IL — LE PEUPLE
Au-dessous des di£Férentes puissances sociales se trouvait le peuple.
Lors des premiers siècles de l'empire romain, le peuple se divisait en hommes libres et en esclaves.
La condition des esclaves alla s'améliorant sous l'empire romain et sous l'empire byzantin.
Sous Adrien et les Antonins le droit de vie et de mort sur les esclaves fut enlevé aux particuliers; cependant sous Constantin les esclaves étaient
(1) A Thessalonîque, les habitaato de la ville étaient partagés en quatre clasges : les notables^ le clergé, les booi^eois, le peuple.
encore soumis à la torture en matière judiciaire. Au quatrième siècle, les affranchissements se multiplièrent, mais la distinction entre les extractions libres et les extractions serviles qu'avaient établie les premiers empereurs subsistait, La nature de Textraction était déterminée d'après Tétat de la mère. Les afiFranchis continuaient à devoir obéissance à leur ancien patron; lorsqu'un affranchi mourait, le tiers de sa fortune appartenait à son ancien patron et à sa famille, et même la totalité s'il mourait sans enfants et sans testament. En outre les Romains avaient multiplié les formalités de l'affranchissement, afin que celui-ci ne prît une extension trop rapide, ce qui aurait mis dans la misère une trop grande quantité de personnes.
Justinien déclara que l'affranchi était citoyen et supposé d'extraction libre ; il supprima toutes les difficultés opposées à l'affranchissement et favorisa Textinctian de l'esclavage* Sous son règne les affranchis étaient très nombreux, mais il y avait encore beaucoup d'esclaves. La situation des affranchis et des esclaves s'améliorait.
Les affranchis recevaient un lot de terre, moyennant une redevance. Les tribunaux ordinaires jugeaient les conflits entre les affranchis et les patrons dans les villes. Mais il n'en était pas de même sur les grands domaines de la noblesse d'empire, où la puissance publique ne pénétrait que difficilement (1).
(1^ Voir plus haut p. 104.
Les esclaves des domaines ruraux obtenaient des lots de terre : une tejiure.
Afin d'assurer la liberté des hommes libres, les empereurs poursuivant révolution du droit romain, modifièrent les rapports qui avaient été établis dans Tancien droit entre créanciers et débiteurs.
Les Douze-Tables, bien que décourageant Tusure, avaient mis le débiteur insolvable à la disposition du créancier ; celui-ci pouvait lui retirer la liberté et même la vie. Les lois Porcia et Valeria défendirent aux magistrats d'infliger à un citoyen la peine capitale ou même un châtiment corporel.
Justinien réprima l'usure : il fixa à 4 pour 100 l'intérêt pour les personnes d'un rang illustre, à 6 pour 100 l'intérêt légal, à 8 pour 100 pour les commerçants et à 12 pour 100 pour les assurances maritimes.
Au dixième siècle, Constantin VU alla même jusqu'à prohiber le prêt à intérêt. L'Église chrétienne avait d'ailleurs défendu de tout temps tout prêt à intérêt.
Dans l'empire romain se forma, en plus des hommes libres et des esclaves^ une autre classe d'individus : les colons. Ceux-ci provenaient soit d'affranchis ou de fils d'affranchis, soit de petits fermiers qui ne pouvant pas payer leurs dettes à leurs propriétaires étaient forcément liés à leur ferme, soit de paysans qui ne pouvant changer de profession ou de résidence demeuraient attachés au domaine d'un particulier, soit enfin d'agriculteurs chargés de cultiver les terres du fisc impérial
et auxquels dès le deuxième siècle les agents impé* riaux De permettaient pas de quitter les domaines du fisc afin d'en assurer la culture. Le colon était un homme libre, il avait donc le droit d'avoir une famille légitime et un patrimoine particulier; il cultivait son champ à son profit, moyennant une redevance payée au propriétaire de cette terre; mais il était encore sous la juridiction de son maître et il ne pouvait changer de résidence.
Le colonat avait déjà pris une assez grande extension sous Constantin, bien qu'il y eût encore des fermiers libres sur les grands domaines.
Les empereurs romains, qui avaient toujours montré beaucoup de sollicitude pour Tagriculture, trouvèrent dans les colons une classe d'individus, habitués â la culture et fixés perpétuellement à la terre, pouvant par suite relever Tagriculture. Aussi les empereurs consacrèrent-ils le colonat et en favorisèrent-ils le développement.
En 382, d'après une loi tous les mendiants valides furent transformés en colons ; vers la même époque, il en fut de même des cultivateurs de la Palestine. L'empereur Anastase enjoignit que tout individu qui aurait servi comme colon pendant trente ans le deviendrait par la prescription. Une loi rendit héréditaire la condition du colon. Justinien par l'établissement du patronat favorisa le développement du colonat (1).
Le colonat fut aussi recruté peu à peu avec les
(1) Voir plat haut p. 104.
. 13b L'KMPIRE BYZANTIN
B8clave8 agricoles. Au quatrième siècle une loi prohiba la vente des esclaves en dehors de la province ; plus tard une autre loi défendit de les vendre sans la terre à laquelle ils étaient attachés. Lorsque les esclaves agricoles étaient affranchis, ils devenaient colons.
Tibère et ses successeurs du septième au neuvième siècle, en interdisant les patrocinia pouvaient porter atteinte au développement du colonal, mais l'absorption de la petite propriété par la grande rendit cette prescription vaine. Cependant au huitième siècle, il semble que le paysan libre qui quittait la terre qu'il cultivait n'y était plus réintégré par la force, il pouvait aller et venir.
Au dixième siècle, les empereurs byzantins en cherchant à immobiliser les terres dans les mêmes mains empêchèrent la disparition des colons; aussi le colonat subsista-t^il beaucoup plus longtemps en Orient qu'en Occident.
A côté des colons se forma une autre classe d'individus : les serfs ; ceuxHîi provinrent des esclaves agricoles et des affranchis, là où l'autorité impériale ne put assurer les droits des colons. Les serfs avaient une famille légitime et un patrimoine propre. Ils furent d'abord attachés à la glèbe et une loi de Justinien punit la fuite d^un serf, mais au huitième siècle il semble que les serfs n'étaient plus rivés à la terre qu'ils cultivaient.
L'esclavage subsista très longtemps dans Fempire byzantin et ne disparut pas aussi vite qu'en Occident. En Orient, les grandes guerres o«i l'on
faUail de nombreux prisonniers et les facilités de communication favorisèrent la traite des esclaves ( 1 ) tandis qu'en Occident les difficultés de communi* cation attachèrent Tesclave à la glèbe, ce qui amena rapidement la transformation de celui-ci en serf.
Dans Tempire byzantin, T Église qui ayait laissé à rÉtat la direction morale ne ^'efforça pas, comme TÉglise d'Occident, d'amener la disparition de l'esclavage. Tandis qu'elle garda toujours des esclaves sur ses domaines, les empereurs byzantins prirent des mesures pour favoriser l'extinction de Tesclavage (2).
Constantin VII, dans une novelle édictant que le tiers des biens des personnes décédées sans testament et sans çnfants serait consacré à Dieu, enjoignit que dans ce tiers serait compris les esclaves et que ceux-ci recouvreraient la liberté.
Alexis I" favorisa les affranchissements et Manuel affranchit tous les esclaves.
Dans l'empire byzantin, il y eut toujours des hommes libres, malgré le développement de la noblesse et de l'Église.
(i) Au dixième siècle, let Slaves favorisaient la traite de l'esclavage dans rAdriatique et alimentaient lea Arabee.
Après leurs campagnes contre le» Arabes à la fin du dixième siècle, les empereurs byzantins envoyaient les prisonniers arabes dans les marchét d'esclaves de t'empire. Lorsque les Grecs eurent repris Antiocbe en 969, ils expédièrent dix mille prisonniers au delà du Taurus pour être vendus daiM la capitale ou enrôlés.
(S) On a vn, page lt7» que Justinien rendit plus faciles les affranchissements.
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Les hommes libres, c'est-à-dire les classe^ moyennes et les propriétaires pauvres, s'associèrent entre eux dans les villes et dans les campagnes pour s'opposer aux empiétements des grands. Ils formèrent ainsi un organisme social nouveau : la commune qui remplaça la cité sociale antique qui disparut complètement au dixième siècle.
L'empereur Léon III au huitième siècle protégea les communes; il voyait dans celles-ci le moyen d'enrayer le développement de la noblesse et de l'Église.
Au dixième siècle les communes avaient pris une assez grande extension.
Au onzième siècle l'action du pouvoir central se faisant de moins en moins sentir, ptfr suite de TévO' lution sociale qui tendait alors vers le démembre* ment de la souveraineté, les communes s'eflForcèrent de se défendre contre les empiétements des grands. Les communes urbaines et rurales parvinrent à s'administrer elles-mêmes, élisant des magistrats pour rendre la justice et pour percevoir les impôts (l). Dans les campagnes plusieurs villages se liguèrent; ils se groupèrent autour d'un chef-lieu qu'ils choisissaient.
Dans les grandes villes, l'établissement des corn* munes amena des luttes sociales. Aux quatorzième
(i) A Thessalonique, au quatorzième siècle, le peuple élîsaiC chaque année ses administrateurs et ses juges; ceux-ci rendaient leurs arrêts, non d'après les lois impériales, mais d'après les coutumes locales.
et quinzième siècles le parti démocratique et le parti aristocratique 8*y disputèrent le pouvoircomme dans les républiques italiennes (1).