‹ L'empire byzantin (volume 2)Chapitre 11 sur 24 · II. — LES PUISSANCES SOCIALES DE l'eMPIRE {suite · texte numérisé non relu

II. — LES PUISSANCES SOCIALES DE l'eMPIRE {suite

l^ — LA NOBLESSE d'eMPIRE

Lors de la fondation de Tempire à Rome l'ancienne noblesse avait disparu, décimée par les guerres de la République et surtout par les guerres civiles. Cependant dans les premiers temps de Tempirc, il exista une noblesse divisée comme auparavant en deux ordres : les sénateurs et les chevaliers; mais Tordre sénatorial prit ensuite une physionomie différente, il devint une noblesse d'empire et Tordre équestre fut à peu près absorbé par Tordre sénatorial.

D'Auguste à Dioclétien,pour être sénateur il fallait posséder le cens sénatorial (1), et on entrait au.

Ki) Auguste eiigea des sénateurs 1,200,000 sesterce».

sénat soit après avoir géré une magistrature sénatoriale, soit à la suite d'une simple décision de l'empereur.

Au quatrième siècle le sénat fut recruté en plus au moyen d'une sorte de droit de coaptation que le sénat avait obtenu; puis il fut décidé que tout fonctionnaire pourvu d'une charge A^illustris, de respectabilis ou de clarissimus ferait partie de l'ordre sénatorial et que certains fonctionnaires, dont la charge n'était pas une charge de clarissimus y entreraient dans l'ordre sénatorial au bout d'un certain temps de services ou au moment de leur retraite.

Sous le Haut-Empire, l'hérédité dans l'ordre sénatorial exista en fait; sous le Bas-Empire elle fut admise en droit. Il suffisait aux clarissimi de s'acquitter de la préture pour entrer au Sénat.

L'ordre sénatorial comprit bientôt non seulement tous les sénateurs de l'Italie et des provinces, mais encore leurs femmes et leurs enfants jusqu'à la quatrième génération.

Le sénat fut donc au début de l'empire une aristocratie d'argent; le commerce étant dédaigné, les fortunes étaient gagnées au moyen de procédés peu honnêtes et le sénat fut, par suite, composé de membres d'une basse moralité.

Les sénateurs s'étant réservé au début de l'empire le privilège d'exercer certaines fonctions (1) pouvaient espérer que l'ordre sénatorial ne subirait

(1) Il8 avaient le gouvernement des provinces et parfois le commandement des lésions.

pas de modifications par trop profondes. Maïs les empereurs faisaient confisquer les propriétés des riches sénateurs et faisaient même condamner ceux-ci. Aussi, la noblesse sénatoriale se renouvelait-elle rapidement, et sous Constantin les familles patriciennes créées par César n'existaient plus.

Comme Tempereur remplaça les sénateurs dans les fonctions publiques et qu'il créa un grand nombre de fonctions impériales, l'ordre sénatorial était composé au quatrième siècle en grande majorité de fonctionnaires, et son recrutement était ainsi indirectement aux mains de l'empereur. Mais le droit de transmission héréditaire de la noblesse sénatoriale, droit reconnu sous le Bas-Empire, venait contre-balancer cet effet.

Au quatrième siècle l'ordre sénatorial prit un puissant développement dû principalement à la disparition graduelle de l'ordre équestre. Toutes les anciennes charges équestres ayant été transformées en charges sénatoriales, les clarissimi de naissance purent en être investis; même ceux-ci purent être admis dans les charges qui ne conféraient pas le clarissimat. Toutes les fonctions publiques pouvant être données à l'ordre sénatorial, Tordre équestre finit par disparaître et ne fut plus là pour contre-balancer Tordre sénatorial. L'ordre des perfectissimi', qui remplaça Tordre équestre et qui alimenta les postes secondaires, ne fit pas contrepoids à Tordre sénatorial.

Auguste avait défendu à tout sénateur de voyager hors d'Italie sans congé du prince; mais après lui

peu à peu les sénateurs renoncèrent à siéger au sénat; ils se retirèrent dans les provinces où ils possédaient de grands domaines constitués avec les terres principales de la région.

Au quatrième siècle, ils formaient déjà un ordre véritable, une aristocratie provinciale dont les empereurs cherchèrent à amoindrir \a puissance par la création des assemblées provinciales, et qui se solidarisa au cinquième siècle dans certaines provinces pour résister à Tinvasion des Barbares. Au cinquième siècle, l'empereur dispensa deux classes de sénateurs, les clarissimi et les respectabiles, Aq résider dans la capitale, et au sixième siècle sous Justinien, le droit de séance n'appartint plus qu'aux patrices et aux illustres.

L'ordre sénatorial en grande partie fut donc complètement détaché de la capitale; il devint surtout une noblesse provinciale. Par suite de son recrutement par transmission héréditaire et par suite de son caractère provincial, l'ordre sénatorial devint une caste presque indépendante de l'empereur et contre laquelle celui-ci eut à lutter.

Dans certaines provinces d'Orient, avant la formation de cette noblesse d'empire, il existait déjà une aristocratie ; sous l'empire, les grandes familles grecques n'émigrèrent pas à Rome comme le firent les grandes familles d'Occident; il y avait en Hellade et dans les provinces d'Asie de puissantes maisons possédant de grands domaines ; elles étaient maîtresses des cités et des assemblées provinciales. En Syrie et en Egypte l'aristocratie était

composée surlout de riches négociants et de riches industriels.

Lorsque Constantin fonda sa capitale il y attira des sénateurs en leur donnant des terres dans le Pont et dans TAsie Mineure, provinces qui jouèrent ainsi pour les sénateurs de Gonstantinople le rôle qu'avait rempli l'Afrique pour ceux de Rome.

Lors de Tinvasion des Barbares, les riches sénateurs romains se sauvèrent en Orient où les empereurs leur donnèrent des terres en Asie Mineure. Peu à peu la noblesse pénétra dans Tintérieur de cette presqu'île, où, par suite du peu de développement de l'agriculture, elle put s'y tailler de grands domaines ; aussi plus tard l'Asie Mineure fut-elle le centre de résistance principale de la noblesse contre ïes empereurs byzantins.

La noblesse d'empire fit sentir sa tyrannie et sa toute-puissance dans les provinces.

Elle absorba peu à peu la petite et la moyenne propriété. Comme l'action du pouvoir central se faisait peu sentir dans l'intérieur des provinces, la noblesse en profitait pour agrandir ses domaines; i;Uc &\!ra parait de force de la petite propriété ou

fsait avec le petit propriétaire un contrat dans kquel celui-ci abandonnait au noble riété moyennant sa protection, '^ombattre celte disparition de la petite ^ empereurs Brent au quatrième siècle expres^aément les patrocinia ; Justinien donna le coup de Xh : il obligea beaucoup de

petits propriétaires à payer, en outre, des impôts de rÉtat une redevance aux grands propriétaires dont ils recherchaient la protection; de plus un grand nombre de ses sujets qui ne pouvaient satisfaire aux taxes dont ils étaient surchargés durent abandonner leurs terres.

Cependant Tibère et ses successeurs du septième au neuvième siècle renouvelèrent leurs interdictions contre les patrocînia.

N'ayant pas le droit d'être magistrat municipal, les nobles échappaient aux responsabilités et aux charges pécuniaires qui pesaient sur la curie.

Peu à peu les nobles dans leurs grands domaines acquirent des privilèges particuliers.

Les tribunaux ordinaires pénétraient difficilement dans les immenses propriétés des nobles; ils ne pouvaient pas intervenir dans les conflits entre les patrons des grands domaines d'une part et leurs colons et .affranchis d'autre part. L'empereur Zenon décida que les esclaves et les colons seraient représentés en justice par leurs maîtres. Justinien reconnut aux sénateurs propriétaires qui habitaient Constantinople une véritable juridiction sur les gens de leurs domaines, et il mit les intendants des grands presque sur le même pied que les magistrats inférieurs.

Les domaines impériaux étant la plupart affermés à des sénateurs et la justice ordinaire ne pouvant pas pénétrer sur ces domaines, les sénateurs échappaient encore pour cette raison à la juridiction des tribunaux.

Les grands avaient de véritables troupes d'esclaves armés sur leurs propriétés. Léon P' leur défendit d'en entretenir, mais ce fut en vain.

Par suite de la puissance qu'ils avaient acquise les nobles régnaient sur le territoire de la cité, sauf à la ville.

Constantin avait soumis l'ordre sénatorial à des impôts spéciaux : la préture et le follis; ils payaient en outre l'impôt foncier et la contribution extraordinaire de l'ancienne oblatition. Mais souvent les sénateurs jouissaient d'immunités soit personnelles, soit collectives, et étaient l'objet de faveurs particulières. Lors de la répartition des impôts, comme les hauts fonctionnaires qui effectuaient cette opération étaient généralement de l'ordre sénatorial, ils ménageaient les sénateurs et tout le poids des impôts retombait sur la curie municipale et les petits propriétaires.

Les empereurs et les gouverneurs eurent à lutter contre cette puissante noblesse provinciale. De Constantin à Justinien, les empereurs recommandèrent virement aux gouverneurs de la combattre. Constantin décida qu'on ne pourrait être gouverneur là où l'on était né ; il défendit de se marier dans la province où l'on était gouverneur et d'y acheter des terres. Par ces prescriptions Constantin voulait que les gouverneurs ne pussent favoriser la noblesse provinciale et que la portion de cette noblesse recrutée avec les hauts fonctionnaires ne prit une trop grande puissance par suite de la possession de grands domaines qu'il

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était facile à lui d'acquérir, grâce aux hautes fonctions qu'elle remplissait. Mais Tinstabilité du pouvoir impérial rendit vaines toutes ces mesures; les gouverneurs ne pouvaient pas avoir toute Tautorité et toute Ténergie nécessaires pour combattre avec efficacité la noblesse provinciale; ils préféraient mémo la ménager, craignant plus sa puissance que celle de Tempereur.

Pour empêcher cette condescendance de» gouverneurs vis-à-vis de la noblesse, et pour leur faire sentir Taction du pouvoir central, Justinien prescrivit aux gouverneurs et aux hauts fonctionnaires d'être très assidus à la cour. Mais avec cet empereur les charges étant devenues vénales pour faire face aux embarras financiers de l'empire, la noblesse provinciale acheta les fonctions et les dignités; les fonctionnaires furent donc de plus en plus recrutés dans cette noblesse et ils s'e£Forcèrent de moins en moins à lutter contre leur caste d'origine. Pour fonder la monarchie absolue, Justinien chercha à se rendre indépendant de la noblesse^ provinciale. Il s'appuya à cet efiFet sur l'autre puissance sociale : l'Église, dont il dut satisfaire les désirs, en fortifiant les pouvoirs du clergé chrétien et eu essayant de réaliser l'unité, religieuse. Au lieu d'employer de hauts fonctionnaires provenant de la noblesse, il se servit pour les missions de confiance et les fonctions qui conféraient les pouvoirs les plus étendus des eunuques (1) sur le

(1) C'est ainsi que l'eunuque Narsèf, après avoir été cbain-

déyouement desquels il pouvait absolument compter. Justinien porta aussi atteinte à la puissance de la noblesse, en confisquant des biens de sénateurs et de fonctionnaires opulents, afin de faire face aux dépenses exagérées de son règne.

Après Justinien, la classe sénatoriale continua à accroître sa puissance.

Elle développe ses anciens privilèges; elle parvient, semble-t-il, à ne plus payer d'impôts sénatoriaux; ses membres ne sont soumis qu'à la juridiction de Tempereur ou du sénat; ils acquièrent des droits de souveraineté phis étendus ; ils exercent entre eux le droit de guerre privée avec leurs bandes armées. Les charges, et les dignités devenant de plus en plus nombreuses, Tordre sénatorial prend une grande extension. Il se compose alors : 1' des principaux fonctionnaires en activité ou en retraite ; S** de leurs descendants, la noblesse étant toujours héréditaire ; 3° de la noblesse provinciale qui, au lieu de Tancien titte du clarissimat, porte maintenant les titres grecs de la nouvelle hiérarchie : le spathariat, le protospathariat, etc.

Les charges étant devenues vénales avec Justinien, les nobles d'origine occupent de plus en plus les fonctions publiques, et par suite la noblesse provinciale se renouvelle de moins en moins par

bellao, trésorier privé, chargé de plusieurs ambassades par Justinien, fut nommé par cet empereur gooTerneur d'Afrique, puis éparqnc d'Italie.

L'euBvqM Salomoiireçnt le oofunaadcmeBt de T Afrique après le départ de Bélisaire.

raccessîon de fonctionnaires non nobles d^origine. Ce qui constituait un danger encore plus grave pour la monarchie byzantine, c*est qu'au neuvième et au dixième siècles la noblesse s'emparait peu à peu des fonctions militaires. Non seulement elle allait pouvoir disposer des fonctions civiles, des bandes armées de leurs domaines et des milices provinciales; mais elle allait pouvoir se servir de l'armée impériale contre Tempereur. En attendant que la noblesse se soulevât contre l'empereur, avec la pleine possession de ses moyens d'action, elle s'attaquait aux domaines de la couronne. Celui-ci étant souvent afiFermé à des membres de l'ordre sénatorial, la noblesse finissait par en devenir en partie propriétaire. De plus, ce domaine étant trop vaste pour être surveillé par l'autorité impériale, les fonctionnaire^ en cédaient des parcelles à la ' noblesse, soit parce qu'ils voulaient satisfaire les grands dont ils craignaient la puissance, soit parce qu'ils étaient eux-mêmes nobles d'origine.

Pour combattre la puissance de cette classe sociale, les empereurs disposaient de quelques moyens d'action. Ils confisquaient assez souvent aux membres de l'ordre sénatorial leurs biens, soit pour les punir d'une révcJte, soit simplement pour s'enrichir. L'empereur avait toujours le droit d'introduire de nouveaux membres dans l'ordre, mais c'étaient les favoris et les grands du palais, généralement non nobles d'origine, qui étaient les dispensateurs des titres ; ils faisaient presque toujours payer leur appui ; aussi les titres et les charges étaient-elles

données aux plus riches, par conséquent surtout aux nobles d'origine.

Néanmoins dans Tempire byzantin la noblesse n'acquit pas la toute-puissance qu'elle eut dans TEurope féodale. Dans cellcAci la noblesse était un corps absolument fermé; elle possédait toute la terre, qui était alors en Occident à peu près la seule source de richesse. En Orient la noblesse pouvait recevoir de nouveaux membres par suite d'une décision de Tempereur; en outre toute la richesse n'y étant pas monopolisé par la noblesse, en raison du développement de la richesse mobilière qui provenait du commerce et de l'industrie, les personnes riches qui achetaient les titres et les fonctions n étaient pas toutes d'origine noble.

Au début du neuvième siècle l'empereur Nicéphore Logothète voulut combattre l'extension qu'avait prise la puissance de la noblesse.

11 établit à cet efiFet l'allélengyon. Tous ceux qui ne pouvaient payer l'impôt de capitation deviendraient soldats ; puis chacun de ces soldats forcés aurait pour répondants ses voisins imposables, » les puissants « , lesquels seraient tenus non seulement de fournir à chacun desdits sujets pauvres les armes nécessaires pour le service militaire et en plus une prime personnelle de 18 sous d'or, mais encore de se substituer à eux pour les paiements en leur lieu et place et en leur nom de tous les impôts accoutumés qu'eux ne pourraient solder. G'jétait développer la haine des pauvres contre les grands, faire retomber sur les nobles le poids des impôts.

par conséquent porter atteinte à la puissance de la noblesse.

Mais Nicéphore Logothète régna peu de temps (802-811) et ses successeurs abolirent cette taxe.

Même l'empereur céon VI autorisa tous les officiers impériaux, à l'exception du stratège, à devenir propriétaires dans le gouyernement où ils résidaient. Les fonctionnaires d'origine noble, et qui étaient alors nombreux, allaient s'éloigner de plus en plus du pouvoir central et les fonctionnaires non nobles d'origine allaient, en se taillant de grands domaines, fusionner de plus en plus ayec les nobles d'origine.

Mais la stabilité du pouvoir impérial sous les Macédoniens permit à ces empereurs d'entrer activement en lutte avec la noblesse provinciale. Ils s'attaquèrent à ses grands domaines (I) et rendirent des novelles pour enrayer l'absorption de la petite propriété par la grande. Ils s'efforcèrent d'immobiliser la terre entre les mêmes mains : toute terre militaire dut appartenir toujours au militaire; toute terre du riche (SbvaToi) au riche, toute terre du pauvre (ttIvyitêç) au pauvre.

Basile I*"", qui régna au milieu du neuvième siècle, créa des revenus pour subvenir aux frais des procès des petits cultivateurs contre les grands.

(1) Lorsque Léon, fils de Basile I", hérita de Daniélis, riche matrone de Patras, qui avait adopté Basile avant qu'il fnt empereur, il réunit au domaine impérial quatre-vingt'K)uatre maisoDi de campa{;ne ou fermes et il affrancbit trois mille esclaves de Daniélis.

Romain Lécapène rendit une novelle contre les acquêts des employés de TÉtat.

Une novelle de 922 enjoignit à celui qui voulait vendre sa terre de l'offrir d'abord à son parent, puis à son co-propriétaire, puis à défaut à son voisin, ensuite aux membres de la commune, après quoi seulement il pourrait vendre la terre à son gré.

Une novelle de 928 déclare nulles toutes les acquisitions des riches qui avaient profité de la famine pour acheter à bas prix les biens des pauvres.

En 947, Constantin VII renouvela cette prescription; il ordonna que les puissants, qui depuis son ayènement ayaient continué à acheter les biens des petits cultivateurs, en seraient expropriés sans indemnité.

Dans la tâche qu'il entreprit contre les empiétements de la grande propriété, Constantin VII essaya d'y associer le sénat, bien que celui-ci fût composé de grands propriétaires.

Mais toutes ces mesures n'eurent pas grande efficacité; au milieu du dixième siècle la noblesse était encore toute puissante. Elle continuait à absorber les biens des pauvres (1) ; elle possédait toujours des privilèges en matière de justice (2). Les fonctions civiles étaient en grande partie recrutées par elle. Les premières familles nobles d'Asie Mineure étaient devenues de grandes familles

(1) C'était de cette manière que les famillet det Phocas el des HaleiDOs avaient acquis des biens immenses.

(2) C'est ainsi que tout individu du rang de protospathaire et 3u-des8us qui commettait un homicide ne pouvait être mis à mort.

militaires (1) et accaparaient pour elles les hauts grades de Tarmée. Leurs domaines ne faisaient que croître, car lorsque aux dixième et onzième siècles les stratigoi et les grands domestiques étaient victorieux, les empereurs byzantins les récompen- Srjient en leur donnant de grandes richesses, surtout d'importants biens-fonds dans les provinces. Grâce à ses immenses propriétés, cette noblesse pouvait disposer des milices provinciales, et grâce aux commandements militaires dont elle était investie, elle pouvait disposer des troupes de Tempire ; elle pouvait donc avoir de véritables armées qui lui étaient dévouées. De plus, comme elle fournissait de nombreuses recrues aux fonctions civiles, les fonctionnaires la laisseront s'emparer des trésors de Tempire lorsqu'elle se révoltera contre rempereur; elle possédera donc non seulement une armée, mais encore un trésor de guerre.

La noblesse était en outre la classe intellectuelle, ce qui lui donnait une grande autorité auprès des Byzantins.

L'empereur Romain II ne laissant à sa mort que deux enfants en bas âge ayant l'un cinq ans, l'autre deux ans, la noblesse pensa que l'occasion était propice pour empêcher le retour de mesures édictées contre elle, comme l'avaient fait jusqu'alors les Macédoniens; eHe songea même à s'emparer du pouvoir.

Elle fit donner la tutelle des empereurs mineurs

(i) C'étaient les Phocas, les Gougen, les Scléri.

à des membres de grandes familles nobles d'Asie; à Nicéphore Phocas et à Zimiscès. Ceux-ci furent même proclamés empereurs.

Pour satisfaire la noblesse Zimiscès combla de libéralités les sénateurs, les hauts fonctionnaires et les nobles. Cependant Bardas Phocas, neveu de Nicéphore Phocas, se fit proclamer empereur à Césarée, le centre de la puissance de la noblesse en Asie Mineure ; il profita ensuite de ce que Zimiscès clait occupé à guerroyer contre les Russes pour chercher à s*cmparcr de Templre àConslantinople ; mais il échoua dans son entreprise.

Après la mort de Zimiscès (976) la noblesse voulut reprendre les rênes du pouvoir qui étalent passées entre les mains de Teunuque Basile. Elle se révolta sous la direction de Bardas Skléros ; celuici s'empara de TAsIc Mineure (1) alors que la Bulgarie occidentale était en pleine insurrection. L'empereur Basile II fit alors appel à Bardas Pho-

(1) Bardas Skléros, qui avait été etratiiatoi des Scholes d'AnatuliCf avait été nommé ensuite duc du thème frontière de Mésopotamie par l'eunuque Basile, qui redoutait sa puissance. Bardas Skléros se fit proclamer basileus; les contin{;ents arméniens racclamèreni, mais les contingents tliraces vt macédoniens restèrent fidèles à l'empereur. Il s'empara alors des caisses impériales, tandis que les grands propriétaires terriens lui apportaient de l'argent et que les déclassés se mettaient à son service ; il sp rendit ainsi maître de Césarée, battit les armées impériales pendant que la rébellion se propageait ; il continua à marcher vers Constantinople ; il fut bientôt devant P^icée, une des principales cités byzantines de l'Asie. L'Asie était donc à lui. Une flotte montée par les contingents maritimes de l'Asie, qui s'étaient joints à lui, se porta alors vers Constantinople; mais elle fut battue près d'Abydos. Skléros, après avoir pris Nicée, assiégea Chalcédoine.

lU L'EMPIBE BYZANTIN

cas, auquel il donna le commandement des scboles d'Orient, à condition qu'il jurât de ne pas s'emparer du trône impérial. Le choix de Basile II était des plus habiles; la famille Pbocas étant toujours une des plus puissantes de la noblesse d'A-sie, une partie de cette noblesse se rallia à Bardas Phocas et abandonna Skléros. SUéros fut alors vaincu par Phocas et dut se réfugier dans les États du khalife.

Peu de temps après, Basile II n'étant plus mineur, cet empereur prit lui-même la direction du gouvernement. Il mit tout en œuvre pour soumettre la noblesse et pour fonder la monarchie absolue.

Il commence par destituer Bardas Phocas de sa charge de domestique des scholes orientales, disgracie le parakimomène et confisque sa fortune.

Il décourage la culture intellectuelle qui avait permis à la noblesse» la classe intellectuelle, de conquérir un grand ascendant sur les Byzantins.

Il enlève à la noblesse le commandement de Tarmée impériale et dirige lui même les différentes expéditions.

Ces mesures, surtout la dernière, portaient uuc grave atteinte à la puissance de la noblesse ; aussi les nobles ne tardèrent-ils pas à se soulever sous la direction de Bardas Skléros (1) et de Bardas Phocas,

(i) iiardas Skléros s'échappe de Bagdad^ «e fait proclamer basiieut, s'allie aux Sarrasins, est favorablement accueilli par k» populations des province» a8iati(|ucs, qui avaient été administrées tyranniquement par un eunuque et par le clergé. Trois moi» après, les chefs miliiaires, méconients de voir l'empereur prendre le commandement de Jl*armée et des expéditions militaires, pro-

qui s*étaient alliés éiis^iisible. Ils furent secondés dans leur révolte par le clergé qui était mécontent des lois que Basile II avait promulguées contre le développement des biens de TÉglise. Bardas Phocas, après avoir soulevé TAsie Mineure/ vint bientôt camper en face de Constantinople tandis que ses lieutenants assiégèrent Abydos.

Basile II dut alors avoir recours à Tétranger, au grand prince de Kief, auquel il demanda des soldats russes, et il s*assura de Tappui de TÉglise, l'autre puissance sociale de Tempire, en abrogeant les novelles qu'il avait édictées contre elle (1).

Basile II l'emporta finalement sur Bardas Phocas et Bardas Skléros (2).

Cette fois la noblesse provinciale était bien vaincue par Tempereur et la monarchie absolue triomphait.

Pour empêcher que cette noblesse ne reprit de la puissance^ Basile II prit différentes mesures.

Il promulgue une novelle renforçant celle de Romain Lecapène^ relative à la répression des acquêts des employés de TÉtat.

clament empereur Bardas Phocas à Charsian en Cappadoce, où (Hait le centre de là puissance de la noblesse.

(1) Il autorise Tacquisition des bien^-fonds par ies communautés et l'érection de nouveaux monastères (988\

(2) Tandis que Basile envoie par mer le magistros Daronite faire une diversion à Trébizonde, ses auxiliaires russes sont vainqueurs près de Constantinople; le frère de Basile II est victorieux à Âbydos; Bardas Phocas meurt et Skléros se retire avec les débris de son armée. Basile II se réconcilia quelque temps après avec Sklcros ; Skléros fut alors interné â Diolynotichon et mourut bientôt.

Ils défend aux hauts fonctionnaires de s^enrichir outrageusement.

Afin que les pauvres puissent reprendre les biens qui leur avaient été usurpés par les grands, il fixe à quarante ans la prescription du droit de retrait des pauvres contre les riches.

Il promulgue une novelle par laquelle l'empereur se réservera toujours la faculté de reprendre les biens du domaine de la couronne qui auraient été cédés par des fonctionnaires à autrui; mais cette novelle ne fut pas appliquée.

11 abroge la loi par laquelle tout noble du rang de protospathaire et au-dessus qui commettrait un homicide ne pouvait être mis à mort.

11 rétablit rallélengyon de Nicéphore Logothète .

Non seulement Basile II porta atteinte à la puissance de la noblesse provinciale en réprimant les soulèvements de celle-ci et en édictant contre elle des novelles, mais encore en confisquant les biens des grands les plus importants (1).

Les mesures prises par Basile II contre la noblesse poussèrent celle-ci à essayer de reconquérir la puissance perdue. Elle profita de ce que Basile II était en Géorgie pour se soulever, exploitant le mécontentement des chefs militaires qui

(1) G*est ainsi que lorsque Basile II s'affranchit de la tutelle de Teunuque Basile, et qu'il le disgracia, il confisqua ses biens. Il confisqua aussi les biens de Barda« Phocas.

En Hellade, où il se trouvait de puissantes familles nobles, il déporta des membres de la famille des Mélesscnes, qui étaient de puissants archontes terriens de Messénie et de Phocide.

ayaient été évincés du commandement général par l'empereur; cette nouvelle tentative échoua encore (1).

Mais après la mort de Basile II les empereurs ne luttèrent plus contre la noblesse; ils abolirent rallélengyon; l'absorption de la petite propriété par la grande continua; toutes les hautes fonctions militaires furent occupées par la noblesse ; aussi la puissance de la noblesse alla-t-elle en croissant tandis que celle de la monarchie alla en décroissant.

Cette noblesse arriva à l'empire avec les Gdm-. nènes et les Paléologues (2).

Pour contre-balancer Taction de la noblesse, les Comnènes fondèrent une haute noblesse de cour avec les princes du sang; ils donnèrent à leurs (ils et à leurs frères les titres de despote, de sébastocrator, de césar, de panhypersebastos et protosebastos; mais ces titres étaient de pures dignités n'entrainant l'exercice d'aucune fonction.

Ces nobles résidaient toujours à la cour où ils étalaient leur luxe. Lorsque l'empire grec eut suc-

(i) Nioéphore, straiigos du thème des Anatoliques, et Nicéphore, fils de Bardas Pliocas, se révoltèrent ; ils rassemblèrent une armée en Cappadoce qui était toujours le centre le plus important de la noblesse provinciale. Cette tentative se termina par la mort de l'un et par Texil de l'autre.

(2) La tige des Comnènes fut le patrice Manuel Erotikos, qui défendit Nicée contre Skléros révolté contre Basile II. Un des fils de Manuel Erotikos, Isaac, monta sur le trône, et son petitfils Alexis fut le basileus qui fonda la maison qui régna un siècle. Les ancêtres de Michel Paléolo{];ue, qui fut empereur en 1260, commandèrent les armées de l'empire et présidèrent les conseils de TÉtat depuis le milieu du onzième siècle.

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combé sous les coups des Latins, ce fut cette haute noblesse qui sç mit à la téie du mouvement d'indépendance et qui entraîna ensuite avec elle ce qui restait de la noblesse d'Asie.

Lors de la fondation de Tempire latin, la puis^ sance acquise par la noblesse et surtout le développement des biens de la noblesse et de FÉglise conduisaient au démembrement de la souveraineté. C'était dans la Hellade et dans la Morée que ce phénomène social était le plus prononcé. Là, le démembrement de la souveraineté y avait été favorisé plus que partout ailleurs, par Tinfiltration des tribus slaves et par le caractère très accidenté du

La souveraineté tendait à devenir domaniale. Au treizième siècle les archontes n'étaient plus soumis à Tempereur; ils exerçaient le droit de guerre privée entre eux; ils avaient des troupes armées, des châteaux forts; leurs paysans étaient moitié guerriers, moitié serfs; les archontes étaient devenus des chefs militaires. Dans cette région l'organisation sociale se rapprochait donc de celle des Latins, beaucoup plus que dans les autres parties de l'empire; aussi fut-ce en Hellade et en Morée que la domination des Latins dura le plus longtemps. Lorsque ceux-ci s'y établirent, les archontes se soumirent à eux, moyennant la conservation de leurs franchises et de leurs propriétés (1). Plus tard ces

(i) Cependant, ils durent sacrifier une partie de lenrv propriétés en faveur des hauts barons larîns, afin que ceux-ci pmeenf se constituer des fiefs.

nobles grecs ne songèrent point à se joindre aux erapereors grecs pour s'affranchir de la domination étrangère (1).

Dans le reste de Tempire byzantin, le démembrement de la souveraineté fut favorisé par les difficultés de politique extérieure de Tempire aux douzième et treizième siècles; la noblesse en profita pour se dégager de Tautorlté impériale. La foudation de l'empire latin au treizième siècle contribua beaucoup à amener le démembrement de la souveraineté. L'empire byzantin se divisa alors en trois principautés principales. Théodore Lascaris, parent des Comnènes par les femmes, se fit proclamer empereur de Nîcée, gouvernant ainsi une principauté qui allait du Méandre à Hicomédie. Les descendants des Comnènes, par Andronic, se taillèrent une principauté à Trébizonde, dont ils avaient été nommés gouverneurs par les TAnge. Les l'Ange se créèrent une principauté en Epire, Étoile et Thessalie. Ces deux dernières principautés ne firent jamais retour à l'emperetir de Constantinople (2).

(1) CesC aintî que, comme on le verra page £21, lorsque les armée» Je Michel Paléologue arrivèrent en 1259 jusqu'à Thèbcs, les nobles grecs ne se soulevèrent pa9 en faveur de Tempereur grec.

£n 1415, te despote Manuel II réunit une assemblée de chefs à Misitra pour faire appel à Ta nobfesse grecque afin d'empêcher le retour des Turcs dans la péninsule. Cet appel n'eut pas d'écho*

(î) Miche! l'Ange, après avoir reçu comme gouverneur, au nom de Boniface de Mont-Ferrat, TÉtolie et l'Acarnanie, s'était emparé en son propre nom de ces deux pays, aussi bien que d'une partie de l'Épire.

A la mort de Michel, Nicéphore, le podestat de TÉpire lutta contre les Grecs de Paléologue, les clans albanais, lei Vénitiens,

Dans rompirc de Nicée, Théodore Lascaris II ayant laisse en mourant (1259) un fils qui n'était âgé que de huit ans, la noblesse voulut profiter de cette minorité pour reprendre le pouvoir aux Comnènes. Théodore Lascaris, avant de mourir, avait confié la tutelle de son fils au patriarche et au grand domestique, afin de le soustraire à la puissance de la noblesse. Les nobles massacrèrent alors le grand domestique et le remplacèrent par un des leurs : Michel Paléologue. Celui-ci reçut le titre d'empereur, et afin de régner sans partage il bannit le jeune empereur (1261).

Le démembrement de la souveraineté était arrivé à un tel point que lorsque les empereurs de Nicée eurent repris la Macédoine aux Latins, les despotes d'Épire et les nobles grecs du sud de la péninsule balkanique ne se joignirent pas à eux pour les aider dans leur œuvre d'afiFranchissement

les An(;evin8 et plus tard Içs Serbes. Son fils, Thomas TAnfre, devint le vassal des souverains napolitains. Orsini fonda en Epire une dynastie italienne, qui disparut en partie sous les coupa des Serbes et finalement sous ceux des Albanais.

En Thessalie à la mort de Michel, Jean TAngefut nommé sei- {irneur ou sébastocrator de Mcf;alovlaquie; il soutint des guerres contre les Paléologues et s*appuya dans cette lutte sur les princes francs de Thèbes. La grande Vlaquie fut attaquée non seulement par les Grecs, mais encore par les Catalans, les Serbes et le» Albanais. Pour affirmer leur souveraineté, les princes de Vlaquii* frappaient monnaie. En 1303, Jean II, jeune sébastocrator de Vlaquie^ eut pour tuteur lu duc français d'Athènes; celui-ci rc<;ut l'hommage des barons ou archontes thessaliens^ et jura de respecter les coutumes du pays; il administra la grande Vlaquie selon la mode franquc. Les despotes d'Épire occupèrent le trône de Vlaquie jusqu'en 1348.

de la domination des Lalins. Les despotes d^Épire résistèrent même aux armées des empereurs de Nicée qui voulaient reconstituer Tunité de Fempire byzantin. Michel Paléologue dirigea ses armées contre le despote d'Epire Michel; elles vainquirent celui-ci à Âchris (1259), bien qu^il fût soutenu par les Francs de Grèce ; le sébastocrator arriva jusqu'à Thèbes, mais les Grecs ne se soulevèrent pas en sa faveur contre les Francs.

Dans Tempire de Constantinople proprement dit, la noblesse voulut avoir la haute main sur le gouvernement de Tempire, afin de dominer Tempereur. Elle fut puissamment représentée au palais sous le successeur de Michel Paléologue, souë Andronic rAncien, par un de ses membres les plus importants, par Cantacuzène qui était grand domestique (1) ; pour afiFaiblir l'autorité impériale Cantacuzène soutint Andronic le Jeune contre Andronic le Vieux.

La noblesse reprit la lutte contre l'empereur sous Jean Paléologue I''. Elle se souleva dans les provinces qui restaient à l'empire soutenant Cantacuzène contre Jean et contre le peuple qui avait pris parti pour l'empereur. Cantacuzène étant sorti

(1) Gaotacuzène apparteniit à l'une des familles nobles les plus puissantes et les plus riches de l'einpire. Il avait dans ses iinmen^eê domaines : 1^000 paires de bœufs pour la culture, 2,500 juments poulinières, 200 chameaux, 300 mulets, 500 ânes, 5,000 bètes à cornes, 50,000 cochons et 70,000 moutons. Il avait une forteresse à Demotica, qui était son patrimoine particulier. Lorsque ses trésors furent confisqués, il put encore équiper une flotte de 70 galères.

vainqueur de celte guerre civile (1341-47), la noblesse voulut user de sa victoire ; elle songea à achever le démembrement de la souveraineté ; elle demanda à Cantacuzène de la dégager du serment de fidélité envers les Paléologues et de la mettre en possession de quelques places de sûreté ; mais Cantacuzène, qui s'était emparé de Tautorité impériale, refusa de souscrire à ces conditions qui auraient permis à la noblesse d'acquérir l'indépendance complète.

Pour lutter contre la puissance de cette noblesse qui recrutait les hautes fonctions de Tempire, les Paléologues donnèrent une extension plud grande aux idées qui avaient présidé à la création par les Gomnènes d'une haute noblesse formée avec les princes du sang. Inspirés par ces idées etînfluencés par les idées latines qui avaient pénétré chez les Grecs à la suite des Croisades, les Paléologues ne se contentèrent pas de donner aux membres de leurs familles des dignités sans fonction, ils leur constituèrent des principautés apanages supplantant ainsi la noblesse provinciale dans les hautes fonc tions administratives (1).

(1) C'est ainsi qu'AndrinopIe et Thessalonique furent presque toujours gouvernées par des fils d'empereurs.

En 1343, en Morée, Jean Cantacuzène substitua au straCège son deuxième fîfs Manuel, avec le titre de despotes. En I3S8, Jexra Paléologtie I*^y envoya son fils Tliéodore comme cfespotès.

Théodore II, fils de Manuel II, fut aussi despotes de Morée. Deux fils de Jean Paléotogue II, Hi ornas et Constantin, furent envoyés en Morée avec une armée^ pour y gouverner; forsque Constmitfrt fut proclamé empereur, son frère Demétrios Vj remplaça.

ÉVOLtTTIO^f DU CORPS SOCIAL 123

La formation de ces principautés apanages au profit des membres de la famille impériale, joinle au démembrement de la souveraineté dans toute retendue de Fempire, poussa fatalement les empereurs à considérer la souveraineté comme domaniale, à diviser Fempire, en donnant à ces partages non pas le caractère de partages administratifs mais celui de partages de souveraineté (1).

L évolution sociale, dans Fempire byzantin, avait donc abouti, comme dans FEurope occidentale, à rétablissement d*une sorte de régime féodal. Il y avait eu absorption constante de la petite propriété par la grande, phénomène social dont les empereurs n'avaient pu enrayer le développement, malgré tous les efiForts qu'ils firent surtout aux neuvième et dizième siècles ; il y avait eu ensuite démembrement de la souveraineté sur la plupart des parties de Fempire et la souveraineté y devenait domaniale. Dans Fempire byzantin l'évolution Bociale avait passé daqs ses grandes lignes par les

(i) C'ect 9înn qal Fa écrite de fecrrs lotte» An^rotiic )e Jeune ^ AndroMc le Vieux sig^ère»! ub tiatté par kquel iU se partageaient Peinpire : Constantinoplc, Thessalonique et les îles ippartiendraient à Andronic le Vieux, tandis qu'Andronic le Icune recevrait le reste, par saite presqpie totrte (s Tlirace, de l*hiUpp«poH îusqn'as diatrict de Byzamre.

A la saite de la révolte d' Andronic^ fils aîné de Jean Paléoogue l*', contre son père, la paix fut rétablie aux conditions ui van tes r Paléolojroe et Manael, son second tth^ fixeraient teur ésidence i Rkodoato et k Selymbrie, ayant ainai tout c» ^i tait en dehors de l'enceinte de Byiance.

Lorsque Constantin XM monta sur le trône, il laissa a ses feax frères la postession de la Morée .

12i L*EMPIHE BVZANTIN

mêmes phases que révolution sociale de l^Ëurope occidentale, montrant ainsi que l'invasion des Barbares en Occident n'y détermina pas le régime féodal, mais que celle-ci ne fit qu'accélérer l'évolution sociale. Cependant une diCFérence exista entre le régime social de la fin de l'empire byzantin et le régime social de l'Europe féodale. Dans l'empire byzantin ne s'établirent pas entre les seigneurs les relations de vassal à suzerain qui dérivaient en Occident de la coutume germanique et qui y permirent d'hiérarchiser la noblesse féodale et par suite de donner en France au roi, supérieur féodal, la possibilité de reconstituer à son profit la souveraineté qui avait été démembrée.

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