‹ L'empire byzantin (volume 2)Chapitre 14 sur 24 · III. — MODIFICATIONS AU SANG DE l'ÉTRE SOCIAL BYZANTIN · texte numérisé non relu

III. — MODIFICATIONS AU SANG DE l'ÉTRE SOCIAL BYZANTIN

Dans l'empire byzantin le démembrement de la souveraineté ne fut pas déterminé seulement par les lois naturelles qui régirent l'évolution sociale de Tétre gréco-oriental, mais aussi' par Tinfiltration d'éléments étrangers dans cet être social, éléments qui modifièrent profondément son sang. Dans certaines parties de Tempire l'apport d^éléments étrangers fut si important qu'il créa deux êtres sociaux, nouveaux : les Serbes et les Bulgares (2); dans d^autres régions, il ne fit qu'altérer le caractère gréco-oriental de l'être social byzantin.

Dans ces dernières parties la présence de nouveaux éléments fut la conséquence soit d'invasions de peuples étrangers, soit de créations de colonies d'étrangers par les empereurs byzantins. Aussi au dixième siècle l'empire byzantin renfermait-il plus de vingt nationalités différentes.

Le contingent de beaucoup le plus important des peuples étrangers qui envahirent l'empire byzantin

(1) A Thetsalonique, sous Cantacuzène, le parti démocratique l'emporta sur le parti aristocratique. '

(S) Voir à rÉvolatioa politique extérieure.

fut fourni parles Slaves. Comme ceux-ci pénétrèrent dans la péninsule des Balkans, ce furent les provinces d'Europe de Tempire byzantin qui subirent les modifications ethniques les plus profondes.

Les invasions slaves de Tempire byzantin furent provoquées par les invasions finniques dans la Scythie d'Europe. S'adonnant à Tagriculture, les Slaves de Scythie étaient très attaches à leur pays ; ils ne le quittèrent que contraints et forcés; de plus leur organisation sociale ne dépassant pas la tribu, ils ne se déplacèrent généralement p^s en peuple. Aussi à Texception des Serbes et des Croates qui appelés par Héraclius émigrèrent comme peuple dans le nord de la péninsule des Balkans, les Slaves qui vinrent s'établir dans l'empire byzantin ne le firent que par petits détachements.

Cette infiltration des Slaves dans l'empire se fit surtout vers la fin du cinquième siècle et dans la première moitié du sixième siècle. Les Slaves refoulèrent les populations grecques soit sur les hauteurs et dans les forêts, soit sur le littoral. La péninsule des Balkans étant très accidentée et très coupée, les Slaves s'entremêlèrent avec les populations grecques et restèrent toujours isolés de celles-ci, ce qui compliqua beaucoup l'organisation ethnique de cette région. Cependant la nationalité slave ne conserva pas toujours soii caractère primitif, elle s'altéra au contact des Grecs. Au dixième siècle, la Thrace, la Mafcédoine, la Thessalie et le thème de Dyrrachium étaient slavisés.

L|i Hellade et la Morée étant l'extrémité de la

péninsule les Slaves s^accumulèrent plus dans ces deux provinces que dans les autres. L'ancienne population grecque se réfugia dans les châteaux forts des montagnes et dans les places fortes de la côte, à Patras et à Corinthc surtout. Les Slaves, qui furent en Morée plus nombreux que partout ailleurs, occupèrent même les montagnes d'Arcadie et du Taygète, où ils se livrèrent à Tagriculture.

Au dixième siècle l'action du pouvoir central se faisant sentir dans tout Tempire, les Slaves d'Achaïe perdirent leur liberté politique et furent attachés aux biens de TËglise comme serfs de corps. Mais lors de rétablissement des Francs en Grèce, Tanarcbie sociale qui dérivait du démembrement de la souveraineté permit aux Slaves de recouvrer la liberté ; les tribus de TArcadie et du Taygète des* cendireni souvent dans les plaines pour piller.

L'organisation sociale de ces Slaves ne dépassait pas la tribu ; è la tête de celle-ci ils nommaient un chef. Ces tribus se livraient souvent au brigandage^ ravageant le pays de Gonstantinople à la Morée.

Indépendamment des Slaves, la péninsule balkanique comprenait des éléments étrangers par rapport aux Grecs ; c'étaient les Valaques descendants des Romains de Trajan, et parlant la langue latine. Ces populations s'étaient essaimées dans la péninsule des Balkans ; puis les Slaves les avaient emprisonnées sur les montagnes du Rhodope, du Pindc, de TAtlique et de la Morce; dépossédés, restés longtemps au seul contact des Slaves, ces Valaques étaient devenus peu civilisés, avaient perdu leur

ancienne civilisation et au dixième siècle ils sq con* sacraient au brigandage.

En Orient, l'invasion arabe au septième siècle arracha la Syrie et à TÉgypte l'être social grécooriental.

En Asie Mineure, les invasions arabes ne modifièrent pas l'ethnographie de cette péninsule, car elles retournaient à leur point de départ. Il n'en fut pas de même à partir de la fin du onzième siècle avec les Turcs. Les modifications apportées à l'être social byzantin dans cette région furent tellement importantes que celui-ci subit en Asie Mineure une destruction presque complète.

En 1187 en Cilicie, l'être social byzantin fut profondément altéré par la fondatioude la petite Arménie par des Arméniens du haut Euphrate, qui quittèrent leur pays, pour ne pas être absorbés par les nombreux Grecs qui s'étaient établis à Trébizonde. Cette émigration arménienne avait déjà commencé au début du onzième siècle à la suite des guerres de Basile II contre l'Arménie (1).

La création de colonies de peuples étrangers par l'empereur byzantin eut pour cause soit des motifs économiques, soit des motifs politiques. Les empereurs byzantins reprenant les idées des empereurs romains s'aperçurent que l'un des maux dont souffrait le plus l'empire était le déplorable état de

(i) Lorsque le roi de Vâspouraçan céda son royaume à Basile H et reçut en échange la seigneurie de Sébaste, quarante mille de ses compatriotes l'y suivirent et de là se répandirent ensuite en Cappadoce et jusqu'en Cilicie.

ragrîciilture ; ils cherchèrent à relever celle-ci par la fondation de colonies agricoles avec des étrangers (1).

Les empereurs byzantins transplantèrent aussi des populations étrangères établies dans Tempire, afin de les éloigner de leurs compatriotes (2). Ils modifièrent encore Tethnographie de Tempire en dispersant des sectes religieuses ou des populations belliqueuses de Tempire (3). Lorsque les empereurs byzantins transplantaient des populations guerrières comme les Arméniens (4) par exemple, ils les établissaient sûr les frontières et les chargeaient de défendre celles-ci, contre les incursions des ennemis de l'empire.

(i) Voir à rÉvolution économique.

(2) Justinien transporta des Bulgares en Arménie et dans le Lazique.

En 688, Fempei-eur byzantin transplanta trente mille Slaves de Thrace et de Macédoine en Asie, où ils peuplèrent plusieurs régions.

Au neuvième siècle, l'empereur Théophile établit des colonies turques sur le Vardar et près d'Ochrida.

A la suite de ses victoires contre les Bulgares, Basile II transporta des Bulgares et des Slaves en Arménie, tandis qu'il établit en Bulgarie des colonies grecques et arméniennes.

En 981, Basile II transplante des Arméniens en Macédonie; en 1020, à la suite de ses victoires en Arménie, Basile II transplante la population de la région d*Agomé dans le thème frontière byzantin de Chaldé.

(3) C'est ainsi que vers le milieu du huitième siècle Constantin Copronyme et vers la fin du dixième siècle Zimiscès transplantèrent en Thrace les Arméniens pauliciens.

Anastase, après ses victoires sur les Isauriens, en transplanta une partie en Thrace.

(4) Les Arméniens furent-généralement transplantés en Thrace et en Bfacédoine pour empêcher le» incursions des Bulgares.

Des considérations qui précèdent, il résulte qu'au quatorzième siècle Tanarcbie sociale régnait dans Te m pire byzantin. Démembrement de la souveraineté de Tempereur au profit de TÉglise, des nobles, des grandes villes, luttes dans Tempire entre TÉglise et Tempereur, entre la noblesse et Tempereur, entre le peuple et les grands, luttes dans lès villes entre le parti démocratique et le parti aristocratique, présence et enchevêtrement de nombreuses nationalités étrangères dans Tempire, tel était Vaspect qu'offrait au point de vue social Tempire byzantin à la veille de sa chute. Il n'était plus un être social possédant une homogénéité absolue et une cohésion complète; il n'était plus qu'un agrégat social composé d'atomes hétérogènes se dévorant entre eux.

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