pendant quelques instants le choc et le poids de l'animal.
La pression qui en fut le résultat porta sur le thorax, mais notre ma- Jade ne se rappelle pas quelle estla partie qui a été en contact soit avec le sol, soit avec le cheval. Il recut en même temps plusieurs coups de pied surtout sur la figure.
Il y eut perte immédiate de connaissance, elle dura plus d’une heure et fut suivie d'une obtusion intellectuelle pendant la plus grande partie de la journée, il y eut en même temps de la céphalalgie.
8 Juillet. On trouva plusieurs ecchymoses sur la figure. Petite plaie contuse au niveau de la joue droite, ecchymose, sous conjonctivale et un peu de gonflement de la paupière du même côté. On trouve encore des ecchymoses sur les fesses, sur l'épaule droite et sur le côté droit du thorax, cette dernière a à peu près la dimension de la paume de la main. Ce même côté de la poitrine offre en avant au niveau du bord inférieur du grand pectoral, dans la plus grande partie du côté externe et mème un peu en arrière, une saillie anormale dépassant de? à 3 GAURARe
la surface des parties normales environnantes. Elle est de configuration irrégulière et se continue insensiblement avec elle.
La palpation de ces parties saillantes combinée à une légère pression, fait percevoir une crépitation fine, sèche, en même temps qu'on éprouve une sensation de mollesse, il existe donc dans ce point un emphysème parfaitement évident.
En appliquant la main à plat sur la poitrine et en faisant tousser le malade, on peut reconnaitre plus profondément une crépitation plus rude, franchement osseuse, se passant au niveau de la huitième côte et indiquant une fracture.
Le malade éprouve une certaine difficulté à respirer, mais cette difficulté tient seulement à ce que les mouvements respiratoires un peu étendus réveillent des douleurs sur le côté externe de la poitrine.
Le malade a rendu quelques crachats légèrement striés de sang. La percussion est normale à gauche et à droite dans toute la hauteur. Il existe cependant à la partie inférieure dans une très petite étendue qui dépasse à peine la largeur d'une pièce de 3 francs, un peu de submatité.
L’auscultation fait percevoir dans toute l'étendue de la poitrine un murmure vésiculaire dont l'intensité est un peu moins grande à droite qu'à gauche, ce qui tient tout simplement à ce que le malade cherche à respirer le moins possible du côté droit pour éviter des douleurs.
On applique autour de la poitrine une large bande de diachylon pour immobiliser les côtes.
Le 4, la pression de la poitrine par ce bandage de diachylon est très douloureuse au malade. Les parois costales sont toujours très sensibles à la pression.
L'emphysème persiste au même point qu'hier, il n’a point augmenté. La percussion et l’auscultation permettent de constater qu’il n’existe pas de différence entre le poumon droit et le gauche.
Du 5 au 10, la douleur a complètement disparu, l’'emphysème luimême a diminué de plus de moitié; cependant la crépitation caractéristique se perçoit très bien. Le malade se lève et se promène toute la journée. I1 porte toujours un bandage de diachylon.
Le 11 au matin, le malade se plaint d’une douleur au côté droit, s'exagérant dans les fortes inspirations et siégeant au niveau de la partie pos-
érieure moyenne au niveau de la cavité thoracique à une distance très faible du point fracturé. Submatité peu étendue et limitée à un espace grand comme le paume de la main.
On entend du souffle bronchique et des râles sous-crépitants, crachats normaux ; un peu de fièvre. — Julep kermatisé.
Le 12, la nuit a été bonne. Le point de côté a beaucoup diminué mais il y à toujours un peu de submatité et les mêmes signes stéthoscopiques. — Pouls normal, l’emphysème diminue, mais il est encore sensible.
Le 15, plus de douleur, il n'existe plus que quelques râles sous-crépitants.
Le 14, on ne perçoit plus rien dans la poitrine, ni a la percussion ni à l’auscultation. L'emphysème sous cutané est à peine sensible.
A son départ au 2 juillet le malade allait très bien et ne présentait pas de trace d'emphysème.